RAPPORT ANNUEL DU BUREAU DE
L'ENQUÊTEUR CORRECTIONNEL 2008-2009
Le 29 juin 2009
Le 29 juin 2009
L'honorable Peter Van Loan
Ministre de la Sécurité publique
Chambre des Communes
Ottawa (Ontario)
Monsieur le Ministre,
J'ai le privilège et le devoir conformément aux dispositions de l'article
192 de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous
condition de vous présenter le trente-sixième Rapport annuel de l'Enquêteur
correctionnel.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments distingués.
L'Enquêteur correctionnel,
Howard Sapers
Table des matières
Message de l'Enquêteur
correctionnel
Examen
des principaux sujets de préoccupation
- Santé mentale
- Réaction
aux incidents d'automutilation
- Examen des services
de santé
-
Programmes correctionnels et préparation des cas
- Décès
en établissement
- Délinquants
autochtones
-
Femmes purgeant une peine de ressort fédéral
-
Lacunes en matière de sécurité active
- Autres formes d'isolement
Perspectives de l'Enquêteur correctionnel pour 2009-2010
Annexe A : Données
statistiques
Annexe
B : Résumé des recommandations
Réponse du Service correctionnel du Canada
Message de l'Enquêteur correctionnel
Au coeur de presque chaque plainte se trouve habituellement un problème général
ou systémique lié à l'interprétation ou à l'application
des lois et des politiques correctionnelles.
Les personnes qui lisent assidûment les rapports annuels du Bureau remarqueront
l'ajout de résumés de cas dans le rapport de 2008-2009. Choisis parmi
plus de 6 000 plaintes de délinquants présentées au Bureau
au cours de la dernière année, ces cas font ressortir les liens qui
existent entre les plaintes individuelles et les préoccupations systémiques.
Ils mettent également en évidence mon mandat premier, qui est de traiter
en temps opportun les plaintes des délinquants de manière objective
et équitable. Au coeur de presque chaque plainte se trouve habituellement
un problème général ou systémique lié à
l'interprétation ou à l'application des lois et des politiques correctionnelles.
Les examens et les enquêtes effectués par mon Bureau portent sur le
caractère équitable des décisions rendues dans ces cas.
Le rapport de cette année, mon sixième, passe en revue neuf grands
sujets de préoccupation. Les lecteurs et lectrices qui ont suivi la publication
du rapport du Bureau sur le décès tragique d'Ashley Smith (Une mort
évitable) ne seront pas surpris que le rapport de cette année
débute avec un examen des questions de santé mentale, suivi d'une
section sur l'automutilation et autres comportements autodestructeurs dans les prisons
et d'observations au sujet de l'examen des services de santé essentiels par
le Service correctionnel du Canada (SCC).
J'ai délibérément présenté et organisé
l'information de cette manière, car j'en suis arrivé à la conclusion
que la prestation de services de santé mentale et d'autres services connexes
au sein du système correctionnel fédéral représente
sans doute le problème le plus grave et le plus pressant pour le Service
en ce moment.
Le nombre de plaintes liées aux soins de santé que le Bureau a reçues
cette année et les années précédentes confirme la gravité
du problème. Les services de soin de santé mentale au sein du système
correctionnel fédéral sont mis à rude épreuve, et il
y a des lacunes sur les plans de la capacité, de la qualité, des normes
et la souplesse. La criminalisation et l'incarcération des personnes atteintes
de troubles de santé mentale alourdissent le système de justice pénale
et ne contribuent d'aucune manière à améliorer la sécurité
publique. La demande de services de santé mentale au sein du système
correctionnel augmente considérablement, et les besoins non comblés
sont immédiats et troublants.
Cependant, ce n'est pas parce que le rapport commence par les questions de santé
mentale que les autres sujets de préoccupations méritent moins l'attention
du public. En fait, le rapport de cette année souligne à nouveau le
vaste éventail de problèmes touchant les délinquants autochtones
et les femmes purgeant une peine de ressort fédéral. Je signale à
nouveau qu'à cet égard il y a lieu de mettre en place une structure
directe et visible de leadership et de responsabilisation. À mon avis, il
ne suffit pas d'aspirer à réduire l'écart entre les résultats
sur le plan correctionnel des délinquants autochtones par rapport aux délinquants
non autochtones. Nous devons en fait chercher des solutions et des pratiques novatrices
qui permettront de manière concrète et à long terme de réparer
l'échec que constitue la surreprésentation des Autochtones dans les
établissements correctionnels. De même, il est troublant de constater
qu'il n'y a pas eu plus de progrès en ce qui concerne les femmes purgeant
une peine de ressort fédéral, dont la population n'a cessé
de croître au cours des dernières années. Comme je le dis clairement
dans le rapport, le soi-disant protocole de gestion des délinquantes n'a
rien à voir avec une approche correctionnelle efficace et progressiste. Il
s'agit en fait d'un pas dans la mauvaise direction.
En tant qu'ombudsman, j'ai pour mandat d'enquêter sur les problèmes
des délinquants liés aux décisions, aux recommandations, aux
actes ou aux omissions du Service correctionnel qui sont contraires aux lois ou
aux politiques, ou qui affectent négativement les délinquants individuellement
ou en groupe. Inévitablement, mon travail au Bureau m'amène à
constater par écrit les erreurs, les lacunes et les échecs et à
recommander des mesures correctrices. Mon Bureau communique avec le Service seulement
en cas de problème ou lorsque nous relevons une question à régler.
En effet, mon travail me donne rarement l'occasion de transmettre des félicitations
pour un travail bien fait, de reconnaître que l'on sauve des vies ou de présenter
une mention élogieuse pour dévouement exceptionnel. Pourtant, plusieurs
initiatives nationales méritent d'être soulignées, par exemple
le rapport de 2008 du Groupe d'examen des politiques, dans lequel il est recommandé
de renforcer la capacité stratégique et la structure de gouvernance
du Service. Je suis également encouragé par la réponse initiale
du Service au rapport sur les décès évitables en établissement
publié récemment par le Bureau et par l'engagement du Service de suivre
la situation de près.
J'ai depuis toujours beaucoup de respect pour les hommes et les femmes qui travaillent
aux premières lignes du système correctionnel fédéral
canadien. Faire preuve d'humanité, de compassion et de maîtrise de
soi tout en aidant les membres les plus vulnérables, isolés et démunis
de la société n'est pas seulement un travail, mais bien une vocation.
Par sa nature, le travail correctionnel est mené dans des circonstances difficiles,
stressantes et exigeantes. Il y a beaucoup de mérite à se dévouer
pour la fonction publique, à protéger la sécurité publique
et à transformer des vies. Je me joins d'ailleurs à tous les Canadiens
et Canadiennes pour transmettre mes meilleurs voeux au
SCC à l'occasion de son 30e anniversaire.
Compte tenu de mon rôle de surveillance et de mon mandat, je suis conscient
qu'il y aura toujours une certaine tension « créative »
et un débat constructif entre le Bureau et le Service. C'est normal et même
sain dans le cas des fonctions d'ombudsman. La plupart du temps, la relation entre
les deux organismes est empreinte de respect, de courtoisie et de professionnalisme.
Nous devons parfois accepter nos divergences d'opinions au sujet de certains problèmes
difficiles touchant les services correctionnels, mais au bout du compte nous sommes
tous aussi déterminés à assurer la sécurité publique,
à respecter les principes liés au traitement équitable et humain
des délinquants et à faciliter la réinsertion sociale sans
risque des délinquants dans la collectivité en tant que citoyens respectueux
des lois.
Cette année, il y a eu une baisse du nombre et de la fréquence des
visites dans les établissements à l'échelle du pays. La crédibilité,
la légitimité et l'accès sont des éléments essentiels
de la fonction d'ombudsman. Par rapport aux années précédentes,
les délinquants ont fait moins appel aux services offerts par mon Bureau.
Cependant, j'ai remarqué que cette baisse est due en grande partie à
la présence moins marquée du Bureau dans les établissements.
Or, la demande était tout simplement trop grande pour le peu de ressources,
qui ont eu à gérer de multiples priorités concurrentes. Certaines
de ces priorités, comme je l'explique plus loin, ont empêché
les enquêteurs de visiter les établissements et les ont obligés
à se consacrer à des examens complexes et exigeants.
Deux enquêtes très difficiles et détaillées ont accaparé
en particulier les ressources l'an dernier. Le Bureau a publié ses constatations
et recommandations dans des rapports portant sur deux décès troublants
survenus en établissement, soit À défaut de répondre
(mai 2008) et Une mort évitable (mars 2009) — parce qu'il était
dans l'intérêt public de le faire. Les deux décès auraient
pu être prévenus et étaient le produit de problèmes systémiques
et d'erreurs individuelles. Pour effectuer ces enquêtes et mener le suivi
nécessaire, le Bureau a été obligé de redistribuer la
charge de travail et de réorganiser ses priorités.
Sur une note personnelle, je suis très heureux d'avoir appris le renouvellement
de ma nomination, à compter du 1er avril 2009, pour trois années en
tant qu'Enquêteur correctionnel. Ce renouvellement est une bonne occasion
de faire le point, de prendre de nouveaux engagements et d'aller de l'avant. C'est
donc avec une conviction, une énergie et un optimisme renouvelés que
je présente mon rapport annuel pour 2008-2009.
Howard Sapers
Enquêteur correctionnel du Canada
Examen des sujets de préoccupation
Santé mentale
Les personnes qui lisent assidûment les rapports Ashley Smith n'est pas un
cas isolé... La jeune femme souffrait d'une maladie mentale, et la vérité,
c'est que son rétablissement a été empêché parce
que le réseau de services est complexe et décousu, parce que les politiques
sont désuètes, parce qu'on a raté des occasions de lui venir
en aide et parce que les maladies mentales font l'objet de stigmates débilitants...
Le personnel des établissements pour jeunes et pour adultes n'a pas su reconnaître
les problèmes de santé mentale comme tels et a puni Mme Smith à
maintes reprises au lieu de l'aider. On l'a placée dans des cellules d'isolement,
on a porté de nouvelles accusations contre elle, on l'a agressée,
on l'a marginalisée et on l'a transférée onze fois en moins
d'un an. Elle n'a jamais reçu tous les traitements dont elle avait besoin
pour corriger les problèmes de santé mentale que cachaient ses comportements
perturbateurs.
Communiqué de presse, Centre d'excellence provincial en santé mentale
des enfants et des ados, Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario,
3 mars 2009.
Lors de ma comparution devant le Comité permanent de la sécurité
publique et nationale le 2 avril 2009, le ministre de la Sécurité
publique a fait des remarques perspicaces au sujet des délinquants souffrant
de troubles de santé mentale et s'est demandé si les prisons étaient
le meilleur endroit pour les traiter. Le ministre a signalé qu'au cours des
30 dernières années, nous sommes passés progressivement vers
un système de traitement externe et communautaire en faisant sortir les personnes
souffrant de troubles mentaux de nos établissements psychiatriques provinciaux
pour nous rendre compte que nous étions en train de les faire entrer en prison.
Le ministre a résumé le problème en quelques mots, en suggérant
que nous « criminalisons les malades mentaux ». Il a laissé
entendre clairement dans ses remarques qu'il ne sera pas facile de régler
le problème puisqu'il faudra apporter des réformes importantes aux
systèmes de soins de santé, de justice pénale et de services
correctionnels.
Le sort des détenus atteints de troubles mentaux est devenu une préoccupation
centrale et une grande priorité de mon Bureau. Nous savons que la prévalence
des délinquants souffrant de graves problèmes de santé mentale
à leur arrivée en prison a doublé au cours des cinq dernières
années. Onze pour cent (11 %) des délinquants sous responsabilité
fédérale ont un diagnostic de troubles mentaux à l'admission,
plus de 20 % des délinquants prennent des médicaments pour des troubles
psychiatriques, et un peu plus de 6 % ont déjà été des
patients externes avant l'admission. La probabilité d'avoir un diagnostic
de troubles mentaux au moment de l'admission est deux fois plus grande chez les
femmes que chez les hommes; plus de 30 % des femmes avaient déjà été
hospitalisées en raison de troubles psychiatriques [1]. Selon un examen récent des dossiers
de santé dans la région de l'Ontario, 39 % des détenus dans
cette région ont un diagnostic de troubles mentaux, se font actuellement
prescrire des médicaments ou font l'objet d'une évaluation ou d'une
intervention psychologique. D'après les résultats préliminaires
d'un système de dépistage des maladies mentales nouvellement mis en
place, un délinquant sur quatre souffrirait à des degrés variables
de troubles mentaux à son admission.
Le nombre exact de personnes atteintes de maladie mentale et ce qu'on entend par
troubles mentaux ne font pas toujours l'unanimité. Cependant, il est de plus
en plus clair que ces personnes forment un groupe très important, vulnérable
et en détresse de la population carcérale. C'est dans les prisons
fédérales que l'on retrouve en effet la plus importante population
psychiatrique. Cependant, malgré les besoins flagrants, le système
correctionnel fédéral a une capacité limitée d'offrir
un traitement et des interventions et se limite donc largement au traitement des
cas les plus graves ou des cas chroniques — c'est àdire aux délinquants
qui reçoivent des soins psychiatriques dans l'un des cinq centres régionaux
de traitement (CRT). La plupart des autres cas de troubles mentaux soit ne sont
pas traités, soit font l'objet d'une attention clinique limitée. Il
est souvent difficile, même dans la collectivité en général,
de détecter et de traiter les maladies mentales. L'environnement carcéral
ne fait qu'aggraver le problème.
Nous savons également que la plupart des délinquants atteints de troubles
mentaux ont de la difficulté à s'adapter à l'environnement
carcéral et à participer aux programmes correctionnels conventionnels
pour toutes sortes de raisons, notamment des déficiences ou retards cognitifs.
Or, la plupart d'entre eux n'ont toujours pas de plan intégré de traitement
et de gestion clinique. La continuité et la qualité des soins de santé
mentale posent également de graves problèmes, sans compter que la
plupart des établissements fédéraux au pays, que ce soit à
sécurité maximale, moyenne ou minimale, manquent de ressources pour
offrir les services de santé mentale nécessaires.
L'une des grandes priorités du Service correctionnel est de renforcer sa
capacité de répondre aux besoins en santé mentale des délinquants.
Mon Bureau a donné son adhésion à la Stratégie en matière
de santé mentale du SCC
de 2004 ainsi qu'à l'Initiative sur la santé mentale dans la collectivité
(2005) et à l'Initiative sur la santé mentale en établissement
(2007) qui s'y rattachent. Nous sommes conscients des nouvelles ressources consacrées
à l'amélioration de la capacité d'offrir des soins primaires
dans les établissements ordinaires par l'entremise entre autres de ces initiatives
et nous félicitons le SCC
d'avoir agi. Nous avons également recommandé et appuyé l'adoption
d'une approche multidisciplinaire pour traiter les délinquants atteints de
troubles mentaux, c'est à-dire une approche qui mise sur différents
éléments et la participation de représentants de plusieurs
disciplines (psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux, personnel infirmier,
conseillers en comportement) de même que des responsables de la gestion de
cas et de la sécurité. Tous ces éléments sont essentiels
pour mieux répondre aux besoins en santé mentale des délinquants
sous responsabilité fédérale.
Récemment, certains progrès ont été réalisés
: mise en oeuvre d'une nouvelle trousse de formation sur la santé mentale
à l'intention du personnel de première ligne; entrée en application
d'un nouveau système de dépistage des troubles de santé mentale
à l'admission; planification en vue de la mise en liberté et de la
réinsertion sociale. Malgré tout, je suis toujours déçu
de la lenteur à laquelle les changements sont apportés et par l'absence
de résultats concrets montrant une amélioration dans la prestation
et la qualité des soins et des services offerts aux délinquants atteints
de troubles mentaux. Comme je l'ai mentionné auparavant, les intentions sont
bonnes, mais le système n'a pas la capacité de réagir et de
s'adapter à la situation. De façon générale, la situation
des délinquants atteints de problèmes de santé mentale ne s'est
pas beaucoup améliorée depuis que mon Bureau a signalé pour
la première fois le triste état des choses en 2004.
Je crois qu'il s'agit en partie d'un problème de priorité. Par exemple,
à l'exception des psychologues participant à l'Initiative sur la santé
mentale en établissement, un psychologue du
SCC passe généralement la plus grande partie de sa journée
à mener des évaluations du risque (examens des cas en vue de la mise
en liberté, examens des cas d'isolement et du classement, réévaluations
de la cote de sécurité, etc.) au lieu de traiter les délinquants
atteints de troubles mentaux et d'évaluer leurs besoins. Le fait de mettre
l'accent sur le risque dans la gestion des comportements troublants associés
aux maladies mentales donne lieu à des interventions axées sur la
sécurité et la répression plutôt que sur le traitement
et l'intervention. Malheureusement, il existe clairement une distinction entre les
évaluations du risque, de la sécurité et des vulnérabilités
et les pratiques de traitement et d'intervention clinique. Les délinquants
qui ont besoin du deuxième type d'interventions font souvent les frais de
cette division ou sont tout simplement négligés.
Résumé de cas :
L'état de santé mentale d'un détenu à sécurité
maximale placé sous surveillance deux jours auparavant parce qu'il présentait
un risque élevé de suicide s'est rapidement détérioré,
l'amenant à s'automutiler et à tenter de se suicider. Une équipe
pénitentiaire d'intervention en cas d'urgence a sorti le détenu de
la cellule d'isolement, lui a mis du matériel de contrainte à six
points d'attache et a procédé d'urgence à son transfèrement
vers le Centre régional de traitement (CRT). Moins de 24 heures plus tard,
tandis qu'il portait encore le matériel de contrainte, le détenu a
été renvoyé du CRT et placé de nouveau dans la même
cellule d'isolement, sans plan de gestion clinique. Mon Bureau poursuit son enquête
dans cette affaire.
Recommandation #1
Le service devrait recruter et embaucher davantage de professionnels des
soins de santé mentale, en pourvoyant en premier les postes vacants dans
les établissements où les services sont insuffisants et devrait prévoir
des budgets permanents pour le recrutement et la formation de ces professionnels.
Les délinquants ayant des besoins criants et ceux nécessitant des
interventions spécialisées peuvent être envoyés dans
un centre régional de traitement (CRT), mais ils sont habituellement transférés
à nouveau dans l'établissement ayant fait le renvoi après une
courte période de « stabilisation ». Submergés
par la demande, les CRT sont pris dans un tourbillon de renvois, d'admissions et
de congés. Le Service n'offre presque aucun soin intermédiaire en
santé mentale pour aider les délinquants à faire la transition
entre les interventions thérapeutiques et cliniques offertes dans les CRT
et le retour au quotidien dans les établissements ordinaires. Sauf pour deux
projets pilotes régionaux proposés, il n'a mis en place ni mesure
ni service médian aux délinquants qui tentent de s'habituer à
nouveau à la vie dans une prison ordinaire. L'isolement est trop souvent
la solution par défaut.
Or, la plupart des délinquants atteints de troubles mentaux n'éprouvent
pas généralement des besoins criants qui leur permettraient d'obtenir
les services des CRT. Moins de 10 % des délinquants sont effectivement admis
dans les CRT ou traités dans l'environnement thérapeutique offert
par ceux-ci. La plupart des délinquants restent au sein de la population
carcérale générale, où les ressources psychologiques
sont limitées. Lorsqu'ils font l'objet d'une évaluation, ils sont
souvent présentés comme ayant des problèmes de comportement,
et non un trouble de santé mentale. Au sein du système correctionnel,
il faudrait voir les problèmes de santé mentale pour ce qu'ils sont,
sans considération pour les autres questions liées à la sécurité,
au risque et aux mesures de contrôle.
En l'absence générale de services de santé mentale accessibles,
les délinquants qui ont des besoins bien établis demeurent dans un
cadre où l'on n'a pas les moyens de déceler les symptômes et
de moduler les comportements. Trop souvent, les problèmes de santé
mentale se détériorent au point où les délinquants enfreignent
les règles de l'établissement, ont des altercations avec le personnel
et d'autres délinquants, et, souvent, se font du mal. Trop souvent aussi,
ils sont placés en isolement ou sous garde contrôlée pour leur
propre sécurité. Mon Bureau reçoit un grand nombre de plaintes
concernant des placements en isolement, des transfèrements vers des établissements
de niveau de sécurité supérieure et des incidents de recours
de la force provoqués par des comportements découlant de besoins en
santé mentale.
Recommandation #2
Conformément à la stratégie en matière de santé
mentale approuvée par le scc, le service devrait immédiatement mettre
en place des unités de soins intermédiaires en santé mentale
dans chaque région.
