Rapport annuel du
Bureau de l'enquêteur
correctionnel 2004-2005
Communiqué de presse pour le Rapport
annuel 2004-2005 : Hausse dramatique du nombre de détenus ayant une maladie
mentale, selon les résultats d'un rapport Mise en oeuvre d'une stratégie
nationale pour régler la situation d'urgence
Table des matières
Message de l'enquêteur correctionnel
Les trois éléments fondamentaux
- Les droits de la personne dans le milieu correctionnel
- La responsabilisation du personnel de première ligne et des
cadres supérieurs
- La réinsertion sociale des délinquants
Examen des principaux secteurs à problèmes
- Services de santé mentale
- Délinquantes
- Délinquants autochtones
- Griefs des détenus, allégations de harcèlement
et inconduite des employés
- Préparation de cas et accès aux programmes
- Gestion de la population carcérale
- Classement des délinquants selon le niveau de sécurité
- Réponse de la ministre au Rapport annuel de l'enquêteur
correctionnel 2003-2004
Conclusion
Annexe A : Statistiques
Annexe B : Réponse de la ministre au Rapport annuel de
l'enquêteur correctionnel 2003-2004
Annexe C : Résumé des recommandations
RÉPONSE DU SERVICE CORRECTIONNEL DU CANADA AU 32e
RAPPORT ANNUEL DE L'ENQUÊTEUR CORRECTIONNEL 2004-2005
INTRODUCTION
SERVICES DE SANTÉ MENTALE
Recommandation 1a)
Recommandation 1b)
DÉLINQUANTES
Recommandation 2
DÉLINQUANTS AUTOCHTONES
Recommandation 3a)
Recommandation 3b)
GRIEFS DES DÉTENUS, ALLÉGATIONS DE HARCÈLEMENT
ET INCONDUITES DU PERSONNEL
Recommandation 4a)
Recommandation 4b)
PRÉPARATION DES CAS ET ACCÈS AUX PROGRAMMES
Recommandation 5
GESTION DE LA POPULATION CARCÉRALE
Recommandation 6a)
Recommandation 6b)
CLASSEMENT DES DÉLINQUANTS SELON LE NIVEAU DE SÉCURITÉ
Classement des délinquants selon le niveau de sécurité
Recommandation 7
Classement des délinquants purgeant une peine à perpétuité
Recommandation 8
ANNEXE A
ANNEXE B
Message de l'enquêteur correctionnel
J'ai l'honneur de vous présenter le rapport annuel de 2004-2005 du Bureau
de l'enquêteur correctionnel (
BEC)
du Canada.
L'année passée a été difficile pour tous ceux qui travaillent
dans le système correctionnel à cause des circonstances tragiques
qui ont coûté la vie à Mme Louise Pargeter, une agente de libération
conditionnelle tuée dans l'exercice de ses fonctions à Yellowknife
le 6 octobre 2004. Événement tragique qui nous rappelle les défis
difficiles et parfois dangereux auxquels sont confrontées les autorités
correctionnelles.
Bureau de l'enquêteur correctionnel
La partie III de la
Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté
sous condition confère à l'enquêteur correctionnel
le rôle d'ombudsman pour les délinquants sous responsabilité
fédérale. La principale fonction du
BEC est de faire enquête sur les plaintes individuelles des
délinquants et de les régler. Il incombe aussi au
BEC d'examiner les politiques et procédures du Service correctionnel
du Canada liées aux plaintes des délinquants et de faire des recommandations
à ce sujet, pour que les secteurs systémiques préoccupants
soient repérés et traités de façon appropriée.
Encore cette année, le Service correctionnel du Canada (SCC)
a fait des progrès importants dans certains secteurs préoccupants
clés :
- Le SCC se prépare
à lancer le premier projet pilote sur les pratiques de tatouage sécuritaires
dans six pénitenciers. C'est une initiative importante pour arrêter
la propagation des maladies infectieuses et montrer l'engagement du
SCC à l'égard de l'amélioration de la santé
publique.
