De bonnes intentions… des résultats décevants :
Rapport d'étape sur les services correctionnels fédéraux pour
Autochtones
Michelle M. Mann*
B.A., LL.B.
Ottawa (Ontario)
michelle@michellemann.ca
*Notice biographique ci-jointe à l'annexe A.
Liste des acronymes
Agent de développement auprès de la collectivité autochtone :
ADACA
Agent de liaison autochtone : ALA
Bureau de l'enquêteur correctionnel :
BEC
Comité consultatif national sur les questions autochtones :
CCNQA
Directive du commissaire : DC
Échelle de classement par niveau de sécurité : ECNS
Échelle de réévaluation de la cote de sécurité
: ERCS
Échelle de réévaluation du potentiel de réinsertion
sociale :
ERPRS
Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition
:
LSCMLSC
Programme pour délinquants autochtones toxicomanes :
PDAT
Rapport sur les plans et les priorités :
RPP
Service correctionnel du Canada : SCC
Troubles causés par l'alcoolisation fœtale :
TCAF
Table des matières
Sommaire
I. Introduction
II. Engagements et obligations du SCC
1. Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté
sous condition
2. Directive du commissaire 702
3. Plan stratégique du
SCC 2006-2011
4. Plan stratégique pour la gestion des ressources humaines autochtones
5. Programme de transformation et rapport du Comité d'examen
du SCC
6. Ébauche de Stratégie relative au cadre de responsabilisation
des services correctionnels pour Autochtones
7. Projets spéciaux
III. État de la situation
1. Situation financière
2. Accès aux programmes
3. Sécurité et classification
4. Libération conditionnelle
5. Collecte et évaluation des données
6. Ressources humaines
7. Cadre correctionnel pour le Nord
8. Article 81 – Pavillons de ressourcement
IV. Résumé
V. Conclusion
Annexe A
Annexe B
Bibliographie
Notes de fin
Sommaire
Une population autochtone jeune et en pleine croissance présente des défis
de taille et de grandes possibilités pour le Canada. Toutefois, si l'on ne
parvient pas à relever ces défis et à saisir ces occasions,
les répercussions se feront sentir dans l'ensemble du système de justice
pénale et du système de justice pour les adolescents, dont les services
correctionnels.
Étant donné que la population autochtone est beaucoup plus jeune que
l'ensemble de la population canadienne et qu'elle connaît un taux de croissance
supérieur à la moyenne, le problème de la surreprésentation
des Autochtones dans le système correctionnel continue de s'aggraver au lieu
de s'estomper. L'écart entre les résultats des programmes et des interventions
à l'intention des délinquants autochtones et ceux destinés
aux délinquants non autochtones dans l'ensemble du système correctionnel
reste grand tout au long de la peine.
Souvent, les facteurs à l'origine des infractions commises par les délinquants
autochtones sont liés notamment à la toxicomanie, au cycle de violence
intergénérationnel, aux placements dans des pensionnats, aux faibles
niveaux d'instruction, au chômage, aux faibles taux de rémunération,
ainsi qu'aux conditions de logement et aux soins de santé inférieurs
aux normes. En général, les délinquants autochtonessont plus
jeunes; sont plus susceptibles d'avoir déjà purgé une peine
applicable aux adolescents et/ou aux adultes; sont incarcérés plus
souvent pour une infraction avec violence; présentent un taux de risque plus
élevé; ont des besoins plus grands; sont plus enclins à être
affiliés à un gang; ont davantage de problèmes de santé,
notamment des troubles causés par l'alcoolisation fœtale (TCAF)
et des troubles de santé mentale.
Ces questions dépassent de loin le mandat du Service correctionnel du Canada
(SCC). Cependant, le
SCC a une chance unique
d'offrir des interventions et des programmes spécialement conçus pour
aborder les différents besoins et profils des délinquants autochtones
et de travailler de près avec les collectivités autochtones pour assurer
une réintégration efficace des délinquants dans la société.
Cette démarche est conforme au mandat, aux politiques et aux obligations
légales du SCC
et donne suite aux priorités du gouvernement, qui consistent à assurer
la sécurité des collectivités et à rendre des comptes
à la population canadienne.
Pendant qu'il tente de remédier à ces problèmes, le SCC doit également
se préparer à l'augmentation prévue du nombre de délinquants
autochtones dans les établissements correctionnels fédéraux
et au changement éventuel de leur répartition géographique.
Les prévisions concernant le taux d'augmentation de la population de délinquants
autochtones donnent à penser que ceux-ci continueront d'être surreprésentés
dans le système carcéral.
Dans ce contexte, il est crucial de se pencher sur le rôle et l'efficacité
du SCC dans la prestation
des services correctionnels aux délinquants autochtones. L'écart continuel
entre les résultats des programmes et des interventions à l'intention
des délinquants autochtones et ceux destinés aux délinquants
non autochtones soulève de sérieuses questions, et on se demande si
les bonnes intentions sous-jacentes aux stratégies et aux politiques du SCC sur les services correctionnels
pour Autochtones se traduisent par des résultats.
Par conséquent, le Bureau de l'enquêteur correctionnel (BEC)
a réalisé un examen exhaustif des progrès réalisés
par le SCC en vue de
donner suite à ses plans stratégiques et obligations concernant la
population de délinquants autochtones dans certains secteurs clés.
Le Plan stratégique 2006 relatif aux services correctionnels pour Autochtones
prévoyait plus de 200 mesures à prendre, dont la grande majorité
devait être mise en œuvre au plus tard en mars 2007. Toutefois,
bon nombre de ces mesures prometteuses et ambitieuses n'ont pas encore été
entièrement mises en œuvre; par conséquent, on n'est pas encore
parvenu à renverser les tendances malheureuses relatives aux délinquants
autochtones.
Au cours des dix dernières années, le
SCC a mis en place des initiatives et des programmes très positifs
pour les délinquants autochtones. Toutefois, ils sont souvent offerts à
l'échelon local plutôt que d'être mis en œuvre de manière
cohérente dans l'ensemble du pays. Par conséquent, ils aident peu
à combler l'écart entre les résultats correctionnels des délinquants
autochtones et ceux des autres délinquants.
Ce rapport présente des constatations importantes sur les secteurs d'activités
où le SCC serait
encouragé à aller de l'avant avec la mise en œuvre de son programme
correctionnel pour Autochtones. Il s'agit notamment des programmes pour délinquants
autochtones, des questions permanentes concernant la sécurité et la
classification des délinquants autochtones, de la libération conditionnelle,
de la collecte et de l'évaluation des données, des ressources humaines,
de l'élaboration du Cadre correctionnel pour le Nord, ainsi que de l'implantation
et de l'agrandissement des pavillons de ressourcement.
À la suite de cet examen, le BCE conclut que le
SCC n'a pas su donner suite à ses bonnes intentions dont il
est question dans ses politiques et ses stratégies, ce qui a donné
lieu à des résultats décevants. Cette situation est attribuable
en partie à une absence de suivi des données, de résultats
clairement énoncés et de responsabilités afférentes.
Le BEC est toujours
grandement préoccupé par les écarts sur le plan du rendement
entre les services correctionnels offerts aux Autochtones et ceux destinés
aux non-Autochtones, ainsi que par le fait que le
SCC n'a pas réussi à respecter bon nombre de ses engagements.
Le BEC accueille
favorablement la mise en œuvre future du Cadre de responsabilisation des services
correctionnels pour Autochtones et espère que celui-ci saura respecter la
promesse en la matière. Le
BEC souscrit à la démarche voulant que l'on fixe des
objectifs concrets, assortis de délais précis, et des indicateurs
de rendement, et que l'on renforce l'obligation de rendre compte, éclaircisse
les responsabilités et améliore le suivi et l'établissement
de rapports publics sur les progrès relatifs à la mise en œuvre
du Plan stratégique de 2006.
Bien qu'il appuie cette initiative, le
BEC se doit aussi de tirer la sonnette d'alarme. Au Canada, les services
correctionnels se trouvent à la croisée des chemins. Il faut que le
SCC agisse de toute urgence,
à défaut de quoi la situation pourrait fort bien dégénérer
en crise. Par le passé, les tentatives faites pour réduire l'écart
entre les résultats des délinquants autochtones et ceux des délinquants
non autochtones se sont soldées par un échec. La population autochtone
est jeune et en pleine croissance. Par conséquent, si le
SCC ne parvient pas à aller de l'avant et à donner suite
rapidement à ses bonnes intentions dans le domaine des services correctionnels
pour Autochtones, les conséquences de son inaction se feront sentir dans
l'ensemble du système de justice pénale et du système de justice
pour les adolescents, des collectivités autochtones et de la société
canadienne pendant bien des années.
I. Introduction
Une population autochtone1
jeune et en pleine croissance présente des défis de taille et de grandes
possibilités pour le Canada. Toutefois, si l'on ne parvient pas à
relever ces défis et à saisir ces occasions, les répercussions
se feront sentir dans l'ensemble du système de justice pénale et du
système de justice pour les adolescents, dont les services correctionnels.
La population autochtone du Canada croît plus rapidement que la population
générale, ayant augmenté de 20,1 % entre 2001
et 2006. La population autochtone est beaucoup plus jeune que l'ensemble de la population
canadienne. En 2006, l'âge médian de la population autochtone était
de 27 ans, soit 13 ans de moins que celui de la population canadienne
2.
Statistique Canada prévoit que la population autochtone âgée
de 0 à 14 ans augmentera, passant de 6 % de tous les enfants du
Canada en 2001 à plus de 7,4 % en 2017. De même, d'ici 2017, la
population de jeunes adultes autochtones (de 20 à 29 ans) passera de
4,1 à 5,3 %3.
Tandis que, par rapport à l'ensemble de la population canadienne, la population
autochtone est beaucoup plus jeune et qu'elle connaît un taux de croissance
supérieur, le problème de la surreprésentation des Autochtones
au sein du système correctionnel continue de s'aggraver plutôt que
de s'estomper. La surreprésentation des Autochtones a augmenté au
cours des dernières années : de 1998 à 2008, la population
de délinquants autochtones sous responsabilité fédérale
s'est accrue de 19,7 %. Qui plus est, le nombre de délinquantes autochtones
incarcérées dans les établissements correctionnels fédéraux
a augmenté dans une proportion renversante de 131 % au cours de la même
période4.
En 2007 -2008, les délinquants autochtones représentaient 17,3 %
de la population totale de délinquants sous responsabilité fédérale
alors que les Autochtones adultes forment 4,0 % de la population adulte du
Canada. Les délinquants autochtones représentaient 19,6 % de
la population carcérale et 13,6 % des délinquants en liberté
sous condition. Dans le cas des femmes autochtones, cette surreprésentation
est encore plus marquée : elles comptaient pour 33,1 % de toutes
les femmes incarcérées5.
Une proportion de 49,4 % des délinquants autochtones admis dans des
établissements fédéraux en 2007-2008 avait moins de 30 ans,
contre seulement 38,6 % des délinquants non autochtones. L'âge
médian des délinquants autochtones à l'admission est de 30 ans,
comparativement à 33 ans pour les délinquants non autochtones6. Fait important
à noter, dans le groupe d'âge des 20 à 29 ans – celui
où les risques d'activités criminelles sont le plus élevés –
on prévoit une augmentation de plus de 40 % de l'activité criminelle,
ce qui équivaut à plus du quadruple du taux de croissance de 9 %
prévu pour le même groupe d'âge de la population non autochtone
7.
L'écart demeure important pour ce qui est des résultats positifs concernant
les délinquants autochtones d'un bout à l'autre du processus correctionnel
durant la peine, comparativement aux délinquants non autochtones. Ils purgent
une proportion plus grande de leur peine dans des établissements à
sécurité plus élevée et affichent des taux supérieurs
de réincarcération durant les périodes de mise en liberté
sous condition.
Toutefois, il n'est pas possible d'obtenir un aperçu complet de la situation
des délinquants autochtones simplement au moyen de données. Souvent,
les facteurs à l'origine des infractions commises par les délinquants
autochtones sont liés notamment à la toxicomanie, au cycle de violence
intergénérationnel, aux placements dans des pensionnats, aux faibles
niveaux d'instruction, au chômage, aux faibles taux de rémunération,
ainsi qu'aux conditions de logement et aux soins de santé inférieurs
aux normes. Il est nécessaire d'adopter une approche holistique lorsqu'on
travaille auprès des délinquants autochtones, car les questions sont
liées les unes aux autres. De même, les notions de « succès »
et de « progrès », dans le cas des délinquants
autochtones, peuvent nécessiter une compréhension plus holistique.
Les délinquants autochtonesdiffèrent considérablement des autres
délinquants à certains égards. Généralement,
ils sont plus jeunes; sont plus susceptibles d'avoir déjà purgé
une peine applicable aux adolescents et/ou aux adultes; sont incarcérés
plus souvent pour une infraction avec violence; présentent un taux de risque
plus élevé; ont des besoins plus grands (particulièrement dans
les domaines de la toxicomanie et de l'emploi); sont plus enclins à être
affiliés à un gang; ont davantage de problèmes de santé,
notamment des TCAF
et des troubles de santé mentale.
Ces questions dépassent de loin le mandat du
SCC. Cependant, le SCC
a une chance unique d'offrir des interventions et des programmes spécialement
conçus pour aborder les différents besoins et profils des délinquants
autochtones et de travailler de près avec les collectivités autochtones
pour assurer une réintégration efficace des délinquants dans
la société. Cette démarche est conforme au mandat et aux obligations
légales du SCC
et donne suite à la priorité du gouvernement qui consiste à
assurer la sécurité des collectivités.
Pendant qu'il tente de remédier à ces problèmes, le SCC doit également
se préparer à l'augmentation prévue du nombre de délinquants
autochtones dans les établissements correctionnels fédéraux
et au changement éventuel de leur répartition géographique.
Les prévisions concernant le taux d'augmentation de la population de délinquants
autochtones, plus particulièrement dans le groupe des 20 à 29 ans,
donnent à penser que ceux-ci continueront d'être surreprésentés
au sein des établissements correctionnels pendant la période de planification
quinquennale du SCC s'échelonnant
de 2009-2010 à 2014-2015. Selon les prévisions établies par
Statistique Canada jusqu'en 2017, la surreprésentation des Autochtones chez
les délinquants nouvellement condamnés continuera de s'intensifier
au sein des systèmes correctionnels fédéral et provinciaux/territoriaux,
en particulier dans l'Ouest et le Nord. On s'attend également à ce
que le nombre de délinquants autochtones incarcérés augmente
à la suite des modifications apportées au Code criminel relativement
aux armes à feu, aux infractions concernant l'affiliation à un gang,
à la déclaration de délinquant dangereux, à la conduite
avec facultés affaiblies et aux peines minimales obligatoires.
Dans ce contexte, il est crucial de se pencher sur le rôle et l'efficacité
du SCC dans la prestation
de services correctionnels aux délinquants autochtones. Par conséquent,
le BEC a réalisé
un examen exhaustif des progrès réalisés par le
SCC en vue de donner suite à ses plans stratégiques
et obligations concernant la population de délinquants autochtones dans certains
secteurs clés. Le présent rapport fait le point sur les progrès
réalisés par le SCC
et examine les enjeux actuels touchant les Autochtones. Il jette les bases sur lesquelles
le SCC prendra appui
pour mettre de l'avant son programme.
II. Engagements et obligations du
SCC
Ce rapport présente d'abord les principaux plans d'action et engagements
de l'administration centrale du SCC
relativement aux délinquants autochtones.
1. Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous
condition (LSCMLC)
Comme l'expose en détail l'annexe B, les articles 79 à 84 de la LSCMLC
définissent les obligations du
SCC dans le domaine des services correctionnels destinés aux
Autochtones. Voici un résumé de ces articles :
- L'article 80 prévoit que le
SCC doit offrir des programmes adaptés aux besoins
des délinquants autochtones;
- Aux termes de l'article 81, le
SCC peut conclure avec une collectivité autochtone un accord prévoyant
la prestation de services correctionnels aux délinquants autochtones;
- En vertu de l'article 82, le SCC
constitue un Comité consultatif autochtone national chargé de le conseiller
sur la prestation de services correctionnels aux délinquants autochtones;
- L'article 84 prévoit qu'avec le consentement du détenu qui sollicite
la libération conditionnelle dans une collectivité autochtone, le
Service donne à celle-ci un préavis de la demande, ainsi que la possibilité
de soumettre un plan pour la libération du détenu.
