Fiche d'information : Détenus autochtones
Les chiffres révèlent une situation grave
- Établie en 1991, la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA)
a conclu que « le système de justice a été un fiasco
avec les Autochtones », et le principal indicateur étant leur
représentation non proportionnelle sans cesse croissante dans les établissements
correctionnels.
- Bien que les Autochtones constituent 2,7 % de la population canadienne adulte, environ
18,5 % des délinquants sous responsabilité fédérale
sont membres des Premières nations, des Métis et des Inuits (Service
correctionnel du Canada, 2006). Environ 68 % des délinquants autochtones
sous responsabilité fédérale sont membres des Premières
nations, 28 %, des Métis, et 4 %, des Inuits.
- Cette surreprésentation est particulièrement prononcée dans
l'Ouest; elle est toutefois réelle dans tout le Canada. Dans la région
des Prairies où ils constituent une grande partie de la population générale,
les Autochtones représentent un énorme pourcentage, soit 60 %, de
la population carcérale.
- Les délinquantes autochtones sont encore plus nombreuses que les délinquants
autochtones dans le système de justice pénale; elles représentent
32 % des délinquantes sous responsabilité fédérale.
- Bien que la population carcérale au Canada ait chuté de 12,5 % entre
1996 et 2004, le nombre de délinquants membres des Premières nations
a augmenté de 21,7 % dans les établissements fédéraux.
Le nombre des délinquantes appartenant aux Premières nations a également
augmenté de 74,2 % au cours de la même période.
- Les jeunes autochtones sont également surreprésentés dans la
population carcérale de jeunes délinquants. Les recherches montrent
que les jeunes autochtones sont incriminés et emprisonnés à
un plus jeune âge et ont une période d'incarcération plus longue
que les jeunes non autochtones.
- En 2000, 41,3 % des délinquants autochtones sous responsabilité fédérale
avaient 25 ans ou moins. Les jeunes des Premières nations sont le groupe
démographique le plus en croissance au Canada, et cette croissance est censée
avoir des répercussions importantes sur le système de justice pénale.
- Si rien n'est fait pour contrer la tendance, les Autochtones pourraient atteindre
25 % de la population carcérale générale d'ici dix ans, ce
qui aurait des répercussions extrêmement graves sur les collectivités
autochtones et le service correctionnel fédéral.
Facteurs influant sur la surreprésentation des Autochtones dans les établissements
- Le taux d'incarcération élevé chez les Autochtones a été
lié à la discrimination systémique, aux attitudes fondées
sur les préjugés raciaux et culturels, à la privation économique
et sociale, à la toxicomanie et à un cycle de violence qui se transmet
d'une génération à l'autre.
- Les familles éclatées et l'aliénation culturelle sont des caractéristiques
communes aux délinquants autochtones. Au cours de ses audiences tenues dans
toutes les régions du Canada, la CRPA a appris que 95 % des délinquants
autochtones au Pénitencier de Prince Albert en Saskatchewan avaient été
adoptés ou placés en famille d'accueil à un certain moment
de leurs vies.
- Un pourcentage extrêmement élevé de délinquants autochtones
indiquent avoir consommé de la drogue et de l'alcool à un jeune âge
(80 %), avoir subi des mauvais traitements (45 %), avoir des parents négligents
ou absents (41 %) et avoir connu la pauvreté (35 %); 28 % ont été
des pupilles de la collectivité, et 15 % ont été envoyés
dans des pensionnats. Les problèmes de santé sont également
plus fréquents chez les délinquants autochtones.
Écarts relatifs aux résultats chez les délinquants autochtones
- Le Service correctionnel utilise des outils d'évaluation des risques qui,
a-t-on signalé à plusieurs reprises, surclassent les délinquants
autochtones. Ceux-ci sont classés à des niveaux de sécurité
plus élevés, et dans des établissements à sécurité
minimale la moitié moins souvent que les délinquants non autochtones.1
- Comme leurs homologues masculins, les femmes autochtones sont surreprésentées
dans la population carcérale des établissements à sécurité
maximale. Par exemple, en date du 26 septembre 2006, les femmes autochtones comptaient
pour 44 pour cent du total de femmes purgeant une peine de ressort fédéral
dans un établissement à sécurité maximale et 44 pour
cent de la population des établissements à sécurité
moyenne, alors qu'elles comptaient pour seulement 18 pour cent de la population
des établissements à sécurité minimale en 2003.
- Le placement dans des établissements à sécurité maximale
et l'isolement préventif réduisent l'accès aux programmes visant
à préparer les délinquants à une éventuelle mise
en liberté et à accroître leurs chances de réussir la
réinsertion dans leurs collectivités.
- Les délinquants autochtones sont placés en isolement préventif
plus souvent que les délinquants non autochtones.