- Le SCC a fait des progrès
importants en ce qui concerne le niveau de conformité aux exigences des politiques
et procédures sur le « recours à la force ».
- Le SCC utilise davantage
les ententes avec les collectivités autochtones sur la garde et la surveillance
des délinquants autochtones dans la région des Prairies. De plus,
les programmes visant les Autochtones qui sont exécutés par le SCC semblent être de
plus en plus acceptés par les délinquants autochtones.
- Nous avons remarqué une grande amélioration en ce qui concerne le
traitement au niveau institutionnel des plaintes déposées par les
détenus contre la Couronne : les plaintes ont en effet plus tendance à
être traitées dans les délais prescrits.
- Cette année marque la fermeture de la dernière unité colocalisée,
où des délinquantes étaient détenues dans des pénitenciers
pour hommes.
L'année dernière, j'ai eu la possibilité de visiter plusieurs
établissements correctionnels dans différentes collectivités
du Canada et de rencontrer plusieurs intervenants du système correctionnel.
Au cours de mes déplacements, j'ai pu constater qu'il existait trois éléments
fondamentaux pour que le système correctionnel fédéral puisse
atteindre ses deux objectifs prévus par la loi : 1) garde et surveillance
sécuritaires et humaines et 2) aide à la réadaptation des délinquants
et à leur retour dans la collectivité comme citoyens respectueux des
lois. Les trois éléments fondamentaux en question sont les suivants :
- la nécessité absolue d'encourager une culture solide fondée
sur les droits de la personne au sein du
SCC;
- l'exigence selon laquelle les employés et les cadres supérieurs du
SCC doivent être
tenus pour responsables de l'application qu'ils font des lois et des politiques;
- l'exigence d'aider les délinquants à une réinsertion rapide
et sécuritaire dans la collectivité.
Le rapport annuel de cette année est structuré différemment
des années passées. Il est divisé en deux parties : la première
porte sur les trois éléments fondamentaux, la deuxième, sur
les secteurs préoccupants dans le traitement des délinquants sous
responsabilité fédérale.
Je commence par les trois éléments fondamentaux, parce qu'il est important
pour tout le monde que le système correctionnel respecte les lois régissant
le traitement équitable et efficace des détenus. L'application de
la loi et la prise de décisions équitables sont des composantes essentielles
au renforcement de la sécurité dans les pénitenciers, pour
les employés et les détenus. En fin de compte, en adoptant une approche
axée sur les droits de la personne, il est plus probable que le système
correctionnel mettra en liberté des citoyens respectueux des lois.
Les trois éléments fondamentaux
Les droits de la personne dans le milieu correctionnel
Le respect et la protection des droits et libertés fondamentaux de la personne
doivent être les éléments principaux de toute tentative correctionnelle.
Les responsabilités et fonctions normales des employés du système
correctionnel - comme le recours à la force, les fouilles, le placement en
isolement et le transfèrement à une unité de sécurité
plus élevée - empiètent considérablement sur les droits
des délinquants. Le SCC
a un grand pouvoir sur tous les aspects de la vie des délinquants. Pour cette
raison, les mesures prises par le SCC
doivent tenir compte de la primauté du droit et respecter les dispositions
législatives sur la protection des droits de la personne prévues par
la loi.
Les droits de la personne sont des garanties légales universelles qui protègent
les personnes et groupes de personnes contre les actions qui empiètent sur
leur liberté et leur dignité. Les obligations en matière de
droits de la personne établies par le Canada sont conçues à
partir de plusieurs traités, conventions et déclarations internationaux[1], de lois nationales[2] et de textes constitutionnels[3].
Ensemble, ces obligations forment la pierre angulaire sur laquelle se fondent les
activités du SCC.
En respectant les droits des délinquants, nous, comme société,
transmettons un message ferme selon lequel chacun de nous, peu importe les circonstances,
la race, l'état civil, le sexe ou la religion, doit être traité
avec respect et dignité.