Au cours de la dernière année, le Service a mis en place, à
titre de projet pilote, une Équipe interdisciplinaire mobile de traitement,
d'évaluation et de consultation (EIMTEC). Composée de membres du personnel
de l'administration centrale avec l'aide des ressources du secteur des Services
de santé, cette unité mobile a été mise en place à
la demande d'un directeur d'établissement pour venir en aide aux établissements
régionaux pour femmes. Un élément central de l'intervention
de l'EIMTEC est le plan de gestion clinique (PGC), qui est décrit comme un
document de travail interne « portable qui est élaboré
par et pour l'équipe de gestion de cas [...] Il fait état des interventions
cliniques ainsi que des interventions liées à la gestion de cas et
à la sécurité »[2].
Cette initiative est encore à l'étape de projet pilote et de développement.
Il est cependant réconfortant de constater que le Service comprend qu'il
doit commencer à intégrer diverses interventions cliniques aux mesures
de sécurité et de gestion des cas pour mieux gérer les délinquants
atteints de troubles mentaux. (Il s'agissait après tout d'un élément
central de la Stratégie en matière de santé mentale pour les
délinquantes proposée en 2002.) Pour passer à une mise en oeuvre
nationale, le SCC devra
veiller à mettre en place dans les établissements les ressources nécessaires
pour continuer à assurer l'ensemble des soins prévus dans le PGC.
Si les établissements n'ont pas la capacité nécessaire, l'EIMTEC
offrira uniquement une solution d'urgence à court terme à un problème
très pressant et compliqué.
Recommandation #3
Il faudrait sans tarder établir et mettre en application des plans
de gestion cliniques pour traiter les délinquants souffrant de troubles de
santé mentale, et il faudrait que ces plans soient gérés par
des équipes multidisciplinaires, composées de membres du personnel
des services de santé mentale, de sécurité et de gestion des
cas travaillant en collaboration.
Comme je le constate avec preuve à l'appui dans le cadre de l'enquête
sur le décès d'Ashley Smith, je m'inquiète de plus en plus
du recours répété et généralisé à
l'isolement pour gérer les délinquants atteints de troubles mentaux
dans les pénitenciers fédéraux. Dans un environnement correctionnel,
les délinquants souffrant de problèmes de santé mentale ne
comprennent pas toujours les règles de l'établissement et ont parfois
de la difficulté à les respecter ou à s'y adapter. Ils souffrent
souvent de troubles de la personnalité ou de pensée illogique, de
déficiences cognitives, de délire, de paranoïa ou de changements
d'humeur prononcés. En raison de leurs troubles mentaux, ils ont des comportements
irrationnels, impulsifs et compulsifs qui entraînent des altercations et des
échanges de coups avec les membres du personnel ou d'autres détenus,
ce qui a souvent pour résultat qu'ils écopent d'accusations d'infractions
aux règles de l'établissement ou qu'ils sont placés pour de
longues périodes en isolement préventif ou disciplinaire.
Nous sommes d'avis que le fait d'être privé pendant de longues périodes
de tout contact humain a une incidence négative sur la santé mentale
et nuit à la réadaptation. Les conditions de privation dans la plupart
des unités et cellules d'isolement sont loin d'aider les personnes atteintes
de troubles mentaux; elles contribuent plutôt à exacerber les comportements
inadéquats ou difficiles à corriger. Dans le cadre de ses enquêtes,
mon Bureau a découvert que les détenus sont placés dans ces
cellules et unités parce qu'ils avaient eu un comportement causé au
départ par un problème de santé mentale. Il s'agit d'une situation
classique où la personne n'a aucun moyen de s'en sortir.
Il faut mettre fin à la pratique d'exposer les délinquants atteints
de troubles mentaux à des périodes prolongées d'isolement et
de privation, car cela n'est ni sécuritaire, ni humain. En fait, puisque
l'isolement n'est pas un moyen efficace de traiter les maladies mentales, j'ai formulé
trois grandes recommandations à cet égard dans mon rapport Une mort
évitable :
- Les gestionnaires régionaux, y compris les responsables des soins de santé,
devraient procéder à un examen des placements en isolement prolongé
tous les soixante jours;
- Il faudrait effectuer un examen psychologique du détenu pour déterminer
son état de santé mentale, plus particulièrement une évaluation
du risque de comportement d'autodestruction, dans les 24 heures suivant le placement
en isolement;
- Un arbitre indépendant devrait examiner les placements en isolement des détenus
souffrant de problèmes de santé mentale.
Le Service a réagi en mettant sur pied un Comité national de gestion
de la population chargé d'assurer une surveillance à l'échelle
nationale du recours à l'isolement préventif. Il s'est également
engagé à mettre à l'essai un processus d'examen indépendant
des cas d'isolement prolongé au cours de la prochaine année. Je recommande
ce qui suit pour aider le Service à s'acquitter de ses responsabilités
à l'égard du public et à maintenir sa crédibilité.
Recommandation #4
Le Service devrait mener sans tarder un examen indépendant des cas
d'isolement à long terme et faire valider et évaluer le processus
d'examen de ces cas par un organisme externe.
Réaction aux incidents d'automutilation
Résumés de cas :
1 // L'instigateur a tenté de se suicider en se pendant
dans sa cellule d'isolement.
2 // L'instigateur a informé les membres du personnel qu'il
avait ingéré tous ses médicaments.
3 // L'instigateur s'est infligé des blessures au bras avec
un morceau de verre et a refusé d'obéir aux ordres d'arrêter.
Les membres du personnel ont eu recours à la force pour l'empêcher
de continuer. Le personnel a mis le matériel de contrainte Pinel à
l'instigateur, qui est évalué par les employés des services
de santé.
Source : Système interne de signalement des incidents du
SCC (RAPSIT).
Les comportements autodestructeurs, en particulier s'ils sont répétés
et chroniques, sont une source de préoccupation et une priorité pour
mon Bureau. Le Service doit concerter ses efforts pour régler ce problème.
Je suis inquiet du nombre et de la fréquence des incidents de cette nature,
surtout les cas chroniques, signalés au cours de la dernière année
dans le système interne du Service (RAPSIT), et avec bonne raison. Selon
une étude menée récemment par le
SCC, le nombre d'incidents d'automutilation signalés par les
détenus a augmenté progressivement, mais substantiellement. Au cours
de la période de six mois allant d'avril à septembre 2008, 184 incidents
d'automutilation ont été signalés dans le RAPSIT, soit plus
du double par rapport à la même période en 2006. [3]
Dans mon rapport annuel de 2006-2007, je recommandais au Service correctionnel d'établir
un cadre afin de systématiquement signaler et passer en revue les circonstances
entourant les tentatives de suicide, les incidents d'automutilation et les surdoses.
J'ai formulé cette recommandation avec deux objectifs en tête : d'une
part, amener le Service à prendre des mesures correctrices pour prévenir
les incidents d'automutilation et d'autre part, s'assurer que les cas difficiles
soient évalués adéquatement et que les délinquants visés
reçoivent les traitements nécessaires et fassent l'objet de plans
de gestion et de traitement efficace.
Le Service effectue des recherches à fin de mieux comprendre le problème
et d'en évaluer la portée. Ces recherches prennent appui sur une étude
interne récente sur les incidents d'automutilation signalés. Le but
est d'établir des données de référence, de comprendre
la dynamique et les motifs de l'automutilation, de dresser un profil des personnes
qui ont ces comportements, et d'élaborer un répertoire des stratégies
d'intervention clinique. L'étude interne en question laisse entendre que
dans la plupart des cas, les personnes qui s'automutilent ne cherchent pas à
mettre fin à leur vie. En fait, la majorité de ces délinquants
ne cachent nullement leurs intentions. Par conséquent, le personnel de première
ligne doit se montrer vigilant. Il devrait par exemple appliquer les principes de
la sécurité active et apprendre à reconnaître les indicateurs
de l'automutilation pour pouvoir intervenir adéquatement.
Je suis d'avis qu'il faut comprendre l'automutilation dans les prisons et traiter
ces cas d'abord et avant tout comme une question de santé mentale, et non
pas exclusivement ou surtout comme un problème de sécurité
ou de comportement (par exemple, il faudrait cesser de parler de caprices ou de
comportement visant à attirer l'attention). Trop souvent, les incidents d'automutilation
entraînent un recours à la force disproportionné par rapport
au risque, ce qui va à l'encontre du principe des « mesures le
moins restrictives possible » et est inapproprié sur le plan clinique.
Dans certains cas, le recours à la force vient exacerber une situation d'urgence
médicale ou de santé mentale déjà pénible.
Au cours de la dernière année, des représentants de mon Bureau
ont écrit à plusieurs reprises à des cadres supérieurs
de l'administration centrale (AC) afin de leur recommander de participer activement
aux efforts visant à mettre en place des plans de gestion et d'intervention
clinique pour les délinquants qui s'automutilent de manière chronique
et de diriger ces travaux.
Le Service a répondu à mes demandes répétées
en disant que, dans les cas d'automutilation, le rôle de l'AC se limite à
apporter une aide et un appui à la demande du directeur de l'établissement
et des autorités régionales directement responsables des détenus.
Parallèlement, le personnel de première ligne, soit les psychiatres
et les psychologues, a avisé notre Bureau que le personnel sur le terrain
ne comprend pas exactement ce qu'est un plan de gestion clinique (PGC) et ne sait
pas qui doit l'établir, malgré les efforts déployés
par l'AC pour définir les éléments d'un tel plan. Si les ressources
locales sont insuffisantes et que les éléments essentiels d'une stratégie
visant à gérer les incidents d'automutilation chroniques ne sont pas
en place, peu importe si les autorités régionales demandent ou non
à l'AC de l'aide. En effet, même si elles demandent et obtiennent des
conseils, les autorités régionales n'ont pas la capacité de
les appliquer.
Mon Bureau estime que les cas impliquant des incidents répétés
d'automutilation devraient être renvoyés au commissaire adjoint des
Services de santé à l'AC et, dans le cas de délinquantes, à
la souscommissaire pour les femmes. L'AC devrait en retour veiller à ce que
des PGC sont en place dans les établissements et que des équipes régionales
et nationales examinent périodiquement les progrès réalisés
en vue de la gestion de ces cas. Je suis tout à fait d'accord qu'il faut
approfondir les recherches pour mieux comprendre la dynamique, les caractéristiques
et les besoins de ce groupe de population à la hausse. Or, il est important
pour le Service de mettre en place une stratégie nationale uniforme qui tient
compte des dernières recherches et analyses et qui prévoit un traitement
clinique approprié, des mesures d'intervention et de prévention ainsi
qu'un rôle de surveillance par l'AC.
Sur ce sujet, voici mes recommandations :
Recommandation #5
Le SCC devrait
élaborer une stratégie nationale pour gérer les comportements
chroniques et les incidents d'automutilation et la communiquer à mon bureau.
Le protocole devrait établir clairement les pouvoirs et les responsabilités
des bureaux nationaux et régionaux et des établissements pour assurer
une gestion et une surveillance constante de ces cas et prévoir les exigences
en matière de formation pour aider les employés à reconnaître
rapidement les comportements d'automutilation.
Recommandation #6
Il faudrait mettre en place des plans de gestion clinique — comportant
des mesures de prévention, d'intervention et de traitement — pour gérer
les délinquants qui s'automutilent de manière chronique.
Recommandation #7
Il faudrait établir de manière urgente un répertoire
des pratiques exemplaires sur le traitement et la prévention en matière
d'automutilation et le distribuer rapidement dans tout le Service.
Recommandation #8
Le SCC devrait
établir immédiatement dans chaque région, selon les besoins,
des unités spécialisées dans la gestion des délinquants
qui s'automutilent de manière chronique.
Résumés de cas :
1 // L'instigateur a tenté de se suicider en se pendant
dans sa cellule d'isolement.
2 // L'instigateur a informé les membres du personnel qu'il
avait ingéré tous ses médicaments.
3 // L'instigateur s'est infligé des blessures au bras avec
un morceau de verre et a refusé d'obéir aux ordres d'arrêter.
Les membres du personnel ont eu recours à la force pour l'empêcher
de continuer. Le personnel a mis le matériel de contrainte Pinel à
l'instigateur, qui est évalué par les employés des services
de santé.
Source : Système interne de signalement des incidents du
SCC (RAPSIT).
Les comportements autodestructeurs, en particulier s'ils sont répétés
et chroniques, sont une source de préoccupation et une priorité pour
mon Bureau. Le Service doit concerter ses efforts pour régler ce problème.
Je suis inquiet du nombre et de la fréquence des incidents de cette nature,
surtout les cas chroniques, signalés au cours de la dernière année
dans le système interne du Service (RAPSIT), et avec bonne raison. Selon
une étude menée récemment par le
SCC, le nombre d'incidents d'automutilation signalés par les
détenus a augmenté progressivement, mais substantiellement. Au cours
de la période de six mois allant d'avril à septembre 2008, 184 incidents
d'automutilation ont été signalés dans le RAPSIT, soit plus
du double par rapport à la même période en 2006. [3]
Dans mon rapport annuel de 2006-2007, je recommandais au Service correctionnel d'établir
un cadre afin de systématiquement signaler et passer en revue les circonstances
entourant les tentatives de suicide, les incidents d'automutilation et les surdoses.
J'ai formulé cette recommandation avec deux objectifs en tête : d'une
part, amener le Service à prendre des mesures correctrices pour prévenir
les incidents d'automutilation et d'autre part, s'assurer que les cas difficiles
soient évalués adéquatement et que les délinquants visés
reçoivent les traitements nécessaires et fassent l'objet de plans
de gestion et de traitement efficace.
Le Service effectue des recherches à fin de mieux comprendre le problème
et d'en évaluer la portée. Ces recherches prennent appui sur une étude
interne récente sur les incidents d'automutilation signalés. Le but
est d'établir des données de référence, de comprendre
la dynamique et les motifs de l'automutilation, de dresser un profil des personnes
qui ont ces comportements, et d'élaborer un répertoire des stratégies
d'intervention clinique. L'étude interne en question laisse entendre que
dans la plupart des cas, les personnes qui s'automutilent ne cherchent pas à
mettre fin à leur vie. En fait, la majorité de ces délinquants
ne cachent nullement leurs intentions. Par conséquent, le personnel de première
ligne doit se montrer vigilant. Il devrait par exemple appliquer les principes de
la sécurité active et apprendre à reconnaître les indicateurs
de l'automutilation pour pouvoir intervenir adéquatement.
Je suis d'avis qu'il faut comprendre l'automutilation dans les prisons et traiter
ces cas d'abord et avant tout comme une question de santé mentale, et non
pas exclusivement ou surtout comme un problème de sécurité
ou de comportement (par exemple, il faudrait cesser de parler de caprices ou de
comportement visant à attirer l'attention). Trop souvent, les incidents d'automutilation
entraînent un recours à la force disproportionné par rapport
au risque, ce qui va à l'encontre du principe des « mesures le
moins restrictives possible » et est inapproprié sur le plan clinique.
Dans certains cas, le recours à la force vient exacerber une situation d'urgence
médicale ou de santé mentale déjà pénible.
Au cours de la dernière année, des représentants de mon Bureau
ont écrit à plusieurs reprises à des cadres supérieurs
de l'administration centrale (AC) afin de leur recommander de participer activement
aux efforts visant à mettre en place des plans de gestion et d'intervention
clinique pour les délinquants qui s'automutilent de manière chronique
et de diriger ces travaux.
Le Service a répondu à mes demandes répétées
en disant que, dans les cas d'automutilation, le rôle de l'AC se limite à
apporter une aide et un appui à la demande du directeur de l'établissement
et des autorités régionales directement responsables des détenus.
Parallèlement, le personnel de première ligne, soit les psychiatres
et les psychologues, a avisé notre Bureau que le personnel sur le terrain
ne comprend pas exactement ce qu'est un plan de gestion clinique (PGC) et ne sait
pas qui doit l'établir, malgré les efforts déployés
par l'AC pour définir les éléments d'un tel plan. Si les ressources
locales sont insuffisantes et que les éléments essentiels d'une stratégie
visant à gérer les incidents d'automutilation chroniques ne sont pas
en place, peu importe si les autorités régionales demandent ou non
à l'AC de l'aide. En effet, même si elles demandent et obtiennent des
conseils, les autorités régionales n'ont pas la capacité de
les appliquer.
Mon Bureau estime que les cas impliquant des incidents répétés
d'automutilation devraient être renvoyés au commissaire adjoint des
Services de santé à l'AC et, dans le cas de délinquantes, à
la souscommissaire pour les femmes. L'AC devrait en retour veiller à ce que
des PGC sont en place dans les établissements et que des équipes régionales
et nationales examinent périodiquement les progrès réalisés
en vue de la gestion de ces cas. Je suis tout à fait d'accord qu'il faut
approfondir les recherches pour mieux comprendre la dynamique, les caractéristiques
et les besoins de ce groupe de population à la hausse. Or, il est important
pour le Service de mettre en place une stratégie nationale uniforme qui tient
compte des dernières recherches et analyses et qui prévoit un traitement
clinique approprié, des mesures d'intervention et de prévention ainsi
qu'un rôle de surveillance par l'AC.
Sur ce sujet, voici mes recommandations :
Recommandation #5
Le SCC devrait
élaborer une stratégie nationale pour gérer les comportements
chroniques et les incidents d'automutilation et la communiquer à mon bureau.
Le protocole devrait établir clairement les pouvoirs et les responsabilités
des bureaux nationaux et régionaux et des établissements pour assurer
une gestion et une surveillance constante de ces cas et prévoir les exigences
en matière de formation pour aider les employés à reconnaître
rapidement les comportements d'automutilation.
Recommandation #6
Il faudrait mettre en place des plans de gestion clinique — comportant
des mesures de prévention, d'intervention et de traitement — pour gérer
les délinquants qui s'automutilent de manière chronique.
Recommandation #7
Il faudrait établir de manière urgente un répertoire
des pratiques exemplaires sur le traitement et la prévention en matière
d'automutilation et le distribuer rapidement dans tout le Service.
Recommandation #8
Le SCC devrait
établir immédiatement dans chaque région, selon les besoins,
des unités spécialisées dans la gestion des délinquants
qui s'automutilent de manière chronique.
Examen des services de santé
Résumés de cas :
Un détenu de 47 ans souffrant de complications liées à une
maladie cardiovasculaire est décédé dans un établissement
à sécurité maximale. On ne connaît pas encore les causes
exactes de sa mort. Cependant, le comité d'enquête du
SCC a noté de nombreuses lacunes quant à la qualité
des soins que ce détenu avait reçus avant sa mort. Par exemple, six
mois auparavant, le médecin traitant de l'établissement avait demandé
que l'on prenne la pression artérielle du détenu et que l'on effectue
des examens hématologiques deux fois par semaine, ce qui n'a jamais été
fait. Le soir de sa mort, le détenu a été retrouvé gisant
insensible sur le sol de sa cellule lors d'une patrouille de sécurité.
La politique dit clairement qu'en cas d'urgence médicale, les membres du
personnel doivent immédiatement demander de l'aide et appliquer les techniques
de réanimation cardio-respiratoire, ce qu'ils n'ont pas fait. Mon Bureau
poursuit son enquête sur les circonstances immédiates du décès
et celles qui ont pu y contribuer.
Malgré un budget annuel de plus de 180 millions de dollars[4] pour les services de santé,
le Service répond aux besoins de santé des détenus de façon
inégale, en fonction des conditions générales locales ou particulières
à l'établissement. Les professionnels de la santé offrent sans
doute des soins de grande qualité, mais cette situation est souvent plus
représentative des réseaux de santé locaux que de la politique
du SCC. Plusieurs facteurs
contribuent au nombre de plaintes liées aux services de santé que
traite mon Bureau chaque année, y compris le manque d'uniformité dans
les pratiques cliniques d'un établissement à l'autre; les changements
apportés récemment quant à la définition et à
la prestation des services de santé essentiels, y compris les soins compris
et les justifications à cet égard; et le manque d'autorité
hiérarchique directe à l'égard des médecins traitants,
du personnel infirmier, des dentistes et des psychologues embauchés sur une
base contractuelle ou comme employés du
SCC. Le fait que le SCC
soit une entité fédérale qui emploie en permanence et à
contrat des professionnels de la santé assujettis aux règles provinciales
et territoriales en matière de licences et de pratiques médicales
représente un autre facteur. La situation peut entraîner des différences
dans le traitement et des conflits sur les rôles, ainsi que causer des frustrations
chez les professionnels et les détenus. Le Service a retenu les services
d'Agrément Canada dans le but d'uniformiser davantage les services de santé
dans les établissements et de veiller à ce que ces services soient
conformes aux normes professionnellement reconnues. Il y a cependant lieu de noter
que le processus d'agrément a été lancé il y a près
de dix ans.
