Rapport annuel 2007-2008
35e anniversaire du
Bureau de l'enquêteur correctionnel
1973–2008
Le 26 juin 2008
Le 26 juin 2008
L'honorable Stockwell Day, c. p., député
Ministre de la Sécurité publique
Chambre des communes
Ottawa (Ontario) K1A 0A6
Monsieur le Ministre,
Conformément aux dispositions de l'article 192 de la Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition, j'ai le devoir
et l'honneur de vous soumettre le trente-cinquième rapport annuel de l'enquêteur
correctionnel.
Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments distingués.
L'enquêteur correctionnel,
Howard Sapers
Table des matières
Message de l'enquêteur correctionnel
Retour sur le passé
Les cinq priorités du Service correctionnel du Canada
- La transition en toute sécurité des délinquants dans
la collectivité
- La sécurité accrue du personnel et des délinquants
dans nos établissements
- La capacité accrue d'intervenir efficacement auprès des délinquants
issus des Premières nations et des délinquants métis et inuits
- La capacité accrue de répondre aux besoins en santé
mentale des délinquants
- Le renforcement des pratiques de gestion
Prochaines étapes
Annexe A : Statistiques
Annexe B : Résumé des recommandations
Réponse du Service correctionnel du Canada
Message de l'enquêteur correctionnel
Cette année marque le 35e anniversaire du Bureau de l'enquêteur
correctionnel (BEC). Cette étape clé me fournit une excellente occasion
de réfléchir à la contribution de cet important bureau public
et de célébrer ses nombreuses réalisations. La création
d'un bureau de l'ombudsman, quel qu'il soit, est un événement
réjouissant. Les bureaux d'ombudsman renforcent la détermination des
sociétés d'instaurer des valeurs démocratiques en établissant
un organisme de surveillance indépendant, tenu de rendre compte publiquement
de la façon dont un gouvernement s'acquitte de ses responsabilités.
Le bureau de l'ombudsman est très utile aux citoyens qui veulent exprimer
leurs préoccupations concernant les agissements du gouvernement — ou
son défaut d'agir. La création d'un bureau efficace de l'ombudsman
est très révélatrice de la santé et de la confiance
d'une démocratie, et tout gouvernement qui se dote d'un tel moyen de scruter
de près ses propres actions à la loupe est en mesure d'apprécier
le rôle d'un surveillant indépendant.
La création d’un bureau de l’ombudsman, quel qu’il soit, est un événement réjouissant. Les bureaux d’ombudsman renforcent la détermination des sociétés d’instaurer des valeurs démocratiques en établissant un organisme de surveillance indépendant, tenu de rendre compte publiquement de la façon dont un gouvernement s’acquitte de ses responsabilités.
À mon avis, la création d'un bureau de l'ombudsman expressément
responsable d'examiner les plaintes des détenus est un événement
encore plus réjouissant. C'est la reconnaissance que même ceux qui
ont commis des crimes graves doivent avoir accès à une voie de recours
pour exprimer leurs préoccupations et pour s'assurer d'être traités
de façon humaine et équitable pendant qu'ils sont confiés aux
soins et placés sous la garde de représentants du gouvernement. En
respectant les droits humains des détenus, une société véhicule
un message fort, à savoir que toute personne — quels que soient sa
situation, sa race, son statut social, son sexe ou sa religion — doit être
traitée comme la loi l'exige, avec respect et dignité.
Par leur nature, les systèmes pénitentiaires sont largement à
l'abri du regard public et fonctionnent derrière des portes closes. Il n'y
a aucun doute que, dans le passé, ce mode de fonctionnement a parfois caché,
de l'avis du public, des situations d'injustice, d'iniquité et même
de brutalité. L'ouverture, la transparence et la responsabilisation dans
les services correctionnels sont donc des objectifs fondamentaux visant à
assurer la primauté du droit derrière les murs des prisons. Le Bureau
de l'enquêteur correctionnel a grandement contribué à la réalisation
de ces trois objectifs au cours des 35 dernières années. D'autres
facteurs ont également influencé positivement l'évolution des
services correctionnels fédéraux et la protection des droits humains
des délinquants, notamment le service de contentieux, les commissions royales
d'enquête, les examens réalisés par des comités parlementaires
et la présence d'organisations non gouvernementales (ONG) dévouées
pour n'en nommer que quelques-uns. De plus, le leadership et certaines initiatives
du Service correctionnel du Canada (SCC) et des ministres responsables du SCC ont
également engendré des gains intéressants. Je vais néanmoins
souligner notre 35e anniversaire en insistant sur la contribution unique
du Bureau de l'enquêteur correctionnel et ses relations de collaboration avec
le Service correctionnel du Canada.
Le retour sur les 35 dernières années a été un exercice
instructif et important. Beaucoup de progrès a été fait non
seulement au Bureau de l'enquêteur correctionnel lui-même, mais aussi,
fait plus important encore, dans l'organisation soumise à sa surveillance
— le Service correctionnel du Canada. Confronté à de nombreux
défis au fil des années, le Service correctionnel a progressé
et est devenu un système moderne qui continue d'obéir à des
normes professionnelles élevées et de travailler à l'atteinte
de ses deux objectifs, soit d'adopter une approche correctionnelle judicieuse et
d'assurer la sécurité publique. Je suis fier de la contribution de
ce bureau à cette réussite, contribution qui a consisté à
promouvoir la responsabilisation et la justice.
Au cours des 35 dernières années, le Bureau a examiné plus
de 140 000 demandes de renseignements et plaintes présentées
par les délinquants. Ce nombre est peut-être l’accomplissement
le plus éloquent de cette petite organisation spécialisée.
L'histoire du Bureau de l'enquêteur correctionnel est caractérisée
par la ténacité et la détermination, car il s'est efforcé
de répondre aux demandes croissantes et de respecter son solide engagement
à demeurer accessible à sa clientèle et à s'adapter
à ses réalités. Cette histoire est aussi caractérisée
par la persévérance qui s'est traduite par le maintien de l'intégrité
de son mandat principal, celui d'examiner les préoccupations des délinquants,
ce qui a parfois été difficile et impopulaire. Au cours des 35 dernières
années, le Bureau a examiné plus de 140 000 demandes de renseignements
et plaintes présentées par les délinquants. Ce nombre est peut-être
l'accomplissement le plus éloquent de cette petite organisation spécialisée.
En retraçant les 35 années d'existence du Bureau, j'ai été
frappé par les thèmes communs abordés dans les rapports annuels.
Fait digne de mention, ces thèmes sont encore très pertinents en cette
époque de responsabilité renouvelée du gouvernement :
- Les bureaux d'ombudsman doivent être indépendants. L'indépendance
par rapport à l'organisation soumise à sa surveillance et par rapport
au ministre responsable de cette organisation est un élément fondamental
de leur efficacité.
- Les conditions de vie difficiles et le mauvais traitement des prisonniers, ainsi
que l'interdiction d'accès à des mécanismes internes et externes
de réception et d'examen des plaintes, peuvent engendrer de la violence.
La mise en place de mécanismes efficaces de réception et de traitement
des plaintes peut atténuer les tensions et réduire la violence en
prison.
- La culture du milieu correctionnel est bien enracinée et difficile à
changer. L'intervention extérieure est souvent mal vue, mais indispensable
à l'accomplissement de progrès importants.
- À certains moment, le Bureau de l'enquêteur correctionnel a formulé
d'importantes recommandations que le Service correctionnel n'a pas mises en œuvre
tant et aussi longtemps qu'il n'y a pas été contraint par des tribunaux,
des commissions royales d'enquête ou d'autres organismes de surveillance,
comme la Commission canadienne des droits de la personne.
- Des questions soulevées il y a des décennies sont encore au centre
des préoccupations du BEC.
- La surveillance indépendante et la prise de décisions par des personnes
de l'extérieur sont essentielles dans les cas où les droits fondamentaux
des prisonniers sont en jeu — par exemple, dans le cas de mesures disciplinaires
et de décisions d'isolement.
- L'isolement — la forme de détention la plus difficile dans un pénitencier
— a souvent joué un rôle majeur dans les incidents importants.
- Le Service correctionnel a souvent manqué de cohérence dans sa façon
de mettre en application les leçons tirées d'incidents graves, incluant
les décès en établissement, et de veiller à ce que des
mesures correctives durables soient prises dans l'ensemble du pays.
J'espère que ce retour sur les 35 années passées stimulera
un dialogue non seulement entre le Bureau de l'enquêteur correctionnel et
le Service correctionnel, mais aussi entre toutes les personnes qui s'intéressent
aux services correctionnels et à la sécurité publique dans
la société canadienne. Je crois que nous pouvons apprendre de cette
riche histoire et aller de l'avant sans répéter les erreurs commises.
Après avoir retracé les 35 ans de l'histoire du Bureau de l'enquêteur
correctionnel, le rapport annuel de cette année abordera de nouveau les questions
qui préoccupent les délinquants, en lien avec les cinq grandes priorités
du Service correctionnel.
L'enquêteur correctionnel,
Howard Sapers
Retour sur le passé
À travers l'histoire, des bureaux d'ombudsman ont été créés
dans les prisons à la suite de graves violations des droits de la personne,
largement publicisées, et en guise de solution à l'incapacité
chronique des mécanismes internes de traitement des plaintes et des griefs
de répondre de manière juste et efficace aux doléances des
délinquants. Le Canada ne fait pas exception à cette règle.
En 1971, le Pénitencier de Kingston est le théâtre de l'une
des émeutes les plus sanglantes dans l'histoire du Canada. Cinq agents de
correction sont pris en otage et certains prisonniers sont brutalement torturés.
Deux des prisonniers meurent, 13 autres sont gravement blessés et une partie
du Pénitencier de Kingston est détruite. Après l'émeute,
bon nombre des détenus impliqués dans les troubles sont transférés
à l'Établissement de Millhaven. Par la suite, le personnel de correction
de ce dernier établissement agresse 86 délinquants impliqués
dans les émeutes et leur infligent des blessures de différents degrés
de gravité. Une commission royale d'enquête, présidée
par le juge Swackhamer, est chargée de faire la lumière sur ces événements
tragiques.
À l'époque, le juge Swackhamer qualifie les conditions pénibles
de détention et le régime très punitif du Pénitencier
de Kingston de « répressifs et déshumanisants ». Les détenus
doivent passer au moins 16 heures par jour enfermés dans leurs cellules,
à toutes fins pratiques en isolement, et sont assujettis à des règles
pénitentiaires restrictives ainsi qu'à de sévères sanctions
disciplinaires pour toute violation de ces règles. Le juge Swackhamer fait
remarquer que dans un tel environnement : « L'ennui et le sentiment d'impuissance
et de désespoir étaient inévitables. Il s'en est suivi un sentiment
exacerbé de mécontentement et un penchant à la violence et
au comportement antisocial[1].
» Et il ajoute : « Il est indubitable que ces conditions ont joué
un grand rôle dans les troubles de 1971; dans une certaine mesure, la vie
aliénante et déprimante de l'institution est le bouillon de culture
qui a permis aux germes de la révolte de se développer[2]. »
En recommandant la mise en place d'une voie de recours extérieure, le juge
Swackhamer fait observer ce qui suit :
Des griefs de toutes sortes ne peuvent manquer de naître parmi les détenus.
Qu'ils soient justifiés ou non, ces griefs exigent que l'on se penche sur
eux afin que la discipline et le moral de l'institution soient maintenus. À
présent, nous apprenons que ces griefs ne peuvent être résolus,
si tant est qu'ils puissent l'être, qu'à la condition que les détenus
les soumettent à l'Administration. Il est évident que les sentiments
de frustration des détenus naissent et se développent du fait que
ceux-ci ne peuvent faire connaître leurs griefs qu'à un seul interlocuteur
: l'Administration même, laquelle est souvent à l'origine de leur mécontentement.
Il est parfaitement clair qu'au pénitencier de Kingston l'absence totale
de toute forme administrative de mise à jour efficace de telles questions
a été, par elle-même, un facteur de désordre[3].
Les premières années du Bureau de l'enquêteur correctionnel
Le Bureau de l'enquêteur correctionnel est établi en 1973 en vertu
de la partie II de la Loi sur les enquêtes, en réponse aux
recommandations générales du juge Swackhamer visant à renforcer
la responsabilisation et la surveillance du système correctionnel fédéral.
Le 1er juin 1973, Mme Inger Hansen est nommée au premier poste d'enquêteur
correctionnel par le solliciteur général de l'époque, l'honorable
Warren Allmand. Dans le premier rapport annuel du Bureau de l'enquêteur correctionnel,
celui de 1973-1974, Mme Hansen expose sa vision du nouveau Bureau. Elle y fait remarquer
que : « Le bureau de l'enquêteur correctionnel a été créé
non pas par une loi spéciale, mais en vertu de la Loi sur les enquêtes
… pour permettre d'éprouver la portée du mandat du bureau et
donner au gouvernement l'occasion d'évaluer son efficacité avant qu'il
ne soit défini par une loi précise… »[4]. Elle appuie l'approche
initiale, mais s'attend visiblement à ce que le mandat du Bureau soit rapidement
enchâssé dans une loi — ce qui ne se produit que 19 ans plus
tard. Elle critique le lien hiérarchique entre elle-même et le solliciteur
général, appelé à l'époque ministre responsable
du Service canadien des pénitenciers. Elle estime que le fait de relever
directement du Parlement augmenterait la crédibilité du nouveau chien
de garde des prisons. Au cours de sa première année d'activités,
le petit Bureau de l'enquêteur correctionnel, composé de cinq employés
à temps plein, reçoit, contre toute attente, 782 plaintes de délinquants,
dont aucune, de l'avis de Mme Hansen, est futile[5].
À terme, bon nombre de ses 10 premières recommandations sont adoptées.
Ainsi, des présidents indépendants, de l'extérieur des pénitenciers,
sont nommés en 1976 afin de statuer sur les questions disciplinaires
graves. Avant la venue des présidents indépendants, c'étaient
les directeurs d'établissement ou les employés du Service canadien
des pénitenciers qui prenaient toutes les décisions disciplinaires
à l'endroit des délinquants. La nomination des présidents indépendants
est attribuée aux recommandations formulées en 1976 par le Sous-comité
sur le régime d'institutions pénitentiaires au Canada, présidé
par le juge Mark MacGuigan. Il est cependant important de souligner que, trois ans
auparavant, le Bureau de l'enquêteur correctionnel (BEC) avait recommandé
« … de désigner un certain nombre de personnes qui auraient
pour tâche unique de présider les audiences du comité de discipline
visant à déterminer la culpabilité ou l'innocence des détenus
pris en flagrant délit ou accusés d'avoir commis un délit grave…
»[6].
Le Service canadien des pénitenciers donne suite à une recommandation
du BEC concernant le recours à l'isolement. À l'époque, les
détenus peuvent être isolés pendant des mois pour avoir transgressé
une règle. Dans la plupart des cas, les détenus passent 23 heures
et demie dans une petite cellule. La cellule contient un lit simple et une toilette
(un trou dans le plancher dans certaines cellules d'isolement disciplinaire). Une
ampoule nue, allumée 24 heures sur 24, pend du plafond. En réponse
à la recommandation du Bureau de revoir la pratique de l'isolement, le rapport
Vantour sur la dissociation (1975) ouvre la voie à d'éventuelles réformes,
y compris à la mise sur pied, dans les établissements, de comités
de réexamen des cas d'isolement, qui réexaminent périodiquement
le placement en isolement des délinquants[7].
Dans la plupart des cas, les détenus passent 23 heures et demie dans une
petite cellule. La cellule contient un lit simple et une toilette (un trou dans
le plancher dans certaines cellules d’isolement disciplinaire). Une ampoule
nue, allumée 24 heures sur 24, pend du plafond.
Certaines des recommandations de M
me Hansen ne sont pas retenues. Des préoccupations
qu'elle a soulevées 35 ans auparavant sont malheureusement encore présentes
aujourd'hui. Par exemple, M
me Hansen s'inquiète de la lenteur du système
interne d'examen des plaintes et des griefs des détenus, et indique que certains
détenus jugent « inutile » la procédure de règlement
des griefs
[8].
Elle souligne que l'existence d'un système interne efficace d'examen des
griefs réduirait la pression exercée sur les activités du
BEC.
Durant sa première année d'activités, le Bureau entreprend
d'élaborer des procédures de traitement des plaintes afin d'en améliorer
l'accessibilité, la rapidité et l'efficacité. Au cours de sa
deuxième année d'activités, le Bureau reçoit 988
plaintes. Ayant peu de personnel, le BEC est incapable de répondre à
la demande. Voici comment Mme Hansen décrit la situation :
Nous n'atteignons pas toujours notre but, celui de donner une attention prompte
et personnelle à toutes les réclamations. Il est à espérer
qu'en portant attention à nos priorités et en augmentant l'efficacité
de nos procédures nous finirons par résoudre ce problème[9].
À l'époque, le Bureau fait état d'une bonne coopération
avec le Service canadien des pénitenciers et affirme que « ... dans
la plupart des cas, les administrateurs sont prêts à entendre nos représentations
»[10].
Le Bureau entreprend également de mettre en lumière les problèmes
systémiques que le Service canadien des pénitenciers se doit d'examiner
de près. La procédure interne de règlement des griefs demeure
à l'avant-plan des préoccupations du BEC, mais ce dernier est en train
de réunir des renseignements précis sur d'autres questions telles
que la politique et la pratique concernant l'emploi de la force, l'accès
aux services médicaux, les transfèrements imposés, le refus
d'accorder des permissions de sortir et les mesures disciplinaires consistant à
imposer des régimes restrictifs en guise de châtiment.
Au cours de sa troisième année d'activités, le BEC démontre
clairement son utilité à la suite d'un incident survenu à l'Établissement
de Millhaven. L'enquêteur correctionnel entreprend d'examiner les événements
qui ont conduit à l'utilisation de la force et de gaz à l'Établissement
de Millhaven, le 3 novembre 1975. Cette enquête nécessite 22 jours
d'audiences à huis clos, à compter du 15 janvier 1976. L'incident
a comporté l'utilisation de menottes et d'entraves « de manière
cruelle et possiblement dangereuse »; l'utilisation non autorisée,
non nécessaire et potentiellement dangereuse de gaz, sans consignation adéquate
au registre du dépôt d'armes; et l'isolement de détenus, nus,
dans l'unité d'isolement, sans matelas ou articles de literie. N'eut été
de l'existence du Bureau, cet incident serait probablement passé inaperçu
et considéré comme une « activité courante » de
cet établissement[11].
Quatre années de suite, le BEC formule des recommandations au sujet de l'application
injuste de la politique et de la loi sur la réduction méritée
de peine, qui ne font plus partie aujourd'hui de l'administration des peines au
Canada. Ce fait est digne de mention parce qu'un rapport récent commandé
par le ministre de la Sécurité publique propose le retour à
un système semblable à la réduction méritée de
peine[12].
Avant qu'il ne donne suite à une telle proposition, je demande avec instance
au gouvernement du Canada de réexaminer attentivement les problèmes
importants qui ont conduit, à terme, à la suppression de la réduction
méritée de peine.
Le rapport MacGuigan sur le Système canadien des pénitenciers
En 1976, Le Comité permanent de la justice et des questions juridiques demande
à un sous-comité, présidé par le juge MacGuigan, de
réaliser un examen complet du régime pénitentiaire au Canada.
Le rapport MacGuigan (1976) décrit ainsi l'état du Service canadien
des pénitenciers à l'époque :
Sept années d'un calme relatif dans les établissements pénitentiaires
canadiens ont pris fin en 1970 avec une série de soulèvements (mutineries,
grèves, meurtres et prises d'otages) qui se sont multipliés en prenant
de l'ampleur chaque année. En 1976, les prisons étaient secouées
presque constamment par des mutineries. Chaque semaine de nouveaux incidents violents
faisaient les manchettes. Les troubles et la violence sont nés de la colère,
de la frustration et de l'oppression que suscitent dans le milieu fermé et
artificiel des prisons les griefs restés sans solution, les transferts, le
harcèlement et la provocation subis de part et d'autre, tant du côté
du personnel que des détenus qui défendent des attitudes opposées[13].
Le Rapport MacGuigan (1976) est un constat accablant de l'incapacité des
pénitenciers de réadapter les délinquants ou de protéger
le public[14].
Il décrit un environnement correctionnel qui est le théâtre
de graves violations des droits de la personne, de brutalité et de traitements
inhumains. Ses recommandations générales visent à modifier
la philosophie correctionnelle de l'époque. Les auteurs du rapport soutiennent
une vision contemporaine voulant que les délinquants soient envoyés
en prison en guise de châtiment et non pour y être châtiés,
et proposent d'élaborer une nouvelle approche correctionnelle axée
sur la réinsertion sociale, en offrant aux détenus des programmes,
des traitements et des activités de formation professionnelle.
Le Rapport MacGuigan (1976) se prononce sur l'efficacité de la procédure
interne de règlement des griefs et en arrive à la conclusion suivante
:
La procédure de griefs est, à l'heure actuelle, si complexe et inefficace
qu'elle crée probablement plus de problèmes qu'elle n'en résout…
Si son grief franchit toutes ces étapes [quatre niveaux d'autorité],
il [le détenu] devra peut-être attendre des mois avant de recevoir
une réponse qui très souvent le laisse aussi insatisfait qu'au moment
du dépôt de la formule. Le détenu peut également en appeler
à l'Enquêteur correctionnel, mais cette instance mettra peut-être
autant de temps à lui répondre et même alors l'Enquêteur
correctionnel peut n'avoir que des solutions à proposer aux autorités
compétentes[15].
Ayant constaté que la création du Bureau de l'enquêteur correctionnel
« … n'a répondu que dans une infime mesure à un vaste
problème »[16],
les auteurs du Rapport réaffirment l'utilité du Bureau et suggèrent
d'améliorer ses liens hiérarchiques :
Nous soulignons également qu'un ombudsman devrait toujours faire rapport
au Parlement. L'indépendance est une condition essentielle de l'efficacité
du poste et ce, aussi bien en pratique qu'en théorie[17].
Le Rapport MacGuigan a de l'influence et bon nombre de ses recommandations sont
mises en application. Celles-ci ouvrent la voie à une série de réformes,
y compris une concentration nouvelle sur la réinsertion sociale ainsi qu'une
plus grande transparence et responsabilisation. Après la parution de ce rapport,
le gouvernement nomme des présidents indépendants, tel que mentionné
plus haut; crée un poste d'inspecteur général interne; et établit
des comités consultatifs de citoyens.
Fouilles illégales, surpeuplement et autres questions
Le 1er octobre 1977, un nouvel enquêteur correctionnel est nommé.
M. Ronald Stewart restera à la tête du BEC pendant les 26 années
suivantes. Dans les premières années de son mandat, le Bureau soulève
de nouveau la question de son indépendance et de ses liens hiérarchiques
avec le ministre. Le Rapport annuel 1977-1978 explique l'enjeu comme suit
:
Quelle que soit la pertinence avec laquelle l'enquêteur correctionnel s'acquitte
de sa tâche, l'actuel mandat du BEC continuera toujours de compliquer les
choses. La difficulté ne réside pas tant dans les directives données
par le ministre que dans la perception que les détenus ont du Bureau. En
donnant l'impression de faire partie du ministère, le Bureau perd de la crédibilité
et la tâche devient plus difficile
Je le répète, il n'y a pas eu d'ingérence et nous n'en prévoyons
pas, mais l'ombudsman ne peut être efficace que s'il garde la confiance de
ceux qu'il doit protéger[18].
Au cours des cinq années suivantes, le Bureau continue de se débattre
pour répondre à la demande croissante de services. Le Rapport annuel
1978-1979 résume la situation comme suit :
Nous nous attachons, d'une année à l'autre, à offrir le meilleur
service possible. Les distances à parcourir, l'effectif du Bureau et le nombre
croissant de plaintes influent grandement sur notre efficacité[19].
Le Bureau dénonce une pratique illégale troublante à la Prison
des femmes de Kingston. À tort et à travers et sans motifs raisonnables,
des femmes sont soumises à des fouilles internes de leurs cavités
corporelles. La recommandation du Bureau visant à mettre fin à cette
pratique est finalement suivie.