Droits de la personne
Le respect et la protection des droits et libertés fondamentaux de la personne
doivent être les éléments principaux de toute tentative correctionnelle.
Les obligations en matière de droits de la personne du
SCC peuvent être résumées en quatre points principaux :
- la sécurité des employés du système correctionnel, des
délinquants et de toute la société doit être primordiale;
- le délinquant continue à jouir des droits et privilèges reconnus
à tout citoyen, sauf de ceux dont la suppression ou restriction est une conséquence
nécessaire de la peine qui lui est infligée;
- les décisions touchant les délinquants doivent être prises de
façon équitable et catégorique conformément aux dispositions
législatives et aux politiques;
- les autorités correctionnelles doivent appliquer « les mesures
le moins restrictives possible » dans l'exercice de leurs responsabilités
concernant la sécurité publique.
L'inobservation de l'un des quatre énoncés ci-dessus nuit à
la sécurité publique, parce qu'elle entrave la réadaptation
des délinquants. Ceux-ci peuvent par exemple participer à des programmes
très importants et appropriés de réadaptation visant à
réduire le risque de récidive; cependant, si les délinquants
vivent dans un milieu non équitable où les droits de la personne ne
sont pas respectés, les bienfaits du traitement peuvent être réduits
ou se dissiper complètement. Un milieu où les droits de la personne
sont respectés favorise un changement pour le mieux, alors qu'un milieu où
abus et manque de respect se côtoient a un effet contraire.
Le cadre national et international du Canada régissant les droits de la personne
a été créé pour s'assurer que le système correctionnel
:
- encourage au respect des droits de la personne et veille à leur application;
- empêche la violation des droits de la personne;
- relève et règle les cas de violation des droits de la personne.
S'il est appliqué de façon efficace, le cadre peut aider à
prévenir les cas de violation des droits de la personne, à les relever
et à les régler, afin que ces incidents ne se produisent plus. Les
employés et cadres supérieurs peuvent respecter le cadre seulement
s'ils ont une bonne compréhension des règles régissant les
droits de la personne.
La responsabilisation du personnel de première ligne et des cadres supérieurs
La responsabilisation est essentielle dans notre régime démocratique.
La responsabilisation et la transparence dans le processus de prise de décision
sont les caractéristiques fondamentales d'un système correctionnel
conforme et efficace.
Le SCC doit posséder
les moyens, stratégies et méthodes pour évaluer son rendement
et pouvoir montrer au Parlement et aux Canadiens et Canadiennes l'efficacité
et l'équité de ses décisions. La structure de gouvernance générale
doit être adaptée de manière qu'elle permette de prévenir,
de détecter, d'intervenir et de régler rapidement les cas de violation
des lois et politiques.
La responsabilisation dans le système correctionnel signifie être sensible
aux questions préoccupantes soulevées par les délinquants.
Les organismes autorisés, notamment le
SCC et le BEC,
doivent répondre aux questions des délinquants objectivement et rapidement
et prendre les mesures correctives.
On sait bien que la responsabilisation et la gouvernance dans un organisme du calibre
du SCC posent des difficultés
de gestion. Par conséquent, il est nécessaire d'avoir une autorité
centrale ferme, pour voir à ce que les employés de première
ligne, les gestionnaires et cadres supérieurs comprennent leurs responsabilités
et les assument pleinement de manière à pouvoir rendre des comptes
s'il le faut. Les syndicats doivent aussi accepter et promouvoir le double rôle
du maintien de la sécurité et de l'assistance, composantes intrinsèques
du système correctionnel.
Responsabilisation La responsabilisation et la transparence dans
le processus de prise de décision sont les caractéristiques fondamentales
d'un système correctionnel conforme et efficace.
Depuis l'adoption de la Loi sur le ministère de la Sécurité
publique et de la Protection civile l'année passée, la ministre
de la Sécurité publique et de la Protection civile a un rôle
et des responsabilités clairs qui consistent à établir les
priorités stratégiques des organismes de son portefeuille, notamment
celui du SCC. La ministre
a le pouvoir de lancer, de recommander, de coordonner, de mettre en application
ou de promouvoir les politiques, programmes ou projets liés à la sécurité
publique.