Selon des données internes du
SCC, les délinquants sous responsabilité fédérale
ont présenté 2 289 plaintes et griefs liés aux services de
santé au cours de l'exercice 2007-2008. Au total, 361 plaintes et griefs,
soit environ 16 %, ont été accueillis en tout ou en partie. De ce
nombre, les sujets de plaintes les plus courants étaient les suivants :
- médicaments et ordonnances (28 %);
- compétence du personnel (18 %);
- périodes d'attente (17 %);
- retards quant au traitement et au diagnostic (13 %);
- communication (7 %).
Je peux confirmer ces données dans la mesure où les soins de santé
sont en tête de liste des sujets de plaintes présentées chaque
année à mon Bureau. La seule différence entre les données
du SCC[5] et nos interventions a trait
à l'accès aux soins de santé.
Il n'est pas surprenant que les problèmes de soins de santé provoquent
une réaction prononcée parmi la population carcérale. La santé
est l'une des quelques fonctions sur lesquelles les délinquants exercent
un certain contrôle et bénéficient d'une certaine autonomie,
dans la mesure où ils sont responsables de leur santé malgré
leur incarcération. Cependant, les détenus n'ont pas grand choix sur
le plan pratique quant au professionnel qui répond à ses besoins,
à la façon dont les soins sont donnés et à ce qui est
considéré comme des soins essentiels. Contrairement au public, lorsqu'ils
ont besoin de soins, les délinquants incarcérés dans les établissements
fédéraux sont considérés en premier comme des détenus,
puis ensuite comme des patients. Ils doivent se contenter des soins qui leur sont
offerts, au moment où ils leur sont offerts.
Résumé de cas :
Un détenu a communiqué avec mon Bureau, prétendant que le médicament
qui lui était prescrit n'était plus couvert en vertu des nouvelles
règles du formulaire national des médicaments. En tant que délinquant
âgé ne pouvant plus travailler dans la prison, il affirmait qu'il ne
pouvait pas payer lui-même l'onguent topique de sa propore poche et avec son
allocation quotidienne de 2,50 $. Le médecin de l'établissement l'a
avisé qu'il pouvait présenter une demande d'exception, laquelle devait
être approuvée par le gestionnaire régional des Services cliniques.
Le médecin traitant a rempli le formulaire nécessaire, mais la demande
a été refusée à l'échelon régional. L'examen
à l'échelon national est en cours.
Il n'y a pas eu encore beaucoup de plaintes touchant en soi les changements apportés
récemment au formulaire des médicaments du
SCC. Cependant, nous avons commencé à recevoir des plaintes
concernant l'annulation de médicaments ou de méthodes de traitement
prescrites et des changements à cet égard. Comme je l'ai dit auparavant,
la vie en établissement est fondée sur des règles et la routine.
Les changements aux règles en milieu carcéral ne sont jamais faciles,
en particulier pour les délinquants âgés. Pour cette raison,
le Service devrait peut-être envisager de consulter davantage les détenus
et leur expliquer plus clairement les raisons d'être et les répercussions
des changements aux traitements, aux diagnostics et aux services acceptés
par le passé. En particulier, il devrait informer les délinquants
des « exceptions » prévues en vertu du nouveau Cadre
national des services essentiels[6]
ainsi qu'établir et respecter des délais pour la mise en oeuvre de
ce processus.
L'examen des services de santé a été mené en grande
partie à l'interne. Le Service a bel et bien mis sur pied un comité
consultatif national sur les services de santé essentiels, mais ce comité
comptait peu de professionnels de la santé de l'extérieur. Dans un
premier temps, l'examen visait à établir et à faire approuver
une liste des services, du matériel et des fournitures (y compris le formulaire
des médicaments) auxquels s'appliquerait le cadre. Nous nous interrogeons
sur le bien-fondé des critères appliqués jusqu'à maintenant,
comme les coûts, la sécurité et l'efficacité, lorsqu'il
s'agit de déterminer et de justifier les services et traitements qui sont
essentiels. La prochaine étape de l'examen portera sur les autres secteurs
essentiels, comme les soins de santé mentale, la santé publique, les
soins dentaires et les diagnostics.
Le Service ne doit pas oublier qu'il est tenu juridiquement de fournir aux délinquants
des services de santé essentiels qui respectent les normes professionnellement
reconnues. Tout système de soins de santé géré de manière
centrale doit offrir une certaine uniformité à l'échelle nationale
tout en étant suffisamment souple pour répondre aux besoins en matière
de santé au niveau individuel et local. Fondamentalement, l'avenir et la
qualité des services de santé en milieu correctionnel seront déterminés
par des questions de gouvernance, de crédibilité et de responsabilité
— à qui de décider ce qui est essentiel, pour quelles personnes,
en vertu de quelles normes et en se fondant sur le jugement et l'autorité
professionnelle de quel groupe? Ces questions, comme toutes celles liées
à la gouvernance, sont déterminantes, car elles sont au coeur de l'examen
en cours des services de santé. À l'instar de notre système
national de santé publique, qui est le sujet d'un débat intense et
d'un examen minutieux, j'estime que le moment est venu de parler ouvertement de
la gouvernance des soins de santé au sein du Service. Ces questions sont
trop importantes et les enjeux sont trop élevés pour que toutes les
réponses proviennent du milieu correctionnel.
Recommandation #9
Le cadre national des services de santé essentiels devrait être
soumis à un examen par les pairs mené par un groupe externe indépendant
de spécialistes autorisés à rendre compte publiquement chaque
année au cours des trois prochaines années de la mise en oeuvre du
cadre par le Service.
Programmes correctionnels et préparation de cas
Résumé de cas :
Un détenu incarcéré dans un établissement à sécurité
moyenne s'est plaint qu'il devait suivre un certain programme selon son plan correctionnel
pour pouvoir obtenir une mise en liberté sous condition. Or, le personnel
l'a informé que l'on n'avait pas l'intention d'offrir le programme en question
en raison du manque de renvois et du peu d'employés affectés aux programmes.
Sur les conseils du Bureau, le détenu a demandé d'être transféré
dans un autre établissement où le programme était offert. On
lui a répondu que sa demande de transfèrement sollicité était
en attente en raison de la capacité d'accueil insuffisante dans l'établissement
visé. Le détenu n'a d'admissibilité à la semiliberté
parce qu'il attendait ce transfèrement.
La loi oblige le SCC
à offrir des programmes et des interventions pour atténuer les facteurs
associés au risque de récidive chez les délinquants. Toute
une série de rapports d'évaluation montrent que les programmes correctionnels
contribuent à protéger la sécurité publique et constituent
un bon investissement. Les délinquants qui suivent des programmes sont plus
susceptibles d'obtenir une mise en liberté discrétionnaire et moins
susceptibles de récidiver à leur mise en liberté. En outre,
selon des documents d'évaluation internes du
SCC, il semblerait que la majorité des programmes correctionnels
sont rentables puisque pour chaque dollar investi, on réalise en moyenne
une économie de un à huit dollars (parce que la mise en liberté
est accordée plus tôt ou dure plus longtemps).
Or, le SCC consacre seulement
2 % de son budget annuel total aux programmes pour délinquants, ce qui représente
une grande source de préoccupation. À l'heure actuelle, le Service
dépense 37 millions de dollars pour offrir tous les programmes correctionnels
de base, y compris ceux à l'intention des délinquantes et des Autochtones.
Cette enveloppe budgétaire, qui est demeurée relativement stable au
cours des dix dernières années, comprend la formation, le contrôle
de la qualité, la gestion et les frais administratifs. Je crois que 2 % d'un
budget annuel d'environ 2,2 milliards de dollars n'est pas suffisant. (Il est à
noter que les dépenses annuelles en heures supplémentaires sont environ
deux fois plus élevées que le financement accordé aux programmes
correctionnels de base.) Il est encourageant de constater que le Service entend
investir considérablement dans les programmes dans le cadre des réaffectations
de 48,8 millions de dollars découlant de l'examen stratégique. Nous
espérons que dès qu'il obtiendra ces fonds, le Service offrira un
plus grand nombre de programmes à un plus grand nombre de délinquants
plus tôt durant leur peine.
La loi oblige le SCC
à offrir des programmes et des interventions pour atténuer les facteurs
associés au risque de récidive chez les délinquants. Toute
une série de rapports d'évaluation montrent que les programmes correctionnels
contribuent à protéger la sécurité publique et constituent
un bon investissement. Les délinquants qui suivent des programmes sont plus
susceptibles d'obtenir une mise en liberté discrétionnaire et moins
susceptibles de récidiver à leur mise en liberté. En outre,
selon des documents d'évaluation internes du
SCC, il semblerait que la majorité des programmes correctionnels
sont rentables puisque pour chaque dollar investi, on réalise en moyenne
une économie de un à huit dollars (parce que la mise en liberté
est accordée plus tôt ou dure plus longtemps).
Or, le SCC consacre seulement
2 % de son budget annuel total aux programmes pour délinquants, ce qui représente
une grande source de préoccupation. À l'heure actuelle, le Service
dépense 37 millions de dollars pour offrir tous les programmes correctionnels
de base, y compris ceux à l'intention des délinquantes et des Autochtones.
Cette enveloppe budgétaire, qui est demeurée relativement stable au
cours des dix dernières années, comprend la formation, le contrôle
de la qualité, la gestion et les frais administratifs. Je crois que 2 % d'un
budget annuel d'environ 2,2 milliards de dollars n'est pas suffisant. (Il est à
noter que les dépenses annuelles en heures supplémentaires sont environ
deux fois plus élevées que le financement accordé aux programmes
correctionnels de base.) Il est encourageant de constater que le Service entend
investir considérablement dans les programmes dans le cadre des réaffectations
de 48,8 millions de dollars découlant de l'examen stratégique. Nous
espérons que dès qu'il obtiendra ces fonds, le Service offrira un
plus grand nombre de programmes à un plus grand nombre de délinquants
plus tôt durant leur peine.
Au cours de la dernière année, mon Bureau est intervenu pour mettre
fin aux problèmes de congestion attribuables aux programmes. Souvent, ces
problèmes mènent à des renonciations, à des ajournements
et à des reports, car les détenus n'ont pas pu suivre les programmes
requis. À bien des égards, les programmes sont essentiels à
la réinsertion sociale sans risque. Or, trop souvent, l'accès aux
programmes est limité par toutes sortes de facteurs sur lesquels les autorités
correctionnelles peuvent agir, par exemple :
- les longues listes d'attente;
- les retards dans la réévaluation du niveau de sécurité,
qui font en sorte que des délinquants demeurent inutilement dans les établissements
de niveau de sécurité supérieure;
- le nombre de demandes de transfèrement sollicité non traitées;
- le nombre insuffisant d'employés ayant suivi la formation pour donner les
programmes;
- les demandes « en suspens » d'accès à des appuis
dans la collectivité, comme les visites familiales privées, ou demandes
de permission de sortir et de placement à l'extérieur;
- les retards dans la préparation des rapports et des dossiers.
D'autres problèmes de congestion ont une incidence sur la disponibilité
des programmes, l'accès aux programmes et la préparation des cas.
Par exemple, la plupart des établissements à sécurité
maximale fonctionnent à pleine capacité ou au-delà, tandis
que l'inverse vaut habituellement pour les établissements à sécurité
minimale. Par conséquent, un grand nombre de délinquants sont mis
en liberté à partir d'établissements à sécurité
moyenne, souvent sans jamais avoir obtenu de mise en liberté discrétionnaire.
Étant donné que les établissements à sécurité
minimale ne sont pas remplis à capacité, il n'est pas surprenant que
les taux de permissions de sortir, de placements à l'extérieur et
de semi-liberté soient actuellement à leur plus bas en dix ans. Les
libérés d'office représentent maintenant 53 % des délinquants
mis en liberté[7].
Le Service reconnaît lui-même qu'il doit accroître la capacité
d'offrir des programmes dans un certain nombre de domaines, notamment les programmes
et les interventions pour les délinquants peu éduqués et ceux
ayant des troubles d'apprentissage, les délinquants souffrant de problèmes
de santé mentale et les délinquants purgeant de courtes de peines
dans les établissements à sécurité élevée[8]. Le Service
a réagi en offrant certains programmes à l'étape de l'évaluation
initiale, pour aider les délinquants qui purgent de courtes peines à
suivre les programmes correctionnels nécessaires avant leur mise en liberté
ou leur transfèrement vers l'établissement où ils seront placés.
Il s'agit certes d'une bonne initiative. Cependant, il est à noter que près
de 80 % des délinquants n'ont pas terminé leurs études secondaires,
ce qui a une incidence sur la participation aux programmes et le niveau de réussite,
puisque le SCC exige
que les délinquants aient réussi leur huitième année
pour participer à la plupart des programmes[9].
Chez les délinquants purgeant de courtes peines (moins de quatre ans) dans
des établissements à sécurité maximale, l'accès
aux programmes est particulièrement problématique. À l'heure
actuelle, l'accès aux programmes dans ces établissements est très
limité. L'isolement cellulaire, les fouilles et les restrictions de mouvement
et de fréquentations viennent compliquer la situation dans ces prisons. Par
ailleurs, le temps pris pour procéder à la réévaluation
du niveau de sécurité des délinquants purgeant une peine à
perpétuité ou une peine de durée indéterminée
en vue de leur transfèrement vers un établissement de niveau de sécurité
inférieure est excessif et déraisonnable, car il n'y a pas suffisamment
de ressources pour effectuer les évaluations psychologiques requises par
la politique du SCC.
Par ailleurs, en ce qui concerne les programmes, le taux de participation et de
réussite est de plus en plus déterminé par la durée
de la peine. Il est à noter que les peines de moins de trois ans sont les
peines de ressort fédéral les plus courantes. Au cours des dix dernières
années, la proportion de délinquants purgeant une peine de moins de
trois ans est passée de 35 à 55 % chez les délinquants admis
en vertu d'un mandat de dépôt. Vu cette tendance en faveur de peines
courtes, le SCC a très
peu de temps pour préparer les délinquants en vue de leur date d'admissibilité
à la libération conditionnelle. Trop souvent, les programmes ne sont
offerts qu'à l'approche de la date d'admissibilité à la libération
d'office. Dans ces cas, le Service ne prépare pas les délinquants
en vue d'une mise en liberté sans risque et en temps opportun.
Il est intéressant de signaler que, selon les résultats préliminaires
d'une étude menée conjointement par le
SCC et la Commission nationale des libérations conditionnelles
(CNLC), environ 25 % des délinquants ne comparaissent jamais devant la CNLC
en vue de leur libération conditionnelle. Généralement, les
délinquants décident de renoncer à leur droit à une
audience ou de reporter l'audience parce qu'ils n'ont pas suivi les programmes prévus
ou encore parce qu'ils croient que leur agent de libération conditionnelle
ne recommandera pas leur mise en liberté anticipée. Il importe d'ailleurs
de noter que près de 40 % des délinquants ont indiqué qu'ils
avaient une compréhension limitée du processus d'examen en vue de
la libération conditionnelle puisque leurs principales sources d'information
sont les autres détenus, et non le
SCC ou la CNLC.
Selon le rapport d'évaluation mentionné précédemment,
les principales raisons expliquant le faible taux de participation aux programmes
sont : les courtes peines et le peu de temps pour suivre des programmes, le manque
de programmes, le moment où les programmes sont offerts dans l'établissement
et les longues périodes d'attente[10] . Les membres du personnel et les délinquants
ne voient sans doute pas de la même manière le problème de l'accès
et de la participation aux programmes, mais il y a manifestement place à
l'amélioration lorsqu'il s'agit de préparer les délinquants
en vue de leur réinsertion en toute sécurité et en temps opportun
dans la collectivité. La prestation de programmes pour délinquants
est un élément essentiel du mandat du Service, qui doit déployer
des efforts raisonnables pour préparer les délinquants à réintégrer
la collectivité en tant que citoyens respectueux des lois.
Recommandation #10
En ce qui concerne les programmes correctionnels, je recommande que le Service correctionnel
réalise au cours de la prochaine année des progrès importants
à l'égard des éléments suivants, en respectant le principe
des mesures le moins restrictives possible et des services correctionnels efficaces
:
- réduire les listes d'attente pour les programmes;
- recourir davantage aux permissions de sortir et aux placements à
l'extérieur pour améliorer les chances qu'un délinquant soit
bien préparé en vue de sa mise en liberté et que l'on recommande
sa libération conditionnelle;
- améliorer l'accès aux programmes et les possibilités
de suivre des programmes dans les établissements à sécurité
maximale;
- accroître les programmes offerts aux délinquants ayant
des besoins spéciaux, y compris les délinquants âgés,
les délinquants ayant des retards ou des difficultés d'apprentissage
et les délinquants souffrant de troubles de santé mentale, et à
améliorer les résultats pour ces groupes;
- améliorer la communication avec les détenus pour les aider
à mieux comprendre le processus d'examen du cas en vue de la libération
conditionnelle.
Recommandation #11
Le Service devrait réexaminer la justification, les critères
et le temps d'attente moyen en ce qui a trait aux évaluations psychologiques
nécessaires pour les cas de réévaluation de la cote de sécurité
des délinquants condamnés à une peine d'emprisonnement à
perpétuité ou d'une durée indéterminée.
Décès en établissement
Résumé de cas :
Le décès est tout simplement une tragédie. Le sujet était
un délinquant autochtone sous la responsabilité et sous la garde du
Service correctionnel du Canada. Pendant son incarcération, il s'est infligé
une blessure potentiellement mortelle à son bras gauche, puis a décidé
d'appeler à l'aide en appuyant sur le bouton d'urgence de sa cellule. Une
aide a été apportée, mais cette aide était nettement
inférieure à ce que l'on doit d'attendre du
SCC.[...] Les employés du
SCC qui sont intervenus durant l'urgence médicale impliquant
le sujet n'ont pas administré les premiers soins, n'ont pas déterminé
la nature et la gravité de la blessure, ont laissé le sujet seul pendant
une grande partie des 30 minutes précédant l'arrivée des ambulanciers,
n'ont pas agi d'une manière à protéger la vie, et par la suite
ont donné des versions incompatibles de renseignements essentiels au sujet
du décès.
À défaut de répondre, mai 2008, Bureau de l'Enquêteur
correctionnel
En 2008-2009, mon Bureau a poursuivi son examen des décès en établissement
et a continué de mettre l'accent sur cette question. À la suite de
la publication en mai 2008 de l'étude Décès en établissement,
mon Bureau a publié le rapport À défaut de répondre,
qui portait sur le décès d'un délinquant autochtone sous responsabilité
fédérale. Dans ce rapport, j'en arrive à la conclusion que
« les préoccupations soulevées en ce qui concerne les manquements
du personnel face à l'urgence médicale dans le cas du sujet correspondent
grandement à celles soulevées par le passé au sujet du SCC, que ce soit par ses propres
comités d'enquête nationaux, les coroners provinciaux et le BEC, notamment dans le rapport Décès
en établissement. »
En mars 2009, j'ai rendu public notre rapport sur le décès d'Ashley
Smith, une jeune femme du Nouveau- Brunswick qui a passé cinq ans au sein
du système de justice pour adolescents avant d'être prise en charge
par le SCC en octobre
2006, à l'âge de 18 ans. J'ai soumis mon rapport à ce sujet
au ministre de la Sécurité publique et au commissaire du Service correctionnel
le 24 juin 2008. Le rapport contient 16 recommandations visant à prévenir
les décès en établissement et signale les problèmes
systémiques de conformité aux règles concernant l'isolement,
les transfèrements, le traitement des griefs présentés par
les délinquants et le recours à la force.
Ces rapports ont beaucoup attiré l'attention des médias et ont suscité
des commentaires du public, donnant même lieu à des interventions ministérielles
et parlementaires. Il ne faut surtout pas oublier que ces décès ne
sont pas des cas isolés. Nos enquêtes révèlent qu'il
y a moyen de prévenir certains décès en établissement
en améliorant les évaluations du risque, en renforçant les
mesures de prévention et en veillant à ce que le personnel sur place
intervienne de manière appropriée et en temps opportun.
Résumé de cas :
Le 19 octobre 2007, Mme Smith, âgée de 19 ans, est déclarée
morte dans un hôpital de Kitchener, en Ontario. Au moment de son décès,
elle était détenue à l'Établissement Grand Valley pour
femmes (EGVF), où elle était gardée en isolement, parfois seulement
en chemise de sécurité, sans souliers, ni matelas, ni couverture.
