Document d’information
Évaluation de l’enquêteur
correctionnel sur les progrès accomplis par le Service correctionnel du Canada
en réponse aux décès en établissement
Aperçu
Le 8 septembre 2010,
l’enquêteur correctionnel du Canada a publié la quatrième et dernière
évaluation des progrès accomplis par le Service correctionnel du Canada (SCC)
en matière de prévention des décès en établissement. L’exercice trimestriel
d’examen et de rapport a permis d’évaluer la réponse du SCC aux recommandations
provenant de l’Étude sur les décès en établissement (2007), de
l’enquête Défaut de répondre (2008) et du rapport de 2008 sur le
décès d’Ashley Smith intitulé Une mort évitable du Bureau de l’enquêteur
correctionnel (BEC), en plus de l’enquête menée par le Comité d’enquête
nationale du SCC sur le décès de Mme Smith. Le BEC a publié une Évaluation
initiale de la réponse du SCC en septembre 2009, qui a été suivie de deux
évaluations trimestrielles en décembre 2009 et en mars 2010. Le
présent document d’information résume les rapports et les enquêtes qui ont mené
à la publication de l’évaluation finale.
Étude sur les décès en établissement (février 2007)
L’enquêteur correctionnel a entrepris un examen exhaustif des rapports et des
recommandations qui traitent des décès en établissement, puisqu’il avait des
préoccupations à l’égard du nombre de recommandations similaires qui étaient
formulées année après année par le Comité d’enquête nationale du SCC, les
coroners provinciaux et les médecins légistes qui examinent les décès des
détenus.
En février 2007, le BEC a rendu public l’Étude sur les décès en établissement,
un examen sur 82 décès survenus dans des établissements du SCC entre 2001
et 2005. L’étude a révélé que certains décès auraient pu être évités au moyen
d’évaluations améliorées du risque, de mesures préventives plus rigoureuses et
d’interventions plus efficaces et rapides du personnel du SCC. Parmi les
préoccupations soulevées, nous notons l’intervention tardive lors des urgences
médicales, l’évaluation des signes précoces de suicide, la disponibilité de ressources
médicales, le manque d’échange d’information entre le personnel clinique et le
personnel de première ligne et la prise en charge et la garde des délinquants
atteints de troubles mentaux.
L’étude
démontre aussi qu’un nombre important de recommandations et de conclusions des
comités d’enquête et des coroners n’ont pas été mises en œuvre et que le SCC
n’avait pas intégré les leçons retenues, ni mis en place de mesures correctives
au cours de la période de cinq ans visée par l’étude. Par conséquent, les mêmes
erreurs et observations se sont répétées après chaque incident.
L’enquêteur
correctionnel a demandé que l’on apporte des corrections durables et immédiates
aux mesures préventives afin de s’assurer que les problèmes relevés ne se
répètent pas et que l’on mette en place une stratégie globale de la gestion du
risque dans l’ensemble du système correctionnel.
Défaut de répondre (mai 2008)
En octobre 2006, un détenu de descendance autochtone a tenté de se suicider
dans sa cellule. Le personnel correctionnel qui est intervenu lors de l’urgence
médicale a demandé une ambulance. Le personnel n’a pas tenté de déterminer la
nature ou l’étendue des blessures du détenu, et n’a pas prodigué les premiers
soins. Le détenu a été laissé à lui-même, enfermé dans sa cellule et sans
surveillance jusqu’à l’arrivée de l’ambulance 33 minutes plus tard. Il a
été déclaré mort par les ambulanciers qui sont arrivés sur les lieux.
Dans
son rapport sur le décès d’un détenu intitulé Défaut de répondre :
Rapport sur les circonstances entourant le décès d’un détenu sous
responsabilité fédérale, l’enquêteur correctionnel a noté que le personnel
correctionnel n’avait pas répondu adéquatement à l’urgence médicale. Il a
également relevé une communication inexacte relative à l’incident et des
retards considérables dans le processus d’enquête.
Le rapport présentait ces recommandations clés :
- Élaboration d’une nouvelle politique qui ordonne l’enregistrement sur bande vidéo des
interventions en cas d'urgences médicales;
- Échange opportun de renseignements relatifs aux incidents entourant les décès et les
blessures graves avec les services de police.
Une mort évitable (juin 2008)
En octobre 2007, Ashley Smith, qui avait des antécédents d’automutilation,
est décédée dans sa cellule après une période d’isolement prolongée. Mme Smith
a passé cinq ans dans le système de justice pour la jeunesse au Nouveau‑Brunswick
avant que le SCC assure sa prise en charge et sa garde en octobre 2006,
lorsqu’elle a eu 18 ans.
Dans son Rapport provisoire, ainsi que dans son rapport final, Une mort
évitable, l’enquêteur correctionnel fait état d’une série d’omissions grave
du système correctionnel qui ont mené au décès d’Ashley Smith. Le rapport
final a présenté 16 recommandations visant l’amélioration des secteurs
suivants :
- Opérations correctionnelles conformes à la loi et aux politiques;
- Interventions lors d’urgences médicales;
- Interventions ayant recours à la force;
- Gouvernance du système correctionnel pour femmes;
- Procédures du SCC en matière de plaintes et de griefs déposés par les détenus;
- Processus de transfert des délinquants;
- Politiques et pratiques en matière d’isolement;
- Prestation de soins de santé, y compris les services de santé mentale.