- Le volume des demandes de libération conditionnelle totale qui font l'objet
d'un examen par la Commission nationale des libérations conditionnelles est
inférieur pour les délinquants autochtones, ce qui est dû en
partie au taux élevé de renonciation à la libération
conditionnelle totale qu'affichent ces derniers.
- Le taux de la libération conditionnelle totale accordée pour les délinquants
autochtones est inférieur à celui des délinquants non autochtones.
Les délinquants autochtones font l'objet d'une libération d'office
et d'une surveillance dans le cadre de ce type de mise en liberté à
un taux considérablement plus élevé.
- Les périodes d'incarcération plus longues et les libérations
d'office plus nombreuses pour les délinquants autochtones écourtent
le temps accordé aux programmes/interventions communautaires comparativement
aux délinquants non autochtones. Le nombre de délinquants autochtones
dont la liberté conditionnelle a été suspendue et qui ont fait
l'objet d'une détention temporaire a augmenté au cours des dernières
années.
- Le taux de délinquants autochtones qui font l'objet d'une surveillance dans
la collectivité (31 %) est considérablement inférieur au taux
de délinquants non autochtones (41 %) qui purgent leurs peines dans la collectivité
dans le cadre d'une libération conditionnelle.
- Les délinquants autochtones sont plus susceptibles de voir leur libération
conditionnelle révoquée que les non autochtones. Le taux de révocation
pour inobservation des conditions de libération conditionnelle (c.-à-d.
pas de nouvelle infraction criminelle) est plus élevé chez les délinquants
autochtones.
- Les délinquants autochtones sont réadmis dans les établissements
fédéraux (dans les deux ans suivant la date d'expiration du mandat)
plus souvent que les délinquants non autochtones, avec un pourcentage plus
élevé de réadmissions pour des infractions avec violence mentionnées
à l'annexe 1.
- Les délinquants autochtones qui font l'objet d'un renvoi en vue d'un examen
de maintien en incarcération et qui sont maintenus en incarcération
continuent d'être plus nombreux comparativement à d'autres groupes.
En 2004-2005, les délinquants autochtones comptaient pour 30,4 % du nombre
total des délinquants ayant fait l'objet d'un renvoi en vue d'un examen de
maintien en incarcération, et pour 30,7 % des délinquants maintenus
en incarcération, bien qu'ils représentaient 18,5 % des délinquants
sous responsabilité fédérale purgeant des peines de durée
déterminée.
- Les statistiques du Service correctionnel du Canada sur les résultats correctionnels
confirment que, malgré des années de rapports par des groupes de travail,
d'examens internes, de stratégies nationales, d'ententes de partenariat et
de plans d'action, on n'a pas réussi à améliorer la situation
générale des délinquants autochtones au cours des vingt dernières
années.
Recommandations
De grandes difficultés empêchent de faire le pont entre les approches
correctionnelles traditionnelles et les méthodes autochtones relatives à
la justice et à la réconciliation. L'appui et l'intervention continus
des aînés, des agents de liaison autochtones, des représentants
communautaires et des organisations autochtones sont des éléments
principaux qui contribuent à combler les écarts relatifs aux résultats
relevés chez les Premières nations, les Métis et les Inuits.
- Les groupes représentant des détenus insistent depuis longtemps pour
que les peuples et les organisations autochtones participent directement à
l'élaboration et à l'établissement de programmes adéquats
et à l'analyse des outils d'évaluation utilisés actuellement
par le SCC.
- Dans son rapport annuel 2005-2006, l'enquêteur correctionnel a recommandé
qu'au cours de l'année à venir, le Service correctionnel :
- mette en ouvre un processus de classement selon le niveau de sécurité,
qui mettra fin au surclassement des délinquants autochtones;
- accélère l'accès aux programmes et services qui réduiront
considérablement la période d'incarcération des délinquants
dans les établissements à sécurité moyenne et maximale;
- augmente considérablement le nombre des délinquants autochtones
dans les établissements à sécurité minimale;
- augmente considérablement le nombre de permissions de sortir sans escorte
et de placements à l'extérieur;
- augmente considérablement le nombre de délinquants autochtones qui
se présentent devant la Commission nationale des libérations conditionnelles
à la première date possible;
- ait recours davantage aux accords conclus avec les collectivités autochtones
en vertu des articles 81 et 84 de la LSCMLC, et établisse la capacité
requise2;
- améliore considérablement (outre l'équité en matière
d'emploi requise) le pourcentage de la main d'ouvre autochtone à tous
les niveaux dans les établissements où la majorité
des délinquants sont d'origine autochtone.
- 30 -
1 Rapport Arbour (1996); Vérificateur
Général (2003); Commission canadienne des droits de la personne (2003);
Cheryl Webster et Tony Dood (2004); Division de la recherche correctionnelle au
ministère de la Sécurité publique (2004).
2 Les articles 81 et 84 de la Loi
sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition
prévoient la participation directe des collectivités autochtones aux
services correctionnels, en vue d'une libération conditionnelle rapide.