2. Directive du commissaire 702 – Services correctionnels pour Autochtones
La Directive du commissaire 702 (DC
702) a été complètement remaniée en 2008. Il s'agit
d'une directive publiée par le commissaire du Service correctionnel du Canada
en vertu des pouvoirs que lui confère la LSCMLC. La
DC 702 prévoit entre autres les priorités suivantes :
- Des interventions adaptées à la culture autochtone et répondant
aux besoins particuliers des délinquants autochtones doivent être offertes
à toutes les étapes de la gamme de soins;
- Tous les membres du personnel du
SCC doivent prendre en considération les antécédents
sociaux des délinquants autochtones lors de la prise de décisions
les concernant, conformément aux principes de l'arrêt Gladue;
- Suivant l'article 82 de la LSCMLC, il faut constituer un Comité consultatif
autochtone national chargé de conseiller le
SCC sur la prestation de services correctionnels aux délinquants
autochtones;
- Le sous-commissaire régional doit veiller à ce que les collectivités
autochtones participent au processus de réinsertion sociale des délinquants
autochtones qui retournent dans ces collectivités en vertu de l'article 84
de la LSCMLC, quand les délinquants y ont consenti;
- Le SCC doit offrir des
programmes correctionnels pour Autochtones afin de répondre aux besoins relevés
chez les délinquants autochtones;
- Les établissements à sécurité maximale peuvent mettre
en œuvre une stratégie d'intervention adaptée aux Autochtones
et visant à préparer les délinquants en vue de leur transfèrement
à une unité des Sentiers autochtones8 (intervention préparatoire);
- Les établissements à sécurité minimale peuvent mettre
en œuvre une stratégie d'intervention adaptée aux Autochtones
et s'adressant aux délinquants qui arrivent d'une unité ou rangée
des Sentiers autochtones (intervention postérieure);
- Toutes les méthodes de collecte de données ainsi que tous les rapports
de recherche et autres rapports renfermant des résumés statistiques
sur la gestion des délinquants ou les activités de programmes doivent
faire état de la proportion des données qui s'appliquent aux délinquants
et aux délinquantes autochtones à chaque niveau.
3. Plan stratégique du SCC
relatif aux services correctionnels pour Autochtones – 2006-2011
Le Plan stratégique donne un aperçu des initiatives que le SCC entreprendra au cours
de la période de cinq ans afin d'améliorer les résultats des
délinquants autochtones. Il précise que les ententes de rendement
de tous les cadres du SCC
les obligeront à rendre compte de leur contribution aux services correctionnels
pour Autochtones de façon à assurer l'intégration de ces initiatives
dans l'ensemble de l'organisation. Chaque année s'inspirera de l'année
précédente, ce qui produira des résultats mesurables à
la fin du plan quinquennal. On a défini trois objectifs clés :
1) Gamme de soins
Le Plan stratégique définit une vision des services correctionnels
pour Autochtones qui est axée sur un modèle de gamme de soins. Mis
en place en 2003, ce modèle prévoit des interventions spirituelles
et culturelles fournies par des Aînés et des programmes correctionnels
nationaux qui reposent sur leurs enseignements et leur orientation. Le Plan stratégique
prévoit que le SCC
doit assurer l'élaboration et la mise en œuvre intégrales du
modèle de gamme de soins. Pour ce faire, il doit notamment :
- renforcer l'administration des programmes correctionnels à l'intention des
Autochtones dans le cadre de la gamme de soins;
- élargir les unités de guérison des Sentiers autochtones à
toutes les régions dans les établissements pour hommes et pour femmes;
- parachever la mise en œuvre du plan d'action concernant les pavillons de ressourcement;
- définir une stratégie visant à donner suite aux besoins des
délinquants des régions nordiques, notamment les Inuits;
- concevoir et mettre en œuvre des instruments de classification et d'évaluation
adaptés à la culture autochtone et aux délinquantes;
- élaborer et mettre en œuvre des programmes adaptés à
la culture autochtone et aux délinquantes.
À l'échelle fédérale, le Conseil du Trésor a
approuvé un financement permanent de 3,7 millions de dollars par année
pour : étendre les unités de guérison des Sentiers autochtones
aux régions de l'Atlantique, de l'Ontario et du Pacifique ainsi qu'à
un établissement pour délinquantes; poursuivre les travaux des agents
de développement auprès de la collectivité autochtone (ADACA)
déjà en poste afin de faire participer activement les collectivités
autochtones à la planification de la mise en liberté des délinquants
autochtones. Le SCC doit
fournir au Conseil du Trésor, d'ici le 30 juin 2009, une évaluation
de l'apport de ces initiatives aux résultats généraux du SCC en matière de réinsertion
sociale. Le Plan stratégique mentionne également l'utilisation de
l'article 84 de la LSCMLC.
2) Collaboration horizontale
Dans le cadre de ce volet, le SCC
renforcera la collaboration au sein de son organisation et du ministère de
la Sécurité publique, ainsi qu'avec les autres ordres de gouvernement,
les organisations autochtones et les intervenants, afin de contribuer au développement
des collectivités autochtones et d'aider les délinquants autochtones
dans leur processus de guérison. Les initiatives mettront l'accent sur la
collaboration interne : veiller à ce que les mécanismes
de planification, de rapports et de responsabilisation à tous les échelons
du SCC incluent la dimension
autochtone.
3) Obstacles systémiques
Cette section vise à éliminer les obstacles systémiques internes
et à enrichir la compétence culturelle du
SCC pour qu'il puisse y parvenir. Pour ce faire, le
SCC s'emploiera notamment :
- à surveiller et à cerner les obstacles correctionnels systémiques
pour les délinquants autochtones, de manière permanente;
- à améliorer le recrutement, le perfectionnement et le maintien en
poste des employés autochtones à tous les échelons de l'organisation;
- à perfectionner la compétence culturelle de tout le
SCC afin de faciliter les opérations adaptées à la
culture.
4) Engagement envers les résultats
On mesurera les résultats en matière de sécurité du
public atteints avec les délinquants autochtones par rapport aux résultats
généraux obtenus par le
SCC dans ce domaine en évaluant l'écart dans les résultats
entre la récidive avec violence et sans violence chez les délinquants
autochtones et non autochtones. Le
SCC entend déterminer dans quelle mesure les interventions
axées sur les Autochtones ont contribué à améliorer
les résultats obtenus avec ces délinquants en comparant ces résultats
avec ceux des délinquants autochtones qui n'auront pas profité de
ce type d'intervention.
4. Plan stratégique pour la gestion des ressources humaines autochtones 2008-2009-2010-2011
La stratégie nationale de recrutement du
SCC découle, du moins en partie, de la conclusion selon laquelle
les programmes et les services donnés dans le cadre de la gamme de soins
sont plus efficaces lorsqu'ils sont fournis par des employés autochtones.
En décembre 2000, le SCC
a adopté la Stratégie nationale de recrutement des Autochtones, laquelle
est maintenant intégrée au Plan stratégique pour la gestion
des ressources humaines autochtones. On fera le point sur sa mise en œuvre
dans le Rapport sur les plans et les priorités du Ministère, le Rapport
ministériel sur le rendement et le Cadre de gestion. Il sera officialisé
et fera l'objet d'un compte rendu à l'intention du Comité de gestion
des ressources humaines selon un cycle convenu.
5. Programme de transformation et rapport du Comité d'examen du SCC
En 2007, le gouvernement du Canada a publié le rapport du Comité d'examen
du SCC intitulé
Feuille de route pour une sécurité publique accrue. Ce rapport
contient des recommandations pour que le gouvernement revoie les priorités
et les stratégies du SCC.
Le SCC a reçu
des fonds pour mettre en œuvre un programme de transformation dans le but
de donner suite à diverses recommandations, ce qu'il est d'ailleurs en train
de faire. Le rapport contient 109 recommandations réparties dans cinq
domaines clés. Les recommandations reproduites ci-dessous touchent tout particulièrement
les délinquants autochtones :
- Que le SCC fasse de l'emploi
sa toute première priorité pour aider les délinquants autochtones
à se réinsérer dans leur collectivité;
- Que le SCC mobilise des
ressources pour répondre aux besoins particuliers des délinquants
autochtones, comme des programmes correctionnels adaptés à leurs besoins;
- Que le SCC se dote des
moyens nécessaires pour mesurer les résultats de ces programmes efficacement;
- Que le SCC revoie l'évaluation
de la santé mentale des délinquants autochtones à l'admission
et mette en place des techniques de dépistage efficaces;
- Que le SCC détermine
s'il convient d'augmenter le nombre d'ADACA;
- Que d'autres unités de Sentiers autochtones soient ouvertes dans des pénitenciers
du SCC;
- Que le SCC examine sa
structure de financement pour s'assurer qu'elle permet de répondre pleinement
aux besoins opérationnels des pavillons de ressourcement;
- Que le SCC poursuive
sa collaboration avec les autorités des territoires pour répondre
aux besoins particuliers des délinquants, notamment des délinquants
inuits, qui retournent vivre dans le Nord;
- Qu'une attention particulière soit accordée aux effets des TCAF, surtout chez
les délinquants autochtones;
- Que le SCC procède
à un examen complet de la capacité de conclure des ententes avec les
collectivités autochtones en vertu des articles 81 et 84 de la LSCMLC;
- Que le SCC examine ses
stratégies actuelles en matière de ressources humaines, tout en veillant
à ce qu'il y ait une représentation appropriée des Autochtones,
notamment des conseillers spirituels, des agents de liaison autochtones (ALA) et des membres du personnel
des établissements pour femmes.
6. Ébauche de Stratégie relative au cadre de responsabilisation
des services correctionnels pour Autochtones – Mars 2009
Lors de la rédaction du présent rapport, le document de travail portant
sur la stratégie provisoire était examiné par les divers intervenants.
Une fois que la stratégie aura été adoptée officiellement,
on cherchera à opérationnaliser et mettre à jour le Plan stratégique
relatif aux services correctionnels pour Autochtones de 2006 dont il a été
question précédemment. Selon le
SCC, la Stratégie permettra de cerner les réussites
et les lacunes existantes liées à la gamme de soins, d'élaborer
des mesures concrètes et de définir les résultats attendus,
ainsi que de préciser le degré de responsabilité de chaque
région et de chaque responsable de secteur en ce qui concerne les produits
livrables.
Le cadre de responsabilisation quinquennal proposé sera directement axé
sur l'atteinte de résultats annuels, évolutifs et mesurables. La Stratégie
suivra entre autres les principes suivants :
- Assurer la conformité avec tous les cadres établis par les lois et
les politiques qui se rapportent à la prise en charge des délinquants
autochtones (articles 4 et 78 à 84 de la LSCMLC, l'arrêt Gladue
rendu par la Cour suprême, la DC no 702
et diverses DC et politiques);
- Souligner que l'appropriation et la responsabilité des résultats liés
aux services correctionnels pour Autochtones relèvent et doivent continuer
de relever des responsables de secteur et du sous-commissaire adjoint, Opérations
en établissement;
- Signaler aux gestionnaires et aux cadres supérieurs (c.-à-d. les directeurs
d'établissement et les directeurs de district) qu'ils doivent faire preuve
d'engagement et de leadership pour mettre en œuvre le cadre stratégique;
- La Stratégie décrit l'orientation, la vision et le plan d'action appropriés
et elle est axée sur les résultats pour garantir la responsabilisation
des intervenants et l'amélioration des résultats initiaux concernant
les délinquants autochtones;
- La Stratégie précise que le recrutement à tous les échelons
de l'organisation d'un personnel compétent et sensibilisé à
la culture autochtone est essentiel pour obtenir les résultats attendus;
- Assurer l'adoption d'un programme de recrutement intensif d'employés autochtones
en vue d'accroître leur représentation au sein de l'effectif;
- Établir des partenariats avec diverses collectivités autochtones et
divers intervenants et les mobiliser;
- Aider les Aînés/conseillers spirituels et les chefs des collectivités
autochtones à participer au continuum de la prise en charge des délinquants
autochtones;
- Souligner qu'il est nécessaire de disposer d'une structure organisationnelle
interne solide pour orienter, coordonner, mettre en œuvre et suivre le Cadre
stratégique de responsabilisation, ainsi que pour établir des rapports
à ce sujet;
- Des ententes de rendement seront liées à cette stratégie.
À la fin de la consultation, on élaborera un cadre de responsabilisation,
qui comprendra notamment des résultats escomptés, des repères
et des critères de mesure. La Stratégie relative au cadre de responsabilisation
des services correctionnels pour Autochtones vise un résultat particulier :
l'obtention de résultats significatifs. Les trois secteurs importants signalés
sont les suivants : élaborer des interventions efficaces et culturellement
adaptées pour les délinquants autochtones; réduire l'écart
observé au chapitre des chances d'épanouissement des délinquants
autochtones; éliminer les obstacles systémiques et améliorer
les compétences culturelles du
SCC.
La stratégie provisoire propose les résultats intermédiaires
suivants pour les cinq prochaines années :
- Une augmentation du nombre de réévaluations qui mènent à
la réduction de la cote de sécurité de délinquants autochtones.
- Une augmentation du nombre de transfèrements de délinquants autochtones
d'établissements à sécurité élevée vers
des pavillons de ressourcement.
- Une augmentation du nombre de libérations en vertu de l'article 84.
- Une augmentation du nombre de décisions favorables relatives à la
libération conditionnelle de délinquants autochtones.
- Une diminution du nombre de libérations d'office de délinquants autochtones.
- Une réduction de la participation des délinquants autochtones à
des crimes avec violence au sein de la collectivité.
- Une structure de soutien améliorée pour les délinquants autochtones
dans la collectivité.
- Une amélioration des résultats de référence pour toutes
les catégories.
- L'augmentation de l'emploi chez les délinquants autochtones libérés.
Ces résultats cibles seront élaborés de concert avec les parties
concernées, et les mesures connexes seront mises en œuvre de façon
progressive au cours de chacune des cinq prochaines années, avec des cibles
à long terme qui s'étendent sur dix ans. Les progrès se manifesteront
de façon progressive dans le cadre d'une approche assortie de cibles annuelles,
établies en consultation avec toutes les parties intéressées.
Cette approche a pour objectif d'améliorer la qualité et l'obtention
en temps voulu des plans de libération. Le plan sera réévalué
chaque année.
7. Projets spéciaux
1) Cadre correctionnel pour le Nord
En décembre 2004, le SCC
a publié un document de travail intitulé Élaboration et gestion
d'un cadre correctionnel pour le Nord. Le
SCC a entrepris l'élaboration d'un cadre correctionnel
pour le Nord dans le but de mieux comprendre la culture inuite et d'élaborer
des stratégies plus efficaces pour aider les délinquants inuits à
réintégrer leur collectivité. Il faut tenir compte notamment
des différences relevées chez les délinquants inuits au chapitre
des infractions, des besoins, du milieu familial et des caractéristiques
culturelles, qui révèlent que des modes d'intervention distincts sont
nécessaires pour ce groupe. Il faut également se pencher sur les connaissances
du personnel en ce qui concerne la culture inuite (15 % des employés
rencontrés ont reçu une formation sur les questions inuites). Un autre
document de travail a été publié en janvier 2006; toutefois,
jusqu'ici, aucune mesure significative n'a été mise en œuvre.
2) Délinquants autochtones – Échelle de réévaluation
de la cote de sécurité
Le SCC a entrepris une
analyse des besoins afin de déterminer si son échelle de réévaluation
de la cote de sécurité9
devait être révisée dans le cas des hommes autochtones. Un rapport
devait être publié en décembre 2007, puis être approuvé
par la Direction de la recherche avant la fin de décembre 2007. En mars 2008,
on a appris que le rapport faisait l'objet d'une révision approfondie et
des processus d'approbation en conséquence. Le
SCC a fait savoir qu'il mettrait en place de nouveaux outils d'évaluation
d'ici la fin de l'année financière 2009-2010.
III. État de la situation
Cette section du rapport évalue les progrès réalisés
par le SCC dans la mise
en œuvre de son programme correctionnel destiné aux Autochtones dans
plusieurs secteurs clés. Le Plan stratégique 2006 relatif aux
services correctionnels pour Autochtones prévoyait plus de 200 mesures
à prendre, dont la grande majorité devait être mise en œuvre
au plus tard en mars 2007. Bon nombre de ces mesures prometteuses et ambitieuses
n'ont pas encore été entièrement mises en œuvre; par
conséquent, on n'est pas encore parvenu à renverser les tendances
déconcertantes relatives aux délinquants autochtones. Les statistiques
du SCC confirment que
la situation des délinquants autochtones se détériore dans
de nombreux domaines où le SCC
pourrait avoir une influence positive. Dans de nombreux secteurs clés ayant
trait aux délinquants autochtones, les écarts sur le plan des résultats
correctionnels se sont en fait creusés.