Le Bureau fait état de plusieurs réalisations. Bon nombre de ses recommandations
sont mises en application par le Service canadien des pénitenciers qui devient
le Service correctionnel du Canada en 1979
[20]. Le
Rapport 1980-1981 indique que
les services de soins dentaires se sont grandement améliorés à
la suite d'une recommandation en ce sens du
BEC. D'autres recommandations
du
BEC sont mises en œuvre ultérieurement, à la suite d'interventions
des tribunaux ou d'autres organismes de surveillance. Dans un cas, le Bureau dénonce
une pratique illégale troublante à la Prison des femmes de Kingston.
À tort et à travers et sans motifs raisonnables, des femmes sont soumises
à des fouilles internes de leurs cavités corporelles. La recommandation
du Bureau visant à mettre fin à cette pratique est enfin suivie lorsqu'un
tribunal décide que le Service correctionnel n'a pas le pouvoir de procéder
à des fouilles de ce genre sans motifs raisonnables. Enfin, des recommandations
antérieures du
BEC concernant les régimes alimentaires religieux sont
également mises en application à la suite d'une intervention de la
Commission canadienne des droits de la personne
[21].
Le Bureau exprime des inquiétudes quant à la transparence de deux
unités spéciales de détention (USD), les établissements
à sécurité maximale les plus sécuritaires des services
correctionnels fédéraux. Ces deux unités font preuve d'une
plus grande transparence à la suite de recommandations formulées dans
le Rapport Vantour sur la dissociation (1975). Peu de temps après, le Bureau
signale « les dangers qu'elles présentent »[22]. Encore aujourd'hui, le Bureau
s'interroge sur la nécessité d'avoir des établissements distincts
pour gérer les délinquants difficiles qui pourraient être gérés
en toute sécurité dans les établissements à sécurité
maximale existants.
Au fil des années, bon nombre des recommandations formulées par le
Bureau afin d'améliorer l'équité procédurale dans les
USD sont néanmoins adoptées. Le Service correctionnel applique des
critères d'admission clairs, commence à fournir par écrit les
raisons des transfèrements dans les USD et offre aux délinquants la
possibilité de réagir aux recommandations de transfèrement
dans les USD. Présentement, le manque de programmes et d'activités
convenables, et de services adéquats en santé mentale dans les USD
— souligné pour la première fois en 1978 — demeure une
préoccupation pour le BEC
À la suite de l'adoption de la Charte canadienne des droits et libertés,
en 1982, le contentieux fondé sur la Charte permet aux tribunaux d'affirmer
les droits fondamentaux des détenus et d'établir des garanties détaillées
d'ordre procédural. Fait intéressant, de nombreuses recommandations
du BEC concernant le devoir d'agir équitablement finissent par se retrouver
dans les décisions des tribunaux.
Le 23 juin 1983, le solliciteur général demande à l'enquêteur
correctionnel de mener une enquête complète, indépendante et
impartiale sur les allégations de mauvais traitements de certains détenus
de l'Établissement Archambault, à la suite d'un incident mortel survenu
dans ce pénitencier le 25 juillet 1982. Le BEC tient 37 jours d'audience
à huis clos qui se soldent par la transcription de plus de 7 000 pages de
témoignages et la saisie de 98 pièces à conviction. Trente
et un détenus, 109 agents de correction et 45 autres témoins présentent
une déposition.
Durant les incidents du 25 juillet 1982, trois agents de correction sont pris en
otage lors d'une tentative d'évasion. Finalement, trois agents de correction
meurent et cinq sont gravement blessés. Certains sont poignardés à
mort, tandis que d'autres sont battus et torturés par les détenus.
Deux détenus se suicident durant ces événements tragiques.
Les premiers rapports montrent du doigt les conditions pénibles de détention
et le traitement inhumain des délinquants, considérés comme
facteurs contribuant à la violence. « L'objet premier de cette enquête
était de déterminer si certaines des allégations de mauvais
traitements des détenus étaient fondées et, si tel était
le cas, de déterminer, si possible, quels membres du personnel de l'établissement
étaient responsables de ces mauvais traitements[23] ». Finalement, de nombreux
faits ne peuvent être établis, mais le BEC découvre qu'au moins
deux détenus ont subi de mauvais traitements physiques; que la force et les
gaz ont été employés en violation de la politique existante;
que certains délinquants ont été victimes de violence verbale
et ont subi des humiliations après les incidents du 25 juillet 1982; que
plusieurs détenus se sont vu refuser les vêtements, les matelas et
la literie dont ils avaient besoin; et que le personnel préposé aux
soins de santé n'a pas suivi les procédures en place.
La question du surpeuplement est soulevée dans le Rapport annuel 1983-1984,
et celle de la double occupation des cellules, l'année suivante. Le surpeuplement
fluctuera au cours des années à venir; ces derniers temps, il est
de nouveau devenu un grave problème. La pratique de la double occupation
des cellules n'est abolie qu'à la fin des années 1990.
Le volume de cas augmente, les tensions aussi
En dépit des progrès accomplis, les tensions grandissent entre le
Service correctionnel et le Bureau de l'enquêteur correctionnel au début
des années 1980. Entre 1982 et 1986, le BEC souligne que le Service correctionnel
met beaucoup de temps à mettre en application efficacement et de manière
concluante certaines de ses recommandations. Dans le Rapport annuel 1985-1986,
le Bureau met en évidence quatre secteurs dans lesquels les doléances
des délinquants requièrent une attention immédiate :
Nous avons recommandé que l'on mette fin à la pratique de la double
occupation des cellules dans les aires d'isolement.
Les délais impartis pour le traitement des griefs et des réclamations
à l'Administration centrale sont rarement respectés et même
si des efforts ont été faits dans ce domaine, nous ne sommes pas sûrs
que l'examen des griefs et des réclamations soit fait de façon approfondie
et objective.
Notre recommandation portant sur l'accès raisonnable et équitable
au téléphone a été renvoyée vers les paliers
inférieurs.
Malgré les décisions rendues récemment par les tribunaux et
les directives dans lesquelles le Service correctionnel du Canada définit
en détail les responsabilités dans ce domaine, le devoir d'agir avec
justice en ce qui concerne les transfèrements effectués contre la
volonté du détenu continue de susciter des plaintes chez les détenus
qui sont parfois visés par des décisions injustes[24].
Entre 1987 et 1992, l'effectif du Bureau augmente lentement, alors que le volume
de cas explose. Au cours de cette période de cinq ans, le nombre de plaintes
des délinquants connaît une croissance fulgurante, passant de 1 329
à 5 090. Le nombre d'employés du Bureau passe de 9 à 16. Pendant
cette même période, le nombre de sujets de préoccupation des
délinquants, décrits dans les rapports annuels, augmente aussi de
manière importante, de 14 en 1987 à 29 en 1991. En 1986, le Bureau
crée un nouveau poste, celui de directeur des enquêtes, dont M. Ed
McIsaac est le premier titulaire. Peu de temps après, M. McIsaac devient
directeur exécutif du Bureau, poste qu'il occupe encore avec compétence
au moment de la rédaction du présent rapport.
Durant ces cinq années, le Bureau exprime sa frustration à maintes
occasions, estimant que les réponses du Service correctionnel se caractérisent
par « … des retards excessifs, l'absence d'examens objectifs approfondis
et un manque d'empressement à prendre des décisions »[25] concernant
les problèmes soulevés. Exemple :
Il ressort de nos discussions avec cette dernière [la population carcérale]
que le niveau d'efficacité du Service dans le traitement des problèmes
reliés aux détenus, particulièrement à l'échelle
nationale, s'est révélé inacceptable par le passé et
qu'il est nécessaire d'y apporter des modifications[26].
S'il souhaite réaliser sa Mission et respecter le principe élémentaire
de l'impartialité administrative, le Service ne peut se permettre des retards,
une attitude défensive et un manque de détermination. Et j'espère
sincèrement que l'on comprendra mes observations constructives[27].
En 1981, le Service correctionnel crée un « panier de cantine
type » pour contrôler les prix des produits qu’achètent
le plus souvent les détenus. Cette année-là, le panier de cantine
coûtait 8,49 $. Aujourd’hui, le même panier coûte plus
de 60 $.
Tout au long de ces années, les questions concernant la procédure
interne de règlement des griefs, les services de santé, l'occupation
double des cellules, les permissions de sortir et l'accès aux téléphones
demeurent d'importants sujets de préoccupation. Quelques nouveaux problèmes
dignes de mention surgissent également durant cette période. Par exemple,
en 1981, le Comité ministériel du développement social approuve
un nouveau programme de rémunération des détenus. Avec l'aide
de Statistique Canada, le Comité calcule les taux de rémunération
au rendement des détenus et fixe le taux de rémunération maximal
à 7,55 $ par jour. Mais en 1986, le tarif maximum versé par le Service
correctionnel aux détenus qui effectuent des travaux et participent à
des programmes n'est que de 6,90 $ par jour. À la fin des années 1980,
le Bureau commence à s'interroger sur la rémunération des détenus.
Dans son Rapport annuel 1988-1989, il souligne que l'indemnité maximale
de 6,90 $ par jour ne suit pas l'inflation et est la même depuis 1986. Ce
taux de rémunération, que le Bureau avait jugé insuffisant
plus de 20 ans auparavant, n'a pas augmenté depuis. Avec un salaire aussi
modeste, les délinquants peuvent difficilement accumuler des ressources en
prévision de leur mise en liberté. Cette situation a aussi des effets
défavorables dans les établissements en encourageant la création
d'une économie de marché souterraine. En 1981, le Service correctionnel
crée un « panier de cantine type » pour contrôler les prix
des produits qu'achètent le plus souvent les détenus. Cette année-là,
le panier de cantine coûtait 8,49 $. Aujourd'hui, le même panier coûte
plus de 60 $, mais le taux maximal de rémunération, soit 6,90 $, n'a
pas changé depuis 1986.
Un nouveau problème, signalé pour la première fois à
la fin des années 1980 et qui continue d'inquiéter le BEC, est celui
des enquêtes menées par le Service correctionnel sur les blessures
corporelles graves et les décès. En 1987, le Bureau réalise
deux examens d'enquêtes internes du SCC et constate qu'aux deux paliers d'autorité,
« les enquêtes internes sont souvent incomplètes et manquent
d'objectivité, et que l'Administration centrale et des Administrations régionales
approuvent les rapports d'enquête sans vraiment les examiner »[28].
Des signes de progrès
Toutefois, même en cette période difficile, des progrès sont
réalisés et le Service correctionnel demeure déterminé
à régler les problèmes systémiques soulevés par
le BEC. Effectivement, le Service correctionnel publie en 1991 un livre intitulé
Notre cheminement : le renouveau organisationnel des services correctionnels fédéraux.
Deux ans plus tard, le Service correctionnel entreprend une ambitieuse réorganisation
dont le point culminant est l'adoption d'un nouvel Énoncé de mission
en février 1989. Notre cheminement se veut une tentative de réflexion
sur la nouvelle Mission et les valeurs fondamentales du Service correctionnel. On
y trouve les commentaires suivants sur le rôle du BEC :
Nous tenons à ce que les personnes sous notre responsabilité soient
traitées équitablement et avec respect, et qu'elles puissent jouir
des droits qu'elles conservent en tant qu'êtres humains. Voilà pourquoi
nous appuyons, voire valorisons le rôle de l'enquêteur correctionnel.
Bien souvent, ses observations et ses conseils nous donnent l'occasion de prendre
des mesures correctives qui s'avèrent opportunes. Vu le caractère
unique de nos rapports avec l'enquêteur correctionnel, nous avons inclus dans
notre document portant sur la Mission un objectif stratégique à ce
sujet : veiller à ce que nous soyons ouverts et réceptifs dans tous
nos rapports avec l'enquêteur correctionnel[29].
Deux autres grandes initiatives du SCC sont dignes de mention, car les deux vont
entraîner des changements positifs dans les services correctionnels fédéraux.
Dans les deux cas, de longues consultations sont menées, notamment auprès
du BEC. Premièrement, en 1989, le Secrétariat du solliciteur général
fait paraître le rapport final du Groupe d'étude sur les Autochtones
au sein du régime correctionnel fédéral. À l'invitation
du solliciteur général de l'époque, le Groupe de travail sur
la réintégration des Autochtones à titre de citoyens respectueux
des lois est mis sur pied en mars 1987 et se voit confier le mandat suivant :
Examiner le cheminement des détenus autochtones (Indiens inscrits et non
inscrits, Métis et Inuit) à partir de l'admission dans un pénitencier
fédéral jusqu'à l'expiration de la peine afin de déterminer
leurs besoins et de trouver des moyens qui permettraient aux détenus autochtones
de réintégrer la société en tant que citoyens respectueux
des lois grâce à l'amélioration du processus de placement pénitentiaire
et des programmes offerts par l'établissement, par une meilleure préparation
aux absences temporaires et à la libération conditionnelle de jour
et totale ainsi qu'en améliorant la surveillance et en trouvant des façons
innovatrices d'assurer celle-ci[30].
Au moment de la création du Groupe de travail, en 1987, les Autochtones représentent
2,5 % de la population du Canada, mais environ 9 % de la population carcérale
sous responsabilité fédérale… Le pourcentage de délinquants
Autochtones confiés à la garde du gouvernement fédéral
s’élève à près de 20 % aujourd’hui.
Le Groupe de travail contribue à l'établissement du plan directeur
pour les services correctionnels fédéraux offerts aux Autochtones
au cours de la décennie suivante. Certains articles de la
Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition (
LSCMLC) s'intéresseront
aux besoins particuliers des délinquants autochtones sur les plans de la
spiritualité et des programmes, et de nouveaux pénitenciers à
sécurité minimale, mieux adaptés à ces besoins, seront
éventuellement créés — les pavillons de ressourcement.
La
LSCMLC autorisera également le ministre à conclure des accords
avec les collectivités autochtones afin que celles-ci offrent des services
correctionnels aux délinquants autochtones, y compris leur prise en charge,
leur garde et leur surveillance. Au moment de la création du Groupe de travail,
en 1987, les Autochtones représentent 2,5 % de la population du Canada, mais
environ 9 % de la population carcérale sous responsabilité fédérale.
Malheureusement, les nombreuses initiatives prises ultérieurement à
l'échelle de l'administration fédérale ne permettent pas d'améliorer
ces statistiques troublantes. Au contraire, le pourcentage de délinquants
Autochtones confiés à la garde du gouvernement fédéral
s'élève à près de 20 % aujourd'hui.
Deuxièmement, en avril 1990, le Service correctionnel rend public le document
La création de choix : Rapport du Groupe d'étude sur les femmes purgeant
une peine fédérale[31]. Ce groupe d'étude avait pour
mandat d'examiner la situation générale à la Prison des femmes
et de proposer une nouvelle façon de gérer plus efficacement les cas
des délinquantes. Le Groupe d'étude, qui faisait beaucoup appel à
l'établissement de partenariats, était une initiative tripartite réunissant
le Service correctionnel du Canada, la société Elizabeth Fry et les
femmes autochtones. Le Groupe d'étude recommande l'usage de méthodes
correctionnelles axées sur les besoins particuliers des femmes, rappelle
l'importance de leur offrir des choix valables et se montre préoccupé
par la surreprésentation des femmes autochtones dans la population carcérale.
Le rapport insiste tout particulièrement sur les « besoins spéciaux
» des délinquantes ainsi que sur les profondes séquelles des
agressions physiques et sexuelles dont bon nombre d'entre elles ont été
victimes. La principale recommandation de ce rapport clé est de fermer la
Prison des femmes et de créer quatre établissements régionaux
ainsi qu'un pavillon de ressourcement autochtone[32]. Les établissements
régionaux commencent à accueillir des délinquantes à
l'automne de 1995 et la Prison des femmes ferme ses portes en 2000, La mise en application
de la philosophie prônée dans La création de choix
suscitera des débats pendant de nombreuses années.
Du début des années 1980 au début des années 1990, une
longue série d'initiatives conduisent à l'élaboration du nouveau
plan directeur du gouvernement fédéral pour le droit pénal
au Canada. La publication du document Le droit pénal dans la société
canadienne et la révision du droit correctionnel qui a suivi ont
mené à la mise au point des cadres actuels du droit pénal et
du droit correctionnel. La révision du droit correctionnel est une synthèse
de tous les litiges pertinents et des recommandations de l'époque et vise
à créer un code juste et moderne pour la gestion des pénitenciers
et de la mise en liberté sous condition, qui pourrait aider à éviter
les litiges excessifs et les réformes fragmentaires[33]. La révision du droit
correctionnel, qui est dirigée par des représentants du Secrétariat
du solliciteur général et qui nécessite de longues consultations,
produit neuf documents de travail dont un intitulé Les autorités correctionnelles
et les droits des détenus[34]. Ce document de travail reconnaît
que « …Le statut de l'enquêteur correctionnel diffère
quelque peu de celui d'un ombudsman en ce sens que l'enquêteur correctionnel
est comptable au Solliciteur général, et non au Parlement »[35].
Les consultations permettent de recueillir les commentaires de nombreux intéressés
concernant la façon de remédier à cette lacune, mais les auteurs
du document de travail proposent de maintenir le statu quo. Les travaux réalisés
dans le cadre de la révision du droit correctionnel conduisent finalement
à la promulgation de la LSCMLC en 1992.
Un nouveau cadre législatif
Dix-neuf ans après la création du BEC, en vertu de la Loi sur les
enquêtes, le Bureau est enfin doté de son propre cadre législatif
le 1er novembre 1992, avec la promulgation de la partie III de la LSCMLC. Le Bureau
est maintenant enchâssé dans une loi exhaustive qui reconnaît
l'importance des droits des détenus, de la protection des recours et de la
surveillance indépendante des opérations correctionnelles. C'est également
la première fois que la LSCMLC énonce la raison d'être et les
principes des services correctionnels fédéraux. Comme il est dit dans
la LSCMLC, le but premier du système correctionnel fédéral
est de contribuer au maintien d'une société juste, vivant en paix
et en sécurité. Les grands principes de fonctionnement qui guident
le Service correctionnel dans l'atteinte de ce but sont aussi décrits dans
la LSCMLC, en ces termes :
- La protection de la société est le critère prépondérant
lors de l'application du processus correctionnel.
- Le délinquant continue à jouir des droits et privilèges reconnus
à tout citoyen, sauf de ceux dont la suppression ou restriction est une conséquence
nécessaire de la peine qui lui est infligée.
- Les décisions correctionnelles doivent être claires et équitables,
les délinquants ayant accès à des mécanismes efficaces
de règlement de griefs.
- Les mesures nécessaires à la protection du public, des agents et des
délinquants doivent être le moins restrictives possible.[36]
Le Rapport annuel 1992-1993 est le premier rapport déposé
en application de la LSCMLC. La partie III de la LSCMLC est présentée
intégralement en annexe à ce rapport. L'enquêteur correctionnel
rappelle l'importance de la nouvelle Loi en déclarant :
À mon sens, la Loi ne renforce pas d'une manière significative les
pouvoirs de l'Enquêteur correctionnel. Disons plutôt qu'elle établit
clairement les « attributions » de l'Enquêteur correctionnel en
tant qu'ombudsman, et définit mieux les pouvoirs et les responsabilités
de notre Bureau dans un cadre procédural qui sert à la fois à
orienter et à circonscrire nos activités. Essentiellement, le Parlement
n'a pas conféré de nouveaux pouvoirs à l'Enquêteur correctionnel,
mais lui a plutôt imprimé une direction et une impulsion précises[37].
Le Bureau se dit déçu que la LSCMLC n'ait pas établi de lien
hiérarchique direct avec le Parlement. Il réaffirme la nécessité
qu'un bureau d'ombudsman soit indépendant de l'organisation gouvernementale
qui est l'objet de ses enquêtes. Cependant, le Rapport annuel 1992-1993
indique clairement que le but premier du Bureau n'est pas de publier des rapports,
mais « … de faciliter le règlement des problèmes touchant
les délinquants »[38].
Cette fonction principale demeure encore aujourd'hui à l'avant-plan des opérations
du Bureau de l'enquêteur correctionnel.
Les services correctionnels fédéraux sont en crise
Le début des années 1990 est une période difficile pour le
Service correctionnel. Bien au-delà de 3 000 détenus sont logés
à deux par cellule et la capacité du Service correctionnel de remplir
son mandat législatif est poussée à la limite. Le BEC est très
inquiet de cette situation et affirme que « … le système correctionnel
fédéral a atteint un point critique »[39]. L'enquêteur correctionnel
décrit comme suit les effets profonds et envahissants du surpeuplement :
Il faut se rendre compte qu'il ne s'agit pas seulement ici d'assurer des conditions
de vie décentes aux détenus sous responsabilité fédérale.
Nous soutenons que le surpeuplement influe de façon appréciable sur
la capacité du Service de fournir ce qui suit – l'accès à
des programmes de traitement au moment approprié et une préparation
des cas approfondie en vue de la mise en liberté sous condition; des exercices
quotidiens et des douches pour ceux qui sont enfermés pendant au moins vingt-trois
heures sur vingt-quatre dans des cellules d'isolement; des emplois valorisants et
une rémunération acceptable; des placements pénitentiaires
correspondant aux besoins des détenus et des transfèrements conformes
aux cotes de sécurité; dans une mesure raisonnable, des contacts suivis
avec la famille, les amis et d'autres personnes de la collectivité; l'attention
individuelle nécessaire de la part du personnel spécialisé
pour ceux qui en ont besoin; l'assurance d'un milieu carcéral humain et sûr
pour les détenus comme pour les employés.
En résumé, le surpeuplement influe sur presque tous les aspects de
la vie de la personne incarcérée et même, à long terme,
sur la protection de la société étant donné que l'immense
majorité des détenus réintègrent un jour la collectivité[40].
Le passage ci-dessus est important pour au moins deux raisons. Premièrement,
à cause des difficultés opérationnelles et financières
que le Service correctionnel éprouve à l'époque, qui réduisent
considérablement sa capacité et sa latitude de résoudre les
problèmes systémiques des délinquants, soulevés par
le Bureau. Résultat, le BEC commence à exprimer de plus en plus d'insatisfaction
quant au degré de réceptivité du SCC.
Alors que le gouvernement en place étudie des réformes du droit pénal
qui pourraient accroître de manière significative la population carcérale,
le Service ne doit pas perdre de vue les conséquences opérationnelles
et humaines que le surpeuplement et des ressources restreintes ont pour le personnel,
pour les détenus et, en définitive, pour la sécurité
publique.
Deuxièmement, alors que le gouvernement en place étudie des réformes
du droit pénal qui pourraient accroître de manière significative
la population carcérale, le Service ne doit pas perdre de vue les conséquences
opérationnelles et humaines que le surpeuplement et des ressources restreintes
ont pour le personnel, pour les détenus et, en définitive, pour la
sécurité publique.
Les enjeux d'une importance nouvelle dans la collectivité en général
se manifestent souvent à l'intérieur des pénitenciers. En 1994,
le Comité d'experts sur le sida et les prisons, établi par le Service
correctionnel, signale une hausse de l'incidence des maladies infectieuses dans
les pénitenciers fédéraux. Le Comité conclut que les
maladies sont causées par l'utilisation et le partage d'accessoires de consommation
de drogues contaminés. La plupart des recommandations du Comité sur
l'éducation, le traitement et la réduction des méfaits ont
été suivies par le Service avant 2004. La seule recommandation à
laquelle le SCC n'a pas donné suite consiste à mettre à la
disposition des délinquants des seringues propres afin de prévenir
la propagation de maladies comme l'hépatite C et le VIH parmi la population
carcérale et la société en général. (Ce problème,
évoqué à maintes reprises par le Bureau, fait de nouveau l'objet
d'une attention nationale en 2004, lorsque le BEC recommande au ministre de la Sécurité
publique de mettre en place un programme d'échange d'aiguilles dans les établissements
correctionnels fédéraux.)
Le 14 février 1995, le Bureau présente au ministre un rapport spécial,
aux termes de l'article 193 de la LSCMLC, concernant le traitement inhumain des
détenues à la Prison des femmes en avril 1994. La publication de ce
rapport spécial du BEC, qui a été déposé peu
après devant le Parlement, marque la seule et unique utilisation par le BEC
de cette disposition de la Loi.