Le BEC a été
encouragé par la réponse de la ministre aux recommandations du rapport
annuel de l'an dernier, et appuie entièrement le rôle de la ministre
et son engagement de veiller à la responsabilisation du système correctionnel
fédéral pour les Canadiens et Canadiennes et le Parlement.
La réinsertion sociale des délinquants
La loi habilitante du Service correctionnel du Canada, la Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition, prend appui
sur le principe selon lequel la réadaptation réussie et la réinsertion
sécuritaire des délinquants dépendent du traitement humain
et des formes les moins restrictives possibles de garde et de surveillance, tout
en assurant la sécurité publique. La Loi prescrit que des mesures
raisonnables soient prises pour que les conditions de vie et de travail des délinquants
soient saines, et que les pratiques portant atteinte à la dignité
de la personne soient inexistantes.
Tous les instruments de protection des droits de la personne internationaux et nationaux
affirment que les personnes dépourvues de leur liberté ont le droit
d'être traitées avec équité et ne pas subir des traitements
ou des punitions cruels, inhumains ou dégradants. Il faut respecter les normes
en matière de droits de la personne, non pas parce qu'elles sont imposées
par les lois internationales et nationales, mais parce qu'elles sont plus efficaces
que toute autre solution connu - pour les délinquants, le personnel du système
correctionnel et toute la société. Le respect des droits de la personne
augmente, mais ne garantit pas, la possibilité de pouvoir mettre en liberté
des citoyens plus responsables plus rapidement.
Traitement humain La réadaptation réussie et la réinsertion
sécuritaire des délinquants dépendent du traitement humain
et des mesures les moins restrictives possibles de garde et de surveillance, dans
des circonstances où la sécurité publique ne risque pas d'être
compromise.
La réinsertion réussie, sécuritaire et rapide est plus probable
lorsque les programmes de réadaptation axés sur des éléments
de preuve solides sont exécutés dès le début et tout
au long de la période de détention du délinquant. Ces programmes
peuvent viser des problèmes comme la maîtrise de la colère et
les attitudes antisociales. D'autres programmes, comme l'acquisition des compétences
en matière d'emploi et l'éducation, doivent aussi être accessibles
aux délinquants pour mieux les équiper en vue de leur retour éventuel
dans la collectivité.
Il est également important de fournir des services psychologiques et psychiatriques
aux délinquants qui souffrent de troubles mentaux comme la schizophrénie
et la dépression. Le fait de ne pas tenir compte de ces questions nuira à
la sécurité publique et jettera le doute sur la capacité des
autorités correctionnelles et des responsables de la mise en liberté
de respecter leur mandat.
Même si des progrès ont été réalisés au
cours de la dernière année, le
SCC continue de faire face à des difficultés importantes
et persistantes en ce qui a trait aux trois éléments fondamentaux
énoncés ci-dessus. Le
BEC est toujours préoccupé par les questions non réglées
touchant les droits de la personne et les lacunes en matière de responsabilisation,
et du fait de ne pas avoir réussi à maximiser les possibilités
de réinsertion sécuritaire des délinquants dans la collectivité.
Il y a toujours des cas où le cadre juridique et politique régissant
le système correctionnel fédéral n'est pas appliqué
de façon uniforme, ce qui entraîne une restriction injustifiée
des droits des délinquants. Les méthodes de contrôle de la responsabilisation
demeurent faibles dans plusieurs secteurs.
Trop souvent nous nous trouvons dans des situations où le
SCC n'est pas disposé à assumer la responsabilité
lorsqu'il y a atteinte aux droits de la personne ni à remédier rapidement
à la situation. Les problèmes de responsabilité de gestion
reviennent tout le temps - engagements pris mais non respectés; plans d'action
élaborés mais non réalisés; recommandations du BEC rejetées
à répétition et questions systémiques sous-jacentes
demeurant sans solution.