1. Situation financière
D'entrée de jeu, il est important de souligner que la capacité financière
du SCC de remplir son
mandat et ses engagements prévus par la loi influe sur les progrès
réalisés à l'égard des résultats profitant aux
délinquants autochtones. Le
BEC a constaté que le
SCC éprouve de sérieuses difficultés à
remplir son mandat et à maintenir sa contribution à la sécurité
publique en raison de l'évolution du profil des délinquants et de
l'escalade rapide des coûts. Comme l'indique le Rapport sur les plans et les
priorités (RPP) 2006-2007
du SCC, 90 % des
dépenses du SCC
sont non discrétionnaires, comme les salaires (y compris les heures supplémentaires),
les services publics, les services d'alimentation, les services médicaux
et l'entretien des installations vieillissantes.
Cette situation nuit à la capacité du
SCC de remplir son mandat prévu dans la loi et les politiques,
en particulier pour ce qui est des programmes de réinsertion sociale des
délinquants. Selon le BEC,
le SCC devrait recevoir
de nouveaux fonds permanents afin de pouvoir s'acquitter pleinement de son mandat
en matière de sécurité publique et de compenser pour les résultats
prévisibles découlant de l'austérité budgétaire.
Dans le budget fédéral annoncé en mars 2007, le gouvernement
a reconnu la nature critique de la situation et a alloué de nouveaux fonds
pour atténuer temporairement les pressions financières que subissait
le SCC. À l'heure
actuelle, le SCC consacre
37 millions de dollars par année à ses programmes correctionnels
de base (dont ceux destinés aux femmes et aux Autochtones). Les programmes
de base visent à réduire les taux de récidive et à favoriser
la réinsertion sociale sans risque des délinquants. Il s'agit notamment
de programmes de maîtrise de la colère, de lutte contre la toxicomanie
et de gestion de problèmes d'ordre familial. Cette somme comprend la formation
et les coûts liés au personnel, au contrôle de la qualité,
à la gestion des programmes et aux commis à la rémunération
des détenus. Ce niveau de dépenses représente moins de 2 %
du budget annuel du SCC
et n'a pas changé au cours des dernières années, et ce, malgré
l'augmentation des fonds destinés aux programmes.
Il convient de noter que le SCC
a obtenu l'approbation nécessaire pour réinvestir 48,81 millions
de dollars dans le cadre de la mise en œuvre du Programme de transformation.
Cette somme servira, entre autres objectifs plus généraux, à
augmenter le nombre de programmes de traitement destinés à répondre
aux besoins du nombre croissant de délinquants autochtones incarcérés.
À la suite des recommandations du Comité d'examen, le
SCC est en voie d'élaborer un modèle de programme correctionnel
intégré pour les Autochtones, qui vise à atteindre un équilibre
entre les interventions correctionnelles et celles favorisant la guérison.
Ce modèle n'a pas encore fait l'objet d'un projet pilote. Par conséquent,
on ne sait pas encore exactement comment, où et dans quelle mesure de nouvelles
ressources financières seront consacrées aux délinquants autochtones.
2. Accès aux programmes
Le SCC s'acquitte-t-il
de son obligation prévue à l'article 80 de la LSCMLC et respecte-t5-il
les nombreux engagements qu'il a pris au fil des ans en vertu de politiques et qui
concernent l'exécution de programmes conçus tout particulièrement
pour répondre aux besoins des délinquants autochtones?
Les données à court terme pour les délinquants ayant participé
aux interventions axées sur les Autochtones donnent à penser qu'il
est possible de réduire davantage le risque de récidive grâce
à des programmes et à des services adaptés à la culture
dans la gamme de soins10.
Toutefois, ces programmes et services ne sont pas encore accessibles à tous
les délinquants autochtones en établissement et dans la collectivité.
Bon nombre des programmes correctionnels autochtones à l'échelle nationale
font toujours l'objet de projets pilotes ou n'ont été mis en œuvre
que depuis peu.
L'accès est toujours limité aux programmes offerts dans la collectivité,
surtout pour les délinquants autochtones et les délinquantes. On note
des retards dans l'évaluation et la mise en œuvre des programmes nationaux
pour Autochtones, ainsi qu'un manque chronique de programmes de base conçus
spécialement pour les Autochtones dans les établissements à
sécurité maximale. Cela veut dire que les délinquants autochtones,
qui ne peuvent pas mettre en pratique leur plan correctionnel, doivent être
transférés à des établissements de niveau de sécurité
moindre pour avoir accès aux programmes pour Autochtones. De plus, on constate
une pénurie d'intervenants et d'agents de programmes pour dispenser les programmes
qui s'adressent particulièrement aux Autochtones, ainsi qu'une insuffisance
de programmes de lutte contre les gangs dans des établissements.
Au cours des dix dernières années, le
SCC a mis en place des initiatives et des programmes très positifs
pour les délinquants autochtones, dont les suivants : des pavillons
de ressourcement en vertu de l'article 81 de la LSCMLC; des programmes de base
pour les Autochtones, dont les Cercles de changement, En quête du guerrier
en vous, le Programme pour délinquants autochtones toxicomanes; des initiatives
de programmes qui concernent des unités opérationnelles particulières,
dont les unités des Sentiers autochtones, qui sont des milieux de vie dans
des établissements à sécurité moyenne qui visent à
répondre aux besoins des délinquants autochtones sur les plans culturel
et spirituel. Le SCC
encourage également les pratiques traditionnelles et spirituelles, ainsi
que les cérémonies, dont les enseignements relatifs à la suerie
et à la longue maison, et il favorise la présence d'Aînés
qui agissent en tant que conseillers en orientation.
Ces initiatives sont souvent offertes dans certaines localités plutôt
que d'être mises en œuvre à l'échelle nationale de manière
cohérente. Par conséquent, elles aident peu à combler l'écart
entre les résultats correctionnels des délinquants autochtones et
ceux des autres délinquants. La pénurie des locaux perdure, ce qui
retarde la mise en œuvre de programmes destinés aux Autochtones au
sein du SCC. Les programmes
et les initiatives pour les Autochtones comme En quête du guerrier en vous
et Sentiers autochtones ont besoin de locaux qui leur sont destinés spécifiquement.
Malgré certaines similitudes, les profils des délinquants autochtones,
métis et inuits de sexe masculin et de sexe féminin sont généralement
différents. Chaque groupe présente des antécédents,
des infractions et des besoins particuliers, qui nécessitent des modes d'intervention
différents pour mettre en œuvre les programmes et les services correctionnels.
Selon le SCC, en mars 2009,
on avait entrepris la mise en œuvre d'un programme de guérison de base
pour Autochtones et on avait commencé à étendre le PDAT. Le
rapport d'étape du SCC
daté de mars 2009 et destiné au
BEC révèle qu'à l'heure actuelle, le Programme
de base de guérison est offert à cinq endroits au pays. En février
et en mars 2009, 15 autres intervenants de programmes et Aînés
ont été dûment formés. Le
PDAT était offert à 11 endroits au pays. En octobre
et en novembre 2008, on a assuré la formation de 15 autres intervenants
de programmes et Aînés. D'autres projets pilotes visant le PDAT étaient
en voie de se terminer (Stony Mountain et Kwikwexwelhp). Le manuel du PDAT fera
l'objet de derniers changements et devrait être distribué à
l'échelle nationale d'ici l'été de 2009.
Bien que des progrès aient été réalisés à
l'égard du
PDAT et du Programme de guérison de base, la stratégie
de gestion et d'intervention auprès des membres de gangs autochtones prend
du temps à devenir réalité, et ce, même si l'on sait
qu'il s'agit d'un enjeu correctionnel depuis des années. Selon le SCC, en février 2009,
une stratégie nationale de gestion des gangs a été présentée
au Comité de direction du SCC,
qui l'a approuvée. Cette stratégie porte sur les membres des gangs
qui sont d'origine autochtone. D'ici la fin du mois d'avril 2009, le SCC doit élaborer un
« livre blanc » complet sur la Stratégie nationale
de gestion des gangs et le présenter au Comité de direction.
Par ailleurs, selon le SCC,
l'élargissement des unités des Sentiers autochtones est tributaire
de la présentation d'un premier rapport au Conseil du Trésor en juin 2009.
Ce rapport présentera des statistiques à jour et des justifications
quant au financement et à l'efficacité des unités des Sentiers
autochtones au cours des cinq dernières années. À l'heure actuelle,
201 places sont réparties dans sept établissements à
la grandeur du Canada. D'autres unités des Sentiers autochtones ne reçoivent
pas officiellement de financement.
Pour ce qui est de l'ouverture d'unités des Sentiers autochtones dans les
établissements à sécurité minimale et maximale, le SCC a indiqué que ces
établissements ont toujours la possibilité d'allouer des ressources
existantes au programme. En date du mois de mars 2009, on dénombrait
12 places pour les interventions préalables aux Sentiers autochtones
un peu partout au pays, ainsi que 58 places pour les interventions postérieures
aux Sentiers autochtones.
En ce qui concerne les programmes destinés aux femmes autochtones, plus particulièrement
dans les régions de l'Atlantique, de l'Ontario et du Québec, le SCC a fait savoir qu'en date
du mois de mars 2009, la région de l'Atlantique était sur le
point d'embaucher un Aîné, la région du Québec avait
envoyé un Aîné et un agent de liaison autochtone suivre la formation
sur le Programme pour les femmes autochtones au début de l'année 2009
et que la région de l'Ontario avait embauché un Aîné
en 2008, mais qu'elle devait toujours recruter et former un intervenant de programmes.
Compte tenu de la pénurie étayée de programmes pour les délinquantes
autochtones, que connaissent tout particulièrement ces régions depuis
des années, le processus de recrutement et de formation semble prendre du
retard, et ce, sans raison justifiée.
Dans l'ensemble, lorsque les délinquants sont mis en liberté des établissements,
il leur reste très peu de liens avec la collectivité autochtone, grâce
auxquels ils peuvent recevoir de l'aide pour s'établir et tisser de nouveau
des liens (tel que l'exige le modèle de gamme de soins). De plus, il y a
toujours pénurie d'Aînés qui donnent des conseils au sein des
établissements, comme il est question dans la rubrique sur les ressources
humaines.
Même si le SCC
connaît dans l'ensemble les problèmes qui affligent les services correctionnels
pour Autochtones et qu'il a réalisé des progrès au moyen d'initiatives
et de progrès précis, comme le
PDAT, le Programme de guérison de base et Sentiers autochtones,
il existe peu de moyens de forcer le
SCC à rendre des comptes au chapitre de l'exécution
des programmes. Par exemple, ni le Plan stratégique ni la
DC 702 ne prévoient des résultats précis
et un rendement particulier. Ils n'indiquent pas non plus comment, concrètement,
le SCC veillera à
ce que les délinquants autochtones aient accès, au moment opportun
et sans entrave, aux programmes et services, peu importe la classification et la
région. En général, les politiques du
SCC présentent des lacunes sur le plan des indicateurs de rendement
ayant trait aux programmes, de l'établissement de rapports et de l'attribution
des responsabilités. Elles comptent peu de détails sur l'exécution
des programmes de base et, comme nous l'avons mentionné précédemment,
le programme des Sentiers autochtones se limite toujours aux établissements
à sécurité moyenne et, dans les établissements à
sécurité maximale et minimale, sa mise en œuvre est laissée
à la discrétion des autorités carcérales, ce qui mène
à des incohérences dans l'ensemble du pays.
3. Sécurité et classification
L'impropriété des outils de classement selon le niveau de sécurité
pour les délinquants autochtones et les délinquantes est jugée
comme un grave problème depuis plus d'une dizaine d'années. Au fil
des ans, le BEC a
exprimé une inquiétude à l'égard de la tendance consistant
à classer les délinquants autochtones à un niveau de sécurité
trop élevé et relativement à l'application par le
SCC des outils actuariels d'évaluation du risque11, y compris les échelles
permettant de mesurer le potentiel de réinsertion sociale.
En effet, dans son RPP
de 2008-2009, le SCC
a fait les observations suivantes :
- Les détenus issus des Premières nations ou d'origine métisse
ou inuite sont classés à un niveau de sécurité trop
élevé, ce qui signifie que le pourcentage d'entre eux qui sont incarcérés
dans les établissements à sécurité minimale est deux
fois moins élevé que chez les délinquants non autochtones;
- Le placement en établissement à sécurité maximale et
en isolement limite l'accès aux interventions accrues qui sont disponibles
dans les établissements à sécurité inférieure;
- Les délinquants autochtones sont plus susceptibles d'être affiliés
à un gang;
- Le taux de concordance des délinquants qui obtiennent une cote de sécurité
minimale sur l'Échelle de classement par niveau de sécurité
et qui sont bel et bien placés dans un établissement pénitentiaire
à sécurité minimale était beaucoup moins élevé
dans le cas des délinquants autochtones que dans le cas des autres délinquants
(56 % et 69 %, respectivement);
- Les délinquants qui sont atteints de troubles mentaux et/ou de TCAF peuvent avoir
un comportement perturbateur et explosif, ce qui nuit tant aux délinquants
qu'aux membres du personnel. Cette population est aussi fortement susceptible d'être
victime d'agressions de la part des autres délinquants. En raison de facteurs
complexes, ces délinquants sont aussi moins susceptibles de participer pleinement
à leurs plans correctionnels et aux programmes prescrits ou moins aptes à
le faire.
Surclassement et isolement
Lors de leur évaluation initiale effectuée au moyen de l'Échelle
de classement par niveau de sécurité (ECNS),
les délinquants autochtones obtiennent une cote de sécurité
maximale ou moyenne dans une proportion plus élevée que les délinquants
non autochtones (en moyenne, 80% des délinquants autochtones contre 66 %
des délinquants non autochtones). Cette situation est demeurée constante
de 2001-2002 à 2006-200712.
La situation est encore pire dans le cas des délinquantes autochtones, qui,
à la fin du mois de septembre 2007, représentaient 45 %
des femmes sous responsabilité fédérale incarcérées
dans les établissements à sécurité maximale, 44 %
de celles détenues dans les établissements à sécurité
moyenne et seulement 18 % de celles se trouvant dans les établissements
à sécurité minimale13.
Niveaux de sécurité des Autochtones et des non-Autochtones incarcérés
dans les établissements fédéraux
|
Maximale
|
431
|
16,65%
|
1 997
|
18,92%
|
2 428
|
|
Moyenne
|
1 528
|
59,02%
|
6 045
|
57,27%
|
7 573
|
|
Minimale
|
275
|
10,62%
|
1 706
|
16,16%
|
1 981
|
|
Multisécuritaire
|
355
|
13,71%
|
807
|
7,65%
|
1 162
|
Source : Système intégré de rapports du SCC, 24 mai 2009
La proportion des cas de surclassement ou de sous-classement par suite de l'application
de l'ECNS
est légèrement inférieure pour les délinquants autochtones
que pour les autres délinquants. De 2001-2002 à 2006-2007, 17 %
des résultats obtenus au moyen de l'ECNS
en moyenne n'ont pas été respectés dans le cas des délinquants
autochtones, comparativement à 20 % dans le cas des autres délinquants.
Cette situation s'est produite malgré le fait que la politique du SCC indique clairement que
le recours au sous-classement doit être envisagé dans le cas des délinquants
autochtones lorsqu'ils peuvent bénéficier de programmes pertinents14.
La proportion des surclassements a été plus élevée dans
le cas des délinquants autochtones par rapport aux autres délinquants
(moyenne sur cinq ans : 51 et 46 %, respectivement). Le taux des
délinquants qui, après avoir obtenu un résultat sur l'ECNS les qualifiant
pour un placement dans un établissement à sécurité minimale,
se retrouvent réellement dans un établissement de ce niveau est beaucoup
moins élevé dans le cas des délinquants autochtones comparativement
aux autres délinquants. Toutefois, les délinquants autochtones obtiennent
autant de succès que les autres délinquants dans les établissements
à sécurité minimale, mais ont moins souvent la chance d'y être
placés15.