Au cours des dernières semaines de sa vie, elle couchait souvent sur le plancher,
duquel on avait enlevé les tuiles. Dans les heures précédant
son décès, elle a parlé à un intervenant de première
ligne de son ardent souhait de mettre fin à ses jours. Elle s'est ensuite
enroulée une ligature autour du cou, bloquant sa respiration. Le personnel
correctionnel n'est pas intervenu immédiatement, ce qui a coûté
la vie à Mme Smith.
Une mort évitable, juin 2008,Bureau de l'enquêteur correctionnel
En effet, il est troublant de noter que mon Bureau continue d'enquêter sur
des cas de décès en établissement où l'intervention
initiale du personnel était ni appropriée ni menée en temps
opportun. Comme nous le recommandons dans nos rapports, le personnel doit intervenir
immédiatement et de manière décisive lorsque la vie du délinquant
est en danger. Le Service continue à avoir de graves problèmes à
respecter les règles en cas d'intervention dans des situations d'urgence
médicale. Il y a également lieu de noter que la prestation, la qualité
et la disponibilité des services de soins de santé dans les établissements
fédéraux, plus particulièrement durant les heures critiques
(entre 23 h et 7 h), varient d'une région à l'autre et même
parmi les établissements de différents niveaux de sécurité.
Le Service s'est engagé à prendre des mesures correctrices pour améliorer
ses interventions et sa capacité de prévenir des décès
en établissement. Je suis encouragé par le fait que le Service a accepté
de publier, sur son site Web, ses engagements et les mesures prises à l'égard
des recommandations contenues dans mon étude sur les décès
en établissement et dans mon rapport Une mort évitable. Il
s'agit là d'une mesure de reddition de comptes au public à la fois
importante et nécessaire, et mon Bureau appuie fortement cette initiative.
Je suis impatient de suivre les progrès que réalisera le Service au
cours de la prochaine année. Je serai à l'affût de signes montrant
que le Service s'est amélioré dans des domaines comme la formation
du personnel, le recours à l'isolement, l'exécution en temps opportun
des évaluations, la sécurité active et les interventions cliniques.
J'espère en particulier noter des changements positifs quant à la
mise en oeuvre de la recommandation s'adressant au ministre de la Sécurité
publique, soit mettre en place une stratégie nationale afin de bien coordonner
les systèmes correctionnels et de santé mentale fédéraux,
provinciaux et territoriaux.
Délinquants autochtones
Il est troublant de noter que malgré les efforts et les changements bien
intentionnés accomplis afin de changer la situation des Autochtones au sein
du système de justice pénale, le taux d'incarcération pour
les Autochtones est passé de 815 par 100 000 habitants en 2001-2002 à
983 par 100 000 habitants en 2005-2006[11]. Les taux d'incarcération parmi les Autochtones
sont presque neuf fois plus élevés que la moyenne nationale. Un délinquant
sous responsabilité fédérale sur cinq est d'origine autochtone.
Chez les délinquantes, le problème est encore plus grave, car 32 %
des détenues sont Autochtones, ce qui est ahurissant.
Comme mon Bureau l'a indiqué trop souvent par le passé, dès
leur incarcération dans un établissement fédéral, les
délinquants autochtones accusent un retard important derrière les
délinquants non autochtones sur presque tous les plans. Par exemple, ils
présentent un risque accru et ils ont des besoins et une cote de sécurité
plus élevés; ils affichent des taux de récidive et de libération
d'office plus élevés et des taux de libération conditionnelle
inférieurs; ils passent une plus grande partie de leur peine en établissement
avant d'obtenir une première mise en liberté et sont surreprésentés
parmi les délinquants en isolement. Au fil des ans, mon Bureau a présenté
tout un éventail de constatations et de recommandations pour aider le SCC à changer sa philosophie
et l'amener à réaliser des progrès significatifs et durables
en ce qui concerne les services correctionnels pour Autochtones. Or, le SCC n'a toujours pas pleinement
mis en oeuvre nombre de nos recommandations. Par conséquent, l'écart
entre les Autochtones et les non-Autochtones continue de s'accentuer et la situation
des Autochtones sous responsabilité fédérale se détériore,
tandis que le Service met à jour des cadres et des stratégies sans
résultat apparent.
Les recommandations visant à améliorer les résultats chez les
délinquants autochtones ne manquent pas. Sans aborder de manière précise
la question des programmes pour Autochtones, les considérations suivantes
figureraient sans doute au palmarès des dix grandes recommandations :
- offrir une plus grande variété de programmes pour Autochtones;
- insister davantage sur le contexte autochtone dans le cadre des programmes existants;
- mettre en place plus de ressources pour les Aînés et les agents de
liaison autochtones et multiplier les contacts avec ces personnes;
- offrir au personnel d'autres programmes de sensibilisation à la culture;
- utiliser davantage les plans de guérison et les évaluations faites
par les Aînés;
- recourir davantage aux mécanismes prévus aux articles 81 et 84 de
la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition;
- faire accréditer les programmes pour Autochtones;
- mettre en place des initiatives et programmes antigang dans les établissements;
- élaborer un instrument d'évaluation et de classification adapté
à la culture autochtone;
- appliquer les principes découlant de l'affaire Gladue[12] à tous les processus
décisionnels ayant une influence importante sur la liberté des délinquants
autochtones, comme le placement en isolement, le classement du niveau de sécurité,
l'évaluation initiale et les transfèrements.
Au cours de l'année prochaine, nous examinerons ces points et d'autres questions
afin de terminer notre rapport d'étape détaillé sur les initiatives
correctionnelles pour Autochtones. Entre temps, le Service termine l'examen et la
mise à jour du cadre de responsabilisation des services correctionnels pour
Autochtones, qui vise à opérationnaliser le Plan stratégique
de 2006 pour les services correctionnels pour Autochtones[13]. Il s'agit d'un développement prometteur.
Cependant, il est de plus en plus clair selon moi que le Service doit assurer de
manière particulière et ciblée un leadership au plus haut niveau
pour régler les questions de gouvernance et de responsabilisation liés
aux délinquants autochtones. Pour le bien des Autochtones qui ont des démêlés
avec le système de justice et leurs collectivités, il ne faut pas
que l'écart en matière de services correctionnels s'élargisse.
À l'heure actuelle, la responsabilité des services correctionnels
pour Autochtones est confiée au sous-commissaire principal, qui doit déjà
gérer un portefeuille important. Or, cette structure ne tient pas compte
de la gravité du problème et ne permet d'y accorder toute l'attention
nécessaire. Compte tenu de ce qui précède, je tiens à
renouveler une recommandation qui traîne depuis trop longtemps.
Recommandation #12
Le ministre de la sécurité publique devrait ordonner immédiatement
au SCC de nommer un sous-commissaire
responsable des services correctionnels pour autochtones.
Femmes purgeant une peine de ressort fédéral
Au cours de la dernière décennie, les services correctionnels pour
femmes se sont beaucoup améliorés[14] . En particulier, je trouve encourageant
l'attention que le Service accorde récemment à la réévaluation
du niveau de sécurité des délinquantes et à la formation
sur la santé mentale offerte au personnel de première ligne dans les
établissements régionaux pour femmes. Cependant, comme le signale
le comité d'experts dans son rapport, malgré les grandes réalisations,
il reste beaucoup à faire pour faire progresser les services correctionnels
pour femmes au cours des dix prochaines années. Le
SCC a des défis à relever dans les secteurs suivants
:
- Les programmes et services de soins de santé mentale pour les délinquantes
ayant des besoins psychologiques et psychiatriques aigus sont inadéquats.
- Il n'y a pas d'échelle de classement par niveau de sécurité
adaptée à la culture pour les délinquantes autochtones.
- Les options en matière de réinsertion sociale sont limitées,
notamment en ce qui concerne l'accès aux permissions de sortir sans escorte,
les placements à l'extérieur et la planification intégrée
du congé dans les établissements régionaux pour femmes.
- Les stratégies et interventions établies pour les délinquantes
qui refusent d'obéir aux règles, en particulier celles qui s'automutilent
de manière répétée, sont inappropriées et trop
axées sur la sécurité.
- L'isolement est utilisé de manière répétée et
prolongée pour gérer un petit groupe de délinquantes présentant
un risque élevé et ayant des besoins élevés.
- Aucun plan de gestion clinique intégré n'est établi pour ce
groupe de délinquantes.
- Le personnel de première ligne est fatigué et stressé, manque
de formation et travaille dans des établissements surpeuplés.
Il y aurait lieu d'en dire plus sur tous ces problèmes, mais l'un d'entre
eux mérite une attention particulière et une plus grande reddition
de compte au public, soit le protocole de gestion des délinquantes. Ce protocole
ne constitue pas une Directive du commissaire en soi, mais il s'agit d'une approche
officielle adoptée par le SCC
depuis l'approbation du Plan opérationnel des unités de garde en milieu
fermé en 2003. Depuis qu'il est officiel, sept délinquantes ont été
placées sous le régime de ce protocole à la suite d'incidents
survenus dans les établissements régionaux pour femmes.
Le protocole de gestion peut être appliqué à une délinquante
qui est impliquée dans un incident ayant causé d'importants préjudices
à autrui ou ayant mis gravement en danger la sécurité d'autrui
et dont le cas ne peut être géré au sein de la population à
sécurité maximale. Visant des fins semblables à l'unité
spéciale de détention (USD)
à très haute sécurité pour hommes, le protocole sert
en fait à régler les problèmes que présente une poignée
de femmes en détresse et difficiles à gérer dans les établissements
régionaux pour femmes. Le protocole, qui est fondé sur une approche
axée sur la sécurité, vise à gérer ces cas difficiles.
Il ne s'agit pas d'un placement officiel en soi (comme c'est le cas pour les délinquants
de sexe masculin placé à l'USD),
mais d'un « statut ». Le protocole comporte des étapes
précises, mais les mouvements et fréquentations des délinquantes
visées sont très structurés et surveillés de près,
encore plus que dans les établissements pour hommes. Par exemple, pour tout
déplacement à l'extérieur de l'unité de garde en milieu
fermé, la délinquante doit être accompagnée de trois
membres du personnel et porter du matériel de contrainte (des menottes et/ou
des entraves). Les délinquantes à qui le protocole est initialement
appliqué n'ont aucun contact avec les autres délinquantes, et ce pendant
des mois à la fois.
Il est à noter que les normes de comportement que les délinquantes
doivent satisfaire pour passer à un niveau inférieur du protocole
sont presque toujours axées sur la sécurité est très
difficiles à évaluer ou à respecter. Il y a très peu,
s'il y en a, de programmes correctionnels ou d'activités de loisir offertes
aux délinquantes visées par le protocole, ce qui va à l'encontre
du but recherché puisque ces femmes ont besoin d'un appui intensif. En fait,
je remarque que le protocole est appliqué afin de punir et non de corriger
des comportements, ce qui est contraire à la philosophie du Service à
l'égard des délinquantes décrite dans le rapport La création
de choix.
Il est particulièrement troublant de constater qu'au 31 mars 2009, quatre
des cinq femmes visées par le protocole étaient Autochtones tandis
que la cinquième était membre d'une minorité visible. En outre,
une seule femme a réussi à faire mettre un terme au protocole. Le
protocole est appliqué pendant des mois, et non quelques jours. Je suis très
inquiet de l'incidence de cette forme de détention dure et punitive sur la
santé mentale et le bien-être émotif des délinquantes.
Ces femmes ont besoin de traitement et d'intervention, et non de privation. La plupart
des Canadiens et Canadiennes conviendront avec moi qu'il existe au 21e siècle
des moyens plus sécuritaires et humains de gérer les quelques délinquantes
ayant des besoins élevés.
Pour terminer sur ce sujet, je tiens à présenter trois grandes recommandations
à l'égard des services correctionnels pour femmes. La première
porte sur la nécessité de mettre en place une structure claire et
directe d'autorité, de responsabilité et de reddition de comptes en
ce qui concerne la gouvernance des prisons pour femmes. À l'heure actuelle,
la sous commissaire pour les femmes à l'administration centrale exerce une
autorité fonctionnelle à l'égard des services correctionnels
pour femmes, mais a peu d'autorité réelle lorsqu'il s'agit de fournir
une orientation nationale quant à la surveillance de la conformité
aux politiques et de remettre en question les décisions opérationnelles
prises par les établissements et les régions qui pourraient enfreindre
les politiques et la loi. Nous connaissons la position du Service à ce sujet.
Cependant, nous estimons qu'il faut renforcer le rôle et les fonctions de
la sous-commissaire pour les femmes, conformément à l'analyse et aux
recommandations présentées dans le rapport Une mort évitable.
Recommandation #13
La sous-commissaire pour les femmes devrait avoir l'autorité hiérarchique
pleine et directe — et, par conséquent, assumer la responsabilité
— pour tout ce qui concerne les femmes purgeant une peine de ressort fédéral.
Deuxièmement, en ce qui concerne le protocole de gestion, je recommande ce
qui suit :
Recommandation #14
Le protocole de gestion des délinquantes devrait être immédiatement
annulé en attente d'un autre examen par un spécialiste des services
correctionnels pour femmes de l'extérieur.
Troisièmement, malgré l'Équipe interdisciplinaire mobile de
traitement, d'évaluation et de consultation (EIMTEC) mise en place à
titre de projet pilote pour aider les établissements régionaux pour
femmes à gérer un petit groupe de délinquantes souffrant de
graves problèmes de santé mentale ou troubles de comportement, il
y a lieu de renforcer la capacité à l'échelle locale. Il semblerait
que des évaluations psychologiques de source indépendante ont été
effectuées pour les délinquantes présentant le plus de risque
et ayant les besoins les plus élevés. Cependant, je ne sais pas dans
quelle mesure ces évaluations ont servi à déterminer les mesures
de traitement et les interventions dans les établissements régionaux.
Par conséquent, je recommande ce qui suit :
Recommandation #15
Des plans de gestion clinique pour les délinquantes présentant
un risque élevé et ayant de très grands besoins devraient être
immédiatement établis et mis en oeuvre, et les ressources et services
nécessaires, à la fois internes et externes, devraient être
mis à la disposition des établissements.
Lacunes en matière de sécurité active
Résumé de cas :
Au cours d'une visite dans un établissement à sécurité
maximale, un enquêteur a noté plusieurs problèmes de conformité
concernant les conditions de détention :
- isolement cellulaire des détenus, qui ne pouvaient donc pas assister aux
programmes ou se rendre au travail;
- distribution des repas dans les cellules;
- isolement cellulaire prolongé dans des rangées pour faciliter la circulation
des détenus dans l'établissement;
- nombre élevé de fouilles « exceptionnelles »;
- aucune fréquentation entre détenus de différentes rangées;
- accès limité à la cour d'exercices, au gymnase ou à
la possibilité de faire de l'exercice à l'air frais;
- restrictions excessives touchant les visites;
- aires communes malpropres et bruyantes, y compris le gymnase, les douches et la
cour d'exercice;
- nombre élevé de plaintes et de griefs qui ne sont pas traités
à temps.
Dans son rapport, l'Enquêteur se disait très inquiet du climat général,
de la santé et de la culture au sein de l'établissement, jugeant l'environnement
stressant, agité, tendu et mauvais pour les détenus et le personnel.
Un grand nombre des visites dans les établissements effectuées cette
année ont confirmé que les conditions de détention étaient
devenues beaucoup plus dures, en particulier dans les établissements de niveau
de sécurité élevée. Certains établissements à
sécurité maximale semblent avoir réagi à des problèmes
persistants, comme l'appartenance à des gangs, le nonrespect des règles
et la consommation de drogues, en mettant en place des mesures visant à limiter
de plus en plus les mouvements et les fréquentations des détenus.
Les établissements ont mis en place plusieurs sanctions non officielles,
comme l'isolement cellulaire individuel, la restriction du temps passé dans
la cour d'exercice ou le gymnase, la limitation des visites, la participation aux
programmes à partir des cellules et l'isolement cellulaire généralisé,
de même que des récompenses pour bonne conduite, qui ne sont pas régies
par la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous
condition et son règlement. Dans certains établissements à
sécurité maximale, la cour d'exercice est remplacée par de
petites enceintes d'exercices au bout des rangées, ce qui permet au personnel
de surveiller étroitement les mouvements et les fréquentations des
groupes de détenus.
Ces mesures contribuent sans doute à accroître le sentiment de sécurité,
mais elles ne favorisent pas les comportements prosociaux et ne contribuent pas
à réduire les sources de tension au sein des établissements.
Ces mesures sont en partie des solutions pratiques pour gérer une population
carcérale fédérale plus difficile. Cependant, elles marquent
aussi une dégradation graduelle, mais perceptible, de la qualité et
des pratiques en matière de sécurité active, une approche correctionnelle
fondée sur le principe que le personnel de première ligne doit être
alerte et intéressé de même qu'interagir étroitement
et de manière constructive avec les détenus. Il y a eu une multiplication
des mesures et technologies de sécurité passive, comme les dispositifs
de verrouillage et les barrières à commande électronique, l'armement
des agents qui patrouillent le périmètre ou qui travaillent dans les
postes de contrôle, les détecteurs ioniques et les chiens détecteurs
aux points d'entrée et les caméras en circuit fermé. Les agents
de première ligne ont obtenu une nouvelle trousse visant à assurer
leur sécurité personnelle, y compris des vestes de protection contre
les armes blanches, des masques pour les premiers soins (RCR) et des dispositifs
d'alarme portatifs. Les agents qui accompagnent à l'extérieur de l'établissement
les délinquants de niveau de sécurité élevé portent
des armes, tandis que les exigences de production de rapports sur le recours et
l'exposition des armes à feu ont diminué. Conçues pour surveiller
et contrôler les détenus, ces mesures ont pour effet cumulatif de séparer
davantage les « gardiens » de « ceux qu'ils gardent ».
Le problème, de toute évidence, est qu'un environnement punitif et
restrictif ne contribue probablement pas à la réadaptation des détenus.
Au contraire, les recherches montrent que le recours excessif aux sanctions, aux
punitions et à la force n'entraîne pas de changement durable dans le
comportement et ne contribue pas à accroître la sécurité
dans les établissements. En réalité, il est plus productif
de créer pour le personnel et les détenus un environnement de vie
et de travail qui offre des encouragements, des programmes de même qu'une
interaction et un contact positifs et périodiques, au lieu de miser sur une
approche à caractère punitif qui vient renforcer une mentalité
de confrontation. Les programmes d'éducation, d'amélioration de soi
et de traitement contribuent à réduire les tensions, les privations
et le stress reliés à l'incarcération. Les établissements
bien gérés mettent l'accent sur la prise en charge, la garde et le
contrôle d'une manière sûre, raisonnable et humaine. Le degré
de contrôle et les interventions exercés par les autorités correctionnelles
doivent être proportionnels au risque et respecter le principe de l'environnement
le moins restrictif possible. Les détenus qui ont régulièrement
des interactions constructives avec le personnel sont plus susceptibles d'adopter
des comportements prosociaux qui contribueront à leur réadaptation
et à leur éventuelle réinsertion sociale. Bref, la sécurité
active est axée sur la prévention; si le milieu de vie des délinquants
n'est pas sécuritaire, le milieu de travail des employés n'est pas
sécuritaire non plus.
Il n'y a certes rien de nouveau dans ce qui précède, mais il vaut
la peine de temps à autre de répéter ces leçons aux
autorités correctionnelles. Je crois qu'il s'agit d'un bon moment de le faire
puisque le Service s'efforce de mettre en oeuvre son programme de transformation.
Recommandation #16
Le service correctionnel du Canada devrait renouveler et renforcer les principes
et les pratiques de sécurité active. À cette fin, il devrait
notamment :
- renforcer le module de formation qui porte sur la sécurité
active à l'intention des nouvelles recrues de manière à ce
que ces dernières comprennent bien l'importance et les avantages de cette
approche correctionnelle;
- élaborer et mettre en place un module de perfectionnement sur
la sécurité active à l'intention de tous les membres du personnel,
qui devrait être offert dès que possible;
- déterminer les responsabilités particulières des
gestionnaires correctionnels afin d'assurer les interactions régulières
avec chaque détenu;
- élaborer et offrir dès que possible à tous les
employés un module de perfectionnement sur la sécurité active;
Je recommande également ce qui suit :
Recommandation #17
Le service devrait effectuer une vérification interne des établissements
à sécurité maximale partout au pays afin de s'assurer que le
régime carcéral est conforme au principe de l'environnement le moins
restrictif possible et aux pratiques de sécurité active. L'examen
devrait porter sur les domaines suivants : accès à la cour et aux
activités récréatives, visites, programmes, exercices quotidiens
à l'extérieur, fréquentations et déplacements.