Le 26 avril 1994, huit femmes sont extraites de leurs cellules à la Prison
des femmes. Une équipe d'intervention en cas d'urgence, composée uniquement
d'hommes, fouillent les femmes à nu, puis les place en isolement préventif
pour une longue période. Dans son rapport spécial, le BEC conclut
que l'enregistrement vidéo de cette intervention montre « …
un déploiement de force massif face à une quasi-absence de résistance
» et que les fouilles à nu et les extractions des cellules ont été
une opération « … sans contredit dégradante et déshumanisante
pour les femmes concernées »[41]. L'enquêteur correctionnel critique
également l'enquête interne menée par le Service correctionnel
sur ces incidents. En fait, il fustige le rapport du comité d'enquête
du SCC en affirmant qu'il est incomplet, qu'il est peu concluant et qu'il «
sert les intérêts du Service », et termine en le qualifiant «
d'entreprise de disculpation »[42]. La vidéo est diffusée sur
les ondes de Radio-Canada et scandalise la population canadienne.
La Commission Arbour
Le gouvernement de l'époque ne tarde pas à réagir au scandale
public et crée une commission royale d'enquête chargée d'enquêter
sur les événements à la Prison des femmes ainsi que sur la
réaction du Service correctionnel à ces événements.
Plus tard, dans une publication commémorant le 50e anniversaire de la Déclaration
universelle des droits de l'homme, le Service correctionnel rappelle ainsi
l'importance de cette enquête :
Le rapport de la commission présidée par l'honorable juge Arbour peut
être considéré comme un blâme à l'endroit du Service
correctionnel du Canada. Il ne fait aucun doute que les événements
survenus à la Prison des femmes entacheront à jamais l'histoire des
services correctionnels fédéraux[43].
Dans un rapport qui a fait date, la juge Louise Arbour reconnaît le rôle
important joué par le Bureau de l'enquêteur correctionnel en portant
ces événements à l'attention du Parlement et du public canadien.
Elle commente en ces termes le professionnalisme du Bureau :
En ce qui concerne les événements examinés par cette Commission,
et durant la présente enquête, y compris les audiences, l'Enquêteur
correctionnel a respecté intégralement la lettre et l'esprit du mandat
que lui confie la loi. Dans ses rapports avec le Service correctionnel sur les questions
dont je suis saisie, entre avril 1994 et février 1995, l'Enquêteur
correctionnel et son personnel ont fait preuve de persistance et de professionnalisme
et s'en sont tenus aux faits; leur attitude et leur correspondance n'ont jamais
eu un caractère inflammatoire, et ils ont manifesté une patience considérable
dans leurs rapports avec une bureaucratie qui n'était ni capable de participer
à une critique ni prête à s'auto-examiner[44].
Elle y va également des commentaires suivants concernant l'importance et
la contribution unique du Bureau :
À mon avis, il est clair que le mandat dont la loi l'investit devrait continuer
d'être soutenu et facilité. Parmi tous les observateurs indépendants
du Service correctionnel, l'Enquêteur correctionnel se trouve dans une situation
unique; il peut à la fois faciliter la résolution de problèmes
individuels et faire des déclarations publiques sur les carences systémiques
du Service. De tous les mécanismes ou organismes internes et externes visant
à rendre le Service correctionnel ouvert et imputable, le bureau de l'Enquêteur
correctionnel est de loin le plus efficace et le mieux équipé pour
exécuter cette fonction[45].
Le Rapport Arbour incite le Service correctionnel à prendre
un certain nombre d'initiatives positives comprenant l'initiation des cadres supérieurs
et des employés de première ligne au devoir d'agir équitablement
et à la règle de droit; la création de plusieurs groupes d'étude
et de travail sur l'isolement préventif, l'élaboration des politiques,
la réinsertion sociale et les droits humains; la nomination de la sous-commissaire
pour les femmes; de nouvelles procédures relatives aux fouilles corporelles
effectuées par une personne du sexe opposé; de nouvelles stratégies
pour trouver des solutions à certains problèmes de santé mentale
chez les femmes purgeant une peine de ressort fédéral; et un nouveau
système pour établir un ordre de priorité parmi les griefs
et les plaintes présentés par les délinquants. Même si
le Service correctionnel ne met pas en œuvre certaines recommandations de
la juge Arbour, dont l'arbitrage indépendant et un « courant distinct
» pour les services correctionnels destinés aux femmes, les réformes
auxquelles il procède ont l'effet indéniable d'améliorer les
services correctionnels fédéraux.
Une recommandation clé de la juge Arbour a des effets directs sur les activités
quotidiennes du Bureau de l'enquêteur correctionnel. En réponse au
Rapport Arbour, le Bureau entreprend de revoir en profondeur les interventions du
SCC comportant un recours à la force, une tâche consistant notamment
à visionner les bandes vidéo. Cette démarche, entreprise sans
ressources à l'époque, ajoute un volume de travail considérable
aux opérations du BEC. Le Bureau examine maintenant, à chaque année,
plus de 1 000 incidents comportant un recours à la force.
À compter de 1994 et pendant au moins trois ans, le Bureau se concentre sur
les événements qui ont mené à la création de
la commission Arbour et aux activités subséquentes liées à
la mise en application de nombreuses recommandations de la juge Arbour. Le Rapport
annuel 1994-1995 contient un exemplaire du rapport spécial du BEC
sur les événements survenus à la Prison des femmes ainsi que
des renseignements détaillés sur les réponses du Service correctionnel
aux recommandations du Bureau. La pratique consistant à inclure les réponses
du Service correctionnel aux recommandations du BEC existe encore aujourd'hui. Dans
son Rapport annuel 1995-1996, le Bureau propose une façon de tenir
compte des préoccupations centrales de la juge Arbour. Dans son rapport,
la juge Arbour réclame un plus grand contrôle judiciaire et la formulation
d'une orientation en réaction au fait que son enquête « …
a révélé une absence troublante d'engagement de la part du
Service Correctionnel à l'égard des idéaux de la justice »[46].
Elle affirme :
Ce n'est qu'en raison de l'incapacité de l'Enquêteur correctionnel
par ses conclusions de contraindre l'application de la loi par le Service et de
l'absence de volonté manifeste du Service de l'accepter spontanément
dans de nombreuses instances, que je recommande un meilleur accès des détenus
aux tribunaux en faveur de l'application efficace de leurs droits et du respect
de la primauté du droit[47].
En réponse et en appui aux conclusions de la juge Arbour, le Rapport annuel
1995-1996 du Bureau recommande ce qui suit :
Sans vouloir limiter en rien l'orientation et le contrôle judiciaires que
recommande la juge Arbour, j'affirme, sur la foi de l'expérience acquise
ces dernières années dans mes rapports avec le Service correctionnel,
qu'il est nécessaire et urgent d'établir un mécanisme situé
à mi-chemin entre la fonction d'ombudsman de l'enquêteur correctionnel
et les tribunaux, mécanisme qui serait autorisé à imposer les
correctifs voulus dans les cas d'illégalité, d'injustice ou de mauvaise
gestion évidente. Le milieu carcéral, l'effet des décisions
administratives sur les personnes vivant dans ce milieu et les antécédents
du Service correctionnel pour ce qui est de remédier aux problèmes
individuels et aux carences systémiques d'une manière objective, suivie
et opportune, exigent la création d'une instance décisionnelle capable
d'intervenir de manière opportune et énergique.
C'est pourquoi je recommande :
a) que l'on établisse un tribunal administratif autorisé à
contraindre le Service correctionnel à se conformer à la loi et à
la politique régissant l'administration des peines et à remédier
au tort que causerait l'inobservation de la loi et de la politique;
b) que l'accès à ce tribunal soit autorisé dans les cas où
le commissaire du Service correctionnel ne prend pas les mesures jugées nécessaires
dans un délai raisonnable faisant suite à une recommandation de l'enquêteur
correctionnel, conformément à l'article 179 de la Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition.
Cette recommandation, comme je l'ai indiqué plus haut, vise à consolider,
et non à atténuer ou à modifier, le mandat qu'a l'enquêteur
de s'assurer qu'on donne suite aux préoccupations des délinquants
objectivement et en temps opportun, et ce, conformément aux responsabilités
que la loi impose au Service[48].
Dans son ouvrage intitulé Justice Behind the Wall, le professeur
Michael Jackson formule les commentaires suivants au sujet de la nécessité
de donner suite aux préoccupations de longue date du BEC :
L'un des principaux avantages d'un recours judiciaire serait de régler ces
problèmes, souvent systémiques, qui sont signalés à
répétition dans les rapports annuels de l'enquêteur correctionnel.
L'existence même d'une telle avenue de règlement inciterait fortement
le Service à résoudre ces questions plus rapidement[49]. [TRADUCTION]
En réponse au Rapport Arbour, le commissaire demande à
Maxwell Yalden, ex‑président de la Commission canadienne des droits
de la personne, et à un membre du Comité des droits de l'homme d'étudier
la capacité du Service correctionnel de respecter ses obligations nationales
et internationales en matière de droits humains. Le Groupe de travail sur
les droits de la personne dépose son rapport en 1997. Il recommande d'établir
une procédure pour soumettre les litiges à la décision arbitrale
d'un tribunal.
Les inquiétudes au sujet de l'indépendance du BEC refont surface
Le Groupe de travail sur les droits de la personne recommande également que
l'enquêteur correctionnel relève directement du Parlement afin de garantir
la crédibilité et l'efficacité de ce mécanisme de surveillance
indépendant[50].
Le Groupe de travail commente en ces termes la relation entre les deux organisations
:
Le rôle et les responsabilités de l'EC ont des répercussions
évidentes sur ceux du SCC et, en conséquence, doivent forcément
avec le temps donner lieu à certains désaccords entre les deux organismes,
même s'ils essaient tous les deux d'éviter cette situation. …
Bien que le plus récent rapport annuel de l'enquêteur correctionnel
(1996-1997) fasse état de l'amélioration des relations de travail
entre l'EC et le SCC, ces relations ont généralement été
loin d'être satisfaisantes pour les deux parties dans le passé. On
peut se demander dans quelle mesure le respect des droits individuels des détenus
et des employés s'en est ressenti[51].
La relation difficile entre un bureau d'ombudsman et l'organisme assujetti à
sa surveillance est aussi évoquée par le Bureau du vérificateur
général (BVG) dans un rapport de vérification déposé
à peu près en même temps et qui porte sur les opérations
du BEC :
La force d'un ombudsman tient à sa capacité de persuader les autres
intervenants de la valeur d'une recommandation ou d'une opinion qui émerge
d'une enquête particulière. Par conséquent, la relation de travail
qu'entretiennent les établissements et l'ombudsman, dans le cadre de son
mandat, doit être soigneusement pesée. La nature même du travail
a pour inévitable corollaire que cette relation ne peut être ni trop
cordiale, ni trop antagoniste. Cet équilibre des tensions créatrices
n'est pas facile à atteindre, mais il a une très grande importance[52].
La relation de travail qu’entretiennent les établissements et l’ombudsman,
dans le cadre de son mandat, doit être soigneusement pesée. La nature
du travail exige que cette relation ne soit ni trop cordiale ni trop antagoniste.
De plus, le Groupe de travail sur les droits de la personne saisit bien les problèmes
systémiques qui ont pesé sur la relation entre le Bureau et le Service
correctionnel — dont bon nombre ne sont malheureusement pas encore résolus.
Le Groupe de travail conclut :
Plusieurs des causes de litige entre l'EC et le
SCC au cours des années ont des répercussions immédiates
et évidentes sur le respect des droits fondamentaux et procéduraux
des détenus sous responsabilité fédérale : la fréquence
de la double occupation des cellules dans la population générale et
la population en isolement, la rémunération des détenus, les
unités spéciales de détention, et d'autres aspects de la garde
des détenus concernant le placement, l'isolement et le transfèrement,
le recours à la force, l'efficacité de la procédure interne
de règlement des griefs, l'accès à des programmes visant à
préparer les détenus à la réinsertion sociale.
Le Rapport annuel 1998-1999 décrit en détail le début
d'une restructuration majeure et d'une modernisation du Bureau. Le BEC a procédé
à ces changements en réponse à une vérification de ses
opérations par le Bureau du vérificateur général. Le
Bureau a terminé la mise à jour du Manuel des politiques et procédures
qui décrit plus clairement le processus d'enquête et les liens avec
les responsabilités législatives du BEC. Le BEC a également
élaboré un programme de formation à l'intention du personnel
et a amélioré le système informatisé de collecte de
données. Des dossiers d'information sur le Bureau et sur ses procédures
de traitement des plaintes ont été constitués et envoyés
à tous les pénitenciers fédéraux et à tous les
bureaux de libération conditionnelle, ainsi qu'aux établissements
communautaires qui hébergent des délinquants sous responsabilité
fédérale.
En mai 2000, le Sous-comité sur la Loi sur le système correctionnel
et la mise en liberté sous condition, dépose son rapport.
Le rapport satisfait à une disposition de la LSCMLC, exigeant que la Loi
fasse l'objet d'un examen cinq ans après son entrée en vigueur. Le
Sous-comité donne son aval au mandat du Bureau et affirme que « …
l'enquêteur correctionnel est bien placé pour redresser les injustices
vécues par les délinquants individuellement et pour mettre au jour
les problèmes systémiques qui incitent les délinquants à
porter plainte »[53].
Le Sous‑comité fait plusieurs recommandations pour accroître
l'indépendance et l'efficacité du Bureau. Il recommande également
que le Bureau relève directement du Parlement afin de rehausser son indépendance
apparente et faire en sorte que les rapports annuels et spéciaux du BEC soient
automatiquement renvoyés à un comité permanent de la Chambre
des communes, pour examen attentif. Fait digne de remarque, il recommande aussi
que le Bureau effectue des enquêtes indépendantes sur tous les décès
de détenus ou sur les cas où des détenus ont subi des blessures
corporelles graves, en plus de celles que le Service correctionnel est tenu de mener,
conformément à la Loi. Il faut souligner que l'article 19 de la LSCMLC
exige que le Service correctionnel transmette tous les rapports de telles enquêtes
au Bureau, pour examen. Le gouvernement de l'époque ne donne suite à
aucune de ces recommandations[54].
Un nouveau siècle, de nouvelles difficultés et possibilités
Au début des années 2000, le Bureau entreprend un examen stratégique
complet de ses propres opérations, avec l'aide du Conseil du Trésor
du Canada. Cet examen se traduit par des augmentations du financement alloué
au Bureau et contribue à inspirer la création de postes de coordonnateurs
dans trois grands domaines de préoccupation pour les détenus : les
questions concernant les femmes; les questions autochtones; et l'examen des incidents
ayant comporté un recours à la force, ainsi que les enquêtes
du SCC sur les cas de décès ou de blessures corporelles graves.
Au même moment, le Bureau est confronté à des défis de
taille parce que « …le nombre de plaintes des délinquants s'est
sensiblement accru, mais aussi [parce que] le bureau de l'enquêteur correctionnel
étudie actuellement plus de questions que jamais en ce qui concerne le Service
correctionnel du Canada »[55].
Le Bureau continue de dénoncer le peu de progrès réalisé
dans la mise en application des recommandations de la juge Arbour.
Le Bureau condamne sévèrement le placement de femmes dites à
sécurité maximale et de femmes ayant de graves problèmes de
santé mentale dans les pénitenciers pour hommes (autrement dit, des
unités colocalisées). Ce qui devait être une « mesure
temporaire » dure depuis plus de six ans.
En outre, le Bureau condamne sévèrement le placement de femmes dites
à sécurité maximale et de femmes ayant de graves problèmes
de santé mentale dans les pénitenciers pour hommes (autrement dit,
des unités colocalisées). Ce qui devait être une « mesure
temporaire » dure depuis plus de six ans. Le Bureau croit que l'état
actuel des services correctionnels pour les délinquantes doit être
vu dans le contexte de la « vision du changement » présentée
plus de dix ans auparavant par le Groupe d'étude sur les femmes purgeant
une peine fédérale ainsi qu'à la lumière des recommandations
de la juge Arbour concernant un « courant distinct » pour les services
correctionnels destinés aux femmes. Le Bureau évalue comme suit les
services correctionnels pour les femmes :
La commission d'enquête Arbour a été un processus très
public et très général dans son orientation. Son rapport fait
date dans les services correctionnels au pays. Ses conclusions et ses recommandations
ont polarisé notre attention non seulement sur les possibilités qui
s'offrent dans le domaine des services correctionnels destinés aux femmes
mais aussi sur l'obligation de faire preuve de transparence, d'impartialité
et de responsabilité dans les opérations correctionnelles.
La réaction du Service correctionnel au rapport de la juge Arbour n'a vraiment
pas été publique ni d'orientation générale. La «
vision du changement » qui était nette il y a dix ans s'en trouve assombrie.
On peut s'interroger sérieusement sur l'impact de la haute priorité
assignée aux services correctionnels pour les femmes en 1996[56].
En 2004, la Commission canadienne des droits de la personne (CCDP) confirme les
conclusions de l'évaluation des services correctionnels pour les femmes effectuée
par le Bureau, dans un rapport exhaustif intitulé Protégeons leurs
droits : Examen systémique des droits de la personne dans les services correctionnels
destinés aux femmes purgeant une peine de ressort fédéral[57].
Le rapport s'appuie sur une vaste consultation menée auprès de différentes
parties intéressées, dont le Bureau de l'enquêteur correctionnel.
Tel qu'indiqué dans le Rapport annuel 2003-2004, les sujets de préoccupation
de la CCDP et ses recommandations rejoignent, pour la plupart, celles de la juge
Arbour. Le BEC a soulevé antérieurement la vaste majorité des
préoccupations décrites dans le rapport de la CCDP. La Commission
formule plusieurs observations et recommandations dont les suivantes :
- Les femmes, particulièrement les femmes autochtones, sont souvent incarcérées
dans un établissement dont la cote de sécurité est plus élevée
que nécessaire, une situation qui s'explique par l'utilisation d'outils d'évaluation
du risque et des besoins, qui sont inefficaces et discriminatoires.
- La politique globale qui impose automatiquement pendant deux ans une cote de sécurité
maximale à tous les délinquants purgeant une peine d'emprisonnement
à perpétuité est injuste et doit être revue, car elle
a des effets néfastes sur les femmes purgeant une peine de ressort fédéral
et sur l'ensemble des délinquants autochtones.
- La prestation des soins de santé est inégale dans les différents
établissements pour femmes et il manque de ressources pour mettre en œuvre
la Stratégie en matière de santé mentale pour les délinquantes,
du SCC, et ainsi répondre aux besoins des femmes.
- Le Service correctionnel a l'obligation de freiner la propagation des maladies infectieuses
et devrait mettre à l'essai un programme d'échange d'aiguilles.
- La formation centrée sur les femmes doit être obligatoire pour les
membres du personnel qui travaillent dans les établissements pour femmes,
et des cours de perfectionnement doivent être offerts périodiquement.
- Le Service correctionnel devrait imposer l'arbitrage indépendant pour les
décisions relatives à l'isolement non sollicité.
- Les femmes, spécialement les femmes autochtones, ont difficilement accès
à des programmes adaptés à leurs besoins et à des emplois
intéressants.
- Les logements communautaires, les programmes et l'aide offerts aux femmes sont inadéquats.
En 2003, après avoir occupé le poste d'enquêteur correctionnel
pendant 26 ans, M. Ronald Stewart n'est pas reconduit dans sa fonction. Une vérification
effectuée par la vérificatrice générale après
son départ conclut que : « L'ancien enquêteur correctionnel
… a commis de graves abus et actes répréhensibles, dont certains
lui ont procuré des avantages personnels substantiels »[58]. M. Stewart
envoie par la suite une lettre de regret dont un passage se lit comme suit : «
En aucun moment, je n'ai eu l'intention de faire quelque chose de répréhensible
et de prendre des mesures qui auraient pu me procurer un avantage personnel. Je
regrette profondément toute procédure pouvant être considérée
comme inappropriée ou trompeuse[59]. »
Certaines questions retiennent de nouveau l'attention
Je suis nommé enquêteur correctionnel le 1er avril 2004. À mon
arrivée, je constate que le Bureau aurait tout intérêt à
bénéficier d'une plus grande visibilité, ce qui lui permettrait
d'accroître son efficacité en sa qualité de bureau d'ombudsman.
En passant en revue les rapports annuels antérieurs, je comprends rapidement
que de nombreuses questions doivent de nouveau être portées à
l'attention du public. Je profite du dépôt de mes rapports annuels
pour sensibiliser la population canadienne aux questions qui préoccupent
les délinquants. Mes quatre premiers rapports annuels me permettent, à
moi et à mon personnel, d'attirer l'attention du public sur les questions
suivantes :
- 2004 : Santé publique. Je recommande que le Service mette
immédiatement en œuvre un programme d'échange d'aiguilles dans
les établissements, pour protéger les délinquants et la société
contre la propagation des maladies infectieuses. L'absence d'un éventail
complet d'initiatives de réduction des méfaits compromet la santé
des détenus et celle du public en général.
- 2005 : Santé mentale. Je souligne le fait que le pourcentage
de délinquants sous responsabilité fédérale ayant des
besoins diagnostiqués en matière de santé mentale a plus que
doublé au cours de la dernière décennie. J'affirme également
que les services en santé mentale offerts par le Service correctionnel à
ces délinquants n'a pas suivi l'augmentation considérable du nombre
de délinquants souffrant de maladies mentales.
- 2006 : Délinquants autochtones. Je signale que les Autochtones
représentent un pourcentage disproportionné de la population carcérale
sous responsabilité fédérale. Ils représentent 18 %
de cette population, mais seulement 3 % de la population canadienne. Je soutiens
que le Service correctionnel ne contrôle pas les admissions dans les pénitenciers,
mais qu'il a l'obligation, en vertu de la Constitution et de la Loi, de gérer
les peines en tenant compte des réalités culturelles et de manière
non discriminatoire. Les propres statistiques du Service correctionnel confirment
que les résultats correctionnels pour les délinquants autochtones
ne s'améliorent pas dans de nombreux secteurs sur lesquels le Service pourrait
exercer une influence positive.
- 2007 : Obstacles à la sécurité publique. Je
signale que le Service correctionnel est de moins en moins à même d'effectuer
une préparation approfondie des cas des délinquants dans les délais
exigés aux fins des examens relatifs à la mise en liberté sous
condition. Un nombre significatif de retards découlent d'ailleurs directement
de cette incapacité du SCC de procéder aux évaluations et à
la prestation des traitements qui s'imposent avant les dates prévues des
audiences de libération conditionnelle. Je souligne également la pénurie
chronique de programmes de base pour les délinquants dans les établissements
à sécurité maximale, ce qui signifie que les délinquants
autochtones ne peuvent appliquer leurs plans correctionnels et être transférés
dans les établissements à sécurité moyenne ou minimale
où les programmes destinés aux Autochtones sont plus accessibles.
Jouissant d'une plus grande visibilité, le Bureau est aujourd'hui plus souvent
convié à faire des commentaires publics et à témoigner
devant différents comités parlementaires. Des membres du personnel
du BEC ont signé de nombreux articles sur divers enjeux correctionnels et
ont été invités à prononcer des conférences et
à animer des ateliers dans le cadre d'événements locaux, nationaux
et internationaux. J'estime que ce nouveau centre d'attention fait en sorte que
les services correctionnels fédéraux sont maintenant plus transparents
et perçus de manière plus positive, et que le rôle du Bureau
est mieux compris.
À mon arrivée, j'ai pris le temps de recentrer les opérations
du Bureau sur la protection des droits de la personne. Le Rapport annuel 2004-2005
met l'accent sur trois éléments fondamentaux d'une pratique correctionnelle
judicieuse : la protection des droits de la personne, l'acceptation de la responsabilisation
et la réinsertion sociale sécuritaire, soutenue et en temps opportun.
Le respect de ces trois principes de base est essentiel pour que le Service remplisse
ses deux obligations légales : assurer la garde sécuritaire et humaine
des délinquants et leur apporter une aide, au moyen de programmes de réadaptation
et d'une étroite surveillance, afin qu'ils réintègrent leurs
collectivités comme citoyens respectueux des lois.
Les trois éléments fondamentaux de l’approche correctionnelle
judicieuse
1. La nécessité absolue d’encourager une culture solide fondée
sur les droits de la personne au sein du Service correctionnel du Canada
2. L’exigence selon laquelle les employés et les cadres supérieurs
doivent être tenus responsables de l’application qu’ils font des
lois et des politiques.
3. L’exigence d’aider les délinquants à une réinsertion
rapide et sécuritaire dans la collectivité.