En raison de leur surclassement vers les établissements à sécurité
maximale où il existe une pénurie chronique de programmes de base
répondant à leurs besoins, les délinquants autochtones ne peuvent
pas se conformer à leurs plans correctionnels ni être transférés
dans des établissements à sécurité inférieure,
où des programmes leur sont offerts. Cela signifie également qu'ils
doivent souvent purger leur peine dans des endroits éloignés de leur
famille et de leur collectivité d'origine, qui peuvent jouer un rôle
clé dans leur réadaptation et leur réinsertion sociale.
Les délinquants autochtones sont aussi placés en isolement plus souvent
que les autres délinquants et, lorsqu'ils le peuvent, ils ont très
peu accès aux programmes susceptibles de les aider à être transférés
vers un établissement à sécurité inférieure16. L'affiliation
à un gang joue un rôle important dans le placement en isolement préventif
dans la région des Prairies, où les gangs autochtones sont très
présents. Par conséquent, le
BEC demande que l'on s'emploie davantage à élaborer
des interventions efficaces auprès des gangs autochtones.
En raison du surclassement, du placement en isolement et du manque d'accès
aux programmes pour Autochtones qui en découle, les délinquants autochtones
sont désavantagés lorsque vient le temps d'obtenir une mise en liberté
sous condition (libération conditionnelle), car il se peut qu'ils n'aient
pas pu respecter leur plan correctionnel et qu'on ne juge pas qu'ils se soient suffisamment
réadaptés. La combinaison du surclassement et de l'absence de programmes
destinés aux Autochtones montre à quel point les obstacles systémiques
peuvent nuire à la réinsertion sociale efficace et en temps opportun
des délinquants autochtones. Cette situation constitue un début d'explication
pour justifier pourquoi la réinsertion sociale des délinquants autochtones
est considérablement moins efficace que celle des autres délinquants.
Par conséquent, le BEC
a déjà recommandé que le
SCC :
- mette en œuvre un processus de classement selon le niveau de sécurité,
qui mettra fin au surclassement des délinquants autochtones;
- accélère l'accès aux programmes et services qui réduiront
considérablement la période d'incarcération des délinquants
autochtones dans les établissements à sécurité moyenne
et maximale;
- augmente considérablement le nombre de délinquants autochtones incarcérés
dans les établissements à sécurité minimale;
- augmente considérablement le nombre de délinquants autochtones qui
se présentent devant la Commission nationale des libérations conditionnelles
à la première date d'admissibilité17.
Échelle de réévaluation du potentiel de réinsertion
sociale
Les cotes de sécurité établies au moyen des échelles
d'évaluation sont généralement plus élevées dans
le cas des délinquants autochtones en partie parce qu'ils sont incarcérés
en plus grand nombre à la suite d'infractions avec violence. Toutefois, ce
simple facteur ne suffit pas à expliquer l'écart qui existe entre
les délinquants autochtones et les autres délinquants.
Il arrive que les délinquants autochtones soient incarcérés
pendant de plus longues périodes et qu'ils passent moins de temps dans la
collectivité parce que les mesures d'évaluation du risque ne sont
pas appliquées correctement, comme les résultats de l'Échelle
de réévaluation du potentiel de réinsertion sociale (ERPRI).
Cette échelle est utilisée pour aider la réinsertion sociale
des délinquants et orienter l'intervention en conséquence. L'ERPRS
n'a cependant fait l'objet d'aucune validation en milieu autochtone, et certains
intervenants se demandent si elle favorise la propagation de préjugés
culturels au sein du système correctionnel18.
Il existe des différences significatives entre le profil des délinquants
autochtones et non autochtones en milieu carcéral fédéral.
Ces différences sont à l'effet que les Autochtones par rapport aux
non-Autochtones sont cotés moins souvent à risque faible sur l'ERPRS,
soit 13,2 % par rapport à 33,2 %, et plus souvent à risque
élevé, soit 41,6 % par rapport à 22,6 %. En plus
d'être cotés plus souvent à risque élevé de récidive,
les délinquants autochtones sont cotés moins souvent à un niveau
de besoin faible sur l'ERPRS,
soit 14,1 % par rapport à 30,8 %, et plus souvent à un niveau
de besoin élevé, soit 41,1 % par rapport à 26,0 %19.
On estime qu'une proportion plus importante de délinquants autochtones présente
un faible potentiel de réinsertion sociale. Au moment de leur admission,
plus des deux tiers (69 %) des délinquants autochtones incarcérés
se voient attribuer un faible potentiel de réinsertion sociale, comparativement
à 36 % des délinquants non autochtones 20.
Au cours des dernières années, le
SCC s'est engagé à réexaminer les échelles
de réévaluation du niveau de sécurité des délinquants
autochtones de sexe masculin. Cependant, seulement en mars 2009, le BEC a reçu deux
rapports de recherche provisoires du
SCC sur ce sujet, soit :
- Examen de l'Échelle de réévaluation du niveau de sécurité
pour les délinquants autochtones et non autochtones de sexe masculin;
- Réévaluation du niveau de sécurité pour les délinquants
autochtones de sexe masculin : résultats d'une évaluation des
besoins.
En dépit des demandes répétées faites auprès
du SCC pour qu'il mette
en œuvre un processus de classement par niveau de sécurité qui
mettra fin au surclassement des délinquants autochtones, le SCC indique que, selon ces
rapports, l'ERCS
réussit à classer les délinquants autochtones au niveau de
sécurité approprié, qu'aucun préjugé ne mène
au surclassement des délinquants autochtones et qu'il n'est pas nécessaire
de créer un instrument d'évaluation propre aux Autochtones. De manière
plus générale, il convient de souligner qu'un pourcentage disproportionné
de délinquants autochtones est évalué comme présentant
de grands besoins et un risque élevé à l'égard de la
plupart des critères, surtout en raison d'antécédents sociaux
liés aux désavantages et à la discrimination. Conformément
à la directive du commissaire 705-7 (Cote de sécurité
et placement pénitentiaire), « le personnel respectera l'esprit
et l'objet de l'arrêt de la Cour suprême dans l'affaire Gladue et tiendra
compte des facteurs suivants :
- antécédents d'éclatement familial, par exemple le placement
du délinquant dans un pensionnat, ou antécédents familiaux
de placements dans des pensionnats;
- chômage en raison du manque d'occasions ou d'options;
- manque d'instruction ou manque d'utilité de l'instruction reçue;
- antécédents de toxicomanie;
- antécédents de discrimination systémique et directe;
- participation antérieure à des programmes de justice réparatrice/antécédents
de sanctions communautaires;
- antécédents de participation à des cérémonies,
des activités et des enseignements traditionnels autochtones;
- antécédents de vie dans une réserve ou hors réserve ».
La question, qui est examinée en détail plus loin dans le présent
rapport, consiste à déterminer si le
SCC tient compte adéquatement des principes de l'arrêt
Gladue lorsqu'il prend des décisions en matière de classification.
Autres outils d'évaluation
Pour ce qui est de l'engagement pris dans le Plan stratégique de 2006 en
vue de concevoir et de mettre en œuvre des instruments de classification et
d'évaluation adaptés à la culture autochtone et aux délinquantes,
en avril 2009, le SCC
a fait savoir ce qui suit :
- la version révisée du processus d'identification et d'analyse des
facteurs dynamiques fera l'objet d'un projet pilote au cours de la présente
année financière. Il s'agit notamment de questions incitatives pour
les entrevues et de textes d'aide qui tiennent compte des différences entre
les hommes et les femmes et qui sont adaptés à la réalité
culturelle;
- outil de classement initial par niveau de sécurité : un projet
pilote est en cours dans quatre villes (Vancouver, Toronto, Edmonton et Montréal),
et le contrat a été prolongé jusqu'en septembre 2011.
L'entrepreneur a prévu l'examen de questions touchant les femmes autochtones
et des consultations à ce sujet. Les femmes autochtones seront représentées
adéquatement (30 %) lors du projet pilote et dans les échantillons
sur le terrain.
En mars 2009, le SCC
a fait savoir que le rapport sur l'échelle de prévision du risque
particulière pour les Inuits serait terminé au plus tard le 31 mars 2009
et qu'il serait envoyé au
BEC. Lors de la rédaction du présent rapport, soit à
la fin du mois d'avril 2009, le
BEC n'avait toujours pas reçu ce rapport.
Toujours en mars 2009, le SCC
a indiqué que la recherche sur une échelle d'évaluation des TCAF se poursuivait.
En raison des ressources limitées, l'échelle ne sera pas terminée
avant 2012. La date qui avait été fixée au départ
traduisait un optimisme exagéré.
Le Comité d'examen du SCC
a fait ressortir l'importance d'accorder une attention particulière aux répercussions
des TCAF,
en particulier dans le cas des délinquants autochtones. En effet, depuis
au moins dix ans, les
TCAF sont reconnus clairement comme un facteur important de santé
mentale qui touche de façon disproportionnée les délinquants
autochtones. En l'absence d'une échelle d'évaluation adéquate
des TCAF qui
serait liée aux échelles de classement par niveau de sécurité
et de réévaluation du niveau de sécurité, la pertinence
de ces échelles pour les délinquants autochtones est sérieusement
remise en question.
Le SCC a indiqué
que le problème des gangs autochtones devait être réglé
par les responsables de la sécurité du
SCC. Ces derniers devaient élaborer une stratégie pour
la gestion et l'intervention concernant les membres des gangs autochtones au plus
tard en mars 2007. Comme il est mentionné dans la section portant sur
les programmes, cette stratégie n'a pas encore été présentée,
et la stratégie nationale de gestion des gangs en voie d'élaboration
ne concerne pas spécifiquement les Autochtones.
Arrêt Gladue
Le SCC s'est engagé
à tenir compte de l'arrêt Gladue dans les services correctionnels
pour Autochtones. La DC 702
prévoit que tous les membres du personnel du
SCC doivent prendre en considération les antécédents
sociaux des délinquants autochtones lors de la prise de décisions
les concernant, conformément aux principes de l'arrêt Gladue,
et l'ébauche de la Stratégie relative au cadre de responsabilisation
des services correctionnels pour Autochtones prévoit que celle-ci sera conforme
à la décision de la Cour suprême du Canada dans l'affaire Gladue.
Les principes de l'arrêt Gladue découlent du sous-alinéa 718.2e)
du Code criminel, qui prévoit que, outre les principes
généraux de la détermination de la peine :
718.2 Le tribunal détermine la peine à infliger compte tenu également
des principes suivants :
e) l'examen de toutes les sanctions substitutives applicables qui sont
justifiées dans les circonstances, plus particulièrement en ce
qui concerne les délinquants autochtones (c'est nous qui soulignons).
Cette disposition du Code criminel a été présentée
en 1995 à la suite d'inquiétudes formulées au sujet du recours
abusif à l'incarcération en tant que moyen de faire face à
la criminalité, en particulier pour ce qui est des Autochtones. Le Parlement
a reconnu que la surreprésentation des délinquants autochtones dans
les établissements carcéraux était systémique et liée
à la race et que le système de justice régulier exacerbait
le problème. Depuis l'entrée en vigueur de l'alinéa 718.2e)
en 1996, les tribunaux canadiens ont reçu le mandat de faire preuve de retenue
dans l'incarcération des délinquants, en particulier des Autochtones.
Dans l'arrêt R. c. Gladue faisant autorité, la Cour suprême
du Canada a statué que la disposition avait pour objet de remédier
au grave problème de la surreprésentation des Autochtones dans les
prisons. De plus, les délinquants autochtones, en raison de ces facteurs
systémiques et historiques particuliers, sont plus fortement touchés
par l'incarcération et ont moins de chances de réinsertion sociale,
car le milieu carcéral est souvent culturellement inadapté et il favorise
la discrimination à leur égard au sein du système de justice.
Dans la jurisprudence subséquente, on précise que les principes de
l'arrêt Gladue entrent en ligne de compte chaque fois qu'un
décideur se penche sur la liberté d'un Autochtone à l'une ou
l'autre des étapes du système de justice et qu'ils ne s'appliquent
pas seulement au processus de détermination de la peine21.
En fait, le Rapport d'évaluation du classement par niveau de sécurité
portant sur l'ERCS
indique clairement que le personnel tient compte de l'arrêt Gladue
lorsqu'il prend des décisions concernant le classement par niveau de sécurité
des délinquants autochtones et qu'il prend en considération les facteurs
systémiques et historiques particuliers qui marquent la vie de ces délinquants.
Toutefois, on ne connaît pas en détail la façon dont les principes
de l'arrêt Gladue sont mis en application et comment la formation
est offerte au personnel relativement à ces principes complexes. Comme nous
l'avons mentionné précédemment, en l'absence de protocoles
adéquats permettant de déterminer les
TCAF, comment applique-t-on exactement les principes découlant
de l'arrêt Gladue?
Bien que les documents et les politiques du
SCC renvoient aux principes découlant de l'arrêt Gladue,
on ne sait trop comment ces facteurs seront pris en compte lorsque la liberté
d'un délinquant est en jeu au sein du système correctionnel. Il s'agit
notamment de questions touchant le classement par niveau de sécurité
et la réévaluation de celui-ci, des décisions touchant l'isolement
et de la libération conditionnelle. Comme il est expliqué plus en
détail dans la section portant sur les ressources humaines, on ne sait toujours
pas comment le SCC entend
amener son personnel à tenir compte des facteurs découlant de l'arrêt Gladue
lorsque la liberté d'un délinquant autochtone est en jeu, et ce, malgré
les énoncés de politique prometteurs.
4. Libération conditionnelle
En plus d'être représentés de façon disproportionnée
au sein du système de justice pénale, les délinquants autochtones
sont moins susceptibles de se voir octroyer la libération conditionnelle,
mais plus susceptibles de purger une plus grande partie de leur peine avant d'être
mis en liberté conditionnelle. À l'heure actuelle, la plupart des
délinquants sous responsabilité fédérale sont admissibles
à la libération conditionnelle totale lorsqu'ils ont purgé
le tiers de leur peine ou sept ans, selon la période la plus courte.
Cette décision est laissée à la discrétion de la Commission
nationale des libérations conditionnelles. Par ailleurs, la libération
d'office est une mesure qui donne automatiquement à la plupart des détenus
qui n'ont pas obtenu de libération conditionnelle le droit de purger le dernier
tiers de leur peine dans la collectivité.
Par rapport aux autres délinquants, une plus grande proportion de délinquants
autochtones est mise en liberté pour la première fois dans le cadre
d'une libération d'office ou à la date d'expiration de leur mandat
ou de leur peine. Au cours des cinq dernières années, 55 % de
délinquants autochtones en moyenne ont été mis en liberté
pour la première fois dans le cadre d'une libération d'office comparativement
à 45 % pour les délinquants non autochtones. Depuis 2003,
6 % de délinquants autochtones en moyenne ont été mis
en liberté pour la première fois à la date d'expiration de
leur mandat comparativement à 3 % pour les délinquants non autochtones22.
La proportion de délinquants autochtones sous surveillance dans la collectivité
(30 %) est considérablement inférieure à celle des délinquants
non autochtones (40 %) qui purgent leur peine dans le cadre d'une mise en liberté
sous condition23.
Les délinquants autochtones sous surveillance dans la collectivité
sont plus susceptibles de se voir imposer une forme de mise en liberté plus
restrictive – soit la semi-liberté, soit la libération
d'office plutôt que la libération conditionnelle totale.
Le volume des demandes de libération conditionnelle totale qui font l'objet
d'un examen par la Commission nationale des libérations conditionnelles est
inférieur pour les délinquants autochtones. Le pourcentage d'audiences
de libération conditionnelle totale annulées parce que le délinquant
n'a pas terminé les programmes continue d'augmenter à un taux supérieur
dans le cas des délinquants autochtones (de 33,4 % en 2002-2003 à
41 % en 2006-2007 pour les délinquants autochtones et de 26,6 %
à 31,4 % au cours de la même période pour les délinquants
non autochtones)24.
Le pourcentage de recommandations rejetées concernant la libération
conditionnelle totale a continué de croître dans le cas des délinquants
autochtones, alors qu'il a diminué dans le cas des délinquants non
autochtones (24,3 % contre 5,2 %)25. L'écart sur le plan des résultats
s'est creusé de façon considérable (de 13,1 % en 2005-2006
à 19,1 % en 2006-2007)26.
Les délinquants autochtones sont surreprésentés au sein du
groupe faisant l'objet d'un renvoi pour maintien en incarcération plutôt
qu'en vue d'une libération conditionnelle. De plus, ils sont plus susceptibles
de voir leur libération conditionnelle être révoquée
pour motif de manquement aux conditions.