Recommandation #18
On devrait continuer à considérer l'exposition d'une arme
à feu comme un recours à la force devant être signalé.
Autres formes d'isolement
Mon Bureau demeure inquiet du nombre excessif de délinquants en isolement
à long terme (60 jours et plus). Selon la politique, le Service est tenu
d'examiner périodiquement chaque cas et de veiller à mettre en place
un plan de rechange. Il est contraire à la loi et aux politiques de placer
un délinquant en isolement préventif pour soulager des contraintes
liées à la gestion de la population. Ce n'est pas non plus une bonne
pratique correctionnelle. Dans bien des cas, mon Bureau constate que les autorités
correctionnelles n'ont pas appliqué le principe des mesures le moins restrictives
possible, ni respecté leur devoir d'agir équitablement, ou encore
ont commis de graves erreurs à ces égards.
La prolifération des soi-disant unités « de transition »,
« de garde en milieu fermé », « de milieu
de vie structuré » et « à encadrement renforcé »
dans les établissements de niveau de sécurité supérieur
représente un développement particulièrement troublant au sein
du système correctionnel. Ces unités fonctionnent dans les faits comme
des unités d'isolement, mais sans le bénéfice des garanties
procédurales et des privilèges prévus dans la loi. Par exemple,
il n'est pas nécessaire de produire de documents justifiant le transfèrement
du délinquant vers l'unité et précisant le comportement que
doit avoir le délinquant pour en sortir. Régies par des normes à
peine supérieure à celles des aires d'isolement, ces unités
semblent être une tentative déplorable de gérer à la
fois les contraintes liées aux exigences de sécurité de l'établissement
et les besoins de réinsertion des délinquants.
Le Service est conscient des problèmes. Comme je l'ai déjà
indiqué clairement, le concept des unités de transition vise à
offrir une solution de rechange temporaire et moins restrictive que l'isolement
préventif. Or, un trop grand nombre de ces unités temporaires, offrant
un régime limité de privilèges et d'encouragement pour bonne
conduite, sont devenues des éléments permanents au sein du système
correctionnel. Autrement dit, les pratiques de gestion de population au sein du
Service deviennent intenables et déraisonnables. Je me sens l'obligation
de reprendre la recommandation ci-dessous de rapports annuels précédents
:
Recommandation #19
Le service devrait mettre en place des garanties procédurales et
assurer le respect des droits des délinquants et des avantages que leur confère
la loi ainsi que l'accès aux programmes, pour tous les cas d'isolement, quelle
que soit leur forme, conformément aux exigences imposées par la loi
et les politiques.
Perspectives de l'Enquêteur corrrectionnel pour 2009-2010
Depuis la nomination d'un nouveau directeur exécutif, mon Bureau a entrepris
un exercice de planification stratégique. Dans le cadre de celui-ci, nous
procédons à la mise à jour du manuel sur les politiques et
les procédures d'enquête, ce qui nous permettra de rationaliser notre
structure organisationnelle de manière à harmoniser nos ressources
et à les affecter aux priorités et aux préoccupations systémiques.
Dans l'année qui vient, nous entendons mener un examen global des portefeuilles
de la santé mentale et des services correctionnels autochtones au sein du
Service correctionnel du Canada.
En ce qui concerne la santé mentale, je suis très heureux que le Comité
permanent de la sécurité publique et nationale entende examiner les
problèmes de santé mentale et de toxicomanie en milieu correctionnel.
J'estime que l'étude de la question par les parlementaires tombe à
point.
Tandis que le Service s'efforce de consolider le cadre de responsabilisation et
de gouvernance en ce qui a trait aux services correctionnels pour Autochtones, mon
Bureau examinera lui aussi les progrès réalisés par le SCC afin de respecter ses
engagements à obtenir de meilleurs résultats pour les délinquants
autochtones. Notre rapport à ce sujet nous aidera à déterminer
ce que nous pouvons faire pour tenter d'influencer la ligne de pensée du
Service et pour trouver une solution importante à ce grave problème.
À titre prioritaire, mon Bureau continuera de suivre de près les mesures
de suivi prises par le Service correctionnel et le respect de ses engagements envers
le public découlant de nos rapports récents sur les décès
en établissement. J'applaudis le fait que le Service participe à la
mise sur pied d'un forum sur les décès en établissement au
Canada — soit une table ronde de spécialistes cherchant à promouvoir
l'éducation, la sensibilisation et la recherche, de même que la communication
des pratiques exemplaires en vue de prévenir les décès dans
les installations des services correctionnels, policiers et psychiatriques. J'attends
également avec impatience la justification au public de la réponse
du Service à mon rapport sur le décès d'Ashley Smith, Une mort
évitable. Cela dit, je me sens quelque peu mal à l'aise de
signaler que mon Bureau enquête actuellement sur deux autres décès
très troublants survenus en établissement.
Nous avons aussi relevé certains problèmes quant à l'orientation
adoptée par le Service pour satisfaire ses obligations de passer en revue
les décès attribuables à des causes naturelles. Au cours du
prochain exercice, nous examinerons le processus d'examen des cas de décès
du Service afin de déterminer si cette solution de rechange permet de relever
les défauts de conformité et de définir les mesures correctrices
nécessaires.
Le Service est clairement déterminé à mettre en oeuvre son
programme de transformation conformément au rapport Feuille de route pour
une sécurité publique accrue produit en décembre 2007 par le
Comité d'examen. Le Service a d'ailleurs reçu des fonds pour commencer
à mettre en place les recommandations liées à l'un des cinq
thèmes du rapport, soit éliminer les drogues dans les prisons. Les
changements compliqués et contestés, comme l'élimination de
la libération d'office, la responsabilité et responsabilisation accrues
des délinquants et la mise à niveau sur une grande échelle
des infrastructures matérielles, en sont pour la plupart à l'étape
de la planification et du développement. Pour les mettre en oeuvre, il faudra
apporter des changements législatifs importants, ainsi que modifier les politiques,
améliorer les programmes, concerter les efforts et cibler les investissements.
Mon Bureau est impatient de voir comment le gouvernement et le Service s'y prendront
pour définir les priorités des services correctionnels pour les décennies
à venir. Nous devons aux Canadiens et aux Canadiennes de bien faire les choses.
À mon avis, il est essentiel de consulter publiquement la population, les
intervenants concernés et les parlementaires étant donné la
portée et l'importance des changements envisagés.
Plusieurs réformes et initiatives liées à la justice pénale
se pointent également à l'horizon. Elles auront une incidence sur
le système correctionnel fédéral et risquent plus particulièrement
d'entraîner une augmentation de la population carcérale. Or, toute
augmentation de la population en établissement créera des contraintes
au sein d'un système qui a déjà de la difficulté à
s'acquitter de son mandat d'assurer la garde des délinquants de manière
sécuritaire et humaine et de favoriser une réinsertion sociale en
temps opportun.
En terminant mon rapport annuel pour 2008-2009, je ne peux que remercier les membres
de mon personnel, qui abordent leur travail avec une intégrité, un
professionnalisme et un dévouement exemplaires, et leur témoigner
ma reconnaissance. C'est un véritable plaisir de travailler avec des fonctionnaires
si attachés à leur travail.
Annexe A : Données statistiques
TABLEAU A : PLAINTES(1) PAR CATÉGORIE
|
|
ACTION
|
|
CATÉGORIE
|
R/I (2)
|
ENQ(3)
|
TOTAL
|
|
|
|
Isolement préventif
|
|
Conditions
|
22
|
85
|
107
|
|
Placement/examen
|
77
|
239
|
316
|
|
Total
|
99
|
324
|
423
|
|
|
|
Préparation de cas
|
|
Mise en liberté sous condition
|
71
|
69
|
140
|
|
Processus postsuspension
|
24
|
11
|
35
|
|
Permission de sortir
|
7
|
30
|
37
|
|
Transfèrement
|
27
|
18
|
45
|
|
Total
|
129
|
128
|
257
|
|
|
|
Effets gardés en cellule
|
185
|
231
|
416
|
|
Placement en cellule
|
1
|
42
|
43
|
|
|
|
Réclamations contre la couronne
|
|
Décisions
|
12
|
11
|
23
|
|
Traitement
|
14
|
28
|
42
|
|
Total
|
26
|
39
|
65
|
|
|
|
Programmes communautaires/surveillance dans la collectivité
|
10
|
8
|
18
|
|
Conditions de détention
|
151
|
222
|
373
|
|
Correspondance
|
51
|
54
|
105
|
|
Décès ou blessures graves
|
6
|
11
|
17
|
|
Décisions (en général) — mise en application
|
58
|
55
|
113
|
|
|
|
Régime alimentaire
|
|
Raisons de santé
|
5
|
13
|
18
|
|
Motifs religieux
|
9
|
14
|
23
|
|
Total
|
14
|
27
|
41
|
|
|
|
Régime disciplinaire
|
|
Décision du président indépendant
|
6
|
5
|
11
|
|
Décisions d'un tribunal disciplinaire pour infractions mineures
|
7
|
2
|
9
|
|
Procédures
|
9
|
15
|
24
|
|
Total
|
22
|
22
|
44
|
|
|
|
Discrimination
|
8
|
4
|
12
|
|
Emploi
|
41
|
60
|
101
|
|
|
|
Renseignements au dossier
|
|
Accès - divulgation
|
74
|
78
|
152
|
|
Correction
|
61
|
40
|
101
|
|
Total
|
135
|
118
|
253
|
|
|
|
Questions financières
|
|
Accès
|
45
|
46
|
91
|
|
Rémunération
|
20
|
29
|
49
|
|
Total
|
65
|
75
|
140
|
|
|
|
Services alimentaires
|
24
|
39
|
63
|
|
Procédure de règlement des griefs
|
67
|
142
|
209
|
|
Harcèlement
|
28
|
25
|
53
|
|
Santé et sécurité — lieu de travail
|
4
|
5
|
9
|
|
Détecteur ionique/chien détecteur de drogue
|
4
|
1
|
5
|
|
|
|
Soins de santé
|
|
Accès
|
143
|
374
|
517
|
|
Décisions
|
73
|
200
|
273
|
|
Soins dentaires
|
19
|
42
|
61
|
|
Total
|
235
|
616
|
851
|
|
|
|
Santé mentale
|
|
Accès
|
9
|
40
|
49
|
|
Programmes
|
6
|
7
|
13
|
|
Total
|
15
|
47
|
62
|
|
|
|
Méthadone
|
11
|
25
|
36
|
|
Langues officielles
|
6
|
7
|
13
|
|
Opérations/décisions du bec
|
17
|
8
|
25
|
|
|
|
Programmes
|
|
Accès/services
|
66
|
120
|
186
|
|
Processus de mise en liberté
|
43
|
50
|
94
|
|
Sécurité des délinquants
|
39
|
126
|
165
|
|
Fouilles et saisies
|
12
|
17
|
29
|
|
Classement selon le niveau de sécurité
|
62
|
76
|
138
|
|
Administration de la peine
|
20
|
15
|
35
|
|
Rendement du personnel
|
187
|
170
|
357
|
|
Téléphone
|
72
|
123
|
195
|
|
Décisions — permissions de sortir
|
32
|
42
|
74
|
|
|
|
Transfèrements
|
|
Appliqués
|
38
|
87
|
125
|
|
Non sollicités
|
47
|
106
|
153
|
|
Placement pénitentiaire
|
27
|
37
|
64
|
|
Sollicités
|
35
|
70
|
105
|
|
Total
|
147
|
300
|
447
|
|
|
|
Analyse d'urine
|
8
|
6
|
14
|
|
Recours à la force
|
11
|
40
|
51
|
|
|
|
Visites
|
|
Régulières
|
86
|
139
|
225
|
|
Visites familiales privées
|
22
|
64
|
86
|
|
Total
|
108
|
203
|
311
|
|
|
|
Hors mandat
|
|
Libération conditionnelle — processus-décisions
|
81
|
80
|
161
|
|
Autres questions
|
34
|
21
|
55
|
|
|
|
Grand Total
|
2334
|
3725
|
6059
|
Plainte — voir glossaire (1)
Réponse interne — voir glossaire (2)
Enquête — voir glossaire (3)
GLOSSAIRE
Enquête : Tout contact exigeant de la part du personnel enquêteur
du BEC certaines recherches auprès
du SCC ou l'analyse de
documents, avant que l'aide ou l'information demandée par le délinquant
ne puisse être fournie.
Les enquêtes varient considérablement en ce qui a trait à leur
portée, à leur complexité, à leur durée et aux
ressources requises. Certaines questions peuvent se régler relativement rapidement,
alors que d'autres exigent un examen approfondi des documents pertinents, de nombreuses
entrevues et une correspondance soutenue avec les divers niveaux de gestion du SCC.
Plaintes : Les plaintes peuvent être formulées par
un délinquant ou par une personne agissant en son nom, par téléphone,
par télécopieur, par lettre ou au cours d'entrevues menées
par le personnel enquêteur du BEC
dans les établissements correctionnels fédéraux.
Selon la loi, le BEC peut également
entreprendre une enquête de sa propre initiative ou à la demande du
ministre.
Réponse interne : Toute réponse fournie à
un plaignant, qui ne nécessite pas la consultation de sources d'information
à l'extérieur du BEC.
(*) Comprend les 97 plaintes présentées par des délinquants
sous responsabilité fédérale dans la collectivité et
les dix plaintes des délinquants sous responsabilité fédérale
incarcérés dans des établissements provinciaux.
TABLEAU B: PLAINTES PAR ÉTABLISSEMENT ET RÉGION
|
RÉGION/ÉTABLISSEMENT
|
Nombre de
plaintes
|
Nombre de
d'entrevue
|
nombre de jours passés à l'établissement
|
|
|
|
ÉTABLISSEMENTS POUR FEMMES
|
|
Établissement d'edmonton pour femmes
|
52
|
12
|
3
|
|
Fraser Valley
|
49
|
7
|
1.5
|
|
Grand Valley
|
113
|
31
|
7
|
|
Isabel McNeill House
|
0
|
0
|
0
|
|
Joliette
|
136
|
34
|
6
|
|
Nova
|
156
|
36
|
3.5
|
|
Pavillon de ressourcement okimaw ohci
|
11
|
1
|
1
|
|
Centre psychiatrique régional
|
1
|
0
|
0
|
|
Total pour la région
|
518
|
121
|
22
|
|
|
|
ATLANTIQUE
|
|
Atlantique
|
140
|
26
|
6
|
|
Dorchester
|
211
|
30
|
8
|
|
Centre de rétablissement shepody
|
29
|
2
|
0.5
|
|
Springhill
|
143
|
38
|
7
|
|
Westmorland
|
25
|
2
|
0.5
|
|
Total pour la région
|
548
|
98
|
22
|
|
|
|
ONTARIO
|
|
Bath
|
63
|
11
|
2
|
|
Beaver Creek
|
34
|
11
|
1.5
|
|
Collins Bay
|
64
|
9
|
3
|
|
Fenbrook
|
106
|
27
|
8
|
|
Frontenac
|
26
|
0
|
0
|
|
Joyceville
|
92
|
13
|
4
|
|
Pénitencier de kingston
|
372
|
84
|
14.5
|
|
Millhaven
|
199
|
24
|
6
|
|
Pittsburgh
|
23
|
0
|
|
|
Centre régional de traitement
|
29
|
0
|
1
|
|
Warkworth
|
286
|
63
|
7
|
|
Total pour la région
|
1294
|
242
|
47
|
|
|
|
PACIFIQUE
|
|
Ferndale
|
32
|
11
|
2
|
|
Kent
|
198
|
47
|
4
|
|
Kwikwèxwelhp
|
2
|
0
|
0
|
|
Matsqui
|
76
|
6
|
3
|
|
Mission
|
117
|
14
|
4
|
|
Mountain
|
200
|
63
|
6
|
|
Pacifique
|
84
|
48
|
6
|
|
Centre régional de traitement
|
85
|
0
|
0
|
|
William Head
|
19
|
0
|
0
|
|
Total pour la région
|
813
|
189
|
25
|
|
|
|
PRAIRIES
|
|
Bowden
|
283
|
65
|
10
|
|
Drumheller
|
109
|
32
|
8
|
|
Edmonton
|
425
|
98
|
11.5
|
|
Grande Cache
|
100
|
23
|
4
|
|
centre grierson
|
5
|
0
|
0
|
|
Ochichakkosipi
|
0
|
0
|
0
|
|
Pê Sâkâstêw
|
17
|
0
|
0
|
|
Riverbend
|
6
|
0
|
0
|
|
Rockwood
|
22
|
2
|
0.5
|
|
Centre psychiatrique régional
|
69
|
1
|
0
|
|
Pénitencier de la saskatchewan
|
247
|
6
|
3
|
|
Centre stan daniels
|
5
|
0
|
0
|
|
Stony Mountain
|
123
|
25
|
4.5
|
|
Willow Cree
|
1
|
0
|
0
|
|
Total pour la région
|
1412
|
252
|
41.5
|
|
|
|
QUÉBEC
|
|
Archambault
|
135
|
25
|
5
|
|
Centre Régional Santé Mentale
|
23
|
8
|
0
|
|
Cowansville
|
83
|
28
|
3
|
|
Donnacona
|
214
|
50
|
6
|
|
Drummond
|
91
|
23
|
3
|
|
Centre fédéral de formation
|
35
|
0
|
0
|
|
La Macaza
|
130
|
53
|
6
|
|
Leclerc
|
192
|
15
|
2
|
|
Montée St-François
|
18
|
0
|
0
|
|
Port Cartier
|
291
|
109
|
13.5
|
|
Centre régional de réception
|
111
|
21
|
3
|
|
Unité spéciale de détention
|
58
|
11
|
5.5
|
|
Ste-Anne des Plaines
|
27
|
6
|
|
|
Waseskun
|
5
|
1
|
1
|
|
Total pour la région
|
1413
|
350
|
48
|
|
GRAND TOTAL
|
(*)5998
|
1252
|
205.5
|
(*) exclut les 50 plaintes présentées par des délinquants sous
responsabilité fédérale dans la collectivité
et les 11 plaintes déposées par des délinquants sous responsabilité
fédérale incarcérés dans des établissements provinciaux.
TABLEAU C : PLAINTES ET POPULATION CARCÉRALE PAR RÉGION
|
RÉGION
|
Nombre total
de plaintes (*)
|
Population
carcérale (**)
|
|
Atlantique
|
548
|
1294
|
|
Quebec
|
1413
|
3270
|
|
Ontario
|
1294
|
3767
|
|
Prairies
|
1412
|
3402
|
|
Pacifique
|
813
|
1927
|
|
Women's Facilities
|
518
|
503
|
|
TOTAL
|
5998
|
14163
|
(*) exclut les 50 plaintes présentées par des délinquants sous
responsabilité fédérale dans la collectivité et les
11 plaintes déposées par des délinquants sous responsabilité
fédérale incarcérés dans des établissements provinciaux.
(**) en juin 2008, selon le système intégré de rapports du
service correctionnel du canada.
TABLEAU D : TRAITEMENT DES PLAINTES SELON LA SUITE DONNÉE
|
TRAITEMENT
|
SUITE DONNÉE
|
NOMBRE DE PLAINTES
|
|
Réponse interne
|
Renseignements fournis
|
1372
|
|
Plaintes non fondées
|
|
80
|
|
En suspens
|
|
50
|
|
Renvois
|
|
323
|
|
Plaintes retirées
|
|
420
|
|
Total
|
|
22450
|
|
|
|
Enquête
|
Renseignements fournis
|
932
|
|
Plaintes non fondées
|
|
250
|
|
En suspens
|
|
181
|
|
Renvois
|
|
729
|
|
Recommandation/facilitation du règlement
|
|
1614
|
|
Plaintes retirées
|
|
108
|
|
Total
|
|
3814
|
|
|
|
GRAND TOTAL
|
|
(*) 6059
|
(*) comprend les 50 plaintes présentées par des délinquants
sous responsabilité fédérale dans la collectivité et
les 11 plaintes déposées par des délinquants sous responsabilité
fédérale incarcérés dans des établissements provinciaux.