L’enquêteur
correctionnel a déclaré que ce qui l’avait le plus troublé était que les
nombreuses omissions qu’il avait notées lors de son enquête sur le décès de Mme
Smith avaient fait l’objet de recommandations et de conclusions antérieures,
notamment dans l’Étude sur les décès en établissement.
Réponse du Service correctionnel du Canada (août 2009)
En août 2009, le SCC a publié sa Réponse publique aux rapports et aux
enquêtes du BEC sur les décès des détenus sous responsabilité fédérale. Plus de
50 mesures et engagements clés distincts ont été présentés en détail relativement
à la révision des politiques, aux instructions au personnel correctionnel, aux
mesures d’établissement de rapports et de surveillance, à la formation, à la
recherche, aux plans d’action du cadre de responsabilisation et à d’autres secteurs
prioritaires.
Évaluation initiale par le BEC de la réponse du SCC sur les décès en
établissement (septembre 2009)
Dans
son évaluation initiale des progrès du SCC en matière de prévention des décès
en établissement, l’enquêteur correctionnel a reconnu la volonté du SCC à
répondre à de nombreuses recommandations et conclusions du Bureau, mais il a
souligné qu’il s’inquiétait du fait que les engagements du SCC étaient
principalement axés sur les processus et non pas sur les progrès. Il a indiqué
que le SCC rejetait encore les recommandations au centre même de la
responsabilisation et de la gouvernance au sein du système correctionnel fédéral.
Les problèmes particuliers relevés dans l’évaluation initiale comprenaient :
- Un refus continu de fournir une surveillance et une responsabilisation directes des
établissements fédéraux pour femmes à l’échelle nationale;
- Une incapacité constante de fournir une surveillance distincte de l’isolement des délinquants
atteints de troubles mentaux;
- Un rejet constant du besoin d’assurer une présidence aux comités nationaux par des
professionnels indépendants des soins de santé mentale pour ce qui est des
suicides des délinquants et d’autres incidents d’automutilation grave ou
chronique;
- Le défaut d’intégrer, de mettre en œuvre et de communiquer de façon adéquate les
mesures correctives dans différents secteurs d’activité et d’intervention,
notamment la sécurité, les soins de santé, la gestion des cas, les programmes
et les traitements psychologiques.
L’enquêteur
correctionnel a exigé du SCC qu’il fournisse une réponse davantage exhaustive
et intégrée aux décès en établissement en comblant les lacunes systémiques
liées à la responsabilisation et à la gouvernance qui ont été soulevées dans
les enquêtes et les rapports précédents.
Deuxième évaluation par le BEC de la réponse du SCC sur les décès en
établissement (décembre 2009)
Dans sa deuxième évaluation trimestrielle, l’enquêteur correctionnel a remarqué que
le nombre de décès en établissement de causes non naturelles avait augmenté de
70 %, que le nombre de placements de délinquants en isolement était à un
niveau record et que le nombre d’incidents d’automutilation était à la hausse.
Il a également noté que les besoins en sécurité passaient devant les
interventions cliniques nécessaires et qu’un nombre trop élevé de délinquants
atteints de troubles mentaux faisant l’objet d’un recours à la force inutile ou
de placements en isolement involontaires.
Une fois encore, pour répondre aux sujets de préoccupation systémiques, l’enquêteur
correctionnel a recommandé au SCC de rendre compte publiquement des indicateurs
de rendement clés qui mesureraient, de façon ouverte et transparente, les
progrès du Service dans la prévention des décès en établissement dans les
domaines suivants :
- L’isolement de détenus atteints de troubles mentaux pour lesquels une autre solution de
garde a été trouvée;
- Les plans approfondis de traitement clinique qui ont été élaborés et mis en œuvre
par des équipes interdisciplinaires en établissement et qui, au besoin, ont été
communiqués aux employés de première ligne;
- Les plans approfondis de traitement clinique qui ont été mis en œuvre par des
équipes interdisciplinaires en établissement;
- Une diminution du nombre de postes de professionnels de la santé mentale qui
demeurent vacants et des postes non pourvus dont les fonctions sont assumées
par d'autres employés;
- Une augmentation des contacts directs entre les professionnels de la santé mentale
et les détenus placés en isolement;
- Une réduction des cas de recours à la force contre des délinquants atteints de troubles de
santé mentale graves;
- Le respect des politiques concernant les avis donnés et les interventions en cas
d'urgence médicale.