Comme ils sont plus susceptibles d'être mis en liberté d'office, les
délinquants autochtones sont incarcérés plus longtemps et passent
donc moins de temps sous surveillance dans la collectivité, où ils
peuvent bénéficier de programmes et d'interventions appropriés.
Le SCC n'impose pas ses
vues à la Commission nationale des libérations conditionnelles, mais
il contrôle bon nombre des facteurs qui contribuent au report de la libération
conditionnelle dans le cas des délinquants autochtones.
La nature de l'infraction à l'origine de la peine est l'un des facteurs qui
expliquent pourquoi les délinquants autochtones sont mis en liberté
conditionnelle plus tard que les autres, notamment parce qu'ils commettent des infractions
avec violence dans une plus grande proportion. Toutefois, il est improbable que
ce seul facteur soit à l'origine des taux disproportionnés. La discrimination
systémique, les notions de responsabilité, de surclassement et d'isolement
excessif empreintes d'un bagage culturel, ainsi que l'insuffisance de programmes
destinés spécifiquement aux Autochtones incarcérés peuvent
toutes jouer un rôle dans la décision d'accorder la libération
conditionnelle aux délinquants autochtones.
La situation des femmes autochtones en termes de classement par niveau de sécurité,
d'accès aux programmes et de mise en liberté sous condition au moment
opportun pose encore plus problème. Le
BEC a observé une augmentation appréciable du nombre
de délinquantes autochtones qui réintègrent la collectivité
dans le cadre d'une libération d'office plutôt que d'une semi-liberté
ou d'une libération conditionnelle totale, ainsi qu'une hausse conséquente
dans le nombre de renonciations au droit à l'audience de libération
conditionnelle de la Commission nationale des libérations conditionnelles
et d'audiences reportées en ce qui a trait aux délinquantes. Ces deux
tendances sont tout particulièrement évidentes dans le cas des femmes
autochtones.
De plus, le Programme de transformation du
SCC et les recommandations contenues dans le rapport du Comité
d'examen du SCC pourraient
avoir des conséquences plus importantes pour les délinquants autochtones
si la recommandation visant à éliminer la libération d'office
et à la remplacer par un régime de libération conditionnelle
méritée était mise en œuvre. Cependant, on ne sait pas
trop si le gouvernement entend donner suite à cette recommandation.
L'utilisation restreinte des dispositions législatives conçues pour
améliorer la réinsertion sociale des délinquants autochtones
est un autre facteur ayant une incidence sur l'octroi de la libération conditionnelle
aux délinquants autochtones dans le cadre du mandat du
SCC. Le Plan stratégique et la
DC 702 renvoient à l'article 84 de la LSCMLC,
qui prévoit qu'il faut informer la collectivité autochtone dans laquelle
le délinquant souhaite être mis en liberté et obtenir son engagement.
L'objectif sous-jacent de l'article 84 est de faciliter la participation de
la collectivité autochtone au processus de libération conditionnelle
du délinquant autochtone.
Le texte de la DC 702 –
« Le sous-commissaire régional doit veiller à ce que les
collectivités autochtones participent au processus de réinsertion
sociale des délinquants autochtones qui retournent dans ces collectivités
en vertu de l'article 84 de la LSCMLC, quand le délinquant y a consenti –
fournit une orientation claire. De plus, le rapport du Comité d'examen recommandait
également que, dans un délai d'un an, le
SCC établisse la capacité de conclure des ententes avec
les collectivités autochtones et qu'il utilise plus souvent les dispositions
prévues aux articles 84 et 81 de la LSCMLC à cet égard.
L'ébauche du Cadre stratégique de responsabilisation prévoit
une mise en œuvre qui est conforme au cadre juridique, y compris l'article 84
de la LSCMLC.
Une trousse de planification de la mise en liberté sous condition en vertu
de l'article 84 a été produite et a fait l'objet d'une vaste
diffusion dans l'ensemble du SCC,
dont les établissements pour délinquantes et les collectivités.
Cette trousse constitue un guide complet sur cette option de mise en liberté.
Toutefois, l'article 84 est en vigueur au Canada depuis 1992. Des statistiques
à jour sur l'utilisation de l'article 84 doivent figurer dans le rapport
présenté par le SCC
au Conseil du Trésor à la fin du mois de juin 2009, ainsi qu'une
explication de l'efficacité globale de cette disposition. Le nombre de plans
de libération menés à bien et présentés à
la Commission nationale des libérations conditionnelles en vertu de l'article 84,
qui font intervenir la collectivité autochtone et qui conduisent ou non à
l'octroi de la mise en liberté sous condition, a fluctué au cours
des trois dernières années. Selon le
SCC, au cours de l'exercice 2005-2006, 226 plans de libération
ont été menés à bien, comparativement à 51 en
2006-2007 et à 161 en 2007-2008.
Les raisons pour lesquelles ces chiffres ont tellement varié au cours des
trois dernières années ne sont pas claires. Cette situation révèle
toutefois que l'utilisation de l'article 84 est incohérente et soulève
des questions quant à l'efficacité de l'application, par le SCC, de dispositions législatives
qui sont en vigueur depuis maintenant 17 ans.
La conclusion d'accords en vertu de l'article 84 est facilitée par les
ADACA,
postes dotés partout au pays afin de créer des liens entre les délinquants
(hommes et femmes) et les collectivités autochtones, de susciter l'intérêt
des collectivités autochtones à participer au processus correctionnel
et d'amorcer des accords aux termes de l'article 84. Les
ADACA font l'objet d'un examen plus approfondi dans la section sur
les ressources humaines. Compte tenu de l'effectif total actuel de 12 ADACA
au pays, le SCC pourrait
devoir réexaminer les ressources requises pour accroître l'utilisation
des mécanismes prévus à l'article 84 pour la libération
conditionnelle de délinquants autochtones.
Pour pouvoir combler les écarts sur le plan de libération conditionnelle
entre les délinquants autochtones et les autres délinquants, le SCC doit examiner toute une
kyrielle de facteurs. Il doit notamment déterminer si des programmes correctionnels
adéquats sont offerts aux délinquants autochtones, en particulier
ceux qui présentent de grands besoins, et revoir le classement selon le risque
aux fins de l'adaptation culturelle et du recours accru à l'article 84
de la LSCMLC, qui fait intervenir la collectivité autochtone dans le plan
de libération du délinquant.
5. Collecte et évaluation des données
Depuis des années, le BEC
demande au SCC de lui
fournir régulièrement des statistiques sur le suivi et la surveillance
des délinquants autochtones. Par moments, le
SCC s'est engagé à améliorer son processus de
collecte de données, mais cette volonté s'est érodée
au fil des années. Les rapports trimestriels sont devenus des rapports annuels,
et on enregistre des retards dans l'évaluation des programmes destinés
aux Autochtones. Par exemple, dans sa réponse au rapport annuel 2004-2005
du BEC, l'honorable
Anne McLellan, à l'époque ministre de la Sécurité
publique et de la Protection civile du Canada, avait chargé le commissaire
de réaliser, au plus tard le 1er juin 2005, un examen des politiques
dans l'ensemble du SCC
pour faire en sorte qu'elles « tiennent compte des différences
culturelles et qu'elles ne comportent aucun obstacle à la réinsertion
sociale des délinquants autochtones dans des conditions sûres et en
temps opportun ». D'après ce que le
SCC croit comprendre, quatre ans plus tard, on ne s'est pas encore
engagé à réaliser cet examen.
Il y a plusieurs années, le
SCC s'est engagé à produire, tous les trois mois, des
rapports d'analyse exhaustifs sur les délinquants autochtones comprenant
notamment des données statistiques. Cependant, le
SCC a cessé de produire des rapports trimestriels; à
la place, il élabore un rapport d'étape annuel à l'intention
du BEC sur les services
correctionnels pour Autochtones. Ce rapport fournit des données à
jour utiles sur les délinquants autochtones et des observations sur l'écart
entre les résultats correctionnels des délinquants autochtones et
ceux des autres délinquants; toutefois, il présente des lacunes sur
le plan de l'analyse. Les observations contenues dans le rapport d'étape
forment la base permettant de mesurer les progrès réalisés
dans l'atteinte des résultats et des objectifs clés énoncés
dans le Plan stratégique du
SCC. Le rapport d'étape est préparé expressément
pour le BEC et permet
de soulever des questions concernant la responsabilisation du
SCC envers les Canadiens. Ce document n'est pas rendu public ou mis
à la disposition du public.
Le SCC dispose-t-il des
programmes de collecte de données nécessaires pour suivre et évaluer
les progrès?
En raison de la démographie actuelle de la population autochtone, qui révèle
la présence d'une jeunesse montante, c'est le moment ou jamais pour le SCC d'accroître ses
connaissances et d'élaborer des processus solides qui lui permettront de
donner une rétroaction constante aux hauts gestionnaires, de réduire
au minimum les erreurs, ainsi que de faire connaître et de mettre en œuvre
des pratiques exemplaires. Cependant, l'élaboration de pratiques exemplaires
nécessite des processus de suivi et d'évaluation des données.
Le SCC a pris plusieurs
engagements relativement à la collecte permanente de données. Il a
indiqué dans sonPlan stratégiquequ'il établirait et mettrait
en application, au plus tard en mars 2007, un système de suivi intégré
en vue de l'évaluation de l'incidence des changements apportés aux
politiques sur les délinquants autochtones; cette échéance
est passée. Le SCC
ne produit dorénavant que des rapports annuels internes de base sur les délinquants
autochtones. Dans le Plan stratégique, il n'y a pas suffisamment de suivi
des résultats et des progrès. Il manque toujours de données
statistiques sur les progrès ou l'amélioration à l'égard
du mandat du SCC,
qui consiste à gérer les délinquants autochtones.
Un des principaux obstacles est la capacité du
SCC d'avoir accès à des données qui lui fournissent
des résultats concrets et mesurables relativement aux délinquants
autochtones. Le SCC
s'est déjà engagé à élaborer le cadre grâce
auquel des données seront recueillies. Selon le
SCC, en mars 2009, la Direction des initiatives pour les Autochtones
avait finalisé le cadre en question. Une fois approuvé, ce cadre sera
mis en œuvre par les responsables du Système de gestion des délinquants.
Le SCC en est actuellement
aux premières étapes de l'élaboration de son propre rapport
statistique annuel. Ce rapport contiendra des renseignements sur la population totale
de délinquants, y compris les délinquants autochtones et les délinquantes.
L'initiative en voie d'élaboration aura la capacité de comparer des
délinquants autochtones à d'autres délinquants autochtones.
Elle examinera la situation des délinquants autochtones qui ont suivi des
programmes pour Autochtones comparativement à ceux qui en ont été
privés et comparera leurs résultats respectifs. En date du mois de
mars 2009, la Direction des programmes correctionnels et de la réinsertion
sociale du SCC présente
un rapport d'étape trimestriel sur le plan de mise en œuvre des programmes
correctionnels pour Autochtones au sous-commissaire principal. Ce rapport décrit
les progrès réalisés à l'égard de l'élaboration
de programmes pour Autochtones.
En mars 2009, le SCC
signalait que l'évaluation était en cours depuis le début de
l'automne de 2008. Les données relatives au volet des résultats
concernant les Sentiers autochtones et les ADACA
font l'objet d'un suivi depuis l'ouverture des unités des Sentiers autochtones
et de la préparation des
ADACA aux cas liés à l'article 84 de la LSCMLC.
L'évaluation devant être présentée au Conseil du Trésor
d'ici le 30 juin 2009 et portant sur la façon dont le programme
Sentiers autochtones et d'autres initiatives contribuent aux résultats du
SCC en matière
de réinsertion sociale va bon train et devrait prêt dans les délais
prévus.
Même si le SCC
semble faire des progrès sur le plan du suivi et de l'évaluation des
données relativement aux délinquants autochtones, le
BEC lui demande de rendre davantage de comptes à cet égard
depuis des années. Le fait que le Plan stratégique soit en vigueur
depuis trois ans et que l'ébauche de la stratégie pour le cadre de
responsabilité ne soit élaborée que maintenant illustre bien
comment le SCC réussit
à se tirer d'embarras avec la création de rapports, l'évaluation
et la reddition de comptes qui en découle en vue d'obtenir des résultats
dans les services correctionnels pour Autochtones.
Comme le prévoit la DC 702
du SCC, toute les méthodes
de collecte de données ainsi que tous les rapports de recherche et autres
rapports renfermant des résumés statistiques sur la gestion des délinquants
ou les activités de programmes doivent faire état de la proportion
des données qui s'appliquent aux délinquants et aux délinquantes
autochtones à chaque niveau.
Des données sur les mesures de rendement à l'égard des délinquants
autochtones et des rapports publics détaillés sur les résultats
correctionnels et les progrès réalisés par rapport aux indicateurs
clés devraient figurer au nombre des attentes et des composantes importantes
des politiques correctionnelles pour Autochtones du
SCC, car, au fil des ans, celles-ci ont été généralement
faibles. Cela permettrait au SCC
d'améliorer la reddition de comptes non seulement pour les collectivités
autochtones, mais aussi pour toute la population canadienne.
6. Ressources humaines
Le commissaire assume la responsabilité générale de la réalisation
des résultats en matière de sécurité du public. Depuis
2005, le sous-commissaire principal est directement responsable de l'évolution
des services correctionnels pour les Autochtones au sein du
SCC et est chargé de la mise en œuvre efficace du Plan
stratégique du SCC.
Au cours des années, le
BEC a recommandé à maintes reprises que le
SCC nomme un sous-commissaire responsable de façon particulière
des services correctionnels pour Autochtones de manière à ce que l'organisation
prenne en considération les enjeux propres aux délinquants autochtones
dans toutes les décisions prises par la direction relativement aux opérations
et aux politiques organisationnelles. Le
BEC s'inquiète du fait que les enjeux propres aux délinquants
autochtones ne reçoivent pas toute l'attention nécessaire. Même
si le sous-commissaire principal est en poste depuis quatre ans, l'écart
entre les résultats des délinquants autochtones et ceux des autres
délinquants continue de se creuser.
Un Comité consultatif national sur les questions autochtones (CCNQA),
présidé par le commissaire, est censé donner des conseils éclairés
sur tous les aspects des services correctionnels pour Autochtones, conformément
à l'article 82 de la LSCMLC. Cependant, pour des raisons inconnues,
le CCNQA
a été démantelé et ne s'est pas réuni depuis
le mois de juin 2004. En réponse à une recommandation formulée
par le BEC dans son
rapport annuel 2006-2007, un nouveau
CCNQA a été convoqué en septembre 2008.
Au moment de la rédaction du présent rapport, le
CCNQA s'était réuni deux autres fois, et ce, malgré
le caractère obligatoire du libellé de l'article 82 de la LSCMLC.
Aucune raison n'a été donnée publiquement pour justifier le
fait que le Comité n'avait rien fait pendant quatre ans.
Dotation
Le SCC s'est engagé
à maintes reprises à améliorer le recrutement, le perfectionnement
et le maintien en poste d'employés autochtones à tous les niveaux,
en accordant une attention toute spéciale aux établissements où
les délinquants autochtones sont nombreux. Dans la plupart des groupes professionnels,
les employés autochtones sont répartis dans les divers niveaux. Si
on examine les niveaux les plus élevés de certains groupes professionnels,
comme les services administratifs (qui comprennent, par exemple, le sous-directeur
adjoint), on se rend compte que le
SCC respecte ou dépasse le taux de représentation global,
tandis que dans d'autres groupes, comme ceux des agents de correction, des agents
de libération conditionnelle et des administrateurs de programmes, le SCC obtient des résultats
inférieurs aux niveaux ciblés.
Dans l'ensemble, les ratios de dotation du
SCC sont inférieurs au rapport entre délinquants autochtones
et délinquants non autochtones. Il y a un manque criant d'agents de programmes
et de psychologues cliniciens, personnel nécessaire pour fournir les éléments
clés des programmes de base à l'intention des Autochtones. Le BEC s'est tout particulièrement
intéressé au pourcentage d'employés de première ligne
autochtones à l'Établissement de Stony Mountain et au Pénitencier
de la Saskatchewan, les deux plus importants établissements du
SCC dont la majorité des détenus sont d'origine autochtone.
À cette fin, 136 des 458 (29,7 %) employés du Pénitencier
de la Saskatchewan ont déclaré qu'ils étaient d'origine autochtone.