TABLEAU E : SUJETS DE PRÉOCCUPATION LES PLUS SOUVENT SIGNALÉS PAR
LES DÉLINQUANTS
|
|
|
POPULATION CARCÉRALE GÉNÉRALE
|
|
|
|
Soins de santé
|
851
|
|
Transfèrements
|
447
|
|
Isolement préventif
|
423
|
|
Effets gardés en cellule
|
416
|
|
Conditions de détention
|
373
|
|
Rendement du personnel
|
357
|
|
Visites
|
311
|
|
Préparation des cas
|
257
|
|
Information — accès et correction
|
253
|
|
Procédure de règlement des griefs
|
209
|
|
|
|
DÉLINQUANTS AUTOCHTONES
|
|
|
|
Soins de santé
|
66
|
|
Transfèrements
|
55
|
|
Rendement du personnel
|
34
|
|
Isolement préventif
|
32
|
|
Procédure de règlement des griefs
|
30
|
|
Programmes — accès
|
28
|
|
Préparation des cas
|
28
|
|
Visites
|
27
|
|
Effets gardés en cellule
|
26
|
|
Information — accès et correction
|
24
|
|
|
|
DÉLINQUANTES
|
|
|
|
Soins de santé
|
32
|
|
Conditions de détention
|
21
|
|
Sécurité des délinquants
|
21
|
|
Préparation des cas
|
21
|
|
Isolement préventif
|
20
|
|
Rendement du personnel
|
15
|
|
Libération conditionnelle — processus et décisions
|
15
|
|
Visites
|
15
|
|
Programmes — accès
|
12
|
|
Décisions concernant les permissions de sortir
|
12
|
ANNEXE B : RÉSUMÉ DES RECOMMANDATIONS
1. Le service devrait recruter et embaucher davantage de professionnels
des soins de santé mentale, en pourvoyant en premier les postes vacants dans
les établissements où les services sont insuffisants et devrait prévoir
des budgets permanents pour le recrutement et la formation de ces professionnels.
2. Conformément à la stratégie en matière de
santé mentale approuvée par le scc, le service devrait immédiatement
mettre en place des unités de soins intermédiaires en santé
mentale dans chaque région.
3. Il faudrait sans tarder établir et mettre en application des plans
de gestion cliniques pour traiter les délinquants souffrant de troubles de
santé mentale, et il faudrait que ces plans soient gérés par
des équipes multidisciplinaires, composées de membres du personnel
des services de santé mentale, de sécurité et de gestion des
cas travaillant en collaboration.
4. Le Service devrait mener sans tarder un examen indépendant des
cas d'isolement à long terme et faire valider et évaluer le processus
d'examen de ces cas par un organisme externe.
5. Le SCC devrait
élaborer une stratégie nationale pour gérer les comportements
chroniques et les incidents d'automutilation et la communiquer à mon bureau.
Le protocole devrait établir clairement les pouvoirs et les responsabilités
des bureaux nationaux et régionaux et des établissements pour assurer
une gestion et une surveillance constante de ces cas et prévoir les exigences
en matière de formation pour aider les employés à reconnaître
rapidement les comportements d'automutilation.
6. Il faudrait mettre en place des plans de gestion clinique — comportant
des mesures de prévention, d'intervention et de traitement — pour gérer
les délinquants qui s'automutilent de manière chronique.
7. Il faudrait établir de manière urgente un répertoire
des pratiques exemplaires sur le traitement et la prévention en matière
d'automutilation et le distribuer rapidement dans tout le Service.
8. Le SCC devrait
établir immédiatement dans chaque région, selon les besoins,
des unités spécialisées dans la gestion des délinquants
qui s'automutilent de manière chronique.
9. Le cadre national des services de santé essentiels devrait être
soumis à un examen par les pairs mené par un groupe externe indépendant
de spécialistes autorisés à rendre compte publiquement chaque
année au cours des trois prochaines années de la mise en oeuvre du
cadre par le Service.
10. En ce qui concerne les programmes correctionnels, je recommande que le Service
correctionnel réalise au cours de la prochaine année des progrès
importants à l'égard des éléments suivants, en respectant
le principe des mesures le moins restrictives possible et des services correctionnels
efficaces :
- réduire les listes d'attente pour les programmes;
- recourir davantage aux permissions de sortir et aux placements à
l'extérieur pour améliorer les chances qu'un délinquant soit
bien préparé en vue de sa mise en liberté et que l'on recommande
sa libération conditionnelle;
- améliorer l'accès aux programmes et les possibilités
de suivre des programmes dans les établissements à sécurité
maximale;
- accroître les programmes offerts aux délinquants ayant
des besoins spéciaux, y compris les délinquants âgés,
les délinquants ayant des retards ou des difficultés d'apprentissage
et les délinquants souffrant de troubles de santé mentale, et à
améliorer les résultats pour ces groupes;
- améliorer la communication avec les détenus pour les aider
à mieux comprendre le processus d'examen du cas en vue de la libération
conditionnelle.
11. Le Service devrait réexaminer la justification, les critères
et le temps d'attente moyen en ce qui a trait aux évaluations psychologiques
nécessaires pour les cas de réévaluation de la cote de sécurité
des délinquants condamnés à une peine d'emprisonnement à
perpétuité ou d'une durée indéterminée.
12. Le ministre de la sécurité publique devrait ordonner immédiatement
au SCC de nommer un sous-commissaire
responsable des services correctionnels pour autochtones.
13. La sous-commissaire pour les femmes devrait avoir l'autorité
hiérarchique pleine et directe — et, par conséquent, assumer
la responsabilité — pour tout ce qui concerne les femmes purgeant une
peine de ressort fédéral.
14. Le protocole de gestion des délinquantes devrait être immédiatement
annulé en attente d'un autre examen par un spécialiste des services
correctionnels pour femmes de l'extérieur.
15. Des plans de gestion clinique pour les délinquantes présentant
un risque élevé et ayant de très grands besoins devraient être
immédiatement établis et mis en oeuvre, et les ressources et services
nécessaires, à la fois internes et externes, devraient être
mis à la disposition des établissements.
16. Le service correctionnel du Canada devrait renouveler et renforcer les
principes et les pratiques de sécurité active. À cette fin,
il devrait notamment :
- renforcer le module de formation qui porte sur la sécurité
active à l'intention des nouvelles recrues de manière à ce
que ces dernières comprennent bien l'importance et les avantages de cette
approche correctionnelle;
- élaborer et mettre en place un module de perfectionnement sur
la sécurité active à l'intention de tous les membres du personnel,
qui devrait être offert dès que possible;
- déterminer les responsabilités particulières des
gestionnaires correctionnels afin d'assurer les interactions régulières
avec chaque détenu;
- élaborer et offrir dès que possible à tous les
employés un module de perfectionnement sur la sécurité active;
17. Le service devrait effectuer une vérification interne des établissements
à sécurité maximale partout au pays afin de s'assurer que le
régime carcéral est conforme au principe de l'environnement le moins
restrictif possible et aux pratiques de sécurité active. L'examen
devrait porter sur les domaines suivants : accès à la cour et aux
activités récréatives, visites, programmes, exercices quotidiens
à l'extérieur, fréquentations et déplacements.
18. On devrait continuer à considérer l'exposition d'une arme
à feu comme un recours à la force devant être signalé.
19. Le service devrait mettre en place des garanties procédurales
et assurer le respect des droits des délinquants et des avantages que leur
confère la loi ainsi que l'accès aux programmes, pour tous les cas
d'isolement, quelle que soit leur forme, conformément aux exigences imposées
par la loi et les politiques.
[1] Sécurité
publique Canada. Aperçu statistique : Le système correctionnel et
la mise en liberté sous condition — 2008, décembre
2008.
[2] Service correctionnel
du Canada. Équipe interdisciplinaire mobile de traitement, d'évaluation
et de consultation (EIMTEC) Foire aux questions, document interne, sans
date.
[3] Service correctionnel
du Canada. Étude des incidents d'automutilation signalés au SCC, février 2009.
[4] Ce montant comprend
le financement pour les centres régionaux de traitement.
[5] Service correctionnel
du Canada, Services de santé. Rapport sur les griefs liés aux Services
de santé de 2007-2008, mars 2009.
[6] Service correctionnel
du Canada. Cadre national des services de santé essentiels, le 31
mars 2009.
[7] Commission nationale
des libérations conditionnelles. Rapport de surveillance du rendement 2007-2008,
juillet 2008.
[8] Service correctionnel
du Canada. Rapport d'évaluation : Programmes correctionnels, janvier
2009.
[9] Dans le cas des programmes
pour délinquantes, il n'y a pas d'exigences minimales en matière d'éducation.
[10] Service correctionnel
du Canada, Rapport d'évaluation : Programmes correctionnels, janvier
2009.
[11] Statistique Canada.
Les services correctionnels pour adultes au Canada, 2005/2006, juin 2008.
[12] Conformément
aux principes établis par la Cour suprême du Canada dans l'arrêt
Gladue, lequel fait autorité, le tribunal doit tenir compte des facteurs
systémiques et historiques distincts associés aux délinquants
autochtones, y compris les antécédents sociaux comme les conditions
désavantageuses et la discrimination, afin d'atténuer le problème
de la surreprésentation des Autochtones au sein des pénitenciers fédéraux.
[13] Service correctionnel
du Canada. Plan stratégique pour les services correctionnels pour Autochtones,
2006-2007 — 2010-2011/ Apprentissage, innovation et adaptation, sans
date.
[14] Voir par exemple
le document Les services correctionnels pour femmes : sur la voie de l'avenir —
Examen par un comité d'experts du Rapport sur les progrès réalisés
depuis dix ans dans le domaine des services correctionnels pour femmes du Service
correctionnel du Canada, 1996-2006, sans date.
Réponse du service
CORRECTIONNEL DU CANADA
au
36e RAPPORT ANNUEL
de
L'ENQUÊTEUR CORRECTIONNEL
2008-2009
Introduction
Le Service correctionnel du Canada (SCC)
contribue à la sécurité publique en administrant les peines
de deux ans ou plus imposées par les tribunaux. La garde de détenus
sous responsabilité fédérale comprend la gestion d'établissements
de divers niveaux de sécurité et la surveillance des délinquants
mis en liberté sous condition sous divers régimes, tout en aidant
ces délinquants à devenir des citoyens respectueux des lois. Le SCC assure également
la surveillance postpénale des délinquants visés par une ordonnance
de longue durée pour une période pouvant aller jusqu'à dix
ans.
Pendant l'exercice 2008 2009, au cours d'une journée moyenne, le SCC était responsable
d'environ 13 000 détenus sous responsabilité fédérale
et de 9 000 délinquants sous surveillance dans la collectivité. Cependant,
si l'on tient compte de toutes les admissions et mises en liberté, l'organisme
a, au cours de l'exercice, pris en charge 19 959 détenus et 16 744 délinquants
sous surveillance dans la collectivité. Le
SCC administre 57 établissements, dont quatre (4) pavillons
de ressourcement pour détenu(e)s autochtones, cinq (5) établissements
régionaux pour femmes et cinq (5) centres régionaux de traitement
et centres psychiatriques régionaux, ainsi que 16 centres correctionnels
communautaires et 84 bureaux de libération conditionnelle et bureaux secondaires.
Le SCC doit encore relever
des défis importants pour concilier les multiples besoins des délinquants
et pour fournir des services correctionnels efficaces permettant d'obtenir, pour
les Canadiens, des résultats en matière de sécurité
publique. Les délinquants admis dans les établissements fédéraux
ont notamment des antécédents d'infractions violentes, de troubles
mentaux, de toxicomanie, de problèmes cognitifs et comportementaux, certains
ont des lacunes sur le plan de la formation et des compétences professionnelles,
appartiennent à un gang ou au crime organisé, et un nombre croissant
d'entre eux ont des problèmes de santé, dont les maladies infectieuses.
Le programme de transformation du
SCC
Le SCC s'est consacré
activement à son programme de transformation au cours de la dernière
année, dans cinq domaines clés : la responsabilisation accrue des
délinquants; l'élimination des drogues dans les établissements
carcéraux, le développement de compétences des délinquants
relativement à l'employabilité et à l'emploi, le renouvellement
de l'infrastructure physique de nos pénitenciers et le renforcement de nos
capacités pour ce qui est des services correctionnels communautaires.
Les budgets de 2008 et de 2009 ont permis au
SCC de faire face à certaines de ses difficultés récentes
ou de longue date, appuient davantage ses priorités actuelles et fournissent
à l'organisme l'occasion d'intégrer les initiatives de transformation
d'une manière qui contribuera à améliorer les résultats
en matière de sécurité publique pour les Canadiens.
Durant la première année, le programme de transformation était
axé sur le renforcement des opérations et des programmes existants
du SCC grâce à
l'amélioration des principaux processus correctionnels liés à
la sécurité, sur le renforcement des capacités d'intervention
de la collectivité, sur la création de partenariats avec les fournisseurs
de services (p. ex. pour les traitements en santé mentale) et sur l'amélioration
de la gestion des ressources humaines et de la formation. L'augmentation du financement
a permis au SCC de renforcer
sa capacité d'éliminer les drogues dans les établissements
(p. ex. en augmentant le nombre d'équipes canines spécialisées
dans la détection des drogues et la capacité liée au renseignement
de sécurité) et d'apporter des améliorations visant à
garantir que les interventions correctionnelles sont mieux intégrées
et adaptées. On a, par exemple, mis en place un processus d'évaluation
initiale des délinquants condensée pour les délinquants condamnés
à une courte peine, qui comprend aussi la mise en place de programmes dans
les unités d'admission et des instruments d'évaluation informatisés
dans le domaine de la santé mentale et de l'emploi.
Au cours de la deuxième année du programme de transformation, le SCC continue d'entreprendre
des initiatives qui fourniront aux délinquants de nouvelles possibilités
de participer à des programmes correctionnels et à des projets qui
permettront d'obtenir de meilleurs résultats en ce qui a trait à la
sécurité publique. Voici quelques exemples des nombreux aspects sur
lesquels se concentre le SCC.
La sécurité — Le travail sera axé sur l'intégration
complète des politiques et des processus du
SCC à l'appui de ses efforts d'intégration des stratégies
pour l'élimination des drogues, la gestion des gangs, la collecte de renseignements
de sécurité, la sécurité physique et les technologies
de sécurité.
L'évaluation et les interventions correctionnelles — L'élaboration
d'un nouveau Modèle de programme correctionnel intégré qui
permettra de diriger plus rapidement les délinquants vers les programmes
appropriés et un processus d'évaluation continue visant à accroître
la participation des délinquants aux programmes.
La formation — Le SCC
continuera d'augmenter le niveau de scolarité des détenus et de favoriser
l'acquisition de compétences en emploi. Dans les initiatives de préparation
à l'emploi, l'accent est mis non seulement sur l'alphabétisation,
mais aussi sur les liens entre les études et la formation à l'emploi.
L'emploi (CORCAN) — Le
SCC élabore une nouvelle stratégie d'emploi et d'employabilité
pour les délinquants, qui met particulièrement l'accent sur les Autochtones
et les délinquantes.
Délinquants autochtones — Une stratégie intégrée
relative au cadre de responsabilisation des services correctionnels pour Autochtones
sera mise en oeuvre dans toutes les régions du
SCC.
Dotation — Des équipes de recrutement des Autochtones ont
été mises en place à l'échelle nationale et régionale
pour qu'un plus grand nombre de candidats autochtones soient dirigés vers
le processus de recrutement du SCC.
L'organisme met également beaucoup l'accent sur le recrutement de membres
des minorités visibles ainsi que sur leur perfectionnement et leur maintien
en poste pour répondre, partout au pays, aux besoins des délinquants,
qui sont issus de milieux socioculturels de plus en plus diversifiés.
Santé mentale — On a pris des initiatives pour mettre en oeuvre
des composantes essentielles des stratégies établies pour les établissements
et la collectivité en matière de santé mentale, qui consistent
notamment à poursuivre la mise en oeuvre du Système informatisé
de dépistage des troubles mentaux à l'évaluation initiale (SIDTMEI),
à offrir des soins primaires dans les établissements ordinaires, à
offrir de la formation en santé mentale aux membres du personnel, à
mettre à l'essai la thérapie comportementale dialectique pour les
délinquantes et à mettre en oeuvre l'Initiative sur la santé
mentale dans la collectivité.
En définitive, le renforcement de la sécurité publique constitue
l'objectif global des plans établis par le Service correctionnel du Canada
pour transformer en profondeur les services correctionnels fédéraux.
Grâce à ces projets et à d'autres initiatives, il sera possible
d'apporter de telles améliorations au cours des prochains mois et des prochaines
années.
Examen stratégique
En 2008, le SCC a pris
part à l'Examen stratégique du gouvernement fédéral
(un examen de ses dépenses de programme), qui lui a permis d'harmoniser davantage
son budget, ses programmes et ses priorités avec la nouvelle vision adoptée
pour les services correctionnels au Canada et avec les grandes priorités
du gouvernement. Plus particulièrement, le
SCC réaffecte une partie des ressources qui lui sont allouées
à des activités qui peuvent accélérer la mise en oeuvre
de son programme de transformation et accroître sa capacité de réaliser
les grandes priorités de l'organisme.
Les réaffectations de fonds prévues seront concentrées dans
six (6) domaines clés du SCC
: les services de santé clinique, la gestion de cas des délinquants,
les installations (y compris les services en établissement), le programme
d'emploi et d'employabilité de CORCAN, le renseignement de sécurité
et la surveillance ainsi que les services internes. Voici certaines des réaffectations
prévues :
- Le SCC mettra en oeuvre
une approche plus rentable pour la gestion des cas, dans laquelle la priorité,
pour les ressources des évaluations psychologiques et spécialisées,
sera accordée aux délinquants qui présentent les risques les
plus élevés. Cette mesure permettra d'utiliser les ressources de façon
plus rationnelle tout en veillant à ce que les délinquants qui ont
besoin d'évaluations complètes continuent de recevoir ces services
à temps;
- Le SCC adoptera de façon
progressive un modèle de prestation axé sur les services pour les
services en établissement — entretien des établissements et
services d'ingénierie. Le modèle proposé de prestation de services
au niveau local permettra aux directeurs des établissements de se concentrer
davantage sur les questions opérationnelles de fond tout en permettant de
répondre plus efficacement aux besoins liés à l'infrastructure
physique;
- Reconnaissant la nécessité de permettre aux délinquants d'acquérir
des compétences recherchées par les employeurs dans le contexte du
marché du travail d'aujourd'hui, le
SCC éliminera progressivement les six exploitations agricoles
de CorCAn. CorCAn essaiera de créer de nouvelles possibilités de formation
qui permettront aux délinquants d'acquérir des compétences
plus pertinentes et plus pratiques compte tenu du marché du travail actuel.
En plus de ces mesures, le SCC
procède à un certain nombre de réinvestissements, dont les
objectifs sont les suivants :
- améliorer la capacité du
SCC de fournir aux délinquants ayant des besoins élevés
qui purgent de courtes peines (moins de quatre ans) les programmes dont ils ont
besoin;
- mettre en place des mesures permettant de commencer les programmes d'intervention
dès l'évaluation initiale;
- améliorer la capacité du
SCC d'offrir des programmes de prévention de la violence dans les
établissements et dans la collectivité;
- offrir un plus grand nombre de programmes dans la collectivité pour aider
les délinquants à se servir des compétences acquises pendant
leur incarcération afin de demeurer dans le droit chemin;
- permettre au SCC d'utiliser
des mesures de surveillance électronique pour les délinquants mis
en liberté qui ont des besoins élevés;
- augmenter le nombre de programmes de traitement destinés aux Autochtones
afin de répondre aux besoins du plus grand nombre de délinquants autochtones
incarcérés (prévention de la violence, traitement de la toxicomanie,
prévention de la violence conjugale);
- augmenter le nombre d'unités des Sentiers autochtones pour favoriser la prestation
du continuum de la prise en charge pour les délinquants inuits, métis
et des premières nations.
Renouvellement de la mission du
SCC
Le 27 mai 2009, M. Peter Van Loan, le ministre de la Sécurité publique,
a signé officiellement l'Énoncé de mission du
SCC : Le Service correctionnel du Canada (SCC),
en tant que composante du système de justice pénale et dans la reconnaissance
de la primauté du droit, contribue à la sécurité publique
en incitant activement et en aidant les délinquants à devenir des
citoyens respectueux des lois, tout en exerçant sur eux un contrôle
raisonnable, sûr, sécuritaire et humain.
La Mission demeure la référence pour le
SCC et continue de témoigner d'un engagement essentiel au moment
où l'organisme progresse dans son programme de transformation.