En 2005, le Bureau de l'enquêteur correctionnel est sélectionné
comme partenaire principal dans le cadre d'un projet déterminant, qui est
financé dans son intégralité par l'Agence canadienne de développement
international et qui concerne l'administration du système carcéral
chinois. Relevant du ministère de la Sécurité publique de la
Chine, la Division de la supervision des prisons (
DSP) du Bureau d'administration
pénitentiaire reconnaît ouvertement être aux prises avec de graves
problèmes touchant les droits de la personne dans ses établissements
correctionnels et dit vouloir donner suite à un rapport publié récemment
par le Rapporteur spécial des Nations Unies chargé d'examiner la question
de la torture. Dans ce document, l'auteur se montre critique à l'égard
des autorités chinoises et du traitement réservé à leurs
prisonniers. Il s'agit donc d'un projet spécial parce que la
DSP collabore
directement avec le
BEC, dont le mandat est notamment de formuler des recommandations
aux fins du respect des droits de la personne. Le
BEC a été choisi
parmi d'autres pour cette initiative en raison du mandat unique qui lui est conféré
et de l'expertise acquise relativement aux droits de la personne dans le contexte
correctionnel. Deux délégations de cadres supérieurs des prisons
de Chine viennent au Canada afin d'évaluer la qualité de la gestion
des pénitenciers canadiens et de la surveillance exercée sur les opérations
correctionnelles.
Les décès en établissement
L’enquête du Service correctionnel sur le décès de M. Guimond
et l’étude ultérieure que fait la direction du rapport d’enquête
sont fortement biaisées.
Un an avant mon arrivée, le Bureau reçoit un rapport d'enquête
du
SCC sur le décès de M. Roger Guimond ainsi qu'un enregistrement
vidéo de l'incident. Après avoir procédé à un
examen préliminaire des faits, le 12 mai 2003, le Bureau demande des renseignements
supplémentaires. Le Service correctionnel refuse de lui fournir la plupart
des renseignements demandés et considère que l'affaire est close.
Après plusieurs autres demandes du
BEC et plusieurs rencontres, l'administration
centrale du Service correctionnel accepte finalement de revoir l'enregistrement
vidéo de l'incident – trois mois après notre première
intervention. Le commissaire accepte ensuite d'ordonner une enquête indépendante
sur l'incident lui-même et sur l'enquête antérieure du Service
correctionnel. En septembre 2003, M. Roger Tassé, un ancien sous‑ministre
de la Justice, se voit confier le mandat d'entreprendre l'enquête indépendante
sur la conduite du Service correctionnel et sur la façon dont celui‑ci
a géré le décès de Roger Guimond, le 18 octobre
2002, alors qu'il était détenu à l'Établissement de
Port-Cartier. À ce moment-là, le Bureau suspend sa propre enquête
en attendant les résultats de l'enquête de M. Tassé.
En effectuant ses rondes, un agent de correction trouve M. Guimond, qui souffre
d'épilepsie, gisant sur le plancher de sa cellule. Il a de la difficulté
à respirer et une mousse blanche s'échappe de sa bouche. Une heure
et dix-sept minutes s'écoulent avant que la cellule soit ouverte pour lui
administrer les premiers soins. Même après l'ouverture de la cellule,
M. Guimond ne reçoit aucun soin, en dépit de la présence sur
place de l'infirmière de service. Quelqu'un finit par appeler l'ambulance
qui arrive presque deux heures après la découverte du problème.
M. Guimond est secoué de convulsions à deux reprises et est victime
d'un arrêt cardiopulmonaire. Il est finalement transporté dans un hôpital
extérieur où son décès est constaté peu de temps
après son arrivée. Une enquête régionale du SCC révèle
que l'infirmière a manqué à ses obligations, mais que les agents
de correction ont agi raisonnablement dans les circonstances. L'enquête du
Service correctionnel sur le décès de M. Guimond et l'étude
ultérieure que fait la direction du rapport d'enquête sont fortement
biaisées. Voici les commentaires de M. Tassé concernant la procédure
d'enquête du Service correctionnel :
J'ai constaté chez plusieurs un manque de volonté d'aller au fond
des choses, une analyse peu rigoureuse de l'incident et des démarches qui
l'ont suivi. C'est d'ailleurs l'aspect de cette affaire qui me paraît désolant.
L'erreur est humaine, personne n'est parfait. Ce qui est difficile à admettre,
cependant, c'est qu'on n'ait pas fait une analyse sérieuse de l'incident
et qu'on n'ait pas tenté de tirer les leçons qui auraient permis de
mieux gérer les crises semblables à l'avenir. Comme on le verra en
lisant ce rapport, il y a eu plusieurs moments au cours du cheminement de cette
affaire où la volonté, de plusieurs personnes en situation de responsabilité,
d'aller au fond des choses, a cédé le pas à la facilité
en refusant de regarder la réalité en face avec tous les problèmes
qu'elle portait et de prendre les mesures de redressement qui s'imposaient[60].
Je crois que, sans l'intervention du Bureau, cet incident n'aurait pas été
examiné. À la suite de notre démarche et du rapport de M. Tassé,
le Service correctionnel a établi un nouveau protocole pour évaluer
la gestion des urgences médicales; offert une formation supplémentaire
en gestion de crise; amélioré la qualité de ses procédures
d'enquête; et amélioré la prestation des soins de santé.
En 2006, le Bureau est toujours préoccupé par le nombre élevé
de cas de décès et de blessures dans les établissements fédéraux.
Le Bureau s'inquiète particulièrement des nombreuses constatations
et recommandations semblables qui sont faites d'année en année par
les enquêteurs nationaux du Service correctionnel, les coroners provinciaux
et les médecins légistes, après étude des circonstances
des décès de détenus. Au printemps 2006, le Bureau effectue
un examen exhaustif des rapports, observations et recommandations qui portent sur
les décès en établissement et autres questions. Il s'agit de
l'examen de tous les décès déclarés qui sont attribuables
à d'autres causes qu'à des causes naturelles et qui ont eu lieu sur
une période de cinq ans dans les établissements correctionnels fédéraux.
L'étude s'intéresse à tous les décès jugés
par le SCC comme des homicides, des suicides, des surdoses et des accidents.
Le rapport Décès en établissement est présenté
au Service correctionnel en février 2007 et rendu public en juillet 2007.
Ses conclusions sont troublantes. Le rapport démontre que le SCC doit accroître
sa capacité de donner suite aux observations et aux recommandations touchant
les décès en établissement. Le SCC a négligé
d'intégrer les leçons retenues de manière soutenue et de prendre
les mesures correctives nécessaires au fil du temps et à l'échelle
des régions, et l'on remarque que des erreurs similaires se répètent
même si des constatations et des recommandations semblables sont faites de
fois en fois. L'étude laisse entendre aussi que le SCC est réfractaire
ou néglige de donner des suites raisonnables à une grande partie des
constatations et des recommandations de coroners, comparativement à celles
formulées par ses propres comités d'enquête. Le rapport arrive
enfin à la conclusion que « le Service n'a pas pu appliquer ses propres
politiques et pratiques et tout mettre en œuvre pour éviter un décès
»[61].
Après l'étude sur les décès en établissement,
le Bureau effectue deux enquêtes approfondies sur le décès de
deux détenus. Malheureusement, les deux décès soulèvent
des préoccupations déjà analysées dans le rapport Décès
en établissement ainsi que dans des rapports annuels antérieurs
du BEC.
Dans un premier temps, le Bureau enquête sur le décès d'un délinquant
de 52 ans, membre des Premières nations, qui, à l'époque de
sa mort, était hébergé dans l'unité réservée
au programme Sentiers autochtones d'un établissement à sécurité
moyenne. Aux premières heures du mardi 3 octobre 2006, le détenu s'inflige
une blessure au bras gauche, lacérant l'artère brachiale. Il appuie
sur le bouton d'urgence de sa cellule, ce qui amène l'agent de correction
de service à se rendre à sa cellule et à demander l'aide d'autres
membres du personnel. Les ambulanciers paramédicaux arrivent environ 33 minutes
après que le détenu ait appuyé sur le bouton d'urgence de sa
cellule et le trouvent inconscient sur le plancher de sa cellule; il ne respire
plus. Les ambulanciers paramédicaux tentent de le ranimer à l'aide
d'un défibrillateur et poursuivent leur tentative de réanimation pendant
qu'il est transporté, entraves aux chevilles, vers un hôpital de l'extérieur.
Le décès est prononcé peu de temps après.
Selon les enquêtes internes menées par le Service correctionnel du
Canada (SCC), les membres du personnel du SCC appelés à intervenir
dans le cadre de cette urgence médicale n'ont pas agi conformément
à la politique et n'ont pas fait grand-chose pour sauver la vie du sujet
durant la période de 33 minutes, sauf appeler les services ambulanciers dix
minutes après qu'il ait appuyé sur le bouton d'urgence.
Le Bureau conclut que, alors qu'il était sous la garde du Service correctionnel,
le détenu s'est infligé une blessure potentiellement mortelle au bras
gauche, puis a décidé d'appeler à l'aide en appuyant sur le
bouton d'urgence de sa cellule. Une aide a été apportée, mais
cette aide était nettement inférieure à ce qu'on est en droit
d'attendre du SCC.
La deuxième enquête menée par le BEC porte sur le décès
d'une jeune femme de 19 ans, Mme Ashley Smith. Le 19 octobre 2007, le décès
de Mme Smith est prononcé dans un hôpital de Kitchener. Au moment de
son décès, elle est détenue à l'Établissement
de Grand Valley pour femmes. À la suite de son décès tragique,
trois employés de première ligne et un gestionnaire correctionnel
sont accusés de négligence criminelle ayant causé la mort.
Peu après le décès de Mme Smith, conformément à
l'article 170 de la LSCMLC, le Bureau examine les circonstances entourant sa mort.
Le 21 décembre 2007, le Bureau remet au Service correctionnel du ministère
de la Sécurité publique un rapport intérimaire sur le décès
d'Ashly Smith. Le rapport intérimaire soulève des questions troublantes
au sujet de la capacité du Service correctionnel de s'acquitter de son mandat
de base, soit celui d'offrir à cette détenue une garde et une surveillance
sécuritaires et humaines. À l'époque de la rédaction
du présent rapport, une enquête criminelle sur son décès
était en cours, ce qui explique pourquoi très peu de renseignements
sont accessibles au public.
La plupart des questions soulevées publiquement par le Bureau ont un lien
direct avec les cinq grandes priorités actuelles du Service correctionnel.
Cela n'a rien d'étonnant puisque le Bureau et le Service correctionnel partagent
en général les mêmes préoccupations. En fait, les deux
ont intérêt à résoudre les problèmes observés.
Le Rapport annuel de cette année, du Bureau de l'enquêteur correctionnel,
abordera de nouveaux les préoccupations des détenus qui sont rattachées
aux cinq grandes priorités du Service correctionnel. Mon Bureau est d'avis
que la réalisation de ces priorités permettra de donner suite en grande
partie aux doléances de longue date des délinquants.
Les cinq grandes priorités du Service correctionnel du Canada
Dans ses trois derniers Rapports sur les plans et les priorités (2006-2007
à 2008-2009), le SCC a énoncé les cinq priorités essentielles
suivantes pour orienter ses efforts de façon à obtenir les meilleurs
résultats correctionnels possibles correspondant à son mandat :
- la transition en toute sécurité des délinquants dans la collectivité;
- la sécurité accrue du personnel et des délinquants dans nos
établissements;
- la capacité accrue d'intervenir efficacement auprès des délinquants
issus des Premières nations et des délinquants métis et inuits;
- la capacité accrue de répondre aux besoins en santé mentale
des délinquants;
- le renforcement des pratiques de gestion.
Cette année, le Bureau formulera de nouveau des observations sur les préoccupations
des délinquants, qui ont un lien avec les cinq priorités du SCC, sur
des recommandations antérieures, sur les engagements pris par le SCC à
l'égard de ces préoccupations et les progrès réalisés
pour leur trouver des solutions. Nous formulerons également des observations
spéciales concernant la procédure interne de règlement des
griefs présentés par les délinquants.
1. La transition en toute sécurité des délinquants dans la
collectivité
Nous savons que la prestation de programmes et de traitements fondés sur
des résultats de recherche peut considérablement réduire la
récidive et nous constatons que le Service correctionnel appuie de tels programmes
et méthodes de traitement.
Pendant près de deux décennies, le BEC a exprimé, dans ses
rapports annuels, des inquiétudes quant à la mesure dans laquelle
le Service correctionnel prépare comme il se doit et en temps utile les délinquants
aux audiences de libération conditionnelle.
Tel que mentionné dans la section Retour sur le passé, pendant près
de deux décennies, le
BEC a exprimé, dans ses rapports annuels, des
inquiétudes quant à la mesure dans laquelle le Service correctionnel
prépare comme il se doit et en temps utile les délinquants aux audiences
de libération conditionnelle. La prestation de programmes correctionnels
ciblant précisément les facteurs criminogènes relevés
peut réduire considérablement la récidive et, par le fait même,
accroître la sécurité publique. Le dernier Rapport ministériel
sur le rendement du Service correctionnel contient l'affirmation suivante :
Des recherches montrent que la société est davantage protégée
lorsqu'un délinquant réintègre graduellement la société
grâce à une libération supervisée, plutôt que d'être
libéré à la fin de sa peine sans aucun mécanisme de
contrôle - aucune surveillance ni contrainte, aucune possibilité de
révoquer la décision de libération sur indication de comportements
problématiques et aucune possibilité de réévaluer le
délinquant et d'intervenir de façon à réduire le potentiel
de récidive[62].
Le Comité d'examen établi par le ministre de la Sécurité
publique en vue de lui fournir des conseils indépendants a récemment
sanctionné cette approche. Dans son rapport intitulé Feuille de route
pour une sécurité publique accrue, le Comité d'examen
du SCC a reconnu tout particulièrement que la mise en œuvre de programmes
correctionnels fondés sur des données probantes, jumelée à
des processus d'évaluation et d'accréditation, représente la
meilleure approche, et que celle-ci doit être conservée[63].
À leur admission dans un pénitencier, tous les délinquants
sont évalués, et un plan correctionnel décrivant les programmes
à suivre est mis en place. De fait, le SCC a des programmes et des initiatives
avant-gardistes concernant l'éducation, l'emploi, la toxicomanie, les compétences
psychosociales, le traitement des délinquants sexuels, le traitement des
délinquants violents et la prévention de la violence familiale, lesquels
permettent de réduire la récidive de manière importante.
Le SCC continue de faire des progrès dans le domaine de l'évaluation
du risque grâce à l'amélioration des outils existants ou à
l'élaboration de nouveaux outils pour évaluer le risque et les besoins
des différents segments de sa population carcérale tels que les délinquantes,
les délinquants autochtones, les délinquants violents et les délinquants
sexuels. Cependant, ces progrès sont lents, et on peut démontrer que
certains outils continuent d'imposer des classifications de sécurité
plus élevées que ce qui est nécessaire. Ainsi, certains délinquants,
notamment les délinquantes et les délinquants autochtones, sont placés
de manière inadéquate dans des établissements à sécurité
plus élevée que la situation le justifie et n'ont donc pas accès
aux programmes dont ils auraient besoin.
Le Service correctionnel offre de bons programmes et a fait des efforts, qui ont
porté fruit, pour s'assurer de la validité et de la fiabilité
de ses outils d'évaluation du risque et des besoins. Cependant, le Bureau
s'inquiète de la diminution de la capacité du SCC de faire rapidement
progresser les délinquants dans la réalisation de leurs plans correctionnels
et de les préparer aux audiences de libération conditionnelle. La
capacité restreinte du SCC d'offrir des programmes a une incidence sur la
capacité des délinquants de mettre en pratique leur plan correctionnel,
ce qui, par conséquent, retarde leur réinsertion sans danger dans
la collectivité et augmente les coûts du SCC et le surpeuplement carcéral.
Puisque le Service correctionnel fait maintenant face à des augmentations
de sa population carcérale, la situation est devenue critique. Un grand nombre
de ces retards découlent directement de la capacité du Service correctionnel
de fournir les évaluations et les traitements requis avant la date fixée
pour l'audience de libération conditionnelle du délinquant. Davantage
de délinquants retourneront dans la collectivité sans préparation
adéquate, et feront l'objet de surveillance pendant une période plus
courte. La plupart du temps, la réinsertion graduelle en temps opportun des
délinquants est le meilleur moyen d'assurer la sécurité publique.
Afin de régler certaines questions liées à la préparation
des cas et à l'accès aux programmes en temps opportun, un groupe de
travail conjoint, composé de membres du Service correctionnel du Canada,
de la Commission nationale des libérations conditionnelles et du Bureau de
l'enquêteur correctionnel, a été mis en place plus de quatre
ans auparavant. En novembre 2004, le Comité a communiqué son Rapport
sur les facteurs causant des retards dans le traitement des demandes présentées
à la CNLC. Le Rapport contient des recommandations visant à effectuer
les examens relatifs à la mise en liberté sous condition en temps
opportun. On recommande également d'offrir aux délinquants qui comparaissent
devant la Commission l'aide et les programmes dont ils ont besoin pour leur réinsertion
rapide et sans danger dans la collectivité. Jusqu'à présent,
rien ne prouve que la situation s'est améliorée, bien au contraire
:
- Selon la Commission nationale des libérations conditionnelles, le pourcentage
de détenus mis en liberté par les établissements fédéraux
à la fin de leur peine, sans libération conditionnelle antérieure,
est passé de 66 % en 2002-2003 à 73 % en 2006-2007.
- Sur un budget de 1,8 milliard de dollars, le SCC ne consacre que 37 millions de
dollars aux programmes de base — qui sont pourtant l'un des éléments
clés du mandat qui lui a été conféré par la loi.
Cette somme représente environ 2 % de son budget total.
Nous appuyons les efforts que déploie le Service correctionnel pour obtenir
des ressources visant à améliorer l'accès des délinquants,
en temps opportun, à une gamme complète de programmes et de traitements
efficaces. Il devra notamment trouver des solutions aux obstacles systémiques
suivants à la réinsertion sociale, qui touchent l'accès aux
programmes :
- longues listes d'attente pour s'inscrire aux programmes dans la plupart des régions,
de sorte que des programmes sont offerts aux délinquants à la fin
de leur peine, parfois après leur date d'admissibilité à la
libération conditionnelle;
- renonciations, reports et retraits de demandes d'audiences devant la Commission
nationale des libérations conditionnelles en raison de problèmes d'accès
aux programmes;
- le fait que les plans correctionnels doivent être élaborés et
suivis plus rapidement en raison du pourcentage plus élevé de nouveaux
délinquants devant purger des peines de quatre ans ou moins;
- pénurie d'intervenants et d'agents de programmes, possédant les compétences
requises pour dispenser les programmes qui s'adressent tout particulièrement
aux Autochtones;
- accès limité aux programmes offerts dans la collectivité, surtout
pour les délinquants autochtones et les délinquantes;
- absence ou insuffisance de programmes de lutte contre les gangs dans la plupart
des établissements — ce qui signifie que l'isolement et les cotes de
sécurité plus élevées deviennent rapidement la norme
dans la gestion de ce dossier préoccupant;
- difficultés à recruter et maintenir en poste des professionnels en
santé mentale;
- retards dans l'évaluation et la mise en œuvre, à l'échelle
nationale, des programmes destinés aux Autochtones;
- pénurie chronique de programmes de base à l'intention des Autochtones
dans les établissements à sécurité maximale, ce qui
signifie que les délinquants autochtones ne peuvent mettre leurs plans correctionnels
en pratique et qu'ils doivent être transférés vers des établissements
de niveau de sécurité moindre pour avoir accès aux programmes
pour Autochtones.
Le Service correctionnel entend bien faire de réels progrès aux chapitres
de la mise au point d'outils fiables et valides d'évaluation du risque et
des besoins, et de l'amélioration de sa capacité d'offrir des programmes.
Toutefois, les ressources dont il a besoin pour remplir son mandat et préparer
les délinquants à leur réinsertion sociale en temps opportun
et en toute sécurité sont loin d'être suffisantes. La correction
de cette lacune doit être une priorité.
1. Je recommande que le Service correctionnel alloue immédiatement
des ressources suffisantes pour améliorer, de façon mesurable, sa
capacité de procéder aux évaluations et d'offrir les programmes
nécessaires avant la date prévue de l'audience de libération
conditionnelle du délinquant.
2. Je recommande que le Service correctionnel considère comme prioritaire
la préparation en temps opportun des cas dont la Commission nationale des
libérations conditionnelles doit être saisie, conformément à
la politique existante. Le rendement dans ce domaine doit faire l'objet d'une surveillance
étroite et doit être mesuré en permanence au moyen de rapports
régionaux et nationaux plus nombreux, et faire partie des éléments
traités dans les Rapports ministériels sur le rendement du SCC.
2. La sécurité accrue du personnel et des délinquants dans
nos établissements
Le degré de violence dans les pénitenciers demeure trop élevé
pour être acceptable. Au nombre des responsabilités qui lui sont dictées
par la loi, le système correctionnel fédéral doit veiller à
ce que les délinquants purgent leur peine dans un environnement sûr.
Le degré de violence dans les pénitenciers demeure trop élevé
pour être acceptable. Au nombre des responsabilités qui lui sont dictées
par la loi, le système correctionnel fédéral doit veiller à
ce que les délinquants purgent leur peine dans un environnement sûr.
Depuis des années, le
BEC se demande dans quelle mesure le
SCC fournit un
tel environnement. L'expérience révèle que des mécanismes
comme des interactions constructives et la mise en place de méthodes alternatives
de règlement des différends pourraient réduire la violence
en milieu carcéral. Des cas récents de violence ont été
attribués à des activités liées aux gangs, à
l'utilisation de drogues et à d'autres frustrations de nature chronique.
Le Service correctionnel ne s'attaque généralement pas de manière
systématique et intégrée à la violence en milieu carcéral.
L'ajout de services en santé mentale pourrait contribuer tout autant à
améliorer la situation. En effet, trop de délinquants vulnérables
souffrant de maladie mentale sont la cible des mauvais traitements de la part d'autres
délinquants, ou font l'objet d'interventions comportant des recours à
la force qui auraient pu être évités, ou encore sont placés
en isolement pendant de longues périodes.
Enquête sur les décès en établissement
Préoccupé par le nombre élevé de décès
et de blessures dans les établissements fédéraux, le Bureau
de l'enquêteur correctionnel a effectué, en 2006, un examen exhaustif
des rapports, des observations et des recommandations portant sur les décès
en établissement. L'Étude sur les décès
en établissement, citée dans la section du présent
rapport intitulée Retour sur le passé, a été présentée
au Service correctionnel en juillet 2007. L'une des conclusions de cette étude
est troublante : « Il est probable que certains décès en établissement
auraient pu être évités grâce à de meilleures évaluations
du risque, à des mesures de prévention plus vigoureuses et à
des interventions plus rapides et efficaces de la part du personnel en établissement[64].
»
Le Service correctionnel s'est dit prêt à donner suite à bon
nombre des constatations contenues dans le rapport de l'Étude sur
les décès en établissement. Il s'est engagé
à accélérer et améliorer son processus d'enquête,
à bonifier les services de santé mentale et à mieux répondre
aux incidents. L'an dernier, nous avons été informés d'initiatives
visant à donner suite aux préoccupations soulevées dans l'Étude
sur les décès en établissement, dont les
suivantes :
- un nouveau site Web, accessible à tous les employés et gestionnaires
du SCC, résume les leçons tirées de la gestion des incidents
qui ont provoqué des décès;
- un sondage continu auprès des directeurs d'établissements sur les
meilleures façons de gérer les urgences médicales;
- une nouvelle Directive du commissaire, « Utilisation des dispositifs d'alarme
et interventions en cas d'alarme »;
- une évaluation continue de la politique concernant la consignation et la
communication des incidents de sécurité;
- un autre engagement à analyser en détail les blessures subies par
les délinquants aux prises avec des problèmes de santé mentale.
Ce sont là de bonnes initiatives, mais qui sont loin d'être suffisantes,
dans les circonstances, pour donner suite, comme on s'y attendait, aux préoccupations
soulevées dans l'Étude sur les décès en établissement.
Le BEC craint que ces initiatives ne permettent pas une application cohérente
et progressive de mesures de redressement dans l'ensemble du pays. Entre-temps,
deux de nos enquêtes récentes, décrites de manière détaillée
dans la section du présent rapport intitulé Retour sur le passé,
donnent à penser que des décès évitables continuent
de se produire. Nous prévoyons malheureusement que d'autres cas se produiront.