Dans les groupes d'employés de première ligne, le taux de représentation
moyen était de 36,7 %. Soixante-quatorze des 396 (18,7 %) employés
de l'Établissement de Stony Mountain ont déclaré qu'ils
étaient d'origine autochtone. Dans les quatre groupes d'employés de
première ligne, le taux de représentation moyen était de 25,3 %27.
Fait important, certains établissements signalent qu'ils ne disposent pas
des services d'un Aîné ou d'un agent de liaison autochtone pendant
de longues périodes de temps. Le ratio des conseillers spirituels est maintenant
fixé à 1 : 150, sauf dans le cas des pavillons de ressourcement,
où il est de 1 : 15. Selon le
SCC, l'épuisement professionnel d'Aînés et de
conseillers spirituels est une réalité de plus en plus fréquente
dans tous les établissements. Étant donné l'absence d'exigences
opérationnelles et en matière de recrutement et de maintien en poste,
on a recours aux services des conseillers spirituels dans des fonctions qui excèdent
les obligations prévues dans leurs contrats et leurs capacités28.
Le SCC est en voie de
mettre en œuvre le Plan stratégique pour la gestion des ressources
humaines autochtones 2008-2009-2010-2011. Dans le cadre de ce plan triennal, le
SCC s'est engagé
à élaborer des initiatives visant à augmenter la représentation
des Autochtones à tous les échelons afin de refléter la population
de délinquants. Les éléments majeurs du plan au cours de la
première année comprennent l'élaboration d'une trousse décrivant
les étapes nécessaires que le SCC
devra appliquer pour recruter davantage d'employés autochtones (automne 2008);
un programme de perfectionnement des cadres autochtones (hiver 2008); un programme
d'emploi des Autochtones visant à recruter des Autochtones au-delà
de la disponibilité sur le marché du travail (printemps 2009);
un Programme fédéral d'expérience de travail étudiant
(PFETE) pour les étudiants autochtones (hiver 2008); et l'élaboration
d'une stratégie complète de communication pour assurer le succès
du plan global (printemps 2009). Un plan d'action national pour le recrutement
d'employés autochtones a été finalisé et présenté
au Comité national de gestion des ressources humaines (février 2009),
et on a tenu une réunion nationale sur le recrutement d'employés autochtones
(février 2009).
Une nouvelle équipe vouée au recrutement d'Autochtones a été
mise sur pied en 2008 au sein de la Division du recrutement du Secteur de la gestion
des ressources humaines. Ces responsables sont chargés d'exécuter
les activités liées au recrutement en conformité avec le Plan
stratégique pour la gestion des ressources humaines autochtones du SCC. De plus, un nouveau poste
de gestionnaire responsable du recrutement des Autochtones a été créé
à l'administration centrale en février 2008. Les régions
du Pacifique et des Prairies ont reçu des fonds pour du personnel affecté
au recrutement d'Autochtones, tandis que l'équipe de l'administration centrale
servira les régions de l'Ontario, du Québec, de l'Atlantique et l'administration
centrale. En tout, cinq postes affectés au recrutement d'Autochtones ont
été créés afin de fournir un soutien aux provinces.
Le SCC a lancé,
depuis peu, un programme de perfectionnement en leadership à l'intention
des employés au niveau de la direction. En février 2009, le SCC a mené une enquête
d'auto-identification pour l'équité en emploi auprès de son
effectif. Les données d'auto-identification permettront au Service de déterminer
les changements des politiques, pratiques et systèmes qui seraient les plus
efficaces et supprimeraient les obstacles. Le SCC
met la touche finale à son nouveau Plan d'action sur l'équité
en matière d'emploi pour 2009-2012. Au printemps 2009, le SCC prévoit être
en mesure de fournir des rapports bimensuels concernant les données sur les
employés visés par l'équité en emploi.
En mars 2009, le SCC
a signalé que la mise en œuvre du Plan stratégique pour la gestion
des ressources humaines autochtones était en cours. Il a ajouté que
les activités prévues pour le prochain exercice seraient axées
sur l'examen des obstacles éventuels à l'emploi et à la sélection
des Autochtones. Les agents régionaux de recrutement des Autochtones enverront
des rapports mensuels sur les progrès réalisés à l'égard
de cette initiative au gestionnaire du recrutement des Autochtones. Aussi, on demande
des mises à jour régulières sur les activités prévues
dans le Plan stratégique pour la gestion des ressources humaines autochtones.
Le SCC fait savoir qu'il
tient des conférences téléphoniques régulièrement
avec les représentants régionaux du recrutement des Autochtones pour
suivre les progrès et pour examiner les problèmes.
Bien que le SCC ait réalisé
des activités utiles pour faire progresser la Stratégie, après
un an, il est difficile d'établir clairement si celle-ci a produit des résultats
ou non. On ne sait pas trop encore comment l'efficacité de la Stratégie
sera définie et fera l'objet d'un suivi.
Le SCC a également
réalisé un projet pilote au Centre Pê Sâkâstêw.
Il s'agissait d'une solution de rechange à l'examen de compétence
générale niveau 2 (ECG2) de la Commission de la fonction
publique à l'égard duquel plusieurs candidats autochtones éprouvaient
des difficultés. Le projet pilote a permis de modifier l'énoncé
de critères de mérite aux fins du recrutement des agents correctionnels
dans les pavillons de ressourcement, ainsi que de mettre en place un test de connaissances
pour les Autochtones. On a mis un terme au projet pilote parce qu'il ne répondait
pas aux normes du SCC.
Le SCC travaille toujours
à l'élaboration d'une série de questions et de normes lui permettant
d'évaluer les candidats autochtones. Il a également élaboré
de nouveaux énoncés de critères de mérite pour les agents
de correction au niveau d'entrée. Le
SCC a entrepris un examen des processus de recrutement des agents
de correction et des intervenants de première ligne (personnel de première
ligne dans les établissements pour femmes), qui comprendra une analyse des
outils d'évaluation utilisés.
Le recrutement d'employés autochtones dans le but de mettre en œuvre
les initiatives dans le cadre de la gamme de soins – agents des programmes
correctionnels autochtones,
ADACA et ALA –
pose aussi problème au SCC.
Les ALA sont chargés
d'assurer un leadership, de sensibiliser les délinquants autochtones à
leur culture, de leur transmettre des connaissances et de leur offrir des séances
de counseling et des services généraux. Ils permettent aussi de répondre
aux besoins culturels et spirituels des délinquants autochtones en les sensibilisant
aux processus de gestion de cas et de programmes correctionnels. Les
ALA sont des membres importants de l'équipe de gestion du cas
et assurent un lien avec les collectivités autochtones. On dénombre
52 ALA à temps
plein au Canada. Le SCC
travaillera avec des recruteurs autochtones afin d'élaborer des stratégies
touchant au recrutement continu d'ALA.
Les ADACA
font preuve de leadership en sensibilisant les collectivités autochtones
aux processus du SCC
et en leur transmettant des renseignements à ce sujet. Les
ADACA aident également les délinquants autochtones au
moment de leur réinsertion dans les collectivités autochtones. Pour
ce faire, ils servent de truchement entre le
SCC, les collectivités et les organisations autochtones et
facilitent les processus entrepris aux termes de l'article 84. En avril 2009,
le SCC a fait savoir
qu'on dénombrait 12 ADACA
au Canada. L'avenir des
ADACA est tributaire du rapport primaire qui sera présenté
au Conseil du Trésor à la fin du mois de juin 2009. Ce rapport
présentera des statistiques fondées sur les résultats relativement
à l'efficacité globale des
ADACA au cours des cinq dernières années.
On peut considérer que l'emploi d'ALA
et d'ADACA
est une pratique exemplaire, et la DC 702
fait ressortir le rôle important joué par les
ADACA. Toutefois, elle décrit leur rôle plutôt
que de prescrire des obligations. Elle ne dit rien au sujet de leur recrutement
ou de l'importance de leur effectif. Pour ce qui est du recours accru à l'utilisation
des processus prévus à l'article 84 pour la libération
conditionnelle des délinquants autochtones, il n'existe pas d'analyse des
besoins justifiant l'embauche d'autres
ADACA ni de cibles précises concernant leur recrutement.
Formation
La présence, au SCC,
de ressources humaines qui répondent aux besoins des délinquants et
de la collectivité autochtones ne se résume pas aux mécanismes
de recrutement; la formation du personnel est également importante. Il y
a une importante pénurie d'agents et d'intervenants de programmes ayant les
aptitudes nécessaires pour offrir des programmes à l'intention des
Autochtones.
Dans le Rapport sur les circonstances entourant le décès d'un détenu
sous responsabilité fédérale publié en mai 2008,
le BEC faisait état
d'une discrimination systémique à l'égard des détenus
autochtones. Par conséquent, le
BEC a recommandé que le
SCC offre immédiatement un programme de sensibilisation
sur la diversité à tous ses employés à l'échelle
du Canada.
En avril 2009, le SCC
a indiqué que tous les employés du
SCC suivaient des séances de sensibilisation sur la diversité
et les particularités culturelles, que ce soit dans le cadre du Programme
de formation correctionnelle 2008 ou du Programme d'orientation des nouveaux
employés. Le Programme de formation correctionnelle 2008 comporte quatre
modules d'apprentissage en ligne qui examinent des questions liées au milieu
de travail, dont la diversité, le comportement éthique, la lutte contre
le harcèlement et le signalement des actes fautifs. Le Programme d'orientation
des nouveaux employés offre des séances de sensibilisation sur la
diversité et les particularités culturelles à tous les employés
n'assumant pas des tâches liées à la sécurité
au moyen d'un module en classe sur le travail dans un milieu caractérisé
par la diversité culturelle.
Il est difficile de savoir si les modules d'apprentissage de courte durée
en ligne ou en classe, qui ne semblent pas adéquats aux Autochtones, permettront
au personnel du SCC de
respecter ses propres exigences de sensibilisation aux éléments culturels
des délinquants autochtones. Le Plan stratégique de 2006 recommandait
au SCC de perfectionner
la compétence culturelle dans l'ensemble de son organisation afin de faciliter
les opérations adaptées à la culture.
En vertu de la DC 702, les employés
œuvrant auprès des délinquants autochtones doivent posséder
un niveau de compétence culturelle correspondant au rôle qu'ils jouent
dans la réinsertion sociale des délinquants autochtones. Elle indique
qu'il faut prendre ce facteur en considération lors du recrutement et de
l'embauche du personnel, mais ne dit rien au sujet de la formation. En avril 2009,
le SCC a indiqué
qu'il offrait des ateliers de sensibilisation aux perceptions relativement aux Autochtones
afin d'informer son personnel au sujet de l'histoire et de la culture autochtones
en général. Des séances ont été données
à l'administration centrale, et chacune des régions a offert cette
formation à tous les agents de libération conditionnelle, y compris
ceux œuvrant dans les unités des Sentiers autochtones.
Comme nous l'avons mentionné précédemment, de nombreuses politiques
du SCC exigent la conformité
avec les principes de l'arrêt Gladue. Aux termes de la DC 702, tous les membres du
personnel du SCC doivent
prendre en considération les « antécédents sociaux »
des délinquants autochtones lors de la prise de décisions les concernant,
conformément aux principes de l'arrêt Gladue, et l'ébauche
de la Stratégie relative au cadre de responsabilisation des services correctionnels
pour Autochtones prévoit aussi qu'il faut se conformer aux principes de l'arrêt Gladue.
En avril 2009, le SCC
a indiqué que les régions offraient des séances de formation
sporadiques dans les régions du Canada pour sensibiliser les intervenants
à l'arrêt Gladue. En outre, tous les changements apportés
aux politiques passent par la Direction des initiatives pour les Autochtones afin
qu'ils tiennent compte des principes de l'arrêt Gladue, au besoin.
Le SCC a indiqué
que la version révisée de la
DC 702 renferme des éclaircissements à l'intention
du personnel au sujet de l'arrêt Gladue.
Toutefois, un examen attentif de la DC 702
et de l'ébauche du Cadre de responsabilisation ne permet pas de déterminer
comment les employés du SCC
doivent prendre en considération les principes de l'arrêt Gladue
lorsqu'ils prennent des décisions concernant les délinquants autochtones.
Comment ces bonnes intentions seront-elles mises en place? Les principes de l'arrêt Gladue
entrent en ligne de compte notamment lors de l'évaluation du risque, du placement
selon le niveau de sécurité et de la réévaluation du
niveau de sécurité. Ces principes agissent davantage en tant que facteurs
atténuants plutôt qu'aggravants, ce qui n'est pas évident à
la lumière des lacunes sur le plan du rendement dans ces domaines.
Enfin, pour ce qui est des ressources humaines, le Plan stratégique relatif
aux services correctionnels pour Autochtones indique que les ententes de rendement
de tous les cadres du SCC
les obligeront à rendre compte de leur contribution aux services correctionnels
pour Autochtones de façon à assurer l'intégration de ces initiatives
dans l'ensemble de l'organisation. Jusqu'à maintenant, ce processus de reddition
des comptes ne semble pas concrètement mis en œuvre, et il est difficile
de savoir si ce processus est évalué. En mars 2009, le SCC a fait savoir qu'une fois
approuvé, le Cadre stratégique de responsabilisation des services
correctionnels pour Autochtones comprendra des secteurs précis à l'intérieur
des accords de rendement. Ce cadre sera terminé d'ici la fin du mois de mars 2009,
et les engagements pertinents seront inclus dans les accords de rendement et mis
en œuvre au cours de l'année financière qui commencera le 1er avril 2009.
7. Cadre correctionnel pour le Nord
Le BEC a déjà
remarqué que le SCC
n'avait pas fait grand progrès pour ce qui est de l'amélioration du
traitement des populations de délinquants dans le Nord. Un document de discussion
intitulé Élaboration et gestion d'un cadre correctionnel pour le Nord
(décembre 2004) révèle d'ailleurs qu'on commence seulement
à comprendre les questions complexes dans ce domaine et que bien peu de progrès
ont réellement été accomplis. Un autre document de discussion
a été diffusé sur le sujet en janvier 2006, mais, jusqu'à
maintenant, aucune mesure déterminante n'a été mise en œuvre.
Pour pouvoir élaborer un Cadre correctionnel pour le Nord, le
SCC doit mieux comprendre la culture inuite afin de mettre au point
des stratégies plus efficaces qui aident les délinquants inuits à
réintégrer leur collectivité. Il s'agit notamment de se pencher
sur les différences dans les caractéristiques des infractions, les
besoins, le milieu de vie et les facteurs culturels, ce qui nécessite des
méthodes d'intervention différentes pour les délinquants inuits
et exige que le personnel connaisse la culture inuite.
En mars 2009, le SCC
a fait savoir qu'il participait à un exercice destiné à peaufiner
le Cadre existant. Une réunion a eu lieu avec les responsables territoriaux
des services correctionnels à Whitehorse (Yukon) et une autre réunion
s'est déroulée le 3 mars 2009 afin d'obtenir l'appui des
intervenants à l'égard du Cadre correctionnel pour le Nord. De plus,
le SCC a conclu un accord
avec une organisation inuite nationale (Pauktuutit) afin de structurer et de créer
un manuel de sensibilisation à la culture inuite. Le
SCC a aussi retenu les services d'un chercheur pour brosser un tableau
statistique complet des délinquants inuits et de leurs besoins connexes.
Trois ans après l'entrée en vigueur du Plan stratégique 2006,
lequel demandait au SCC
d'élaborer une stratégie pour répondre aux besoins des délinquants
des régions nordiques, notamment les Inuits, les réunions de consultation
se poursuivent et la recherche suit son cours. Ces événements permettent
de soulever des questions, à savoir si des ressources suffisantes ont été
allouées à cette initiative.
8. Article 81 – Pavillons de ressourcement
Les pavillons de ressourcement offrent des services et des programmes adaptés
à la culture des Autochtones, dans un environnement qui reflète leur
tradition et leurs croyances. Dans les pavillons de ressourcement, on répond
aux besoins des délinquants autochtones purgeant une peine de ressort fédéral
en leur donnant accès à des enseignements et à des cérémonies
autochtones et en leur permettant d'avoir des rapports avec des Aînés
et des enfants ainsi qu'une interaction avec la nature. L'approche appliquée
repose sur une philosophie holistique; des programmes individualisés sont
offerts dans un contexte d'interaction avec la collectivité, le but premier
étant de préparer le délinquant à la mise en liberté.