Mesures législatives
Le 16 juin 2009, des dispositions législatives ont été présentées
pour modifier la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC),
lesquelles permettraient de renforcer davantage le système correctionnel
fédéral. Ces dispositions comportent des modifications importantes
dans quatre (4) principaux domaines : améliorer la communication de renseignements
aux victimes, accroître les responsabilités et les obligations des
délinquants, renforcer la gestion des délinquants et favoriser leur
réinsertion sociale et actualiser les mesures disciplinaires imposées
aux délinquants en réponse à des comportements négatifs.
Établissement de liens
La nécessité d'établir des relations fructueuses au sein de
l'organisme, avec les partenaires et avec les collectivités, est sous-jacente
à toutes nos activités. Il est également essentiel de renforcer
la collaboration et la coordination horizontales pour que le
SCC assure une uniformité entre ses programmes et services
correctionnels et ceux qui sont conçus et fournis par d'autres organismes
fédéraux.
Le SCC participe à
toutes les grandes initiatives pangouvernementales, comme le renouvellement de la
fonction publique. Il contribue aussi à des initiatives horizontales, comme
l'apport du Canada en Afghanistan, et continue de travailler en collaboration avec
d'autres organismes gouvernementaux pour régler les problèmes qui
contribuent à la surreprésentation des Autochtones dans le système
de justice pénale.
Le SCC s'efforce d'élargir
les partenariats ou d'en établir de nouveaux avec d'autres administrations,
des organisations non gouvernementales et des partenaires de la collectivité
afin de définir et de faire connaître les pratiques exemplaires, de
fournir de meilleurs services aux victimes d'actes criminels, d'appuyer les services
offerts en santé mentale et de favoriser la réinsertion sociale. Le
SCC s'efforce également
d'accroître les chances de réussite des délinquants mis en liberté
dans les collectivités autochtones en vertu de l'article 84 de la
LSCMLC.
Grâce à une sensibilisation accrue du public aux services correctionnels,
les citoyens seront en mesure d'interagir et d'influencer les décisions du
SCC concernant la gestion.
De meilleures consultations publiques dans les collectivités profiteront
aux Canadiens, puisqu'elles leur fourniront des occasions concrètes d'influencer
les décisions concernant la gestion et les politiques. Dans le domaine correctionnel,
le processus qui consiste à informer les membres du public, les collectivités
et les partenaires d'organismes gouvernementaux ou non gouvernementaux, à
encourager leur participation et à collaborer avec eux est essentiel à
notre capacité de faire de nos collectivités des lieux plus sûrs.
Renouvellement des ressources humaines
Le SCC traverse actuellement
une période exceptionnelle, puisqu'il procède à un renouvellement
de ses ressources humaines pour que l'organisme puisse compter sur l'effectif et
le milieu de travail nécessaires pour répondre aux besoins opérationnels
futurs. — Le SCC
a renouvelé ses activités et ses produits de recrutement et prévoit
embaucher, en 2009 2010, quelque 800 nouveaux employés grâce à
des processus externes. Le SCC
prend des mesures pour que la planification des ressources humaines soit complètement
intégrée à la planification des activités et à
la planification financière afin d'en maximiser l'efficacité. Le SCC renouvelle également
ses processus relatifs aux ressources humaines afin de soutenir les activités
en améliorant le service à la clientèle, en adoptant des normes
de service dans des domaines clés des ressources humaines et en cherchant
des façons de tirer profit des nouvelles technologies. Un examen de la fonction
et de la gouvernance d'Apprentissage et perfectionnement permettra au
SCC d'investir dans la formation de ses employés en augmentant
les possibilités d'apprentissage et de perfectionnement, de mentorat et de
gestion des talents. De plus, le SCC
envisage d'établir de nouveaux partenariats avec d'autres organismes responsables
de la sécurité publique, des agents négociateurs, des collèges
et des universités.
Conclusion
Le Rapport annuel de l'Enquêteur correctionnel permet au
SCC de se pencher sur les résultats obtenus au cours du dernier
exercice. Dans le cadre du projet de transformation, l'organisme continuera d'améliorer
ses méthodes afin de répondre aux impératifs d'un milieu de
plus en plus complexe et pour mieux s'acquitter de son mandat en matière
de sécurité publique.
Examen des sujets de préoccupation
Santé mentale
Recommandation #1
Le service devrait recruter et embaucher davantage de professionnels des
soins de santé mentale, en pourvoyant en premier les postes vacants dans
les établissements où les services sont insuffisants et devrait prévoir
des budgets permanents pour le recrutement et la formation de ces professionnels.
Le SCC a élaboré
sa stratégie complète de recrutement et de maintien en poste et la
met actuellement en oeuvre. Cette stratégie prépare l'organisme à
renforcer sa capacité de recruter et de maintenir en poste des professionnels
de la santé, notamment des membres du personnel infirmier et des travailleurs
sociaux qui peuvent travailler en santé mentale ainsi que des psychologues.
On vérifie régulièrement le nombre de postes vacants pour ces
professionnels, ce qui aide le SCC
à les pourvoir dans les établissements où les services sont
insuffisants (par exemple, les pourcentages de postes à pourvoir pour les
psychologues et les membres du personnel infirmier sont plus élevés
dans la région des Prairies et dans celle du Pacifique). Le
SCC consacre un budget et des ressources au recrutement de ces professionnels
à l'administration centrale et dans les régions, et on accorde la
priorité aux professionnels de la santé. Des ressources sont également
affectées à la formation des professionnels des soins de santé,
dont une initiative nationale de formation du personnel infirmier et cinq jours
de formation par année pour les psychologues.
Plus particulièrement, les initiatives prévues pour 2009-2010 comprennent
un recrutement ciblé et des partenariats avec les universités et les
collèges, de même que la mise en valeur des possibilités d'emploi
au SCC par des offres
d'emploi, la participation à des salons de l'emploi et des stages. L'analyse
des résultats du Sondage auprès des fonctionnaires fédéraux
et d'un sondage interne sur les valeurs et l'éthique servira à orienter
nos efforts actuels pour améliorer la conservation du personnel.
En réponse à l'Examen stratégique, le
SCC travaillera en collaboration avec les principaux intervenants
pour concentrer les ressources destinées à l'évaluation psychologique
sur les délinquants qui ont les besoins les plus élevés. On
prévoit qu'une réorientation des évaluations psychologiques
du risque dans un processus amélioré de gestion des cas permettra
au SCC de canaliser ses
ressources en psychologie vers la prestation d'interventions en santé mentale.
Recommandation #2
Conformément à la stratégie en matière de santé
mentale approuvée par le scc, le service devrait immédiatement mettre
en place des unités de soins intermédiaires en santé mentale
dans chaque région.
Les unités de soins intermédiaires en santé mentale sont un
élément essentiel de la stratégie intégrée du
SCC en matière
de santé mentale, approuvée en 2004. Le financement reçu pour
la stratégie ne concernait pas ces unités. Le
SCC s'efforce maintenant de mieux définir la taille et la composition
de la population de délinquants dont les besoins ne pourraient pas être
SANTÉ MENTALE comblés par d'autres composantes de la stratégie,
comme les soins primaires et les centres de traitement. On s'efforce actuellement
de déterminer où pourraient être créées de telles
unités, leur nombre, les besoins en personnel ainsi que les exigences relatives
aux infrastructures, au cas où des fonds pourraient être accordés.
La population cible a maintenant été définie; il s'agit de
délinquants qui ont des problèmes psychiatriques chroniques, des troubles
de la personnalité, qui présentent des risques élevés
d'automutilation ou un fonctionnement intellectuel lent. Les délinquants
souffrant de troubles psychiatriques aigus qui sont en attente de leur transfèrement
dans un centre de traitement pourraient eux aussi être reçus dans cette
unité. Les services offerts d'une unité à l'autre pourraient
cependant varier selon les besoins de la population de délinquants de la
région. Les propositions élaborées en vue d'obtenir des fonds
seront soumises d'ici avril 2010. Pendant que cette planification à long
terme est en cours, on élabore des propositions sur la faisabilité
d'un projet pilote, qui seront soumises pour examen à l'automne 2009.
Recommandation #3
Il faudrait sans tarder établir et mettre en application des plans
de gestion cliniques pour traiter les délinquants souffrant de troubles de
santé mentale, et il faudrait que ces plans soient gérés par
des équipes multidisciplinaires, composées de membres du personnel
des services de santé mentale, de sécurité et de gestion des
cas travaillant en collaboration.
L'approche de l'équipe interdisciplinaire (EI) est depuis longtemps prescrite
par les politiques du SCC
pour suivre de près les délinquants dont les risques d'automutilation
et de suicide sont jugés élevés. Un processus pour la gestion
clinique des délinquants qui s'automutilent paraîtra en août
2009 et sera mis en oeuvre immédiatement afin de renforcer le processus de
gestion opérationnelle actuel. Ce processus intégré, qui comprend
des lignes directrices pour l'élaboration des plans de gestion clinique (PGC),
sera intégré à la Directive du commissaire no 843, Prévention,
gestion et intervention en matière de suicide et d'automutilation. L'approche
de l'EI sera améliorée par l'adoption de ce processus, qui fournira
plus de clarté et de rigueur et facilitera la communication sur les meilleurs
moyens de gérer ces cas difficiles.
Recommandation #4
Le Service devrait mener sans tarder un examen indépendant des cas
d'isolement à long terme et faire valider et évaluer le processus
d'examen de ces cas par un organisme externe.
Le SCC convient que l'isolement
préventif est une source de préoccupation dans le contexte correctionnel.
Il entreprendra donc un examen des cas d'isolement à long terme pour lequel
il aura recours à une méthode d'échantillonnage représentatif
et à un processus d'examen externe d'ici août 2010.
Réponse aux incidents d'automutilation
Recommandation #5
Le SCC devrait
élaborer une stratégie nationale pour gérer les comportements
chroniques et les incidents d'automutilation et la communiquer à mon bureau.
Le protocole devrait établir clairement les pouvoirs et les responsabilités
des bureaux nationaux et régionaux et des établissements pour assurer
une gestion et une surveillance constante de ces cas et prévoir les exigences
en matière de formation pour aider les employés à reconnaître
rapidement les comportements d'automutilation.
Le SCC a récemment
entrepris un examen des incidents d'automutilation. Les résultats confirment
que le nombre d'incidents de ce genre a augmenté de 73 % sur la période
de 30 mois qui s'est écoulée entre avril 2006 et septembre 2008. Néanmoins,
même si le pourcentage de délinquants qui peuvent être considérés
comme des cas chroniques est restreint, le
SCC reconnaît ce problème et a mis en oeuvre un certain
nombre d'initiatives pour faire face à la situation. Au cours la période
visée, neuf (9) délinquantes et 27 délinquants ont commis 6
actes ou plus d'automutilation. Un groupe de travail national a défini un
processus pour la gestion des délinquants qui s'automutilent. On a également
examiné les pratiques exemplaires pour la gestion des cas d'automutilation,
et une recherche sur les caractéristiques communes aux personnes qui pratiquent
l'automutilation est en cours et progresse bien. Ces éléments feront
partie d'une stratégie complète qui portera sur des aspects comme
les politiques, les processus améliorés pour la gestion et la surveillance
des incidents qui comportent de l'automutilation, la formation du personnel, de
même que les rôles et les responsabilités des employés
et des gestionnaires. La stratégie paraîtra en octobre 2009.
Recommandation #6
Il faudrait mettre en place des plans de gestion clinique — comportant
des mesures de prévention, d'intervention et de traitement — pour gérer
les délinquants qui s'automutilent de manière chronique.
Comme l'indique la réponse à la Recommandation #3, un processus pour
la gestion clinique des délinquants qui s'automutilent paraîtra en
août 2009 et sera mis en oeuvre immédiatement afin de renforcer le
processus de gestion opérationnelle actuel. Il sera inscrit dans les politiques
après une consultation sur la Directive du commissaire no 843. Cet exercice
permettra de définir les critères, qui nécessiteraient un examen
en bonne et due forme, structuré et documenté par une équipe
multidisciplinaire dirigée par un clinicien. On déterminera si un
Plan de gestion clinique (PGC) est nécessaire au cours de cet examen. Nous
prévoyons que l'on recommandera l'établissement d'un PGC pour tous
les détenus qui s'automutilent de manière chronique.
Recommandation #7
Il faudrait établir de manière urgente un répertoire
des pratiques exemplaires sur le traitement et la prévention en matière
d'automutilation et le distribuer rapidement dans tout le Service.
Un document mettant en évidence les pratiques exemplaires à prendre
en considération lorsqu'il faut intervenir auprès d'un délinquant
qui s'automutile est actuellement à l'étape de la consultation finale.
Il sera largement distribué au personnel de première ligne et transmis
aux membres du Groupe de travail fédéral provincial territorial sur
la santé mentale (un sous comité du Comité des responsables
des services correctionnels) en août 2009.
Recommandation #8
Le SCC devrait
établir immédiatement dans chaque région, selon les besoins,
des unités spécialisées dans la gestion des délinquants
qui s'automutilent de manière chronique.
Comme l'indique la réponse à la Recommandation #2, on collabore actuellement
avec chaque région pour déterminer où pourraient être
créées les unités de soins intermédiaires en santé
mentale, leur nombre, les besoins en personnel ainsi que les exigences relatives
aux infrastructures. Les délinquants qui présentent un risque élevé
d'automutilation font partie de la population cible. La nécessité
de créer des unités de soins intermédiaires en santé
mentale destinées uniquement à cette population est actuellement à
l'étude. Le nombre requis d'unités spécialisées et les
endroits où elles seraient créées n'ont pas encore été
déterminés. Les propositions élaborées pour obtenir
des fonds seront soumises d'ici avril 2010. Pendant que cette planification à
long terme est en cours, on élabore des propositions sur la faisabilité
d'un projet pilote. Elles seront soumises pour examen à l'automne 2009 et
permettraient de répondre aux besoins des délinquants qui s'automutilent.
Examen des services de santé
Recommandation #9
Le cadre national des services de santé essentiels devrait être
soumis à un examen par les pairs mené par un groupe externe indépendant
de spécialistes autorisés à rendre compte publiquement chaque
année au cours des trois prochaines années de la mise en oeuvre du
cadre par le Service.
Pour de nombreux services de santé, définir l'accessibilité
est une pratique courante destinée à assurer l'uniformité d'accès,
une meilleure compréhension des soins et la sécurité des patients.
Le cadre actuel des services de santé du
SCC a été élaboré à la suite de
nombreuses consultations, notamment auprès d'organismes internationaux, fédéraux,
provinciaux et territoriaux.
Le SCC demandera à
son organisme externe, le Comité consultatif des soins de santé, de
lui fournir des conseils au sujet du Cadre. Le mandat de ce dernier consiste à
contribuer au bon fonctionnement des services de santé du
SCC en examinant l'organisation et l'administration des services de
santé au SCC,
de même que les politiques connexes, et en recommandant les changements qui
s'imposent. Il sera question du Cadre lors de sa prochaine réunion avec le
SCC, prévue pour
septembre 2009.
De plus, le SCC collabore
avec Agrément Canada, un organisme sans but lucratif, externe et indépendant,
qui procède, pour des organismes nationaux et internationaux spécialisés
dans les soins de santé qui en font la demande, un examen mené par
des pairs visant à évaluer la qualité de leurs services en
fonction de normes d'excellence. Les visiteurs d'Agrément Canada sont des
professionnels expérimentés d'établissements de santé
agréés qui évaluent le rendement des organismes du secteur
de la santé en fonction de normes nationales d'excellence et qui formulent
des recommandations. Pour les organismes qui fournissent des services de santé,
le processus d'agrément est une des façons les plus efficaces d'examiner
régulièrement et systématiquement la qualité de leurs
services et de l'améliorer. Même si Agrément Canada n'évalue
pas les politiques en soi, les visiteurs vérifient si elles sont entièrement
mises en oeuvre et conformes à l'information disponible sur les besoins des
patients.
Programmes correctionnels et préparation de cas
Recommandation #10
En ce qui concerne les programmes correctionnels, je recommande que le Service correctionnel
réalise au cours de la prochaine année des progrès importants
à l'égard des éléments suivants, en respectant le principe
des mesures le moins restrictives possible et des services correctionnels efficaces
:
a) réduire les listes d'attente pour les programmes;
Le SCC entend opérer
d'importantes transformations dans ses programmes correctionnels de façon
à assurer la prestation de programmes les plus efficaces possible aux délinquants,
au moment opportun au cours de leur peine, de façon à ce qu'à
leur retour au sein de la collectivité, ils soient des citoyens respectueux
des lois.
À court terme :
- on a rédigé et acheminé auBureau de l'enquêteur correctionnel
(BEC) une nouvelle politique sur
les programmes correctionnels (Directive du commissaire no 726);
- les délinquants auront de plus strictes obligations en ce qui concerne leur
participation aux programmes inscrits dans leur plan correctionnel;
- les délinquants seront tenus d'entreprendre les programmes correctionnels
plus tôt durant leur peine (dès l'admission pour les délinquants
condamnés à une peine de quatre (4) ans ou moins) et de poursuivre
ceux qu'ils ont entrepris s'ils sont transférés dans un autre établissement,
ce qui permettra de réduire le nombre de retards et d'abandons;
- selon les nouvelles Lignes directrices nationales relatives à l'aiguillage
vers les programmes correctionnels, la priorité sera accordée aux
délinquants condamnés à des peines de courte durée et
la période d'évaluation exigée aux fins de l'aiguillage vers
les programmes sera écourtée;
- le SCC a élaboré
une stratégie de réinvestissement qui augmentera la capacité
de donner des programmes correctionnels, ce qui réduira le nombre de délinquants
prioritaires inscrits sur des listes d'attente et permettra d'atteindre un meilleur
équilibre pour ce qui est des programmes offerts dans la collectivité.
À plus long terme, dans le cadre du programme de transformation :
- le SCC mettra à
l'essai, en janvier 2010, un nouveau Modèle de programme correctionnel intégré
(MpCI) dans certains établissements pour hommes et dans certaines unités
opérationnelles dans les collectivités;
- le MpCI sera fondé sur les aspects les plus efficaces des programmes correctionnels
existants et optimisera la contribution du
SCC à la sécurité publique en favorisant l'aiguillage
des délinquants vers les programmes dont ils ont besoin, à l'intensité
nécessaire et au moment opportun.
Le SCC souhaite continuer
de collaborer avec le BEC pour
veiller à ce que le MPCI réponde aux préoccupations concernant
l'accès aux programmes correctionnels et leur contenu.
b) recourir davantage aux permissions de sortir et aux placements à l'extérieur
pour améliorer les chances que le délinquant soit bien préparé
en vue de sa mise en liberté et que l'on recommande sa libération
conditionnelle;
Au cours du présent exercice, le
SCC évaluera l'incidence possible des modifications législatives
proposées qui renforcent le processus de planification correctionnel et permettent
de recourir à la surveillance électronique dans le cas des permissions
de sortir et des placements à l'extérieur. Les modifications proposées
pourraient accroître, pour les délinquants admissibles, les chances
d'obtenir des permissions de sortir et des placements à l'extérieur
sans compromettre la sécurité publique.
c) Améliorer l'accès aux programmes et les possibilités
de suivre des programmes dans les établissements à sécurité
maximale;
Dans les établissements à sécurité maximale, le rôle
des programmes est de favoriser l'adaptation du délinquant au milieu carcéral
et de le préparer pour un éventuel transfèrement dans un établissement
à niveau de sécurité inférieur. Le
SCC entend renouveler le cadre de prestation des programmes correctionnels
dans les établissements à sécurité maximale. Un des
principaux objectifs de cette approche est d'élaborer et de mettre à
l'essai un Modèle de programme correctionnel intégré (MPCI)
conçu pour réduire la nécessité de participer à
de multiples programmes correctionnels dans les unités opérationnelles
à sécurité maximale, où les programmes dispensés
sont restreints. Le MPCI comprend des composantes de motivation destinées
à amener les délinquants qui refusent systématiquement de participer
aux programmes ou qui ont tendance à les abandonner à reconsidérer
leur mode de vie criminel. Il prévoit aussi la prestation d'un soutien continu
pour les délinquants qui présentent un risque très élevé.
On croit qu'en adoptant ce nouveau cadre, les délinquants seront plus motivés
à suivre leur plan correctionnel et auront plus de chances d'être transférés
dans un établissement à niveau de sécurité inférieur
où ils pourront se concentrer sur les progrès à accomplir relativement
à leur plan correctionnel et sur leurs efforts de réinsertion sociale.
d) Accroître les programmes offerts aux délinquants ayant des besoins
spéciaux, y compris les délinquants âgés, les délinquants
ayant des retards ou des difficultés d'apprentissage et les délinquants
souffrant de troubles de santé mentale, et améliorer les résultats
pour ces groupes;
Puisqu'il a obtenu des fonds, le SCC
a fait des recherches exhaustives et a élaboré récemment un
outil interactif de formation sur le Web, qu'on appelle le Portail sur la réceptivité,
conçu pour aider les membres du personnel à déterminer quels
délinquants ont des besoins spéciaux, à répondre aux
besoins des délinquants de différents groupes d'âge, de ceux
qui ont des retards ou des difficultés d'apprentissage ou qui souffrent de
troubles de santé mentale et à adapter les programmes en conséquence.