Compte tenu de la gravité de ces questions, la réponse du Service
correctionnel devrait être beaucoup plus rigoureuse et mieux coordonnée
au cours du prochain exercice financier.
3. Je recommande que le Service correctionnel établisse un plan d'action
concernant les mesures à prendre pour élaborer un nouveau processus
et ainsi assurer la mise en œuvre uniforme et rapide ainsi que des suivis
réguliers des recommandations du Bureau de l'enquêteur correctionnel
et de celles des coroners et des médecins légistes.
4. Je recommande au Service correctionnel :
- d'établir un cadre uniforme de consignation et de signalement
des tentatives de suicide, des blessures causées par automutilation et des
surdoses :
- de prévoir l'examen systémique et l'analyse des circonstances
de telles blessures;
- de prendre des mesures correctives pour empêcher que se reproduisent
des accidents et des actes intentionnels visant à causer des blessures.
5. Je recommande que le Service correctionnel veille à ce que tous
les rapports pertinents concernant les décès de détenus soient
remis sans tarder aux coroners et médecins légistes, et donne immédiatement
suite aux recommandations de ces derniers.
3. La capacité accrue d'intervenir efficacement auprès des délinquants
issus des Premières nations et des délinquants métis et inuits
La surreprésentation des Autochtones dans les pénitenciers canadiens
est bien connue. À l'échelle nationale, les Autochtones représentent
moins de 3 % de la population canadienne, mais près de 20 % de la population
carcérale sous responsabilité fédérale. Chez les femmes,
cette surreprésentation est encore plus criante : 32 % des femmes incarcérées
dans les établissements fédéraux sont des Autochtones. En nous
basant sur les données du dernier recensement, nous estimons le taux général
d'incarcération de Canadiens autochtones à 983 pour 100 000, soit
près de neuf fois plus que le taux d'incarcération des non‑Autochtones.
En juin 2006, le Service correctionnel a publié un Plan stratégique
relatif aux services correctionnels pour Autochtones qui vise à
répondre aux besoins particuliers de tous les délinquants autochtones
et à aider le SCC à aller de l'avant dans trois domaines clés
:
- tout en offrant un éventail complet de soins, mettre en œuvre des initiatives
qui permettent des interventions ciblant les facteurs criminogènes particuliers
des délinquants des Premières nations, métis et inuits et des
délinquantes sous responsabilité fédérale, et adaptées
à leurs cultures respectives;
- accroître la collaboration horizontale et la coordination à l'intérieur
du SCC, à l'intérieur du portefeuille de la Sécurité
publique et avec les autres ordres de gouvernement, les organisations autochtones
et les parties intéressées afin de contribuer au développement
des collectivités autochtones et aider les délinquants autochtones
à entreprendre et poursuivre leur expérience de guérison;
- supprimer les obstacles systémiques internes et accroître la compétence
culturelle du SCC.
En dépit de ce qui précède, la situation générale
ne s'est pas beaucoup améliorée pour la grande majorité des
délinquants autochtones. Notre Rapport annuel 2006-2007 décrivait
en détail une tendance persistante à ne tirer que des résultats
médiocres des politiques, procédures, pratiques et structures organisationnelles
existantes. Ce rapport s'attardait principalement sur les résultats inéquitables
de certaines politiques et pratiques du SCC, dont les suivants :
- Le classement des détenus issus des Premières nations ou d'origine
métisse ou inuite à un niveau de sécurité trop élevé
est monnaie courante, ce qui signifie que le pourcentage d'entre eux qui sont incarcérés
dans les établissements à sécurité minimale est deux
fois moins élevé que chez les délinquants non autochtones.
- Le surclassement des délinquantes autochtones est encore plus désolant.
Par exemple, à la fin de septembre 2007, les délinquantes autochtones
représentaient 45 % des femmes purgeant une peine de ressort fédéral
dans les établissements à sécurité maximale, 44 % de
la population des établissements à sécurité moyenne
et seulement 18 % des femmes incarcérées dans les établissements
à sécurité minimale.
- Le placement en établissement à sécurité maximale et
en isolement limite l'accès aux programmes et services de réadaptation
qui visent à préparer les détenus à leur mise en liberté.
- Ce surclassement est un problème parce qu'il signifie que les détenus
purgent souvent leur peine très loin de leur famille et de leur collectivité,
sans le soutien précieux de leurs amis et des Aînés.
- Les délinquants autochtones sont placés en isolement plus souvent
que les détenus non autochtones.
- Les détenus autochtones sont mis en liberté plus tard au cours de
leur peine que les autres détenus.
- Le pourcentage de demandes de libération conditionnelle qui sont examinées
par la Commission nationale des libérations conditionnelles est plus faible
pour les délinquants autochtones.
- Le nombre de placements à l'extérieur a énormément baissé,
passant de 1 044 en 2003-2004 à 655 en 2007-2008 — une réduction
de 37 %. Chez les délinquants autochtones, la baisse a été
encore plus fulgurante, de 71 % — passant de 160 à 47 durant la même
période. Le Service correctionnel ne parvient pas à utiliser un outil
efficace de réinsertion sociale et à recourir aux placements extérieurs
avec un taux de réussite de près de 100 %.
Les délinquants autochtones sont plus souvent libérés d’office
que libérés sous condition et, par conséquent, passent plus
de temps en détention et moins de temps sous surveillance dans la collectivité.
Les délinquants autochtones sont plus souvent libérés d'office
que libérés sous condition et, par conséquent, passent plus
de temps en détention et moins de temps sous surveillance dans la collectivité.
Le pourcentage de délinquants autochtones placés sous surveillance
dans la collectivité est de beaucoup inférieur au pourcentage de délinquants
non autochtones purgeant leurs peines en liberté sous condition. Les délinquants
autochtones continuent d'être surreprésentés en ce qui concerne
les cas renvoyés pour maintien en incarcération. Ils sont proportionnellement
plus nombreux que les délinquants non autochtones à voir révoquer
leur liberté sous condition. Le taux de révocation pour manquement
aux conditions de la libération conditionnelle (pas de nouvelles infractions
criminelles) est plus élevé pour les délinquants autochtones.
Les délinquants autochtones sont réadmis dans un établissement
fédéral plus fréquemment que les délinquants non autochtones
et, trop souvent, ce cycle de traitement inéquitable se perpétue.
Pour briser ce cycle, le Service correctionnel doit mieux préparer les délinquants
autochtones pendant qu'ils se trouvent sous sa garde et il doit leur procurer un
meilleur soutien lorsqu'ils sont dans la collectivité.
Dans des rapports annuels antérieurs, le BEC recommandait que le
SCC nomme un sous-commissaire responsable plus particulièrement des services
correctionnels pour Autochtones de manière à ce que l'organisation
prenne en considération les enjeux propres aux délinquants autochtones
dans toutes les décisions prises par la direction relativement aux opérations
et aux politiques organisationnelles. Au lieu de cela, le SCC a élargi les
rôles et les responsabilités du sous-commissaire principal en y ajoutant
les fonctions relatives aux Autochtones. Trois ans plus tard, peu d'éléments
montrent que ce changement a eu les résultats souhaités. Au contraire,
le fossé continue de se creuser entre les résultats obtenus pour les
délinquants autochtones et ceux obtenus pour les autres délinquants.
La Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition
stipule que le Service correctionnel doit établir un Comité consultatif
autochtone national ayant pour mandat de le conseiller sur la prestation de
services correctionnels aux délinquants autochtones. Le Comité consultatif
autochtone national ne s'est pas réuni depuis juin 2004. Dans sa réponse
au dernier rapport annuel du BEC, le Service correctionnel s'en tient à la
remarque suivante : « On a entrepris les travaux visant la nomination de nouveaux
membres du Comité consultatif autochtone national, en conformité avec
la loi[65].
» Un an plus tard, le BEC n'a pas encore été informé
de l'établissement de ce comité requis par la loi.
Nous nous inquiétons encore du fait que le SCC ne dispose pas d'un système
de collecte de données adéquat pour surveiller et évaluer ses
progrès en ce qui concerne les services correctionnels pour Autochtones.
Nous recommandons depuis plusieurs années que le SCC mette à la disposition
du public des rapports trimestriels détaillés dans lesquels les résultats
correctionnels seraient analysés, notamment en ce qui a trait aux transfèrements,
à l'isolement, au régime disciplinaire, aux permissions de sortir
et aux placements à l'extérieur, aux renvois en vue d'un maintien
en incarcération, aux reports d'examens en vue de la libération conditionnelle,
de même qu'aux suspensions et aux révocations de la mise en liberté
sous condition. Le SCC a indiqué dans son Plan stratégique relatif
aux services correctionnels pour Autochtones qu'il établirait et
mettrait en application, d'ici mars 2007, un système de suivi intégré
en vue de l'évaluation de l'incidence des changements apportés aux
politiques sur les délinquants autochtones. Cette échéance
est passée depuis longtemps et rien n'indique qu'il y a eu amélioration
de la collecte ou de l'analyse des données. En fait, nous avons été
avisés que le Service correctionnel ne produirait dorénavant que des
rapports annuels internes de base sur les délinquants autochtones, prétextant
que les tendances ne changent pas de manière significative au fil du temps.
Pour évaluer la progression de la mise en application du Plan stratégique
relatif aux services correctionnels pour Autochtones, il faut pouvoir surveiller
de près et régulièrement les principaux résultats correctionnels
obtenus.
Dans sa réponse à notre dernier rapport annuel, le Service correctionnel
affirme qu'il se sert du Rapport ministériel sur le rendement « …
pour parler des progrès réalisés en regard des objectifs du
Plan d'action national pour les délinquants autochtones »[66]. Malheureusement,
le dernier Rapport ministériel sur le rendement du SCC, celui de 2006-2007,
ne fait pas état des principaux résultats correctionnels qui préoccupent
le BEC, notamment en ce qui concerne les transfèrements, le placement en
isolement, les mesures disciplinaires, les permissions de sortir et les placements
extérieurs, les renvois en vue d'un maintien en incarcération, les
reports d'examens en vue de la libération conditionnelle, de même que
les suspensions et les révocations de la mise en liberté sous condition.
Par conséquent, les parlementaires et les Canadiens n'ont aucun moyen d'évaluer
les progrès ou l'absence de progrès du Service correctionnel dans
ce domaine prioritaire de préoccupation. Le manque de transparence du SCC
et son refus de produire des rapports complets sur ce dossier critique continuent
d'inquiéter ce bureau.
Au fil des années, notre Bureau et d'autres observateurs sont de plus en
préoccupés par le surclassement des Autochtones et des délinquantes
ainsi que par l'utilisation discriminatoire des outils d'évaluation actuariels
du risque. Ces outils sont des échelles psychologiques qui évaluent
la possibilité ou le risque de récidive, la possibilité d'adaptation
en établissement ou le risque d'évasion, et le potentiel de réinsertion
sociale.
En réponse aux interrogations concernant la validité de ses outils
actuariels, le Service correctionnel a élaboré un plan d'action. Nous
comprenons malheureusement que le Service correctionnel ne prévoit pas mettre
tous les nouveaux outils en application avant l'exercice 2009-2010, soit plus de
six ans après que la Commission canadienne des droits de la personne eut
constaté que les femmes et les délinquants autochtones étaient
victimes d'une discrimination systémique, et 13 ans après que la juge
Arbour eut soulevé cette préoccupation.
La combinaison du surclassement et du manque de programmes pour les Autochtones
illustre bien comment les obstacles systémiques peuvent nuire à la
réinsertion sociale des délinquants. Les délinquants autochtones
sont surclassés parce que le SCC utilise une échelle actuarielle de
conception douteuse. Par conséquent, les délinquants autochtones sont
placés, de manière disproportionnée et inadéquate, dans
des établissements à sécurité plus élevée
qui n'offrent qu'un accès limité ou même aucun accès
aux programmes de base adaptés à leurs besoins uniques. Ce scénario
explique en grande partie pourquoi la réinsertion des délinquants
autochtones accuse un retard par rapport à la réinsertion d'autres
délinquants. Il est évident que les résultats correctionnels
ne peuvent être expliqués par les seules différences individuelles.
6. Je recommande que le ministre rétablisse immédiatement
le comité consultatif autochtone national conformément à la
Loi.
7. Je recommande que, une fois constitué, le Comité consultatif
autochtone national mette, à son ordre de jour, les premières affaires
suivantes :
- examiner la structure de gouvernance du Service correctionnel et les
ressources allouées à la mise en œuvre, en temps opportun, du
Plan stratégique relatif aux services correctionnels pour Autochtones, du
SCC;
- examiner la capacité du Service correctionnel de surveiller les
progrès réalisés par rapport aux principaux indicateurs de
rendement correctionnel comme les transfèrements, l'isolement, le régime
disciplinaire, les permissions de sortir et les placements à l'extérieur,
les renvois en vue du maintien en incarcération, les reports d'examens en
vue de la libération conditionnelle, de même que les suspensions et
les révocations de la mise en liberté sous condition.
4. La capacité accrue de répondre aux besoins en santé mentale
des délinquants
Tel que mentionné dans le Rapport sur les plans et les priorités 2007-2008
du Service correctionnel, les problèmes de santé mentale sont jusqu'à
trois fois plus fréquents dans les établissements correctionnels que
parmi la population canadienne en général. En effet, à leur
admission dans le système correctionnel, plus d'un délinquant sur
dix et plus d'une délinquante sur 4 présentent des problèmes
de santé mentale, ce qui représente des augmentations respectives
de 71 % et de 100 % par rapport aux chiffres de 1997.
Les problèmes de santé mentale sont jusqu’à trois fois
plus fréquents dans les établissements correctionnels que parmi la
population canadienne en général.
En juillet 2004, le
SCC a approuvé une Stratégie en matière
de santé mentale, proposant l'adoption d'un continuum de soins depuis l'évaluation
initiale jusqu'à la mise en liberté des délinquants, en toute
sécurité. En décembre 2005, le
SCC a obtenu des fonds pour
resserrer le suivi de l'ensemble des soins de santé mentale offerts dans
la collectivité. Aussi le
BEC a-t-il accueilli favorablement l'annonce de
nouveaux investissements se chiffrant à environ 6 millions de dollars par
année pendant cinq ans pour les soins de santé mentale dans la collectivité.
Aussi le
BEC a-t-il accueilli favorablement l'annonce de nouveaux investissements
se chiffrant à environ 6 millions de dollars par année pendant cinq
ans pour les soins de santé mentale dans la collectivité. Nous saluons,
en outre, le fait que le gouvernement du Canada ait prévu, dans son budget
annoncé en mars 2007, de nouveaux investissements d'environ 21 millions de
dollars sur deux ans pour remédier à l'absence d'un processus d'évaluation
détaillée en matière de santé mentale dans le cadre
de l'évaluation initiale, de même que pour améliorer la qualité
des soins primaires de santé mentale offerts dans les établissements
du
SCC. Le budget de mars 2008 prévoyait un financement supplémentaire
permanent d'environ 16 millions de dollars par année.
Même avec le nouveau financement, la situation demeure problématique
sur plusieurs fronts. Premièrement, le Service correctionnel a du mal à
recruter d'autres professionnels en santé mentale — comme du personnel
infirmier (y compris spécialisé en psychiatrie), des psychologues,
des techniciens en sciences du comportement et des conseillers en comportement –
pour combler les postes existants prévus au budget. De fait, avant l'obtention
du financement récent, le Service correctionnel connaissait une importante
pénurie de personnel dans au moins deux de ses régions. Il y avait
donc des fonds non utilisés. Recruter du personnel et le maintenir en poste,
tout en faisant du Service correctionnel un employeur de choix pour les professionnels
en santé mentale, restera donc un défi de taille au cours des années
à venir.
Dans ses activités de recrutement et de maintien en poste de personnel, le
Service correctionnel se bute à de nombreux obstacles dont bon nombre échappent
à son contrôle. Premièrement, certaines politiques de l'administration
fédérale en matière de ressources humaines compromettent sa
capacité d'embaucher et maintenir en poste des professionnels en santé
mentale. Deuxièmement, l'infrastructure matérielle de trois
de ses Centres régionaux de traitement (CRT) est archaïque et ne permet
pas d'offrir aux délinquants les traitements dont ils auraient besoin. Tel
que souligné dans le rapport du Comité d'examen du SCC, d'importants
investissements en immobilisations sont nécessaires pour remédier
à cette situation[67].
Enfin, aucun financement n'a été obtenu pour les soins de santé
intermédiaires en santé mentale. De nombreux délinquants ont
besoin de soins et d'aide en santé mentale, mais pas nécessairement
des soins intensifs offerts dans les CRT. Ces délinquants, qui représentent
un pourcentage important des délinquants qui ont des problèmes de
santé mentale, ne reçoivent pas le niveau de soins dont ils ont besoin.
Trop souvent, leurs symptômes sont gérés par le placement en
isolement. Il faut investir dans l'infrastructure afin d'établir des unités
de soins intermédiaires en santé mentale, qui permettront de corriger
cette faille dans les services.
Il faut de toute urgence mettre totalement en œuvre la stratégie du
Service correctionnel en matière de santé mentale. Le SCC pourra ainsi
respecter son obligation légale de fournir à chaque détenu
les soins essentiels en santé mentale et lui offrir un accès raisonnable
aux soins non essentiels qui contribueront à sa réadaptation et au
succès de sa réinsertion dans la collectivité, conformément
aux normes professionnelles admises. Il est d'une importance cruciale d'améliorer
les résultats dans ce secteur. Dans le Rapport sur les plans et les priorités
2008-2009, le Service correctionnel évalue comme suit les conséquences
de ne pas offrir aux délinquants des services suffisants en matière
de santé mentale :
Les détenus qui souffrent de troubles mentaux non traités ne peuvent
s'engager pleinement dans la réalisation de leurs plans correctionnels, compromettent
parfois la sécurité d'autres détenus et du personnel de première
ligne et peuvent devenir instables dans la collectivité après leur
mise en liberté, en particulier lorsque les fournisseurs de services ne considèrent
pas les délinquants comme l'un de leurs groupes clients[68].
8. Je recommande que le ministre considère une priorité clé
du Portefeuille l'obtention d'un financement adéquat et permanent pour la
prestation de soins intermédiaires en santé mentale.
9. Je recommande que le Service correctionnel fasse de ses initiatives de
formation l'une de ses priorités pour le présent exercice de façon
à ce que tous les employés de première ligne puissent se familiariser
avec les modes d'intervention auprès des délinquants souffrant de
maladie mentale.
5. Le renforcement des pratiques de gestion
Dans son dernier Rapport sur les plans et les priorités, le SCC
s'engage à renforcer ses pratiques de gestion pour « être une
organisation solide et efficace, capable de réaliser, à l'aide de
moyens économiques, ses principales activités opérationnelles
et d'autres activités, tout en respectant les valeurs de la fonction publique
qui sont à la base d'un environnement de travail sain et de la confiance
des Canadiens et Canadiennes »[69]. Pour ce faire, le SCC indique qu'il s'emploiera
à améliorer les résultats obtenus en ce qui a trait au harcèlement,
aux griefs des employés, au respect, à la confiance, à la responsabilisation,
aux pratiques de gestion, à l'éthique, aux ressources, à l'intégrité,
à l'équité et à l'inclusivité de l'environnement
de travail. Il convient tout à fait d'applaudir aux efforts de leadership
déployés par le SCC en vue du renforcement de ses pratiques de gestion.
Toutefois, nous limiterons nos commentaires et nos observations sur cette importante
priorité aux initiatives qui nous paraissent préoccupantes en raison
de leur incidence sur la population des délinquants. Il est évident
que les pratiques de gestion peuvent avoir et ont effectivement une incidence sur
le traitement des délinquants.
Questions relatives aux ressources humaines
Dans son Plan stratégique pour la gestion des ressources humaines 2007-2010,
le SCC reconnaît qu'il doit mettre en place de solides mesures pour être
à même de recruter et de conserver un effectif représentatif.
Le SCC a également souligné la nécessité d'augmenter
davantage la proportion d'employés autochtones à tous les échelons
de l'organisation, particulièrement au sein de la direction et dans les établissements
qui comptent une importante population de délinquants autochtones. Le SCC
entend par conséquent lancer une stratégie nationale visant à
recruter des cadres supérieurs et des employés autochtones pour répondre
aux besoins de l'organisation, et ce à compter de mars 2008.
La population carcérale est de plus en plus diversifiée et le Service
correctionnel doit veiller à ce que son effectif soit représentatif
de cette diversité. La constitution d'un effectif diversifié représentatif,
à tous les échelons de l'organisation, est l'une des meilleures façons
de promouvoir des interactions intéressantes et positives entre les employés
et les délinquants.
10. Je recommande que le Service correctionnel augmente la représentation
des divers groupes de son effectif, à tous les échelons, de façon
à refléter la diversité ethnoculturelle de sa population de
délinquants.
Remarque spéciale sur les plaintes relatives aux griefs et au harcèlement
L'an dernier, le Service correctionnel a révisé la Directive du commissaire
no 081 sur les plaintes et griefs des délinquants. La révision comportait
la consultation des intéressés. Au début, la consultation ne
portait pas sur les modifications proposées aux délais de réponse
à l'échelon du commissaire. Après que mon Bureau eut souligné
cette lacune, le Service correctionnel a mené une consultation sur le nouveau
délai proposé pour le traitement des griefs au troisième palier.
Ce processus englobait une consultation auprès des délinquants. À
la fin, le SCC a révisé la DC no 081 et adopté des délais
de réponse plus longs aux griefs, à l'échelon du commissaire.
Ce délai est passé de 25 à 80 jours pour les griefs courants
et de 15 à 60 jours pour les griefs prioritaires. Cette modification soulève
de graves inquiétudes concernant la responsabilité législative
du Service correctionnel de mettre en place une « procédure de règlement
juste et expéditif des griefs des délinquants »[70].
Il est évident que cet énorme prolongement des délais de réponse
— à l'intérieur d'un système critiqué depuis des
décennies pour son incapacité de répondre aux griefs en temps
opportun et de manière complète et objective — remet en cause
l'engagement du Service correctionnel d'assurer un règlement équitable
et expéditif des griefs présentés par les délinquants.
Il remet également en question la promesse du Service correctionnel de se
conformer à l'intention des recommandations de la juge Arbour qui visaient
l'intervention du commissaire dans la procédure de règlement des griefs.
Tel que mentionné antérieurement, l'actuelle procédure de règlement
des griefs présentés par les détenus s'appuie sur le Rapport
au Parlement du Sous-comité sur le régime d'institutions pénitentiaires
au Canada. À l'origine, le Service correctionnel disposait de 10
jours ouvrables à chacun des paliers pour répondre aux griefs des
détenus.
Il y a longtemps que le BEC s'intéresse à la procédure de règlement
des griefs des détenus. Le premier rapport annuel, celui de l'exercice 1973-1974,
contenait la remarque suivante : « En créant le bureau de l'enquêteur
correctionnel, le Service canadien des pénitenciers a établi une procédure
de règlement des griefs des détenus en vue de donner suite à
leurs réclamations[71].
» Le Bureau avait rappelé l'importance que le Service correctionnel
réponde rapidement aux plaintes déposées afin que les deux
organisations puissent s'acquitter efficacement de leurs mandats respectifs.
Dans son Rapport annuel 1989-1990, le Bureau y va de la conclusion suivante
concernant la procédure de règlement des griefs :
L'efficacité et la crédibilité de tout mécanisme de
redressement à paliers dépendent de deux éléments :
un processus préliminaire favorisant la participation et permettant d'examiner
en profondeur, et de façon objective, le problème en cause; et un
dernier palier où les personnes responsables n'hésitent pas à
prendre des décisions définitives et rapides au sujet des points qui
sont portés à leur attention… Je crois que les problèmes
que connaît le processus de règlement des griefs ne sont pas directement
reliés ni à sa structure ni à ses procédures, mais plutôt
au fait que la haute direction du SCC refuse d'en assumer la responsabilité
et de s'y engager. On ne parviendra à accroître l'efficacité
et la crédibilité du processus que lorsque les personnes responsables
décideront de le faire fonctionner efficacement[72].
En avril 1989, le Service correctionnel a entrepris un examen formel de la procédure
de règlement des griefs, le premier de nombreux autres. En 1990, le commissaire
de l'époque, à la suite des observations du Bureau concernant l'engagement
de la haute direction et l'acceptation de sa responsabilité, avait déclaré
que les délais de réponse du SCC seraient considérés
— à juste titre —comme un indicateur réel de l'importance
que le Service accorde au règlement des plaintes des détenus.