L'accent est mis sur le leadership spirituel et sur la valeur de l'expérience
de vie des membres du personnel, qui servent de modèles.
Comme l'indique le Plan stratégique 2006, les données pour 2003-2004
et 2004-2005 ont révélé que les pavillons de ressourcement
constituent des milieux de travail plus sûrs pour le personnel et les détenus
et qu'une proportion supérieure de délinquants autochtones mis en
liberté des pavillons de ressourcement réussit à mener à
terme sa période de surveillance.
Compte tenu des résultats prometteurs, le
BEC a recommandé que le
SCC ait recours davantage aux accords conclus avec les collectivités
autochtones en vertu des articles 81 et 84 de la LSCMLC, et établisse
la capacité requise.
Le transfert de la responsabilité des établissements administrés
par le SCC à des
collectivités autochtones et l'élaboration de nouvelles propositions
découlant d'accords conclus en vertu de l'article 81 dépendent
de la capacité de la collectivité d'en assumer la responsabilité.
Différents mécanismes de financement, qui passent par Affaires indiennes
et du Nord Canada, le ministère de la Justice et le Centre national de prévention
du crime, sont en place pour aider les collectivités à développer
cette capacité. Présentement, le transfert de la responsabilité
de quatre établissements administrés par le
SCC à des collectivités autochtones fait l'objet de
discussions.
À l'heure actuelle, il y a quatre pavillons de ressourcement visés
par l'article 81 au Canada, qui comptent un total de 111 places. Ces pavillons
de ressourcement sont le Centre de guérison Stan Daniels, le Pavillon
de ressourcement spirituel du Grand conseil de Prince Albert, le Pavillon de ressourcement
de la Première nation O-Chi-Chak-Ko-Sipi et le Pavillon de ressourcement
Waseskun. En avril 2009, le SCC
a indiqué qu'il n'y avait pas de liste d'attente dans les pavillons de ressourcement.
En effet, au Centre de guérison Stan Daniels, 50 des 73 places
sont occupées; le Pavillon de ressourcement spirituel du Grand conseil de
Prince Albert accueille 6 délinquants alors que sa capacité
est de 5 places; 17 des 18 places du Pavillon de ressourcement de la Première
nation O-Chi-Chak-Ko-Sipi sont occupées; enfin, le Pavillon de ressourcement
Waseskun reçoit 11 délinquants et a 15 places disponibles.
En 2006-2007, les taux d'occupation étaient les suivants : 83 %
pour le Centre de guérison Stan Daniels; 92,7 % pour le Pavillon
de ressourcement spirituel du Grand conseil de Prince Albert; 77,7 % pour
le Pavillon de ressourcement de la Première nation O-Chi-Chak-Ko-Sipi; 78,4 %
pour le Pavillon de ressourcement Waseskun.
Il n'existe pas de pavillon de ressourcement pour les délinquantes; toutefois,
le Pavillon de ressourcement Okimaw Ohci, qui est géré par le
SCC, reçoit des
femmes depuis 1995.
Il est difficile d'expliquer pourquoi les pavillons de ressourcement existants ne
sont pas occupés à pleine capacité et de savoir s'il faudra
obtenir des pavillons plus grands. Les statistiques font sans aucun doute état
des obstacles qui nuisent au passage en temps opportun à un niveau de sécurité
inférieur.
En 2008, la vérification des pavillons de ressourcement du
SCC a fait les recommandations suivantes :
- il faut une orientation plus claire pour la création de pavillons de ressourcement
dont il est question à l'article 81 et leur gestion;
- il faut donner des directives concernant le degré de surveillance par le
personnel du SCC des
progrès des délinquants dans les pavillons de ressourcement dont il
est question à l'article 81;
- les régions doivent améliorer la documentation et le suivi des mécanismes
de surveillance prévus actuellement dans les accords afin d'améliorer
la reddition de comptes;
- il faut offrir plus de formation au personnel du SCC
qui s'occupe des délinquants transférés dans les pavillons
de ressourcement visés, ce qui constitue une norme nationale;
- il faut incorporer les plans de guérison et les antécédents
sociaux dans le plan correctionnel des délinquants autochtones. Cela comprend
la contribution d'un Aîné et(ou) d'ALA;
- les délinquants qui retournent sous la garde du
SCC après avoir séjourné dans un pavillon de ressourcement
doivent recevoir tous les renseignements concernant la décision et avoir
l'occasion d'y répondre. Il faut des procédures et des critères
bien définis pour le retour des délinquants sous la garde du SCC. Il faut fournir de plus
amples directives sur le processus de retour d'un résident sous la garde
du SCC et veiller au
respect des principes liés au devoir d'agir équitablement (DC 700).
Les conclusions de la vérification des pavillons de ressourcements indiquent
que, 16 ans plus tard, le SCC
ne détient aucun cadre de politique pour soutenir la mise en place des pavillons
de ressourcement visés par l'article 81 et qu'il n'existe pas de directives
dans les politiques ou les procédures du
SCC. Par exemple, les critères utilisés pour évaluer
la pertinence d'une demande en vue de conclure un accord en vertu de l'article 81
n'ont pas été définis clairement, et les régions ne
sont pas tenues de présenter un rapport à l'administration centrale
sur les accords. De plus, le SCC
n'a pas défini le type de renseignements sur le rendement qui devraient être
recueillis pour assurer une surveillance efficace et établir des rapports.
La vérification permet également de conclure que les mécanismes
de surveillance régionale compris dans l'article 81 ne sont pas toujours
respectés et documentés.
Il y a manque de cohérence dans la prestation des programmes et des services
offerts dans les pavillons de ressourcement au Canada (tant les pavillons gérés
par le SCC que les pavillons
visés par l'article 81). Les gestionnaires ne semblent pas contraints
d'utiliser les processus de mesure du rendement de façon constante. En règle
générale, l'engagement envers les pavillons de ressourcement du SCC comme celui figurant dans
la DC 702 est descriptif
et ne comprend pas d'indication claire quant à l'utilisation des pavillons.
En avril 2009, le SCC
a fait savoir qu'à la suite de la vérification, un plan d'action sur
les pavillons de ressourcement avait été élaboré. Le SCC attend actuellement les
rapports d'étape relatifs à ce plan d'action.
IV. Résumé
Le Service correctionnel du Canada (SCC)
a une chance unique d'effectuer des interventions et d'offrir des programmes grâce
auxquels il peut aborder les différents besoins et profils des délinquants
autochtones. Fort de ces interventions et de ces programmes, il peut travailler
de près avec les collectivités autochtones pour assurer une réintégration
efficace des délinquants dans la société. En fait, le SCC a non seulement la chance
de procéder ainsi, mais aussi le mandat, issu de la Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC), des
politiques du SCC et
des principes de l'arrêt Gladue, d'offrir ces programmes et d'effectuer ces
interventions. Le mandat du SCC
est également conforme à la priorité du gouvernement qui consiste
à rendre des comptes à la population canadienne et à assurer
la sécurité des collectivités.
Toutefois, l'écart continuel entre les résultats des programmes et
des interventions à l'intention des délinquants autochtones et ceux
destinés aux délinquants non autochtones soulève de sérieuses
questions : les bonnes intentions sous-jacentes aux stratégies et aux politiques
du SCC sur les services
correctionnels pour Autochtones se traduisent-elles par des résultats? Ces
bonnes intentions se concrétisent-elles vraiment?
Le texte qui suit contient les principales constatations issues de l'enquête
sur les secteurs d'activités où le
SCC serait encouragé à aller de l'avant avec la mise
en œuvre de son programme correctionnel pour Autochtones.
1. Programmes
- Le SCC a fait des percées
grâce à des programmes axés spécialement sur les Autochtones;
cependant, il est à blâmer pour la prestation de programmes qui ne
prévoient pas de résultats ou de rendement précis. Les stratégies
et les politiques ne démontrent pas concrètement comment le SCC s'assurera que les délinquants
autochtones ont un accès rapide et facile aux programmes et aux services,
peu importe leur classification ou leur région.
- Il y a des retards dans l'évaluation et la mise en œuvre nationale
du programme correctionnel pour Autochtones. Par conséquent, les programmes
ont eu peu d'impact sur la réduction de l'écart entre les résultats
concernant les délinquants autochtones par rapport aux délinquants
non autochtones.
- Les unités des Sentiers autochtones se limitent toujours aux établissements
à sécurité moyenne et sont discrétionnaires pour ce
qui est des établissements à sécurité maximum et minimum,
ce qui peut mener à un manque d'uniformité dans l'ensemble du Canada.
- Lorsque les délinquants sont relâchés des établissements,
il leur reste très peu de liens avec la collectivité autochtone, grâce
auxquels ils peuvent recevoir de l'aide pour s'établir et rétablir
des liens (tel que l'exige le principe du continuum de la prise en charge).
- Il y a toujours pénurie d'Aînés qui donnent des conseils au
sein des établissements.
- Il y a pénurie d'agents et d'intervenants de programmes pour exécuter
les programmes à l'intention des Autochtones.
- En raison du manque bien documenté en matière de programmes à
l'intention des femmes Autochtones (problème plus particulièrement
présent dans certaines régions, et ce, depuis des années),
les processus d'embauche et de formation semblent prendre du retard sans véritable
raison.
- L'élaboration d'une stratégie pour la gestion des membres de gang
d'origines autochtones et les interventions auprès d'eux évolue lentement,
même si cette situation perdure depuis des années dans le domaine des
services correctionnels.
2. Sécurité et classification
- Les réflexions sur l'adaptation culturelle du
SCC, l'Échelle de réévaluation de la cote de sécurité
(ERCS)
et le classement à des niveaux de sécurité supérieurs
des délinquants autochtones sont toujours présentes, malgré
deux récents rapports du SCC
sur l'ERCS,
rapports qui ont pris des retards considérables.
- L'ensemble des troubles causés par l'alcoolisation fœtale (ETSAF) est
largement reconnu comme un important facteur de risque de maladies mentales qui
affecte démesurément les délinquants autochtones, et malgré
ce fait, le protocole d'évaluation de l'ETSAF n'est toujours pas terminé
et mis en œuvre. Sans des échelles d'évaluation de l'ETSAF adéquates
et liées aux échelles de classement par niveau de sécurité
et aux échelles de réévaluation, la pertinence de ces échelles
destinées aux délinquants autochtones est remise en question.
- Il est impossible de savoir comment les principes de l'arrêt Gladue sont mis
en œuvre dans les prises de décisions touchant la liberté des
délinquants autochtones (y compris les décisions concernant la classification,
la reclassification et les isolements).
- L'élément « gangs de rue » est un facteur important
dans l'admission des Autochtones à l'isolement préventif. Il n'en
demeure pas moins que l'élaboration par le
SCC d'une stratégie d'intervention auprès des gangs
est en cours et que la stratégie nationale de gestion des gangs en voie d'élaboration
ne s'adresse pas aux Autochtones en particulier.
3. Libération conditionnelle
- L'utilisation limitée des dispositions législatives conçues
pour améliorer la réintégration des délinquants autochtones
est frappante, et ce, même si ces dispositions sont en vigueur depuis 17 ans.
Il y a variation quant au nombre de libérations réussies pour lesquelles
la collectivité autochtone et l'article 84 de la LSCMLC ont été
mis à profit, et il est impossible de savoir à quoi ressemblera l'utilisation
optimale de l'article 84. Il y a un manque d'uniformité quant à l'utilisation
de l'article 84, ce qui soulève des questions sur l'efficacité du
SCC dans la mise en œuvre
de cet article de la LSCMLC.
- À l'heure actuelle, il existe 12 agents de développement auprès
de la collectivité autochtone au Canada, mais le
SCC ne dispose d'aucun objectif concret quant au nombre d'agents nécessaire.
En ce qui concerne l'utilisation plus fréquente des processus de l'article
84 pour la libération conditionnelle des délinquants autochtones,
le SCC pourrait être
appelé à réexaminer le nombre d'agents nécessaire.
- L'insuffisance de programmes à l'intention des Autochtones, ainsi que l'accès
irrégulier aux programmes existants, continue à retarder la remise
en liberté conditionnelle des délinquants autochtones.
- Tel qu'il a été mentionné plus haut, les réflexions
sur l'adaptation culturelle du SCC,
sur l'ERCS,
sur le classement à des niveaux de sécurité supérieurs
des délinquants autochtones et l'impact de ce classement sur l'admissibilité
à la libération conditionnelle des délinquants autochtones,
sont toujours présentes.
4. Données et évaluation
- Par moments, le SCC s'est
engagé à améliorer son processus de collecte de données,
mais cette volonté s'est affaiblie au fil des années. Il y a continuellement
absence de preuves statistiques faisant état des améliorations ou
des progrès liés au mandat du
SCC en ce qui concerne la gestion des délinquants autochtones.
- Le rapport d'étape est préparé expressément pour le
Bureau de l'enquêteur correctionnel et permet de soulever des questions concernant
la responsabilisation du SCC
envers les Canadiens. Ce document n'est pas rendu public ou mis à la disposition
du public.
- Les résultats et les progrès découlant du Plan stratégique
2006 n'ont pas été suffisamment surveillés. Le fait que le
Plan stratégique soit en vigueur depuis trois ans et que l'ébauche
de la stratégie pour le cadre de responsabilité ne soit élaborée
que maintenant illustre bien comment le
SCC réussit à se tirer d'embarras avec la création
de rapports, l'évaluation et la reddition de comptes qui en découle
en vue d'obtenir des résultats dans les services correctionnels pour Autochtones.
- En raison de l'actuelle démographie de la population autochtone, c'est le
moment ou jamais pour le SCC
d'accroître ses connaissances et d'élaborer des processus d'évaluation
et de suivi des données qui lui permettront de donner une rétroaction
constante aux hauts gestionnaires sur les réussites au sein des services
correctionnels pour Autochtones.
5. Ressources humaines
- Il y a un manque criant d'agents de programmes et de psychologues cliniciens, personnel
nécessaire pour fournir les éléments clés des programmes
à l'intention des Autochtones.
- Fait important, certains établissements ne disposent pas des services d'un
Aîné ou d'un agent de liaison autochtone pendant de longues périodes
de temps.
- Le SCC entreprend d'importantes
activités pour stimuler la Stratégie pour les ressources humaines
autochtones, mais il est difficile de savoir si ces activités ont atteint
les résultats escomptés. Il est également difficile de répondre
aux questions suivantes : Quels sont les critères pour évaluer
la réussite des résultats? Existe-t-il des objectifs ou des résultats
précis? Quelles sont les ressources disponibles pour coordonner la mise en
œuvre de la Stratégie aux niveaux les plus élevés?
- Le SCC travaille avec
des recruteurs autochtones afin d'élaborer des stratégies touchant
au recrutement continu d'agents de liaison autochtone. Cependant, le
SCC n'a pas précisé le nombre de personnes demandées.
- En ce qui concerne l'utilisation grandissante des processus prévus à
l'article 84 pour la libération conditionnelle de délinquants autochtones,
il est difficile de savoir s'il y a des objectifs précis en matière
de recrutement ou s'il faut embaucher un nombre plus élevé d'agents
de développement auprès de la collectivité autochtone.
- Il y a une importante pénurie d'agents et d'intervenants de programmes ayant
les aptitudes nécessaires pour offrir des programmes à l'intention
des Autochtones. Il est difficile de savoir si les modules d'apprentissage de courte
durée en ligne ou en classe, qui ne semblent pas adéquats aux Autochtones,
permettront au personnel du SCC
de respecter ses propres exigences de sensibilisation aux éléments
culturels des délinquants autochtones.
- Le SCC doit respecter
les principes de l'arrêt Gladue. Toutefois, les politiques du
SCC ne précisent pas comment les employés du
SCC doivent prendre en considération les principes de l'arrêt
lorsqu'ils prennent des décisions concernant les délinquants autochtones.
Comment ces bonnes intentions seront-elles mises en place? Quelles formations reçoit
le personnel à l'égard de ces principes complexes?
- Le Plan stratégique relatif aux services correctionnels pour Autochtones
indique que les ententes de rendement de tous les cadres du
SCC les obligeront à rendre compte de leur contribution aux
services correctionnels pour Autochtones. Jusqu'à maintenant, ce processus
de reddition des comptes ne semble pas concrètement mis en œuvre, et
il est difficile de savoir si ce processus est évalué.