Le Portail sur la réceptivité, qui est actuellement mis à l'essai,
est conçu pour accroître la capacité du personnel à réagir
aux difficultés découlant de l'évolution du profil des délinquants.
Il permet aux membres du personnel de modifier leur approche ou leurs techniques
pour faire participer le délinquant à un programme correctionnel et
pour accroître ses chances de succès. En outre, le
SCC a reçu des fonds pour les programmes en santé mentale,
qui l'aideront à augmenter le nombre d'interventions pour une part croissante
de notre population de délinquants. L'organisme a également reçu
des fonds destinés à accroître sa capacité de répondre
aux besoins des délinquants qui ont des retards sur le plan de l'alphabétisation
et de l'apprentissage ou qui ont des déficiences.
e) Améliorer la communication avec les détenus pour les aider
à mieux comprendre le processus d'examen du cas en vue de la libération
conditionnelle.
Le SCC et la Commission
nationale des libérations conditionnelles ont formé un groupe de travail
conjoint sur les renonciations et les reports et collabore à l'élaboration
de diverses stratégies pour aider les détenus à mieux comprendre
le processus d'examen du cas en vue de la libération conditionnelle (le recours,
par exemple, à des dépliants, à des vidéos, etc.). Ces
documents devraient être prêts à l'automne 2009.
Recommandation #11
Le Service devrait réexaminer la justification, les critères
et le temps d'attente moyen en ce qui a trait aux évaluations psychologiques
nécessaires pour les cas de réévaluation de la cote de sécurité
des délinquants condamnés à une peine d'emprisonnement à
perpétuité ou d'une durée indéterminée.
Selon les politiques, l'évaluation psychologique n'est pas obligatoire avant
d'envisager la réévaluation de la cote de sécurité d'un
délinquant classé au niveau de sécurité maximale qui
purge une peine d'emprisonnement à perpétuité ou d'une durée
indéterminée. C'est le cas pour le placement initial, conformément
au paragraphe 33 de la Directive du commissaire no 705-7, Cote de sécurité
et placement pénitencier, qui précise que :
Les délinquants qui purgent une peine d'emprisonnement à perpétuité
pour meurtre au premier ou au deuxième degré ou ont été
reconnus coupables d'une infraction de terrorisme passible d'une peine d'emprisonnement
à perpétuité feront l'objet d'une évaluation psychologique
du risque dans le cadre de leur évaluation initiale lorsqu'on envisage de
les placer dans un établissement à sécurité moyenne.
Cette évaluation sera axée sur le risque et l'adaptation au milieu
carcéral, y compris le risque pour la sécurité du public, du
personnel ou du délinquant, et traitera des comportements que doit adopter
le délinquant pour faciliter sa stabilisation et son adaptation. Lorsque
le délinquant est placé dans un établissement à sécurité
maximale, l'évaluation psychologique du risque se fera dès que possible
après le placement.
Pour ce qui est de la justification, des critères et du temps d'attente moyen
en ce qui a trait aux évaluations psychologiques en général,
en réponse à l'Examen stratégique du
SCC, nous éliminerons l'exigence selon laquelle les délinquants
qui présentent un risque faible doivent subir des évaluations psychologiques
supplémentaires à l'admission, ce qui permettra de consacrer plus
de temps et de ressources aux délinquants qui présentent un risque
élevé. De plus, le SCC
a entrepris une collaboration avec les principaux intervenants dans le but d'adopter
une approche plus rentable en concentrant les ressources consacrées aux évaluations
psychologiques et spécialisées sur les délinquants qui présentent
les risques les plus élevés. Cela comprend la nécessité
de procéder à de telles évaluations pour les délinquants
qui présentent des risques moins élevés avant la prise de décisions
concernant la mise en liberté sous condition de même que la durée
de validité de ces évaluations.
Délinquants autochtones
Recommandation #12
Le ministre de la sécurité publique devrait ordonner immédiatement
au SCC de nommer un sous-commissaire
responsable des services correctionnels pour autochtones.
Dans la structure de gouvernance actuelle du
SCC, le Sous-commissaire principal (SCP) est le conseiller principal
du commissaire pour les questions relatives aux services correctionnels. Il a la
responsabilité directe de faire progresser les services correctionnels pour
Autochtones au SCC et
de fournir un leadership en ce qui concerne l'intégration des initiatives
destinées aux Autochtones à l'ensemble du programme correctionnel.
Le SCP est appuyé dans ses fonctions par la Direction des initiatives pour
les Autochtones (DIA). Grâce à l'affectation de ressources supplémentaires,
la DIA a récemment été dotée d'une structure de gouvernance
plus efficace, ce qui a accru sa capacité d'appuyer et d'intéresser
les responsables des opérations en ce qui a trait aux questions stratégiques
et à celles qui concernent les Autochtones. À cet égard, les
besoins des délinquants issus des Premières nations et des délinquants
métis et inuits occupent une place de premier plan dans les priorités,
la planification, l'affectation des ressources, les opérations et le processus
décisionnel du SCC.
Le SCC a aussi établi
un cadre stable qui permettra d'entretenir un dialogue constructif avec les Autochtones
et leurs collectivités et d'obtenir leur appui grâce à la création
d'un certain nombre de comités d'Autochtones, qui se réunissent régulièrement
avec des responsables du SCC,
à l'échelle nationale et régionale. Par exemple, le commissaire
a créé un Comité consultatif national sur les questions autochtones,
qui est très actif et qui lui fournit directement des suggestions sur tous
les aspects des services correctionnels pour Autochtones. Des comités consultatifs
régionaux autochtones ont aussi été créés pour
fournir le même genre de suggestions et de conseils aux cinq sous-commissaires
régionaux du SCC.
Le commissaire et le sous-commissaire principal sont également appuyés
par le Groupe de travail national sur les Aînés. Les questions et les
recommandations formulées par ces comités consultatifs sont soumises
au Comité de direction du SCC,
qui peut alors discuter de l'incidence des politiques du
SCC concernant les délinquants issus des Premières nations
et les délinquants métis et inuits.
L'élan suscité par l'adoption d'une nouvelle structure de gouvernance
pour les services correctionnels pour Autochtones a donné lieu à l'établissement
rigoureux des priorités et à un travail de planification qui ont permis
de constater que le SCC
pouvait réinvestir une part importante de ses ressources pour accroître
l'efficacité des interventions et des programmes pour Autochtones. Les réinvestissements
auront pour objectif d'accroître le nombre de programmes correctionnels pour
Autochtones et d'unités des Sentiers autochtones qui fournissent un environnement
sûr et adapté à leur culture aux délinquants qui décident
de suivre un cheminement traditionnel de guérison pour leur réinsertion
sociale en toute sécurité dans la collectivité.
En outre, le SCC a renforcé
les responsabilités relatives aux services correctionnels pour Autochtones
pour tous les membres du Comité de direction. En 2009 2010, le
SCC a mis en oeuvre sa Stratégie relative au cadre de responsabilisation
des services correctionnels pour Autochtones ainsi qu'un Modèle de surveillance
et de présentation de rapports sur les résultats qui permettra de
définir, pour les cinq prochaines années, des mesures concrètes
et des responsabilités précises au sein du
SCC relativement aux principaux enjeux liés aux services correctionnels
pour Autochtones. Les progrès seront graduels et des rapports trimestriels
sur les résultats obtenus par les responsables des régions et des
secteurs permettront de les suivre. Le SCP transmettra ces rapports aux membres
du Comité de direction, qui en discuteront et prendront les mesures qui s'imposent.
L'attention particulière portée à la surveillance et à
la présentation de rapports permettra au
SCC de continuer de progresser dans le domaine des services correctionnels
pour Autochtones et confirmera le fait que l'amélioration des services correctionnels
qui leur sont destinés est la responsabilité du Comité de direction,
de toutes les régions et de chacun des secteurs du
SCC.
Bien que le SCC respecte
le point de vue exposé par le BEC
dans cette recommandation, il considère toujours que la création d'un
nouveau poste de sous commissaire alourdirait inutilement la bureaucratie et engendrerait
des coûts supplémentaires. Le
SCC a plutôt pris la décision d'investir ces ressources
dans des interventions et des programmes opérationnels de première
ligne plus directs conçus pour maximiser la capacité des unités
opérationnelles, des régions et des secteurs afin de relever collectivement
les nombreux défis que comportent les services correctionnels pour Autochtones.
Femmes purgeant une peine de ressort fédéral
Recommandation #13
La sous-commissaire pour les femmes devrait avoir l'autorité hiérarchique
pleine et directe — et, par conséquent, assumer la responsabilité
— pour tout ce qui concerne les femmes purgeant une peine de ressort fédéral.
Le SCC reconnaît
la nécessité de mettre en place une structure de gouvernance solide
et efficace grâce à laquelle la direction accordera aux questions relatives
aux délinquantes l'attention qu'elles méritent. À la suite
de vastes discussions et examens, il a été déterminé
qu'une autorité fonctionnelle pour la Souscommissaire pour les femmes (SCF)
constituait la structure de gouvernance la plus efficace. Les souscommissaires régionaux
(SCR) ont l'autorité hiérarchique pleine et directe pour ce qui concerne
les établissements pour femmes et dirigent les activités des sous-commissaires
adjoints, Opérations en établissement (SCAOE), qui sont responsables
de la gestion des questions opérationnelles. La SCF coopère avec les
SCR et appuie les directeurs des établissements pour femmes par l'entremise
des SCAOE.
Le SCC continue d'estimer
qu'un rôle fonctionnel solide et un leadership fort assumés par la
SCF, plutôt qu'un modèle d'autorité hiérarchique, est
l'approche la plus appropriée. Les rôles et les responsabilités
de la SCF ont été précisés et communiqués à
l'AC, aux régions et aux établissements pour femmes. Toute modification
des rapports hiérarchiques entraînerait des frais administratifs supplémentaires
pour appuyer un tel modèle de gouvernance. Or, nous avons besoin de ces ressources
pour fournir des services de première ligne aux délinquantes.
Recommandation #14
Le protocole de gestion des délinquantes devrait être immédiatement
annulé en attente d'un autre examen par un spécialiste des services
correctionnels pour femmes de l'extérieur.
Même si le Protocole de gestion n'est pas une directive du commissaire, il
s'agissait néanmoins d'une approche officielle de gestion des délinquantes
à risque élevé, qui fait partie du Plan opérationnel
des unités de garde en milieu fermé. Depuis sa mise en oeuvre, en
2003, sept (7) délinquantes ont été placées sous le
régime de ce Protocole. Actuellement, il est appliqué pour la gestion
de cinq (5) délinquantes, ce qui représente environ 1 % de la population
totale de délinquantes sous responsabilité fédérale.
La décision d'appliquer le Protocole de gestion pour une délinquante
n'est jamais prise à la légère et est toujours justifiée.
Le SCC est en train de
réexaminer sa stratégie de gestion des délinquantes à
risque élevé dans le but de délaisser le Protocole de gestion
et d'élaborer une autre approche globale qui concorde davantage avec un plan
correctionnel intégré. On tiendra, à l'automne 2009, des consultations
auprès de la direction, des intervenants et des spécialistes du domaine
des services correctionnels pour femmes.
Recommandation #15
Des plans de gestion clinique pour les délinquantes présentant
un risque élevé et ayant de très grands besoins devraient être
immédiatement établis et mis en oeuvre, et les ressources et services
nécessaires, à la fois internes et externes, devraient être
mis à la disposition des établissements.
Quatorze évaluations externes ont été effectuées et
fournies aux directeurs d'établissement, qui ont pu les examiner et en tenir
compte afin d'élaborer les meilleures stratégies de gestion pour les
délinquantes qui présentent des risques et des besoins élevés.
De plus, des contrats ont été signés avec des spécialistes
de l'extérieur, qui procéderont à des évaluations approfondies
des délinquantes lorsque le psychologue en chef et les membres de l'équipe
interdisciplinaire en santé mentale le jugeront nécessaire. C'est
le psychologue en chef de chaque établissement qui doit déterminer
s'il faut établir un Plan de gestion clinique. Ce Plan sera élaboré
lorsque ce sera indiqué. Il est possible qu'on ne le considère pas
nécessaire pour les détenues qui progressent et qui fonctionnent bien
au sein de la population carcérale générale.
Lacunes en matière de sécurité active
Recommandation #16
Le service correctionnel du Canada devrait renouveler et renforcer les principes
et les pratiques de sécurité active. À cette fin, il devrait
notamment :
Le SCC est toujours convaincu
que la sécurité active est une méthode à privilégier
pour assurer la sécurité au sein de nos établissements, et
nous appliquons constamment ses principes dans le cadre de nos activités.
La sécurité active permet aux membres du personnel du
SCC de connaître les délinquants et leurs comportements
grâce à des interactions quotidiennes avec eux.
a) renforcer le module de formation qui porte sur la sécurité
active à l'intention des nouvelles recrues de manière à ce
que ces dernières comprennent bien l'importance et les avantages de cette
approche correctionnelle;
Dans la version de 2008 du Programme de formation correctionnelle (PFC), le SCC a amélioré
le module sur la sécurité active. Le PFC de 2008 a été
mis en oeuvre dans les régions de l'Ontario et du Pacifique. On donnera la
formation dans les autres régions au cours de l'exercice 2009-2010. On révise
actuellement la politique pour insister davantage sur la nécessité
d'avoir recours aux méthodes rigoureuses de sécurité active
enseignées dans le cadre du PFC.
b) élaborer et offrir dès que possible à tous les employés
un module de perfectionnement sur la sécurité active;
Le SCC rédigera
une proposition de stratégie de formation et préparera une estimation
des coûts liés à l'élaboration et à la mise en
oeuvre de la formation proposée. La proposition de formation sera présentée
pour approbation et financement en mars 2010.
c) Déterminer les responsabilités particulières des gestionnaires
correctionnels afin d'assurer les interactions régulières avec chaque
détenu;
En avril 2009, on a transmis aux gestionnaires correctionnels une lettre concernant
les attentes, qui précisait qu'ils devaient veiller à ce que tous
les membres du personnel de première ligne appliquent les principes de la
sécurité active.
La Directive du commissaire no 560, Sécurité active, sera révisée
d'ici à l'automne 2009 en vue d'y inclure les responsabilités particulières
des gestionnaires correctionnels et du personnel de première ligne pour veiller
à ce qu'il y ait régulièrement un contact et une interaction
avec tous les détenus dans les unités résidentielles et dans
les lieux de travail. De plus, dans chaque unité résidentielle, un
agent responsable sera chargé de voir à ce que les principes de la
sécurité active soient appliqués régulièrement.
Les membres du personnel auront la responsabilité d'interagir directement
avec les délinquants pour mieux connaître leurs activités et
leurs comportements en accordant une attention accrue aux facteurs qui contribuent
à la sécurité des employés, des délinquants et
du public, ou qui peuvent la compromettre. Ils devront aussi transmettre et consigner
les renseignements et les observations sur les activités et les comportements
des délinquants qui sont essentiels au maintien d'un environnement sécuritaire.
Ces renseignements devront être communiqués aux responsables de la
sécurité et de la gestion des cas ainsi qu'à d'autres employés,
lorsque ce sera jugé nécessaire selon la nature de l'information.
d) S'assurer que des rondes et des dénombrements sont menés régulièrement
et que les résultats sont vérifiés conformément aux
politiques en vigueur.
Nous nous efforçons de mener toutes nos activités dans le respect
des lois et des politiques. Nous renforçons actuellement notre politique
nationale et nos normes de formation en ce qui concerne les dénombrements
des détenus et les patrouilles de sécurité et, dans l'ensemble,
nous avons davantage recours aux pratiques de sécurité active.
Un bulletin de sécurité a été envoyé en décembre
2008 afin de rappeler à tous les agents de correction leurs responsabilités
en ce qui a trait aux patrouilles de sécurité et aux dénombrements
des détenus, ainsi que l'importance de leurs observations concernant les
activités des délinquants partout dans l'établissement. De
plus, on a rappelé à tous les gestionnaires correctionnels qu'ils
avaient la responsabilité de fournir des rétroactions constructives
aux agents de correction lorsque c'était nécessaire.
En avril 2009, des lettres concernant les attentes ont été distribuées
à tous les gestionnaires correctionnels pour garantir que la supervision
de tous les membres du personnel est uniforme et que les sujets de préoccupation
sont rapidement portés à l'attention de la direction.
Le 10 juillet 2009, on a ajouté un dénombrement debout dans tous les
établissements à sécurité maximale, moyenne, minimale
et à niveaux de sécurité multiples entre 18 h et minuit. On
a aussi augmenté le nombre de patrouilles de sécurité dans
tous les établissements à sécurité maximale, moyenne
et à niveaux de sécurité multiples (sauf dans les établissements
pour femmes). Le SCC
a confirmé que toutes les politiques des établissements (les ordres
permanents et les ordres de poste) sont conformes à la Directive du commissaire
no 566 4, Dénombrement des détenus et patrouilles de sécurité.
En outre, les régions analysent au hasard les dénombrements de détenus
et les patrouilles de sécurité tous les trois mois, communiquent leurs
résultats à l'administration centrale et prennent des mesures correctives
au besoin.
Recommandation #17
Le service devrait effectuer une vérification interne des établissements
à sécurité maximale partout au pays afin de s'assurer que le
régime carcéral est conforme au principe de l'environnement le moins
restrictif possible et aux pratiques de sécurité active. L'examen
devrait porter sur les domaines suivants : accès à la cour et aux
activités récréatives, visites, programmes, exercices quotidiens
à l'extérieur, fréquentations et déplacements.
Compte tenu de nos initiatives de transformation et des propositions de modifications
législatives présentées au Parlement, le
SCC examinera toutes les activités liées aux opérations
et à l'horaire quotidien des établissements à sécurité
maximale. Tout changement sera pris en considération après les débats
sur le projet de loi C-43.
Recommandation #18
On devrait continuer à considérer l'exposition d'une arme
à feu comme un recours à la force devant être signalé..
L'exposition et le chargement d'une arme à feu ne correspondent plus à
la définition de l'« utilisation » d'une arme. Cependant,
pour que ces incidents soient rapportés, le
SCC met actuellement à jour les politiques connexes. Par exemple,
on ajoutera un paragraphe à la Directive du commissaire no 567 4, Utilisation
d'agents chimiques et d'aérosols inflammatoires, qui obligera les membres
du personnel à remplir un Rapport d'observation si l'on expose un aérosol
capsique, et on ajoutera un paragraphe à la Directive du commissaire no 567-5,
Utilisation des armes à feu, qui exigera que les membres du personnel remplissent
un Rapport d'observation s'ils exposent ou chargent une arme à feu.
Le Service ne prévoit aucunement que l'exposition ou le chargement d'armes
s'accroîtra simplement parce que cela n'est plus considéré comme
un recours à la force devant être signalé. Comme par le passé,
si les membres du personnel ne réagissent pas adéquatement à
une situation, ce ne sera pas toléré et on traitera la situation comme
un problème de rendement.
Autres formes d'isolement
Recommandation #19
Le service devrait mettre en place des garanties procédurales et
assurer le respect des droits des délinquants et des avantages que leur confère
la loi ainsi que l'accès aux programmes, pour tous les cas d'isolement, quelle
que soit leur forme, conformément aux exigences imposées par la loi
et les politiques.
Depuis plusieurs années, la gestion de la population est essentielle pour
continuer à assurer une gestion efficace et efficiente de nos délinquants
et pour appuyer nos interventions. Il faut notamment gérer simultanément
plusieurs populations carcérales séparées afin de maintenir
la stabilité dans les établissements et de garantir que la sécurité
des détenus ne soit pas compromise.
En outre, les unités à encadrement renforcé et en milieu de
vie structuré font partie d'un continuum nécessaire pour bien des
délinquants qui ont besoin de plus de structure et d'interventions supplémentaires
avant un éventuel retour dans la population générale. Le fonctionnement
de ces unités respecte nos politiques et notre cadre législatif actuels.
Le processus actuel pour placer et maintenir les délinquants en isolement
comprend déjà des garanties procédurales, et il protège
les droits des détenus, conformément aux exigences de la loi et des
politiques.