Les difficultés liées à la procédure de règlement
des griefs ont perduré et, en 1993, le Bureau a recommandé «
… que le Service fasse une vérification approfondie, à l'échelle
nationale, du fonctionnement de la procédure actuelle, non seulement pour
s'assurer que les exigences relatives aux délais de traitement et à
l'établissement de rapports sont respectées, mais aussi pour déterminer
si les examens requis sont effectués avec le soin et l'objectivité
nécessaires et si le groupe visé juge la procédure crédible
»[73].
Cette recommandation a été rejetée. Le Service correctionnel
a plutôt décidé qu'un troisième « examen de haut
niveau » de la procédure aurait lieu dans cinq ans. À terme,
cet examen s'est traduit par des changements aux politiques, mais sans aucune amélioration
du rendement.
La procédure de règlement des griefs des détenus a été
un domaine d'intérêt central pour la Commission Arbour, comme on peut
le constater à la lecture du Rapport Arbour de 1996 :
Il est frappant que pratiquement toutes les questions soulevées au cours
de la présente enquête l'avaient été en premier lieu
par les détenues dans des plaintes, des griefs et, dans certains cas, dans
des lettres adressées aux cadres du Service correctionnel.
Certains de ces griefs n'ont jamais reçu de réponse. Pour ceux ayant
reçu une réponse, celle-ci était presque toujours en retard,
dans certains cas plusieurs mois après la date d'échéance.
Il n'existe aucun système pour établir de façon efficace une
priorité pour ces griefs lorsque la seule réponse valide serait celle
reçue dans un délai rapide.
Cependant, l'aspect le plus troublant des réponses à ces griefs qui
soulevaient des questions importantes concernant les droits fondamentaux des détenues,
était, de loin, le nombre de fois où ces réponses faisaient
défaut de traiter adéquatement au fond les questions soulevées[74].
Dans la section des conclusions concernant les griefs, la juge Arbour y va des observations
suivantes :
Depuis des années, l'Enquêteur correctionnel signale le retard chronique
des réponses aux plaintes et griefs au sein du Service correctionnel. La
réaction du Service correctionnel est maintenant d'adopter la position qu'on
a fixé des délais irréalistes pour y répondre et que
ceux-ci devront être réajustés. Je conviens que les griefs devraient
être traités dans un délai suffisant pour permettre de fournir
une réponse appropriée et éclairée. Selon les témoignages
que j'ai entendus, cependant, les longs délais ne produisent souvent rien
de tel[75].
Depuis des années, l’Enquêteur correctionnel signale le retard
chronique des réponses aux plaintes et griefs au sein du Service correctionnel.
En réaction au Rapport Arbour, le Service correctionnel a réajusté
sa politique relative aux plaintes et griefs des détenus en juin 1998. Ces
réajustements comprenaient les suivants :
- classement par ordre de priorité des griefs des détenus, fondé
sur leur incidence éventuelle sur les droits et libertés;
- établissement de délais de réponse différents selon
la priorité des griefs;
- ajustement des délais afin de permettre des enquêtes approfondies.
Notre Bureau a participé activement aux consultations qui ont conduit à
ces réajustements et a approuvé l'orientation stratégique retenue.
En ce qui concerne les délais et les priorités :
La politique du SCC a été modifiée pour s'assurer que les délinquants
reçoivent, par écrit, une réponse complète aux questions
soulevées dans les plaintes et les griefs, dans les 15 jours ouvrables suivant
leur réception par le répondant lorsqu'il s'agit d'un cas jugé
prioritaire, et dans les 25 jours ouvrables suivant leur réception par le
répondant dans tous les autres cas[76].
Durant le processus de consultation à l'origine des changements aux politiques
mentionnés ci-dessus, le Bureau a été informé que les
prolongements des délais de réponse, de cinq jours pour les griefs
prioritaires et de 15 jours pour les autres cas, seraient suffisants pour garantir
des réponses rapides et approfondies aux doléances des délinquants,
à toutes les étapes de la procédure de règlement des
griefs.
Le Rapport annuel 1999-2000 reconnaît les améliorations apportées
à la procédure de règlement des griefs et conclut :
Le Bureau a un intérêt direct à veiller à ce que la procédure
de règlement des griefs soit juste et expéditive, et permette de donner
suite aux plaintes des détenus et de cerner les problèmes systémiques.
Étant donné que plus de 20 000 délinquants sont présentement
sous responsabilité fédérale, nous ne pouvons pas et nous ne
voulons pas devenir le principal examinateur des plaintes formulées par les
détenus. Pour être efficace, la procédure de règlement
des griefs doit permettre de traiter les plaintes des détenus rapidement,
de manière rigoureuse et objective, et de manière que la population
carcérale sache que tel est le cas[77].
En 2002, les réponses aux griefs accusent de nouveau des retards, surtout
aux paliers régional et national de la procédure. Une recommandation
du Rapport annuel 2001-2002 porte encore une fois sur la question des réponses
tardives :
En ce qui concerne la procédure de règlement des griefs des détenus,
je recommande : que le Service prenne des mesures immédiates, à tous
les niveaux de la procédure, pour éliminer l'arriéré
des griefs à traiter et faire en sorte que l'on donne suite rapidement aux
griefs[78].
En 2004, le Service correctionnel a entrepris de réaliser un « examen
des capacités des ressources humaines dans le processus de recours des délinquants
». Le BEC a par la suite été informé que le SCC était
en train de réviser « le manuel et tous les processus relatifs aux
griefs pour améliorer la rapidité des procédures ». La
rapidité des réponses, particulièrement à l'étape
de la procédure relevant du commissaire, ne s'est pas améliorée.
Dans mon Rapport annuel 2004-2005, j'ai conclu que la procédure
de règlement des griefs était « … inefficace en ce qui
concerne le “ règlement juste et expéditif des griefs des délinquants
”, plus particulièrement à l'échelle nationale »[79].
J'ai recommandé que le Service correctionnel prenne immédiatement
des mesures pour revoir le déroulement de sa procédure et qu'il retienne
les services d'un consultant externe pour l'aider dans cette tâche. Voici
la réponse du Service correctionnel à cette recommandation :
Le SCC mène actuellement un examen national du processus de grief des détenus,
qui sera terminé en février 2006. Cet examen porte en particulier
sur l'efficacité des processus actuels ainsi que sur les exigences en matière
de ressources et les structures hiérarchiques.
Cependant, le manque de rapidité continue d'être un sérieux
problème en ce qui concerne les griefs au troisième niveau, ce qui
doit être résolu. L'examen portera sur ces questions[80].
Dans mon Rapport annuel 2005-2006, j'ai souligné que le Service
correctionnel avait tout d'abord accepté ma recommandation de l'année
précédente, mais que la direction générale responsable
des recours des délinquants avait effectué l'examen national de la
procédure de recours des délinquants sans la participation d'un consultant
externe. Le rapport du SCC, produit en mai 2006, confirme que les activités
actuelles ne répondent pas aux exigences légales, mais aucun plan
d'action pour régler raisonnablement la question n'a été établi.
J'ai donc ajouté que, durant l'exercice 2005-2006, seulement 15 % des griefs
exigeant une réponse du commissaire avaient été traités
dans les délais impartis. J'ai recommandé que le Service correctionnel
se conforme immédiatement à ses obligations légales et qu'il
établisse une « procédure de règlement juste et expéditif
des griefs des délinquants »[81].
En juin 2006, la réponse du SCC à cette recommandation a été
la suivante : « Le SCC continuera de revoir et d'améliorer le processus
actuellement utilisé pour donner suite aux plaintes et griefs des délinquants,
à tous les échelons de l'organisation[82]. » Et
le Service correctionnel a également déclaré : « De nouvelles
affectations de ressources ont permis d'éliminer l'arriéré
des griefs au troisième niveau, à la fin de l'exercice 2005-2006.
La simplification des processus et l'amélioration des politiques sont des
mesures qui permettront de préserver ces gains et de garantir des réponses
rapides aux griefs à l'échelon national[83]. »
Dans mon Rapport annuel 2006-2007, je suis revenu sur ce sujet :
En 1998, le SCC qui était alors aux prises avec des retards excessivement
longs ainsi qu'une inobservation flagrante de sa propre politique, a prolongé
les délais de façon à ce qu'ils reflètent mieux le temps
réellement requis aux fins du traitement des griefs. Le BEC avait, à
l'époque, soulevé des préoccupations à cet égard,
faisant valoir qu'une telle prolongation ne cadrait pas avec l'engagement pris par
le SCC d'assurer une procédure efficace et rapide pour les délinquants
et ne tenait pas compte des exigences imposées par la loi. Près de
dix ans plus tard, durant l'exercice 2006-2007, seulement 22 % des griefs considérés
comme hautement prioritaires au niveau du commissaire ont été réglés
dans les délais prolongés, et le SCC envisage de nouveau d'allonger
davantage les délais déjà étirés[84].
Compte tenu de ce qui précède sur le sujet, le passage de trois semaines
à trois mois du délai de réponse aux griefs prioritaires, à
l'échelon du commissaire, est inacceptable. Étant donné la
gravité de la situation, je ne vois pas d'autre possibilité que celle
de recommander une aide extérieure pour garantir un règlement rapide
et équitable des griefs de troisième palier.
11. Je recommande que le ministre ordonne au Service correctionnel de rétablir
immédiatement les délais de réponse prévus par le mécanisme
de présentation et de règlement des griefs et des plaintes, à
l'échelon du commissaire, soit 15 jours pour les griefs prioritaires et 25
jours pour les griefs non prioritaires, et que Service correctionnel prenne les
mesures nécessaires pour se conformer à ces délais.
Prochaines étapes
J'ai la conviction que lorsque le Service correctionnel porte une attention satisfaisante
aux préoccupations des délinquants, son efficacité s'améliore
grandement, les employés et les détenus coexistent dans un environnement
plus sûr, et le public est mieux servi. Tout le monde, y compris la société
en général, tire avantage d'une forte volonté d'utiliser une
approche correctionnelle judicieuse — politique et prestation de services
correctionnels fondées sur des résultats de recherche, dans un cadre
respectueux des droits humains et légaux.
Mon Bureau s'est engagé à établir un dialogue constructif avec
le Service correctionnel et à faire progresser bon nombre des questions qui
préoccupent les délinquants depuis longtemps. Nous continuerons de
centrer nos efforts sur l'équité et la responsabilisation.
J’ai la conviction que, lorsque le Service correctionnel porte une attention
satisfaisante aux préoccupations des délinquants, son efficacité
s’améliore grandement, les employés et les détenus coexistent
dans un environnement plus sûr, et le public est mieux servi.
Cette année marque le 60e anniversaire de la
Déclaration universelle
des droits de l'homme. Le 10 décembre 2007, le secrétaire
général des Nations Unies a lancé une campagne d'un an pour
célébrer cette étape clé. Le thème de la campagne
est « dignité et justice pour tous ». Afin de souligner cet anniversaire
de façon spéciale, M
me Louise Arbour, Haute Commissaire des Nations
Unies aux droits de l'homme (
HCDH-ONU), a demandé à toutes les organisations
nationales de défense des droits de la personne, partout dans le monde, de
centrer leur attention sur la situation des personnes privées de leur liberté
dans les prisons et autres lieux de détention. Le Bureau de la
HCDH-ONU a
invité ces organisations nationales, y compris les bureaux d'ombudsman spécialisés
comme le
BEC, à réaliser, tout au long de 2008, des activités
visant à promouvoir la dignité et la justice pour les personnes détenues.
La Haute Commissaire aux droits de l'homme a désigné la semaine du
6 au 12 octobre 2008 pour tenir ces activités et témoigner publiquement
de la détermination de ces organisations à obtenir que les personnes
détenues soient traitées de façon juste et humaine.
Le Canada pourrait profiter de cette initiative des Nations Unies pour afficher
sa volonté de protéger et promouvoir les droits de la personne. Le
BEC recommande vivement au gouvernement du Canada de saisir cette occasion d'annoncer
son engagement à signer et ratifier le protocole facultatif à la Convention
contre la torture. Cette mesure continuerait la longue tradition canadienne
de promotion et de défense des droits de la personne au pays et à
l'étranger. Dans ce contexte, le Canada aurait la possibilité d'évaluer
son cadre de surveillance de tous les lieux de détention. Les mandats des
organismes de surveillance pourraient être revus afin de s'assurer que toutes
les personnes détenues au Canada bénéficient d'une surveillance
indépendante efficace, et l'indépendance de ces organismes pourrait
être réaffirmée ou améliorée, au besoin. Une telle
démarche montrerait clairement et sans équivoque aux Canadiens et
à la communauté internationale que le Canada est déterminé
à assumer sa responsabilité de promouvoir et protéger les droits
humains.
En ce qui concerne mon Bureau, je suis convaincu que le moment est venu de procéder
au changement de son lien hiérarchique, réclamé depuis longtemps,
et de rendre compte de ses activités directement au Parlement. En ce moment,
je dois présenter mes rapports annuels et mes rapports spéciaux au
ministre fédéral de la Sécurité publique qui doit ensuite
les déposer devant les deux chambres du Parlement à l'intérieur
d'une période de 30 jours de séance de celles-ci. Un élément
clé des interventions de tout ombudsman, et bien sûr du Bureau, est
son indépendance par rapport à l'organisation gouvernementale sur
laquelle il doit faire enquête. Cette indépendance est habituellement
établie et maintenue en demandant au bureau de l'ombudsman de faire rapport
directement à l'autorité législative qui a présidé
à sa création. Étant donné que le ministre de la Sécurité
publique est directement responsable du Service correctionnel, l'existence d'un
lien hiérarchique entre le Bureau et le ministre a toujours été
un sujet de débat depuis la création du BEC. Un lien hiérarchique
direct avec le Parlement serait plus compatible avec le rôle traditionnel
d'un bureau d'ombudsman et contribuerait à faire en sorte que l'indépendance
du Bureau ne soit jamais remise en question.
12. Je recommande que, dans le cadre du prochain examen de la Loi sur le
système correctionnel et la mise en liberté sous condition, le ministre
propose que le Bureau de l'enquêteur correctionnel relève directement
du Parlement.
Encore cette année, je profite de l'occasion pour remercier les membres du
personnel du Bureau qui ont travaillé sans relâche à l'amélioration
des services correctionnels fédéraux. Leur professionnalisme et leur
détermination personnelle à réaliser le mandat du Bureau vont
dans le sens des valeurs fondamentales et de l'éthique de la fonction publique.
Le Service correctionnel traverse présentement une phase de transition. Bon
nombre des initiatives en cours auront une incidence sur l'avenir des services correctionnels.
Le 20 avril 2007, le ministre a annoncé l'établissement d'un Comité
d'examen indépendant chargé de revoir les politiques et stratégies
opérationnelles ainsi que les plans d'action du SCC afin de déterminer
les orientations futures de ce dernier. Cette initiative s'inscrivait dans le cadre
de l'engagement du gouvernement de protéger les familles et les collectivités
canadiennes. Le Comité d'examen a présenté son rapport le 13
décembre 2007[85].
Il comprenait 109 recommandations s'articulant autour de cinq thèmes clés:
- renforcer la responsabilisation des délinquants;
- éliminer la drogue dans les prisons;
- perfectionner les compétences liées à l'employabilité;
- renouveler les infrastructures physiques;
- éliminer la libération d'office et adopter la libération conditionnelle
méritée.
Le gouvernement a répondu aux recommandations du Comité d'examen du
SCC par son budget de mars 2008[86].
On ne connaît pas encore le nombre de recommandations qui, à terme,
seront mises en œuvre. Cependant, le Budget de mars 2008 prévoyait
un financement pour le bureau de transformation du SCC, dont le mandat est d'étudier
les recommandations du Comité d'examen et d'y répondre de manière
précise.
En outre, les parlementaires ne cessent de demander au Service correctionnel d'estimer
les coûts de propositions législatives qui pourraient, si le Parlement
les adoptait, accroître considérablement la population pénitentiaire
du Canada. De surcroît, le Secrétariat du Conseil du Trésor
procède en ce moment à un exercice d'examen stratégique de
la façon dont le Service correctionnel finance ses priorités. Enfin,
le Service correctionnel a établi un groupe de travail ayant pour mandat
d'examiner ses processus d'élaboration et de communication des politiques.
Toutes ces activités pourraient conduire à une redéfinition
des services correctionnels fédéraux dans la société
canadienne.
Le nouvel exercice financier promet d'être un autre exercice très exigeant
pour le Bureau de l'enquêteur correctionnel, car notre charge de travail continuera
à augmenter. Nous nous réjouissons de pouvoir travailler en collaboration
avec le Service correctionnel à la réalisation de ses cinq grandes
priorités. Nous savons que nos problèmes communs ne seront pas faciles
à résoudre. Nous espérons cependant que le Service correctionnel
répondra non seulement à nos recommandations précises, mais
aussi, dans le contexte de leur formulation, qu'il mettra la barre haute et s'engagera
à donner suite rapidement et raisonnablement aux doléances de longue
date des détenus. Les Canadiens et Canadiennes ne méritent rien de
moins que le meilleur système correctionnel en retour de leur investissement
important et croissant dans celui-ci.
Au cours de l'année qui vient, le Bureau rencontrera les parties intéressées
qui s'inquiètent des décès en établissement et examinera
la possibilité de mettre en place un système officiel d'établissement
de rapports et d'échange d'informations au Canada. De tels systèmes
existent déjà ailleurs dans le monde et se sont révélés
d'une aide précieuse pour aider à prévenir les décès
tragiques.
Le Bureau continuera également de travailler en collaboration avec d'autres
organismes centraux afin d'améliorer ses propres pratiques de gestion du
risque, sa politique en matière de sécurité et de continuité
des activités ainsi que sa capacité de gestion de l'information et
de vérification interne.
Il reste encore beaucoup de travail à faire et de nombreux défis intéressants
à relever, et j'entrevois l'année qui vient avec espoir.
Annexe A : Statistiques
TABLEAU A : PLAINTES PAR CATÉGORIE
|
|
MESURE
|
|
CATÉGORIE
|
R/I (2)
|
Enq (3)
|
TOTAL
|
|
|
|
Isolement préventif
|
|
Conditions
|
16
|
87
|
103
|
|
Placement/Examen
|
73
|
230
|
303
|
|
Total
|
89
|
317
|
406
|
|
|
|
Préparation de cas
|
|
Mise en liberté soud condition
|
58
|
119
|
178
|
|
Processus postsuspension
|
23
|
17
|
40
|
|
Permission de sortir
|
8
|
36
|
44
|
|
Transfèrement
|
42
|
75
|
117
|
|
Total
|
132
|
247
|
379
|
|
|
|
Effets gardés en cellule
|
197
|
323
|
520
|
|
Placement en cellule
|
15
|
64
|
79
|
|
|
|
Réclamations contre la Couronne
|
|
Décisions
|
7
|
4
|
11
|
|
Traitement
|
18
|
28
|
46
|
|
Total
|
25
|
32
|
57
|
|
|
|
Programmes communautaires/Surveillance dans la collectivité
|
6
|
11
|
17
|
|
Conditions de détention
|
98
|
252
|
350
|
|
Correspondance
|
31
|
39
|
70
|
|
Décès ou blessures graves
|
4
|
6
|
10
|
|
Décisions (en général) - Mise en application
|
8
|
8
|
16
|
|
|
|
Régime alimentaire
|
|
Raisons de santé
|
9
|
27
|
36
|
|
Motifs religieux
|
3
|
16
|
19
|
|
Total
|
12
|
43
|
55
|
|
|
|
Régime disciplinaire
|
|
Décisions du président indépendant
|
7
|
3
|
10
|
|
Décisions d'un tribunal disciplinaire pour infractions mineures
|
7
|
8
|
15
|
|
Procédures
|
25
|
15
|
40
|
|
Total
|
39
|
26
|
65
|
|
|
|
Discrimination
|
4
|
8
|
12
|
|
Emploi
|
38
|
62
|
100
|
|
|
|
Renseignements au dossier
|
|
Accès - Divulgation
|
58
|
113
|
171
|
|
Correction
|
69
|
57
|
126
|
|
Total
|
127
|
170
|
297
|
|
|
|
Questions financières
|
|
Accès
|
42
|
63
|
106
|
|
Rémunération
|
41
|
49
|
90
|
|
Total
|
83
|
112
|
196
|
|
|
|
Services alimentaires
|
29
|
33
|
62
|
|
Procédure de règlement des griefs
|
83
|
181
|
264
|
|
Harcèlement
|
21
|
31
|
52
|
|
Santé et sécurité - Lieu de travail
|
2
|
3
|
5
|
|
Détecteur ionique/Chien détecteur de drogue
|
4
|
3
|
7
|
|
|
|
Soins de santé
|
|
Accès
|
89
|
349
|
438
|
|
Décisions
|
90
|
235
|
325
|
|
Soins dentaires
|
17
|
69
|
86
|
|
Total
|
196
|
653
|
849
|
|
|
|
Santé mentale
|
|
Accès/Programmes
|
3
|
31
|
34
|
|
Qualité
|
4
|
4
|
8
|
|
Total
|
7
|
35
|
42
|
|
|
|
Méthadone
|
10
|
46
|
56
|
|
Langues officielles
|
7
|
2
|
9
|
|
Opérations/Décisions du
BEC
|
20
|
7
|
27
|
|
|
|
Programmes
|
|
Accès/Services
|
56
|
124
|
180
|
|
|
|
|
|
|
Processus de mise en liberté
|
35
|
58
|
93
|
|
Sécurité des délinquants
|
45
|
131
|
176
|
|
Fouilles et saisies
|
18
|
23
|
41
|
|
Classement selon le niveau de sécurité
|
67
|
105
|
172
|
|
Administration de la peine
|
19
|
16
|
35
|
|
Rendement du personnel
|
136
|
180
|
316
|
|
Téléphone
|
61
|
128
|
189
|
|
Décisions - Permissions de sortir
|
16
|
52
|
68
|
|
|
|
Transfèrements
|
|
Appliqués
|
42
|
112
|
154
|
|
Non sollicités
|
68
|
124
|
192
|
|
Placement pénitentiaire
|
28
|
56
|
84
|
|
Sollicités
|
26
|
99
|
125
|
|
Total
|
164
|
391
|
555
|
|
|
|
Analyses d'urine
|
11
|
10
|
21
|
|
Recours à la force
|
5
|
27
|
32
|
|
|
|
Visites
|
|
Généralités
|
50
|
154
|
204
|
|
Visites familiales privées
|
38
|
73
|
111
|
|
Total
|
88
|
227
|
315
|
|
|
|
Hors mandat
|
|
Libération conditionnelle - Processus/Décisions
|
79
|
52
|
131
|
|
Autres questions
|
45
|
20
|
72
|
|
|
|
TOTAL GÉNÉRAL
|
2 139
|
4 258
|
6 398
|
1 Plaintes – voir Glossaire
2 Réponse interne – voir Glossaire
3 Enquête – voir Glossaire
GLOSSAIRE
Enquête : Tout contact exigeant de la part du personnel enquêteur
du BEC certaines recherches auprès du SCC ou l'analyse de documents, avant
que l'aide ou l'information demandée par le délinquant ne puisse être
fournie.
Les enquêtes varient considérablement en ce qui a trait à leur
portée, à leur complexité, à leur durée et aux
ressources requises. Certaines questions peuvent se régler relativement rapidement,
alors que d'autres exigent un examen approfondi des documents pertinents, de nombreuses
entrevues et une correspondance soutenue avec les divers niveaux de gestion du SCC.
Plaintes : Les plaintes peuvent être formulées par
un délinquant ou par une personne agissant en son nom, par téléphone,
par télécopieur, par lettre ou au cours d'entrevues menées
par le personnel enquêteur du BEC dans les établissements correctionnels.
Selon la loi, le BEC peut également entreprendre une enquête de sa
propre initiative ou à la demande du ministre.
Réponse interne : Toute réponse fournie à
un plaignant, qui ne nécessite pas la consultation de sources d'information
à l'extérieur du BEC.