6. Cadre des services correctionnels dans le Nord
- Trois ans après l'entrée en vigueur du Plan stratégique 2006,
lequel demandait au SCC
d'élaborer une stratégie pour répondre aux besoins des délinquants
des régions nordiques, notamment les Inuits, les réunions de consultation
se poursuivent et la recherche suit son cours. Ces événements permettent
de soulever des questions, à savoir si des ressources suffisantes ont été
allouées à cette initiative.
7. Pavillon de ressourcement
- L'article 81 de la LSCMLC est entré en vigueur en 1992, et près de
17 ans plus tard, il n'existe que quatre pavillons de ressourcement indépendants
pour détenus autochtones au Canada et les délinquantes n'ont pas accès
à ce type de pavillons.
- Les pavillons de ressourcement existants ne sont pas occupés à pleine
capacité. Il est difficile de savoir s'il faudra obtenir des pavillons plus
grands.
- Les conclusions de la vérification des pavillons de ressourcements indiquent
que, 16 ans plus tard, le SCC
ne détient aucun cadre de politique pour soutenir la mise en place des pavillons
de ressourcement visés à l'article 81 et qu'il n'existe pas de directives
dans les politiques ou les procédures du
SCC. La vérification permet également de conclure que
les mécanismes de surveillance régionale compris dans l'article 81
ne sont pas toujours respectés et documentés.
- Il y a manque de cohérence dans la prestation des programmes et des services
offerts dans les pavillons de ressourcement au Canada (tant les pavillons gérés
par le SCC que les pavillons
visés à l'article 81). Les gestionnaires ne semblent pas contraints
d'utiliser les processus de mesure du rendement de façon constante. En règle
générale, l'engagement envers les pavillons de ressourcement du SCC est descriptif et ne comprend
pas d'indication claire quant à l'utilisation des pavillons.
V. Conclusion
Les préoccupations exprimées par le
BEC au sujet de l'écart continu sur le plan du rendement entre
les services correctionnels pour Autochtones et ceux pour les autres délinquants
se sont transformées en signaux d'alarme parce que le
SCC n'a pas encore réussi à remplir un grand nombre
de ses engagements.
Le SCC n'a pas su donner
suite à ses bonnes intentions dont il est question dans ses politiques et
ses stratégies, ce qui a donné lieu à des résultats
décevants. Cette situation est attribuable, du moins en partie, à
une absence de suivi des données, de résultats clairement énoncés
et de responsabilités afférentes.
Une fois adopté officiellement, le Cadre de responsabilisation des services
correctionnels pour Autochtones vise à établir des mesures concrètes,
assorties de résultats prévus et attendus, qui feront l'objet d'une
évaluation. Il établira également des niveaux de responsabilisation
à l'égard de réalisations attendues dans la mise en œuvre
du Plan stratégique de 2006. La mise en œuvre future du Cadre devrait
permettre au SCC d'atteindre
ses objectifs en matière de services correctionnels pour Autochtones.
Par conséquent, le BEC
souscrit à l'approche voulant que le
SCC établisse des cibles concrètes et assorties de délais
et d'indicateurs de rendement pertinents, qu'il renforce l'obligation de rendre
compte, qu'il éclaircisse les rôles et les responsabilités,
qu'il resserre la surveillance et qu'il améliore les rapports publics sur
les progrès réalisés. Seule l'épreuve du temps nous
dira si l'ébauche de la Stratégie relative au cadre de responsabilisation
des services correctionnels pour Autochtones remplira sa promesse en matière
de reddition de comptes et de résultats en ce qui concerne les services correctionnels
pour Autochtones.
Cependant, même s'il appuie cette initiative, le
BEC estime également qu'il doit tirer la sonnette d'alarme.
L'augmentation prévue du nombre de délinquants autochtones dans les
établissements correctionnels fédéraux et le changement éventuel
de leur répartition géographique donnent à penser que ceux-ci
continueront d'être surreprésentés dans la population correctionnelle
au cours de la période de planification quinquennale du
SCC (de 2009-2010 à 2014-2015).
Pour l'instant, comme la population autochtone est jeune et en pleine croissance,
l'incapacité du SCC
de transformer rapidement ses bonnes intentions en gestes concrets dans le domaine
des services correctionnels pour Autochtones se fera sentir dans l'ensemble du système
de justice pénale et du système de justice pour les adolescents, ainsi
que dans les collectivités autochtones et la société canadienne
pendant de nombreuses années.
ANNEXE A – Notice biographique
Michelle M. Mann
Michelle M. Mann possède un baccalauréat en histoire de l'Université
de Guelph (1991) et un baccalauréat en droit de l'Université d'Ottawa
(1994). Elle a été admise au Barreau de l'Ontario en 1996.
Mme Mann a entrepris sa carrière de juriste dans le domaine du contentieux
civil, puis elle a agi comme avocate spécialisée dans le droit des
Autochtones tant au ministère de la Justice qu'à la Commission des
revendications des Indiens du Canada. En 2002, après de nombreuses années
à œuvrer dans le domaine du droit des Autochtones et à la suite
d'un séjour en Afrique du Sud où elle s'est penchée sur les
droits de chacun des sexes et le droit foncier, Mme Mann a décidé
d'axer sa carrière sur la consultation et la rédaction.
Depuis, elle se consacre à des questions de nature juridique et stratégique,
tout en mettant l'accent sur les questions touchant les Autochtones.
Mme Mann est l'auteure de nombreux rapports, articles, chroniques et chapitres
d'ouvrages dans ce domaine. On peut obtenir de plus amples renseignements et des
exemples de ses publications sur son site Web, à :
www.michellemann.ca.
ANNEXE B – Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté
sous condition
80. Dans le cadre de l'obligation qui lui est imposée par l'article 76, le
Service doit offrir des programmes adaptés aux besoins des délinquants
autochtones.
Accords
81. (1) Le ministre ou son délégué peut conclure avec une collectivité
autochtone un accord prévoyant la prestation de services correctionnels aux
délinquants autochtones et le paiement par lui de leurs coûts.
Portée de l'accord
(2) L'accord peut aussi prévoir la prestation de services correctionnels
à un délinquant autre qu'un autochtone.
Transfert à la collectivité
(3) En vertu de l'accord, le commissaire peut, avec le consentement des deux parties,
confier le soin et la garde d'un délinquant à une collectivité
autochtone.
Comités consultatifs
82. (1) Le Service constitue un Comité consultatif autochtone national et
peut constituer des comités consultatifs autochtones régionaux ou
locaux chargés de le conseiller sur la prestation de services correctionnels
aux délinquants autochtones.
Consultation par les comités
(2) À cette fin, les comités consultent régulièrement
les collectivités autochtones et toute personne compétente sur les
questions autochtones.
Chefs spirituels et aînés
83. (1) Il est entendu que la spiritualité autochtone et les chefs spirituels
ou aînés autochtones sont respectivement traités à égalité
de statut avec toute autre religion et chef religieux.
Obligation du Service en la matière
(2) Le Service prend toutes mesures utiles pour offrir aux détenus les services
d'un chef spirituel ou d'un aîné après consultation du Comité
consultatif autochtone national et des comités régionaux et locaux
concernés.
Plans de libération conditionnelle
84. Avec le consentement du détenu qui sollicite la libération conditionnelle
dans une collectivité autochtone, le Service donne à celle-ci un préavis
suffisant de la demande, ainsi que la possibilité de soumettre un plan pour
la libération du détenu et son intégration au sein de cette
collectivité.
Plan de surveillance de longue durée
84.1 Avec le consentement du délinquant qui est soumis à une ordonnance
de surveillance de longue durée et qui sollicite une surveillance au sein
d'une collectivité autochtone, le Service donne à celle-ci un préavis
suffisant de la demande, ainsi que la possibilité de soumettre un plan pour
la surveillance du délinquant et son intégration au sein de cette
collectivité.
Références bibliographiques*
Bureau de l'enquêteur correctionnel (BEC).
Communiqué. Discrimination systémique à l'égard des
délinquants autochtones dans les prisons du Canada. Ottawa, BEC, 16 octobre 2006.
BEC. Fiche d'information :
détenus autochtones. Ottawa,
BEC, 2006.
BEC. Rapport annuel
du Bureau de l'enquêteur correctionnel 2005-2006. Ottawa, ministre
des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2006.
BEC. Rapport annuel
du Bureau de l'enquêteur correctionnel 2006-2007. Ottawa, ministre
des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2007.
BEC. Rapport annuel
du Bureau de l'enquêteur correctionnel 2007-2008. Ottawa, ministre
des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2008.
BEC. Rapport semi-annuel,
Questions autochtones, avril 2006-septembre 2006. Ottawa :
BEC, 2006. (non publié).
BEC. Rapport semi-annuel,
Questions autochtones, octobre 2006-mars 2007. Ottawa :
BEC, 2007. (non publié).
BEC. Rapport semi-annuel,
Questions autochtones, avril 2007-octobre 2007. Ottawa :
BEC, 2007. (non publié).
BEC. Rapport sur
les circonstances entourant le décès d'un détenu sous responsabilité
fédérale. Ottawa, ministre des Travaux publics et Services
gouvernementaux Canada, 2008.
Code criminel L.R.C. 1985, chap. C-46.
Commission royale sur les peoples autochtones. Par-delà les divisions culturelles
: un rapport sur les autochtones et la justice pénale au Canada.
Ottawa, Approvisionnements et Services, 1996.
Gobeil, Renée. Examen de l'Échelle de réévaluation du
niveau de sécurité pour les délinquants autochtones et non
autochtones de sexe masculin(ébauche). Ottawa,
SCC, 2008 (non publié).
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L.C. 1992, chap. 20.
R. c. Gladue [1999] 1 R.C.S. 688; (1999), 171 D.L.R. (4th) 385.
R. c. Sim [2005] 78 O.R. (3d) 183 (ON C.A.).
Rugge, Tanya. Évaluation du risque présenté par les délinquants
autochtones de sexe masculin : une perspective 2006. Ottawa, Sécurité
publique et protection civile Canada, 2006.
Service correctionnel Canada (SCC).
Bulletin sur le recrutement des Autochtones # 2007-34. Ottawa, SCC, 2007.
SCC. Cadre de collecte
de données. Ottawa, SCC,
s.d. (non publié).
SCC. Délinquants
autochtones : étapes importantes du cheminement correctionnel. Ottawa,
SCC, 2008 (non publié).
SCC. Délinquants
autochtones : étapes importantes du cheminement correctionnel. Ottawa,
SCC, 2008 (non publié).
SCC. Directive du commissaire
702 – Délinquants autochtones. Ottawa,
SCC, 2008.
SCC. Directive du commissaire
705-7 – Cote de sécurité et placement pénitentiaire.
Ottawa, SCC, 2009.
SCC. Élaboration
et gestion d'un cadre correctionnel pour le Nord : document de travail.
Ottawa, SCC, 2006 (non
publié).
SCC. Feuille de route
pour une sécurité publique accrue. Ottawa, ministre des Travaux
publics et Services gouvernementaux Canada, 2007.
SCC. Notes sur la version
1.4 du Système de gestion des délinquant(e)s (SGD). Ottawa:
SCC, 2008 (non publié).
SCC. Plan d'action national
2006- 2007 sur les services correctionnels pour Autochtones – Résultats
de fin d'année. Ottawa,
SCC, 2006 (non publié).
SCC. Plan d'action national
2007- 2008 sur les services correctionnels pour Autochtones – Résultats
de fin d'année. Ottawa,
SCC, 2007 (non publié).
SCC. Plan de recherche
2006-2007 révisé. Ottawa,
SCC, 2006 (non publié).
SCC. Plan de recherche
2007-2008. Ottawa, SCC,
2007 (non publié).
SCC. Plan de
recherche 2008-2009. Ottawa, SCC,
2008 (non publié).
SCC. Plan stratégique
relatif aux services correctionnels pour Autochtones. Ottawa, SSC, 2006.
SCC. Plan stratégique
pour la gestion des ressources humaines autochtones 2008-2009 à 2010-2011.
Ottawa, SCC, 2008 (non
publié).
* Certains renseignements contenus dans le présent rapport ont été
obtenus directement par courrier des Services correctionnels.
Notes de fin
1 Englobe les
Premières nations (statut d'Indien ou non), les Inuits et les Métis.
2 Statistique
Canada. Peuples autochtones du Canada en 2006 : Inuits, Métis et Premières
nations, recensement de 2006. Ottawa, Statistique Canada, 2008
3 Statistique
Canada. Projections des populations autochtones, Canada, provinces et territoires
2001 à 2017. Ottawa, Statistique Canada, 2005.
4 4 Sécurité
publique Canada. Aperçu statistique : le système correctionnel et
la mise en liberté sous condition 2008. Ottawa, ministre
des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2008.
5 Sécurité
publique Canada. Aperçu statistique : le système correctionnel et
la mise en liberté sous condition 2008.
6 Sécurité
publique Canada. Aperçu statistique : le système correctionnel et
la mise en liberté sous condition 2008.
7
SCC. Rapport sur les plans et les priorités 2007-2008.
Ottawa, Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, 2007.
8 Le Sentier autochtone
est un environnement de vie propre à un établissement à sécurité
moyenne qui répond aux besoins culturels et spirituels des délinquants
issus des Premières nations et des collectivités métisses et
inuites.
9 La cote de sécurité
initiale du délinquant n'est pas figée, mais réagit aux progrès
qu'il réalise pendant son incarcération, de sorte que le classement
par niveau de sécurité est revu régulièrement et à
des étapes clés tout au long de la peine. Lorsque les délinquants
ont démontré qu'ils ont réalisé des progrès et
que l'on juge qu'il est possible de gérer le risque, on peut abaisser leur
cote de sécurité.
10
SCC. Rapport sur les plans et les priorités 2007-2008.
11 Des outils
actuariels d'évaluation du risque sont des échelles qui mesurent le
risque de récidive ou d'évasion, ou encore le potentiel d'adaptation
au milieu carcéral.
12
BEC. Rapport semi-annuel, Questions autochtones, avril 2007-octobre
2007. Ottawa : BEC,
2007. (non publié).
13 Bureau de
l'enquêteur correctionnel. Rapport annuel du Bureau l'enquêteur correctionnel
2007-2008. Ottawa, ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux
Canada, 2006.
14
BEC. Rapport semi-annuel, Questions autochtones, avril 2007-octobre
2007.
15
BEC. Rapport semi-annuel, Questions autochtones, avril 2007-octobre
2007.
16 BEC. Rapport semi-annuel,
Questions autochtones, octobre 2006-mars 2007. Ottawa :
BEC, 2007. (non publié).
17 Bureau
de l'enquêteur correctionnel. Rapport annuel du Bureau de l'enquêteur
correctionnel 2005-2006. Ottawa, ministre des Travaux publics et
Services gouvernementaux Canada, 2006.
18 Raymond
Sioui, Jacques Thibault et Amiskou Groupe Conseil. Pertinence d'une adaptation de
l'Échelle de réévaluation du potentiel de réinsertion
sociale (ERPRS)
pour les Autochtones. Ottawa, Service correctionnel du Canada, 2001.
19 Raymond
Sioui, Jacques Thibault et Amiskou Groupe Conseil. Pertinence d'une adaptation de
l'Échelle de réévaluation du potentiel de réinsertion
sociale (ERPRS)
pour les Autochtones. Ottawa, Service correctionnel du Canada, 2001.
20 Shelley
Trevethan, John-Patrick Moore, et Christopher J. Rastin. Forum – Recherche
sur l'actualité correctionnelle : Profil des délinquants autochtones
incarcérés dans un pénitencier fédéral ou purgeant
leur peine dans la collectivité. Ottawa, Service correctionnel
du Canada, s.d.
21 Par exemple,
R. c. Sim (2005), 78 O.R. (3d) 183 (ON C.A.).
22 SCC. Délinquants autochtones
: étapes importantes du cheminement correctionnel. Ottawa,
SCC, 2008 (non publié).
23 Sécurité
publique Canada. Aperçu statistique : le système correctionnel et
la mise en liberté sous condition 2008.
24 BEC. Rapport semi-annuel,
Questions autochtones, avril 2007-octobre 2007.
25 BEC. Rapport semi-annuel,
Questions autochtones, avril 2007-octobre 2007.
26 BEC. Rapport semi-annuel,
Questions autochtones, avril 2007-octobre 2007.
27 BEC. Rapport semi-annuel,
Questions autochtones, avril 2007-octobre 2007.
28 SCC. Rapport sur les
plans et les priorités 2008-2009. Ottawa, Secrétariat
du Conseil du Trésor du Canada, 2008.