Troisième évaluation par le BEC de la réponse du SCC sur les décès en
établissement (mars 2010)
Dans sa Troisième évaluation, l’enquêteur correctionnel a constaté une série
d’initiatives et d’engagements prometteurs mis en place par le SCC en réponse
aux recommandations émises dans son évaluation précédente. Elles comprenaient
l’intégration d’examens externes et indépendants et la présentation au public
de rapports sur les mesures prises en matière de prévention des décès en établissement,
ainsi que l’élaboration d’un cadre de responsabilisation pour la surveillance
des progrès. L’enquêteur correctionnel a également félicité le SCC d’avoir pris
l’engagement de surveiller plus étroitement les délinquants atteints de
troubles mentaux qui sont placés en isolement à cause du risque de suicide ou d’automutilation,
ou encore pour leur protection personnelle.
En terminant sa troisième évaluation, l’enquêteur correctionnel a rappelé ses
préoccupations sur la capacité du SCC à gérer les besoins du nombre grandissant
de délinquants qui doivent avoir recours aux services de santé mentale et de
soutien. Il signale que l’isolement a été utilisé comme solution par défaut
dans la stratégie du Service qui vise à gérer les comportements et les
interventions relatifs aux maladies mentales et que les délinquants atteints de
troubles mentaux, plus particulièrement ceux à risque de se suicider ou de
s’automutiler, ne devraient pas être placés en isolement ou en isolement
cellulaire. Il a demandé instamment au SCC d’aller de l’avant dans la mise en
œuvre d’unités de soins courants afin de remplir l’écart entre les soins actifs
offerts dans les centres de traitement régionaux et les soins primaires offerts
en établissement. Il a également énoncé que rien ne justifiait le recours
constant à l’isolement comme solution aux soins courants.
Évaluation finale par le BEC de la réponse du SCC sur les décès en
établissement (septembre 2010)
Dans son évaluation finale, l’enquêteur correctionnel reconnaît que le SCC a pris
des mesures concrètes pour améliorer son rendement quant à la prévention et à
la réduction de décès en établissement fédéral, mais que, dans l’ensemble, les
leçons retenues n’étaient pas mises en pratique uniformément et que le Service
n’avait pas abordé les lacunes systémiques relatives aux problèmes de
responsabilisation et de gouvernance qui continuent de gêner les progrès
importants en matière de prévention des décès en établissement.
L’évaluation finale examine neuf décès en établissement qui démontraient des
caractéristiques récurrentes et des similitudes qui dévoilent des problèmes de
responsabilisation et de conformité considérable dans le système correctionnel
fédéral. Les problèmes n’étaient pas nouveaux pour le SCC. Tous les facteurs ayant
contribué aux neuf décès étudiés dans cette évaluation finale ont été relevés
dans des enquêtes et des rapports antérieurs.
Le rapport a mis en lumière six sujets de préoccupation :
- Les interventions en cas d’urgence médicale sont inappropriées ou inadéquates;
- Un manque réside dans l’échange d’information essentielle entre le personnel clinique et
le personnel de première ligne;
- La surveillance des indicateurs précoces de suicide démontre des lacunes
répétitives;
- La qualité et la fréquence des patrouilles de sécurité, des rondes et des
dénombrements illustrent certains problèmes d’observation;
- La gestion des délinquants atteints de troubles mentaux est trop souvent motivée
par les interventions de sécurité plutôt que par la prestation de soins de
santé et d’un traitement appropriés;
- La qualité générale des rapports et des processus d’enquête interne du SCC doit
être améliorée.
L’enquêteur correctionnel a formulé les recommandations suivantes :
- Le SCC doit élaborer un cadre de responsabilisation et de rendement exhaustif qui
démontre un progrès mesurable en ce qui a trait à l’examen des facteurs
relatifs à la prévention des décès en établissement;
- Le Service doit renforcer son cadre d’enquête interne. Des professionnels de la
santé indépendants doivent être nommés en vue de diriger les examens de
suicides et d’automutilation grave. Ces rapports doivent également être rendus
public;
- Un poste de cadre supérieur doit être créé dont le titulaire sera responsable de
la promotion et de la surveillance des pratiques de détention sécuritaire;
- La pratique visant à placer en isolement prolongé les délinquants atteints de
troubles mentaux, ou ceux à risque de se suicider ou de s’automutiler
gravement, doit cesser;
- La qualité des patrouilles de sécurité doit être améliorée afin de s’assurer que
les rondes et les dénombrements sont effectués conformément aux principes de
préservation de la vie humaine;
- Un service de soins de santé ininterrompu dans tous les établissements à sécurité
maximale, moyenne et à niveaux de sécurité multiples doit être fourni afin
d’offrir une meilleure intervention et gestion des urgences médicales;
- Les renseignements et les instructions de base pour la gestion des délinquants à
risque de s’automutiler ou de se suicider doivent être communiqués au personnel
de première ligne de manière à assurer une surveillance efficace et à veiller à
ce que les stratégies d’intervention de crise et les protocoles de prévention
puissent être consultés facilement et rapidement.
L’enquêteur correctionnel préconise l’application rapide de ses recommandations et rappelle
qu’il est essentiel pour le SCC d’afficher des progrès durables et une
transparence constante dans ses efforts à prévenir les décès en établissement.