TABLEAU B : PLAINTES PAR ÉTABLISSEMENT
|
RÉGION/ÉTABLISSEMENT
|
Nombre de plaintes
|
Nombre d'entrevues
|
Nombre de jours passés à l'établissement
|
|
|
|
ÉTABLISSEMENTS POUR FEMMES
|
|
Établissement d'Edmonton pour femmes |
40 |
27 |
9 |
|
Vallée du Fraser |
25 |
13 |
3 |
|
Grand Valley |
58 |
15 |
6 |
|
Maison Isabel McNeill
|
3 |
3 |
1 |
|
Joliette |
57 |
12 |
3,5 |
|
Pavillon de ressourcement Okimaw Ohci |
5 |
1 |
1 |
|
Centre psychiatrique régional (Prairies) |
5 |
5 |
1 |
|
Nova
|
52 |
23 |
4 |
|
Total
|
245
|
99
|
28,5
|
|
|
|
ATLANTIQUE
|
|
Atlantique
|
133 |
40 |
6 |
|
Dorchester
|
254 |
80 |
7,5 |
|
Centre de rétablissement Shepody
|
20 |
5 |
4 |
|
Springhill
|
146 |
49 |
6 |
|
Westmorland
|
26 |
21 |
1,5 |
|
Total pour la région
|
579
|
195
|
25
|
|
|
|
ONTARIO
|
|
Bath
|
110 |
54 |
7,5 |
|
Beaver Creek
|
46 |
6 |
1 |
|
Collins Bay
|
73 |
23 |
4,5 |
|
Fenbrook
|
178 |
81 |
9,5 |
|
Frontenac
|
34 |
13 |
2 |
|
Joyceville
|
164 |
45 |
7 |
|
Pénitencier de
Kingston |
577 |
84 |
11 |
|
Millhaven
|
198 |
25 |
5 |
|
Pittsburgh
|
32 |
14 |
1,5 |
|
Centre régional de traitement
|
71 |
19 |
6,5 |
|
Warkworth
|
251 |
105 |
9,5 |
|
Total pour la région
|
1 704
|
469
|
65
|
|
|
|
PACIFIQUE
|
|
Ferndale
|
33 |
11 |
2 |
|
Kent
|
152 |
41 |
9 |
|
Village de guérison Kwikwèxwelhp |
6 |
0 |
1 |
|
Matsqui
|
85 |
37 |
6 |
|
Mission
|
140 |
78 |
8,5 |
|
Mountain
|
97 |
50 |
8,5 |
|
Pacifique
|
127 |
53 |
5,5 |
|
Centre régional de traitement
|
111 |
60 |
5 |
|
William Head
|
23 |
13 |
4 |
|
Total pour la région
|
774
|
343
|
49,5
|
|
|
|
PRAIRIES
|
|
Bowden
|
211 |
80 |
12 |
|
Drumheller |
199 |
61 |
12 |
|
Edmonton
|
334 |
76 |
9,5 |
|
Grande Cache
|
86 |
16 |
2 |
|
Pavillon de ressourcement Ochichakkosipi |
11 |
10 |
2 |
|
Centre Pê Sâkâstêw
|
22 |
6 |
1 |
|
Centre psychiatrique régional
|
110 |
23 |
3 |
|
Riverbend
|
8 |
2 |
0,5 |
|
Rockwood
|
31 |
13 |
2 |
|
Pénitencier de la
Saskatchewan
|
258 |
90 |
11 |
|
Centre de ressourcement Stan Daniels |
20 |
3 |
0,5 |
|
Stony Mountain |
248 |
91 |
9,5 |
|
Willow Cree |
17 |
9 |
2 |
|
Total pour la région
|
1 557
|
480
|
67
|
|
|
|
QUEBEC
|
|
Archambault
|
149 |
33 |
6 |
|
Centre régional de santé mentale
|
51 |
22 |
3 |
|
Cowansville
|
184 |
88 |
9 |
|
Donnacona
|
182 |
77 |
12 |
|
Drummond
|
113 |
32 |
7,5 |
|
Centre fédéral de formation
|
22 |
1 |
1 |
|
La Macaza |
112 |
44 |
6 |
|
Leclerc
|
171 |
8 |
2,5 |
|
Montée St-François
|
41 |
11 |
1 |
|
Port-Cartier
|
253 |
80 |
9 |
|
Centre régional de réception
|
77 |
24 |
3 |
|
Unité spéciale de détention |
52 |
24 |
4,5 |
|
Sainte-Anne-des-Plaines |
21 |
9 |
1,5 |
|
Centre de guérison Waseskun |
2 |
0 |
0 |
|
Total pour la région
|
1 430 |
453 |
66 |
|
TOTAL GLOBAL
|
(*) 6 289
|
2 039
|
297
|
* Exclut les 97 plaintes déposées par des délinquants sous
responsabilité fédérale dans la collectivité et les
10 plaintes déposées par des délinquants sous responsabilité
fédérale incarcérés dans des établissements provinciaux.
TABLEAU C : PLAINTES ET POPULATION CARCÉRALE PAR RÉGION
|
Région
|
Nombre total de plaintes*
|
Population carcérale**
|
|
Atlantique
|
579
|
1 337
|
|
Québec
|
1 430
|
3 125
|
|
Ontario
|
1 704
|
3 557
|
|
Prairies
|
1 557
|
3 149
|
|
Pacifique
|
774
|
1 884
|
|
Établissements pour femmes
|
245
|
490
|
|
TOTAL
|
6 289
|
13 543
|
* Exclut les 97 plaintes déposées par des délinquants sous
responsabilité fédérale dans la collectivité et les
10 plaintes déposées par des délinquants sous responsabilité
fédérale incarcérés dans des établissements provinciaux.
** En juin 2008, selon le Système intégré de rapports du Service
correctionnel du Canada.
TABLEAU D : TRAITEMENT DES PLAINTES SELON LA SUITE DONNÉE
|
TRAITEMENT
|
SUITE DONNÉE
|
NOMBRE DE PLAINTES
|
|
Réponse interne
|
Renseignements fournis
|
1 553
|
|
|
Plaintes non fondées
|
71
|
|
|
En suspens |
14
|
|
|
Renvois
|
400
|
|
|
Plaintes retirées
|
102
|
|
Total
|
|
2 140
|
|
|
|
Enquête
|
Renseignements fournis
|
1 342
|
|
|
Plaintes non fondées
|
336
|
|
|
En suspens
|
71
|
|
|
Renvois
|
1 041
|
|
|
Recommandation/Facilitation du règlement
|
1 324
|
|
|
Plaintes retirées
|
142
|
|
Total
|
|
4 256
|
|
|
|
TOTAL GLOBAL
|
|
*6 396 |
* Inclut les 97 plaintes déposées par des délinquants sous
responsabilité fédérale dans la collectivité et les
10 plaintes déposées par des délinquants sous responsabilité
fédérale incarcérés dans des établissements provinciaux.
TABLEAU E : SUJETS DE PRÉOCCUPATION LES PLUS FRÉQUEMMENT SIGNALÉS
PAR LES DÉLINQUANTS
|
|
|
POPULATION CARCÉRALE TOTALE
|
|
|
|
Soins de santé
|
762
|
|
Transfèrements
|
552
|
|
Effets gardés en cellule
|
519
|
|
Isolement préventif
|
406
|
|
Préparation de cas
|
379
|
|
Rendement du personnel
|
368
|
|
Conditions de détention
|
344
|
|
Visites et visites familiales privées
|
315
|
|
Renseignements - Accès et correction
|
297
|
|
Procédure de règlement des griefs
|
264
|
|
|
|
DÉLINQUANTS AUTOCHTONES
|
|
|
|
Soins de santé
|
94
|
|
Transfèrements
|
83
|
|
Préparation de cas
|
67
|
|
Rendement du personnel
|
68
|
|
Isolement préventif
|
63
|
|
Renseignements - Accès et correction
|
61
|
|
Effets gardés en cellule
|
55
|
|
Visites et visites familiales privées
|
45
|
|
Conditions de détention
|
44
|
|
Sécurité des délinquants
|
37
|
|
Procédure de règlement des griefs
|
37
|
|
|
|
DÉLINQUANTES
|
|
|
|
Soins de santé
|
47
|
|
Rendement du personnel
|
20
|
|
Isolement préventif
|
16
|
|
Conditions de détention
|
16
|
|
Sécurité des délinquants
|
15
|
|
Décisions - Permissions de sortir
|
14
|
|
Préparation de cas
|
14
|
|
Téléphone
|
11
|
|
Visites et visites familiales privées
|
10
|
|
Renseignements - Accès et correction
|
9
|
ANNEXE B : RÉSUMÉ DES RECOMMANDATIONS
1. Je recommande que le Service correctionnel alloue immédiatement
des ressources suffisantes pour améliorer, de façon mesurable, sa
capacité de procéder aux évaluations et d'offrir les programmes
nécessaires avant la date prévue de l'audience de libération
conditionnelle du délinquant.
2. Je recommande que le Service correctionnel considère comme prioritaire
la préparation en temps opportun des cas dont la Commission nationale des
libérations conditionnelles doit être saisie, conformément à
la politique existante. Le rendement dans ce domaine doit faire l'objet d'une surveillance
étroite et doit être mesuré en permanence au moyen de rapports
régionaux et nationaux plus nombreux, et faire partie des éléments
traités dans les Rapports ministériels sur le rendement du SCC.
3. Je recommande que le Service correctionnel établisse
un plan d'action concernant les mesures à prendre pour élaborer un
nouveau processus et ainsi assurer la mise en œuvre uniforme et rapide ainsi
que des suivis réguliers des recommandations du Bureau de l'enquêteur
correctionnel et de celles des coroners et des médecins légistes.
4. Je recommande au Service correctionnel :
- d'établir un cadre uniforme de consignation et de signalement
des tentatives de suicide, des blessures causées par automutilation et des
surdoses :
- de prévoir l'examen systémique et l'analyse des circonstances
de telles blessures;
- de prendre des mesures correctives pour empêcher que se reproduisent
des accidents et des actes intentionnels visant à causer des blessures.
5. Je recommande que le Service correctionnel veille à ce que tous
les rapports pertinents concernant les décès de détenus soient
remis sans tarder aux coroners et médecins légistes, et qu'il donne
immédiatement suite aux recommandations de ces derniers.
6. Je recommande que le ministre rétablisse immédiatement
le comité consultatif autochtone national conformément à la
Loi.
7. Je recommande que, une fois constitué, le Comité consultatif
autochtone national mette en priorité à son ordre du jour les questions
suivantes :
- examiner la structure de gouvernance du Service correctionnel et les
ressources allouées à la mise en œuvre, en temps opportun, du
Plan stratégique relatif aux services correctionnels pour Autochtones, du
SCC;
- examiner la capacité du Service correctionnel de surveiller les
progrès réalisés par rapport aux principaux indicateurs de
rendement correctionnel tels que les transfèrements, l'isolement, le
régime disciplinaire, les permissions de sortir et les placements à
l'extérieur, les renvois en vue du maintien en incarcération, les
reports d'examens en vue de la libération conditionnelle, de même que
les suspensions et les révocations de la mise en liberté sous condition.
8. Je recommande que le ministre considère comme une priorité
clé du Portefeuille l'obtention d'un financement adéquat et permanent
pour la prestation de soins intermédiaires en santé mentale.
9. Je recommande que le Service correctionnel fasse de ses initiatives de
formation l'une de ses priorités pour le présent exercice de façon
à ce que tous les employés de première ligne puissent se familiariser
avec les modes d'intervention auprès des délinquants souffrant de
maladie mentale.
10. Je recommande que le Service correctionnel augmente la représentation
des divers groupes de son effectif, à tous les échelons, de façon
à refléter la diversité ethnoculturelle de sa population de
délinquants.
11. Je recommande que le ministre ordonne au Service correctionnel de rétablir
immédiatement les délais de réponse prévus par le mécanisme
de présentation et de règlement des griefs et des plaintes, à
l'échelon du commissaire, soit 15 jours pour les griefs prioritaires et 25
jours pour les griefs non prioritaires, et que le Service correctionnel prenne les
mesures nécessaires pour se conformer à ces délais.
12. Je recommande que, dans le cadre du prochain examen de la Loi sur le
système correctionnel et la mise en liberté sous condition, le ministre
propose que le Bureau de l'enquêteur correctionnel relève directement
du Parlement.
[1] Canada,
Rapport de la Commission d'enquête sur certaines perturbations survenues au
pénitencier de Kingston en avril 1971, 1972, p. 60. (Commission
présidée par le juge Swackhamer)
[2] Ibid,
p. 59.
[3] Ibid,
p. 66.
[4] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1973-1974,p. 2.
[5] Ibid,
p. 3.
[6] Ibid,
p. 88.
[7] Canada,
Rapport du Groupe d'étude sur la dissociation, Ottawa, Service canadien
des pénitenciers, 1975. (président : Jim Vantour)
[8] Ibid,
p. 13-14.
[9] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1974-1975, p. 5.
[10]
Ibid, p. 4.
[11]
Mary Campbell, « Revolution and Counter-Revolution in Canadian Prisoners,
Rights » dans Criminal Law Review, 1998, 2 Rev. Can. D.P., p. 300.
[12]
Canada, Comité d'examen du Service correctionnel du Canada, Feuille de route
pour une sécurité publique accrue, 2007. (président
: M. Rob Sampson) (www.ps-sp.gc.ca)
[13]
Canada, Rapport du Sous-comité sur le régime d'institutions pénitentiaires
au Canada, 1976, p. 5-6. (président : le juge MacGuigan)
[14]
Mary Campbell, « Revolution and Counter-Revolution in Canadian Prisoners,
Rights » dans Criminal Law Review, 1998, 2 Rev. Can. D.P, p. 285.
[15]
Canada, Rapport du Sous-comité sur le régime d'institutions pénitentiaires
au Canada, 1976, p. 108. (président : le juge MacGuigan)
[16]
Ibid, p. 110.
[17]
Ibid, p. 110.
[18]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1977-1978, p.
2.
[19]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1978-1979, p.
13.
[20]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1980-1981, p.
12.
[21]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1981-1982, p.
14.
[22]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1977-1978, p.
11.
[23]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport sur les allégations de
mauvais traitements de détenus à l'établissement Archambault
après les accidents du 25 juillet 1982, 1984, p. 20.
[24]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1985-1986, p.
21-22.
[25]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1986-1987, p.
15 et Rapport annuel 1987-1988, p. 17.
[26]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1989-1990, p.
40.
[27]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1990-1991, p.
45.
[28]
Bureau de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1987-1988, p.
20.
[29]
Service correctionnel du Canada, Notre cheminement : Le renouveau organisationnel
des services correctionnels fédéraux, publié sous
la direction de Jim Vantour, 1991, p. 126.
[30]
Secrétariat du solliciteur général, Rapport final du Groupe
d'étude sur les Autochtones au sein du régime correctionnel fédéral,
Ottawa, Approvisionnements et Services Canada, 1989, p. 5
[31] Service
correctionnel du Canada, La création de choix : Rapport du Groupe d'étude
sur les femmes purgeant une peine fédérale, 1990.
[32] Service
correctionnel du Canada, La fermeture de la prison des femmes de Kingston : C'est
la fin d'une ère, 2000.
[33] Mary
Campbell, « Revolution and Counter-Revolution in Canadian Prisoners, Rights
» dans Criminal Law Review, 1998, 2 Rev. Can. D.P, p. 310.
[34] Solliciteur
général du Canada, Les autorités correctionnelles et les droits
des détenus, Révision du droit correctionnel - Document de
travail no 5, octobre 1987.
[35] Ibid,
p. 297.
[36] Loi
sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition,
L.C. 1992, c. 20, art. 4.
[37] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1992-1993, p. 1.
[38] Ibid,
p. 3.
[39] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1993-1994, p. 1.
[40] Ibid,
p. 1 et 2.
[41] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport spécial de l'Enquêteur
correctionnel au sujet de l'enquête sur certains incidents survenus à
la Prison des femmes en avril 94 et du traitement des détenues par la suite
(1995), p. 5 et 7.
[42] Ibid,
p. 7.
[43] Service
correctionnel du Canada, 50 ans de progrès des droits de la personne dans
les services correctionnels fédéraux, 1998, p. 30.
[44] Canada,
Rapport de la Commission d'enquête sur certains événements survenus
à la Prison des femmes de Kingston, 1996. (présidente : la
juge Louise Arbour)
[45] Ibid.
[46] Ibid,
p. 198.
[47] Ibid,
p.195.
[48] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1995-1996, p. 2.
[49] Michael
Jackson, Justice Behind the Walls, Vancouver et Toronto, Douglas &
McIntyre, 2002, p. 588.
[50] Canada,
Groupe de travail sur les droits de la personne, Les droits de la personne dans
le milieu correctionnel : Un modèle stratégique, Ottawa,
Service correctionnel du Canada, 1997. (président : M. Maxwell Yalden)
[51] Ibid,
p. 38-39.
[52] Bureau
du vérificateur général, L'Enquêteur correctionnel Canada,
Rapport du vérificateur général du Canada à la Chambre
des communes, 1997, chap. 33.
[53] Canada,
Sous-comité sur la Loi sur le système correctionnel et la mise en
liberté sous condition, du Comité permanent de la justice et des droits
de la personne, En constante évolution : La Loi sur le système correctionnel
et la mise en liberté sous condition, 2000. (président :
M. Paul DeVilliers)
[54] Solliciteur
général du Canada, Réponse au rapport du Sous-comité
sur la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous
condition, du Comité permanent de la justice et des droits de la
personne : « En constante évolution : La Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition », Ottawa, Solliciteur
général du Canada, novembre 2000.
[55] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 2000-2001, p. 4.
[56] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 2001-2002, p. 12.
[57] Commission
canadienne des droits de la personne, Protégeons leurs droits : Examen systémique
des droits de la personne dans les services correctionnels destinés aux femmes
purgeant une peine de ressort fédéral, 2004.
[58] Bureau
du vérificateur général du Canada, Bureau de l'enquêteur
correctionnel, novembre 2006, chap. 11, paragr. 11.12.
[59] Ronald
Stewart. Lettre en date du 1er août 2007, à l'adresse suivante
: http://www.publicsafety.gc.ca/media/nr/2007/nr20071025-2-fra.aspx
[60] Canada,
Rapport de l'Enquête spéciale en vertu de l'article 20 de la
Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition
- Décès du détenu Roger Guimond survenu le 18 octobre 2002
à l'Établissement Port-Cartier, 2004. (président :
M. Roger Tassé)
[61] Bureau
de l'Enquêteur correctionnel, Décès en établissement,
2007. (www.oci-bec.gc.ca)
[62] Service
correctionnel du Canada, Rapport ministériel sur le rendement de 2006–2007,
2007, p. 32.
[63] Canada,
Comité d'examen du Service correctionnel du Canada, Feuille de route pour
une sécurité publique accrue, 2007. (président : M.
Rob Sampson) (www.ps-sp.gc.ca)
[64] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Étude sur les décès en
établissement, 2007. Voir
www.oci-bec.gc.ca.
[65] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 2006-2007, p. 48.
[66] Ibid.
[67] Canada,
Comité d'examen du Service correctionnel du Canada, Pour une sécurité
publique accrue, 2007. (président : M. Rob Sampson) (www.ps-sp.gc.ca)
[68] Service
correctionnel du Canada, Rapport sur les plans et les priorités 2008-2009,
2007, p. 33.
[69] Idem.
[70] Loi
sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition,
art. 90.
[71] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1973-1974, p. 13.
[72] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1989-1990, p. 30.
[73] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1992-1993, p. 24.
[74] Canada,
Rapport de la Commission d'enquête sur certains événements survenus
à la Prison des femmes de Kingston, 1996, p. 162-163. (présidente
: la juge Louise Arbour)
[75] Ibid,
p. 175.
[76] Service
correctionnel du Canada, Directive du commissaire no 081: Plaintes et
griefs des délinquants.
[77] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 1999-2000, p. 11 et
12.
[78] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 2001-2002, p. 25.
[79] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 2004-2005, p. 20.
[80] Ibid,
p. 61.
[81] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 2005-2006, p. 14.
[82] Ibid,
p. 48.
[83] Ibid.
[84] Bureau
de l'enquêteur correctionnel, Rapport annuel 2006-2007, p. 27.
[85] Canada,
Comité d'examen du Service correctionnel du Canada, Feuille de route pour
une sécurité publique accrue, 2007. (président : M.
Rob Sampson) (www.ps-sp.gc.ca)
[86] Canada,
Ministère des Finances, Le plan budgétaire de 2008 : un leadership
responsable (2008), p. 186-187.
Réponse du
SERVICE CORRECTIONNEL DU CANADA
au
35e RAPPORT ANNUEL
du Bureau de
L’ENQUÊTEUR CORRECTIONNEL
2007-2008
INTRODUCTION
Le Service correctionnel du Canada (le
SCC ou le Service) contribue au maintien d’une société
juste, vivant en paix et en sécurité en assurant, de façon
humaine et sûre, la garde et la surveillance des délinquants et en
aidant ceux-ci à se réadapter et à se réinsérer
dans la collectivité.
Le SCC administre
58 établissements, 16 centres correctionnels communautaires et 71 bureaux
de libération conditionnelle. À la fin de l’exercice 2007-2008,
le SCC était
responsable d’environ 13 600 délinquants incarcérés
dans un établissement fédéral et 8 400 délinquants
sous surveillance dans la collectivité. Au cours de l’année,
en comptant toutes les admissions et les mises en liberté, le
SCC a géré 20 000 délinquants incarcérés
et 14 500 délinquants sous surveillance dans la collectivité.
Depuis longtemps, le SCC
fait face à des difficultés croissantes pour maintenir ses résultats,
difficultés découlant de trois importantes réalités :
pressions opérationnelles et financières de longue date; population
de délinquants1
en constant changement, plus complexe et plus problématique, présentant
des enjeux importants sur les plans de la sécurité et de la réinsertion
sociale; insuffisance des investissements dans l’infrastructure, entraînant
la dégradation des bâtiments et le rendement insatisfaisant d’établissements
qui n’ont pas été configurés pour gérer le profil
changeant des délinquants. D’après les plus récentes
données, la garde d’un délinquant coûtait en moyenne 36 731 $
par an, en 1994‑1995, et 74 261 $, en 2006-2007.
Budget fédéral de 2007
Reconnaissant la gravité des difficultés mentionnées plus haut,
le budget de 2007 a fourni au SCC
un financement temporaire pour deux ans (2007-2008 et 2008-2009) afin de lui permettre
de répondre aux exigences les plus urgentes et de garder le Service viable
sur le plan opérationnel, en attendant les résultats d’un examen
indépendant des opérations du SCC.
Comité d’examen indépendant du
SCC
Le Comité d’examen du
SCC, lancé en avril 2007 par le ministre de la Sécurité
publique, avait pour mandat d’examiner les priorités opérationnelles
ainsi que les stratégies et les plans d’activité du SCC dans le but de renforcer
la sécurité du public. Le rapport du Comité a été
présenté au ministre et publié le 13 décembre 2007.
Ce rapport reconnaît les réalités et les difficultés
auxquelles se heurte le Service et présente 109 recommandations. Il constitue
une base pour le programme de transformation du
SCC et une nouvelle vision correctionnelle qui contribuera à
la sécurité du public. Les aspects les plus importants des recommandations
se regroupent sous cinq grands thèmes.
- 1. Obligations du délinquant
- Que les principes énoncés dans la Loi sur le système correctionnel
et la mise en liberté sous condition soient renforcés pour mieux
définir les responsabilités et les obligations du délinquant.
- 2. Élimination de la drogue dans les pénitenciers
- Que le SCC intensifie
ses initiatives de répression des drogues sur tous les fronts.
- 3. Employabilité-Emploi
- Que l’on renforce les compétences des délinquants pour améliorer
leur employabilité en leur offrant des possibilités de travail dans
les pénitenciers et des possibilités d’emploi dans la collectivité,
une fois libérés, et que l’on mette en place une journée
de travail plus structurée afin de permettre une répartition adéquate
entre les programmes d’emploi et d’éducation et les programmes
correctionnels.
- 4. Infrastructure physique
- Que le SCC examine
de nouvelles approches en vue de la conception et de la construction de complexes
régionaux — complexes qui encourageraient l’application
d’un modèle de gestion correctionnelle global axé sur l’obligation
qu’ont les délinquants de suivre leurs plans correctionnels et donneraient
à ces derniers la possibilité d’améliorer leurs résultats
correctionnels.
- 5. Abolition de la libération d’office et adoption du régime
de libération conditionnelle méritée
- Que les délinquants travaillent à atténuer leurs risques et
à répondre à leurs besoins pour se mériter leur retour
dans la collectivité et démontrer qu’ils ont changé et
qu’ils sont capables de vivre en tant que citoyens respectueux des lois.
Nota : La libération conditionnelle méritée
ne fait pas partie de la première phase de transformation appuyée
par le gouvernement dans le budget de 2008. Ce changement exigera beaucoup de consultations,
de planification et de changements dans les dispositions législatives. La
libération conditionnelle méritée sera examinée à
une date ultérieure.
Également, le Comité a reconnu dans son rapport que les priorités
du SCC étaient
partie intégrante de la transformation de l’organisme, mais que celles-ci
devaient être soutenues par du financement durable. Les cinq (5) priorités
du Service sont :
- transition en toute sécurité des délinquants dans la collectivité;
- sécurité accrue du personnel et des délinquants dans nos établissements;
- capacité accrue d’intervenir efficacement auprès des délinquants
issus des Premières nations et des délinquants métis et inuits;
- capacité accrue de répondre aux besoins en santé mentale des
délinquants;
- renforcement des pratiques de gestion.
Budget fédéral de 2008
À la suite du dépôt du rapport du Comité, le gouvernement,
dans le cadre de son budget de 2008, a investi beaucoup pour présenter
une nouvelle vision du système correctionnel fédéral. Il fournit
des fonds pour faire en sorte que le
SCC reste ferme dans sa détermination de donner suite sans
réserve aux recommandations du Comité. Le financement de base du SCC a été
stabilisé, et des fonds ont été remis au Service pour lui permettre
d’affermir son contrôle sur les établissements grâce à
des mesures accrues de sécurité, notamment la formation du personnel
correctionnel et une augmentation des investissements dans des mesures de détection
des drogues illicites.
L’Équipe de la transformation du SCC
a été créée, et c’est elle qui dirigera la réponse
du SCC aux recommandations
du rapport. On reconnaît que cette transformation exigera un engagement à
long terme et une approche par étapes. La nouvelle vision du
SCC se caractérisera par l’importance accrue accordée
aux efforts visant à renforcer la sécurité de tous les
Canadiens et Canadiennes – objectif principal du
SCC. De même, la prestation des services correctionnels sera
plus uniforme et l’intégration, particulièrement entre les établissements
et la collectivité, sera renforcée. Finalement, le principe voulant
que les responsabilités et les obligations soient aussi partagées
par les délinquants afin qu’ils respectent leurs plans correctionnels
et que le SCC leur
fournisse les possibilités et les outils nécessaires pour y arriver
sera mieux expliqué et mieux compris. Les initiatives élaborées
initialement par l’Équipe de la transformation serviront à jeter
les bases nécessaires à l’injection de futurs investissements
dans les services correctionnels fédéraux.
TRANSITION EN TOUTE SÉCURITÉ DES DÉLINQUANTS
DANS LA COLLECTIVITÉ
Recommandation no 1
Je recommande que le Service correctionnel alloue immédiatement des
ressources suffisantes pour améliorer, de façon mesurable, sa capacité
de procéder aux évaluations et d’offrir les programmes nécessaires
avant la date prévue de l’audience de libération conditionnelle
du délinquant.
À court terme, dans le cadre du programme de transformation, le
SCC examinera de nouveaux modèles pour établir un processus
d’évaluation plus uniforme et offrir des programmes aux délinquants
dès le début de leur peine. D’ici le printemps 2009, le SCC élaborera également
des lignes directrices sur les renvois aux programmes correctionnels nationaux de
réinsertion sociale pour tous les programmes correctionnels nationaux,
ce qui permettra une utilisation plus efficace des ressources existantes travaillant
à la prestation des programmes.
Le SCC élaborera
également des outils de prestation de programmes afin d’aider les agents
de programmes correctionnels à répondre aux besoins des délinquants
qui présentent des lacunes en matière d’éducation, des
difficultés d’apprentissage et des troubles mentaux. Ces outils seront
choisis à partir des résultats des évaluations récentes
au sujet de l’efficacité des programmes structurés et didactiques.
Ces outils comprendront des méthodes permettant d’adapter la prestation
de programmes à des groupes homogènes.
Dans le cadre du Programme de transformation, le
SCC présentera des propositions visant à établir
et mettre en œuvre une stratégie intégrée sur les programmes.
Le modèle de programmes proposé prévoira la mise en œuvre
d’une intervention conçue spécialement pour répondre
aux défis que présente la population carcérale changeante.
Au cours des trois (3) prochaines années, le
SCC veillera à ce que les agents de programmes correctionnels soient
en position :
- de favoriser les évaluations supplémentaires appropriées et
les renvois au programme;
- d’offrir des programmes axés sur la prévention de la violence
et de la toxicomanie pour répondre aux besoins liés à la capacité
d’accueillir une population de délinquants purgeant une peine de courte
durée;
- de fournir le programme de suivi dans la collectivité.
Recommandation no 2
Je recommande que le Service correctionnel considère comme prioritaire
la préparation en temps opportun des cas dont la Commission nationale des
libérations conditionnelles doit être saisie, conformément à
la politique existante. Le rendement dans ce domaine doit faire l’objet d’une
surveillance étroite et doit être mesuré en permanence au moyen
de rapports régionaux et nationaux plus nombreux, et faire partie des éléments
traités dans les Rapports ministériels sur le rendement du SCC.
Des lacunes ont été décelées sur le plan de la prestation
des programmes et de la préparation en temps opportun des cas. Dans le cadre
de son programme de transformation, le Service mettra l’accent sur l’élaboration
d’approches visant à améliorer la préparation en temps
opportun des cas de détenus admissibles à la libération aux
fins d’examen par la Commission nationale des libérations conditionnelles.
Des travaux sont en cours en vue d’améliorer l’efficacité
des programmes correctionnels et de les offrir plus tôt au cours de la peine,
et des efforts sont faits pour encourager activement les délinquants à
participer à leur plan correctionnel. L’accent est mis sur l’obtention
de résultats dans ces domaines, ce qui devrait permettre d’augmenter
le nombre de délinquants prêts à être mis en liberté
en toute sécurité dans la collectivité.
Les responsables de l’administration centrale et des administrations régionales
auront recours à l’Outil de suivi corporatif pour évaluer les
progrès réalisés dans ce domaine.
LA SÉCURITÉ ACCRUE DU PERSONNEL ET DES DÉLINQUANTS
DANS NOS ÉTABLISSEMENTS
Recommandation no 3
Je recommande que le Service correctionnel établisse un plan d’action
concernant les mesures à prendre pour élaborer un processus servant
à assurer la mise en œuvre uniforme et rapide ainsi que des suivis
réguliers des recommandations du Bureau de l’enquêteur correctionnel
et de celles des coroners et des médecins légistes.
Le SCC a élaboré
un certain nombre de stratégies différentes pour augmenter et appuyer
sa capacité d’analyser en temps voulu l’information contenue
dans les rapports d’enquête ainsi que dans les rapports des coroners
et des médecins légistes. De plus, on insiste davantage sur la communication
des « conclusions importantes » aux unités opérationnelles.
Les membres du personnel ont maintenant accès à trois documents de
ce type sur le site Infonet du SCC,
et des documents supplémentaires seront accessibles dès l’automne
2008.
Toutes les recommandations sont examinées sérieusement et, lorsqu’une
recommandation est jugée appropriée et réalisable, un plan
d’action est mis en place. Un suivi de chaque mesure est effectué jusqu’à
ce qu’elle soit terminée, acceptable et étayée. Depuis
septembre 2007, un rapport trimestriel sur le suivi des mesures découlant
des comités d’enquête pour le Comité de direction, faisant
état des mesures prises ou en cours, est remis au sous-commissaire principal.
Des ressources sont maintenant attribuées au Secteur des opérations
et des programmes correctionnels et au Secteur des services de santé pour
augmenter la capacité du SCC
de surveiller l’avancement des plans d’action et d’appuyer leur
mise en œuvre.
Recommandation no 4
Je recommande au Service correctionnel :
a) d’établir un cadre uniforme de
consignation et de signalement des tentatives de suicide, des blessures causées
par automutilation et des surdoses;
La Directive du commissaire 568-1 révisée, Consignation et signalement
des incidents de sécurité, a été promulguée
le 4 juillet 2008. On y a inclus des définitions spécifiques
pour assurer le signalement et la consignation exacts des incidents. La consignation
et le signalement des incidents de ce type seront d’abord effectués
selon un processus normalisé, puis modifiés après évaluation
d’un autre responsable, comme un psychologue ou un agent de renseignements
de sécurité.
L’élaboration d’un module de renouvellement du Système
de gestion des délinquant(e)s sur les rapports d’incidents se poursuit
et elle devrait être terminée d’ici au printemps 2009, ce qui
aidera à donner suite aux recommandations présentées par le
Bureau de l’enquêteur correctionnel (BEC).
Le SCC déposera
également son Rapport annuel de 2007-2008 sur les suicides de détenus
d’ici décembre 2008.
b) de prévoir l’examen systémique et l’analyse
des circonstances dans lesquelles se produisent de telles blessures;
En avril 2008, le SCC
a communiqué avec le
BEC pour discuter avec lui des préoccupations concernant le
nombre d’incidents ayant entraîné des blessures qui n’ont
pas fait l’objet d’une enquête. Le
SCC a indiqué qu’il effectuera des analyses plus poussées
des blessures subies par les détenus, dans le cadre d’une approche
par étapes.
Les analyses du SCC
porteront d’abord sur le domaine de la santé mentale. En collaboration
avec la Direction des services de santé et la Direction de la recherche,
le SCC se concentrera
sur les blessures subies par les détenus, reconnus comme souffrant de problèmes
de santé mentale, diagnostiqués et autodéclarés seulement.
Cette mesure vise à la fois les victimes et les instigateurs. Nous espérons
que cela amènera le Service à mieux comprendre les circonstances entourant
ces incidents et à mieux reconnaître les conclusions que l’on
peut en tirer et, le cas échéant, définir le type de suivi
nécessaire.
Le SCC a l’intention
de se concentrer sur un domaine afin de déterminer où il peut apporter
des améliorations et quels secteurs exigent une analyse plus poussée.
Nous nous attendons à ce que cette analyse initiale soit terminée
d’ici la fin de décembre 2008.
c) de prendre des mesures correctives pour empêcher que se reproduisent
des blessures de ce genre.
Le Secteur de l’évaluation du rendement à l’AC produira
des rapports trimestriels dont les données seront fournies selon les niveaux
de sécurité, les régions et les établissements et indiqueront
le nombre d’incidents d’automutilation vérifiés. Ces rapports
seront remis à la Direction de la sécurité à l’AC
pour examen et interprétation, à la suite de quoi, le Secteur de l’évaluation
du rendement à l’AC effectuera d’autres analyses quantitatives,
portant sur les tendances à long terme, les comparaisons selon le sexe, l’origine
ethnique, le lieu des incidents et la durée de la peine. Le rapport annuel
de 2007-2008 sur les blessures subies par les détenus devrait être
terminé d’ici la fin de décembre 2008.
La production régulière de rapports trimestriels permettra au SCC de voir où les
incidents se produisent et, s’il y a lieu, d’effectuer un suivi avec
les régions pour discuter des anomalies.
Recommandation no 5
Je recommande que le Service correctionnel veille à ce que tous les
rapports pertinents concernant les décès de détenus soient
remis sans tarder aux coroners et médecins légistes et qu’il
donne immédiatement suite aux recommandations de ces derniers.
Le SCC continuera
de coopérer entièrement avec les coroners et les médecins légistes
et échangera avec eux toute information pertinente conformément à
la loi. Les coroners et les médecins légistes reçoivent régulièrement
des copies des rapports d’enquête sur les incidents du
SCC. Les recommandations issues de ces enquêtes du coroner/enquêtes
sur les décès de délinquants sont envoyées au SCC qui prépare
des réponses générales intégrées aux fins de
signature par le commissaire. La question temps est prioritaire et les délais
de réponse dépendent de la nature, la complexité et l’étendue
des recommandations fournies au
SCC.
Chaque province dispose de ses propres procédures et échéanciers
en matière d’examen des décès chez les détenus.
Le SCC peut donc recevoir
les recommandations des coroners et des médecins légistes longtemps
après qu’il a terminé l’enquête et appliqué
les mesures correctives et les plans d'action. Dans certains cas, plusieurs années
peuvent s’écouler. La réponse du
SCC peut donc parfois paraître lente, même si dans les
faits, ce dernier a plutôt répondu rapidement après l’incident.
LA CAPACITÉ ACCRUE D’INTERVENIR EFFICACEMENT AUPRÈS DES DÉLINQUANTS
ISSUS DES PREMIÈRES NATIONS ET DES DÉLINQUANTS MÉTIS ET INUITS
Recommandation no 6
Je recommande que le ministre rétablisse immédiatement le
Comité consultatif national sur les questions autochtones, conformément
à la loi.
Le commissaire est responsable de la mise sur pied du Comité consultatif
national sur les questions autochtones (CCNQA)
et en a fait sa priorité. Les membres du
CCNQA ont été choisis et avisés de leur nomination,
et leur première réunion aura lieu les 16 et 17 septembre
2008.
Recommandation no 7
Je recommande que, une fois constitué, le Comité consultatif
national sur les questions autochtones mette en priorité à son ordre
du jour les questions suivantes :
a) Examiner la structure de gouvernance du Service
correctionnel et les ressources allouées à la mise en œuvre,
en temps opportun, du Plan stratégique relatif aux services correctionnels
pour Autochtones du SCC;
Le SCC demandera l’avis
du CCNQA
sur la prestation des programmes correctionnels chez les délinquants autochtones,
ce qui comprendra l’examen du Plan stratégique relatif aux services
correctionnels pour Autochtones. De plus, le SCC
demandera conseil au Comité sur la façon de consulter régulièrement
les collectivités autochtones.
b) Examiner la capacité du Service correctionnel de surveiller les
progrès réalisés par rapport aux principaux indicateurs de
rendement correctionnel tels que les transfèrements, l’isolement, le
régime disciplinaire, les permissions de sortir et les placements à
l’extérieur, les renvois en vue du maintien en incarcération,
les reports d’examen en vue de la libération conditionnelle, de même
que les suspensions et les révocations de la mise en liberté sous
condition.
Ces domaines feront l’objet de discussions avec le
CCNQA dans le but d’obtenir des conseils sur les façons
d’améliorer les résultats et d’aider à comprendre
les prochaines étapes associées au Programme de transformation, qui
touche précisément les délinquants autochtones.
LA CAPACITÉ ACCRUE DE RÉPONDRE AUX BESOINS EN SANTÉ MENTALE
DES DÉLINQUANTS
Recommandation no 8
Je recommande que le ministre considère comme une priorité
clé du Portefeuille l’obtention d’un financement adéquat
et permanent pour la prestation de soins intermédiaires en santé mentale.
Dans le budget de 2008, le SCC
a reçu un financement permanent (16,6 M$ par année) afin de renforcer
les services de santé mentale en établissement ainsi que la continuité
des soins de santé mentale visant les délinquants sous responsabilité
fédérale. Ces fonds seront affectés à la mise en œuvre
d’une évaluation clinique détaillée de la santé
mentale des délinquants à l’admission, à l’augmentation
des soins primaires de santé mentale dans les établissements et à
l’amélioration des ratios de personnel clinique dans les centres de
traitement, de façon à ce que l’on puisse satisfaire à
des normes uniformes. Ces fonds additionnels permettront au
SCC d’améliorer la continuité des soins en santé
mentale offerts aux délinquants, de même que les résultats correctionnels
des délinquants sous responsabilité fédérale qui souffrent
de troubles mentaux, renforçant ainsi la sécurité publique.
Recommandation no 9
Je recommande que le Service correctionnel fasse de ses initiatives de formation
l’une de ses priorités pour le présent exercice de façon
à ce que tous les employés de première ligne puissent se familiariser
avec les modes d’intervention auprès des délinquants souffrant
de maladie mentale.
Le SCC reconnaît
l’importance de la formation du personnel de première ligne, appelé
à travailler avec des délinquants atteints de troubles mentaux. Une
formation supplémentaire pour le personnel de première ligne est comprise
dans le plan de mise en œuvre de la Stratégie en matière de
santé mentale du SCC.
Voici un aperçu de certaines formations qui ont été ou seront
offertes au personnel de première ligne.
Plus de 700 employés du SCC
(notamment des agents de libération conditionnelle, des membres du personnel
infirmier et des agents de correction) et du personnel contractuel d’organismes
de la collectivité ont reçu une formation de sensibilisation aux questions
de santé mentale, offerte dans le cadre de l’Initiative sur la santé
mentale dans la collectivité. De la formation additionnelle sera offerte
au cours du présent exercice et des deux prochaines années au personnel
infirmier travaillant en établissement et au personnel travaillant dans les
établissements résidentiels communautaires (ERC)
pour femmes ainsi qu’aux agents de correction.
Les psychologues auront droit à une séance de formation particulière
qui portera :
- sur l’évaluation et le diagnostic en santé mentale;
- sur l’évaluation du risque de suicide et la formation en intervention.
La thérapie comportementale dialectique (TCD),
dont on a démontré qu’elle était une intervention efficace
pour certains troubles mentaux, a été mise en œuvre dans les
établissements pour femmes. La formation en TCD est une norme nationale de
formation (NNF) pour le
personnel qui travaille dans les unités en milieu de vie structuré
et les unités de garde en milieu fermé des établissements pour
femmes. Également, une séance de sensibilisation et de formation en
TCD pour les gestionnaires
travaillant dans les établissements pour femmes est en cours d’élaboration
et elle sera mise en œuvre à l’automne ou à l’hiver
2008.
La formation intégrée sur la santé mentale et la sécurité,
qui sera offerte dans le cadre d’un projet pilote au cours du présent
exercice, aidera le personnel à se sensibiliser et à acquérir
des connaissances et des aptitudes à utiliser avec des détenus présentant
un risque et des besoins élevés et des problèmes de santé
mentale.
Les directeurs d’établissement et de district devront également
veiller à ce que tous les agents de correction reçoivent la formation
approuvée sur la prévention et l’intervention en matière
de suicide, que ce soit dans le cadre du Programme de formation correctionnelle
(PFC) ou comme
module autonome. De plus, tous les autres membres du personnel qui ont régulièrement
des contacts avec les délinquants suivront le module sur la sensibilisation
au suicide du Programme d’orientation des nouveaux employés (PONE) ou comme
module autonome. Il faut aussi souligner que tous les membres du personnel qui ont
régulièrement des contacts avec les délinquants doivent suivre
une formation d’appoint sur le suicide de deux heures, tous les deux ans.
LE RENFORCEMENT DES PRATIQUES DE GESTION
Recommandation no 10
Je recommande que le Service correctionnel augmente la représentation
des divers groupes de son effectif, à tous les échelons, de façon
à refléter la diversité ethnoculturelle de sa population de
délinquants.
Dans le cadre du plan de ressources humaines autochtones de trois ans, le SCC élaborera une
suite d’initiatives visant à augmenter la représentation des
Autochtones à tous les échelons afin de refléter la population
de délinquants. Les éléments majeurs du plan au cours de la
première année comprennent l’élaboration d’une
trousse décrivant les étapes nécessaires que le
SCC devra appliquer pour recruter davantage d’employés
autochtones (automne 2008); un programme de perfectionnement des cadres autochtones
(hiver 2008); un programme d’emploi des Autochtones visant à recruter
des Autochtones audelà de la disponibilité sur le marché
du travail (printemps 2009); un Programme fédéral d’expérience
de travail étudiant (PFETE)
pour les étudiants autochtones (hiver 2008); et l’élaboration
d’une stratégie complète de communication pour assurer le succès
du plan global (printemps 2009).
Le SCC reconnaît
également que le profil ethnoculturel des délinquants change, et il
examine comment il pourrait obtenir un effectif représentatif dans le cadre
de son plan stratégique de gestion des ressources humaines.
Recommandation no 11
Je recommande que le ministre ordonne au Service correctionnel de rétablir
immédiatement les délais de réponse prévus par le mécanisme
de présentation et de règlement des griefs et des plaintes, à
l’échelon du commissaire, soit 15 jours pour les griefs prioritaires
et 25 jours pour les griefs non prioritaires, et que le Service correctionnel prenne
les mesures nécessaires pour se conformer à ces délais.
Ces dernières années, le
SCC a fait des progrès importants dans l’amélioration
de la qualité des réponses aux griefs, assurant aux délinquants
des réponses exactes, pertinentes, bien réfléchies, complètes
et équitables. Les griefs de troisième palier présentent souvent
des questions complexes qui s’appliquent de façon générale
et systémique à toute l’organisation; ils concernent également
des intérêts importants pour les délinquants intéressés.
Les réponses peuvent avoir une incidence importante sur les politiques et
les opérations du Service. Les examens des griefs peuvent soulever des discussions
importantes parmi les gestionnaires opérationnels et les responsables des
politiques. Bon nombre de réponses à des griefs de troisième
palier exigent une quantité considérable de recherches et d’enquêtes
ainsi que des consultations avec les responsables des politiques et les spécialistes
opérationnels. Ce processus peut prendre beaucoup de temps, quelles que soient
les ressources disponibles. Même si nous nous efforçons de répondre
aux griefs aussi rapidement que possible, et particulièrement lorsqu’ils
ont trait à des questions de protection, de liberté ou de sécurité,
nous voulons nous assurer que chaque grief reçoit la considération
qu’il mérite, et que les leçons apprises sont intégrées
à la gestion subséquente du Service.
Le Service a récemment examiné les délais pour les griefs de
troisième palier en regard des considérations dont nous venons de
parler. D’après un examen, sur plusieurs années, des délais
réels de réponse à des griefs de troisième palier, il
a été déterminé que les nouveaux délais pour
ce type de griefs étaient raisonnables pour maintenir et renforcer l’efficacité
de la procédure. Bien que la plupart des griefs soient réglés
bien avant l’échéance des nouveaux délais prescrits,
il est prudent de tenir compte du temps qu’il faut pour traiter les problèmes
plus complexes.
À la demande de l’enquêteur correctionnel, le commissaire a décidé
de consulter plus précisément les délinquants et les comités
de détenus au sujet des délais. Il importe de souligner que les résultats,
qui ont été communiqués au
BEC, indiquent qu’une minorité (16 %) ne sont pas
d’accord avec ces délais tandis que 24 % approuvent les nouveaux
délais ou ne s’y opposent pas. Également, 24 % se sont
abstenus de tout commentaire, tandis que 3 % ne se sont prononcés ni
pour, ni contre les délais, sans formuler aucune autre observation.
Le Service a traité 92,9 % des griefs soumis dans les nouveaux délais
prescrits depuis que ces derniers ont été mis en application. Les
taux de traitement seront examinés de nouveau à la fin du présent
exercice, comme convenu précédemment avec le
BEC. Le SCC
s’est engagé à veiller à ce que les délais prescrits
demeurent un élément important de ses efforts en vue de faire fonctionner
de façon optimale le système de règlement des plaintes et des
griefs, en tant que moyen de résoudre les problèmes des délinquants
et en tant qu’outil utile pour les gestionnaires.
PROCHAINES ÉTAPES
Recommandation no 12
Je recommande que, dans le cadre du prochain examen de la Loi sur le
système correctionnel et la mise en liberté sous condition, le ministre
propose que le Bureau de l’enquêteur correctionnel relève directement
du Parlement.
Cette recommandation vise la partie III de la Loi sur le système correctionnel
et la mise en liberté sous condition et ne relève pas de
la compétence du Service correctionnel du Canada.
1 De 1997 à
2008, le profil de la population de délinquants sous responsabilité
fédérale a changé : on y trouve un grand nombre de délinquants
ayant de lourds antécédents en matière de violence, de condamnation
pendant l’adolescence et à l’âge adulte et de toxicomanie
grave. Au cours de cette période, il y a eu de plus en plus d’associations
avec des gangs ou le crime organisé (de 11 % à 14 %), de
taux élevés d’infection à l’hépatite C
et au VIH et de troubles mentaux graves (de 6 % à 10 %). De plus,
la proportion de délinquants coupables d’homicide a augmenté,
passant de 22 % en 1997 à 25 % en 2008; on relève une tendance
croissante à l’attribution de la cote de sécurité maximale
(de 6 % à 11 %).