De nombreuses questions remontant aux années passées font toujours
l'objet d'un examen actif par le SCC.
La violence dans les établissements et les blessures subies par les détenus
préoccupent le BEC
et le SCC depuis plusieurs
années. L'année passée, plus d'un millier de délinquants
avaient besoin de soins médicaux à la suite d'agressions, de bagarres
ou de blessures auto-infligées. D'autres, soit environ un millier de délinquants,
ont subi des blessures accidentelles. Dans 800 cas, on a dû avoir recours
à la force dans les établissements fédéraux l'an passé
et, dans environ 20 % des cas, des agents chimiques ont été utilisés.
Ces incidents sont pour le moins troublants.
Le processus d'enquête du SCC
continue d'être non conforme aux exigences politiques liées à
l'analyse et à l'examen des enquêtes sur des incidents impliquant la
mort ou des blessures corporelles graves parmi les détenus. Cette question
nous préoccupe grandement, et une suite y sera donnée.
Difficultés principales Le
BEC est toujours préoccupé par les questions non réglées
touchant les droits de la personne et les lacunes en matière de responsabilisation,
et du fait de ne pas avoir réussi à maximiser les possibilités
de réinsertion sécuritaire des délinquants dans la collectivité.
Sur une note positive, le SCC
a pris des mesures initiales pour recueillir des renseignements trimestriels sur
les blessures subies par les détenus et les incidents où il a fallu
avoir recours à la force. Il s'agit d'une tentative pour déterminer
les causes et les secteurs où des mesures correctives peuvent être
prises. En plus, le SCC
a établi un processus d'examen et de formation efficace, ce qui a eu comme
résultat la réduction des incidents où il y a un recours à
la force et un respect accru des exigences en matière de politiques et de
procédures.
Le mandat du BEC,
comme ombudsman du système correctionnel fédéral, consiste
à enquêter sur les plaintes individuelles des délinquants et
à essayer de les régler. Il lui incombe aussi d'examiner les politiques
et procédures correctionnelles sur les plaintes individuelles et de faire
des recommandations à ce sujet. C'est pour s'assurer que les secteurs systémiques
à problèmes sont déterminés et les problèmes
réglés de façon appropriée. Cette responsabilité
ne peut pas être exercée, si le
SCC n'apporte pas sa collaboration de façon continue, objective
et opportune. J'aurai le plaisir de travailler avec la commissaire au cours de la
prochaine année. Nous pourrons ainsi réellement assumer nos responsabilités
collectives à l'égard des secteurs à problèmes.
Examen des principaux secteurs à problèmes
Dans cette section, je vais mettre l'accent sur les principaux secteurs à
problèmes et faire des recommandations sur l'amélioration du rendement
global du SCC en ce qui
concerne les questions liées aux droits de la personne, à la responsabilisation
et à la réinsertion sociale en toute sécurité. D'autres
secteurs dont le présent rapport ne fait pas état posent des problèmes
continus pour le BEC,
comme les enquêtes sur les blessures graves ou les décès, les
finances des détenus et les programmes et services individualisés
pour les délinquants jeunes et âgés. Je vais essayer de continuer
à travailler avec le SCC
pour réaliser des progrès à ce sujet.
Services de santé mentale
Depuis des années, le
BEC s'inquiète des besoins croissants d'un des groupes les
plus vulnérables - les délinquants qui souffrent de maladies mentales.
Dans le dernier rapport annuel, une section spéciale était consacrée
aux points préoccupants. En général, la section reflétait
notre appui de la stratégie en matière de santé mentale qui
a été récemment élaborée par le
SCC et appuyée par le Comité de direction en juillet
2004. La stratégie du SCC
tient compte du fait que la proportion de délinquants sous responsabilité
fédérale ayant des besoins en matière de santé mentale
a plus que doublé au cours des dix dernières années. Cette
stratégie a été établie presque en même temps
que l'étude sur les besoins de services de santé des délinquants
sous responsabilité fédérale été publiée
dans le numéro d'avril 2004 de la Revue canadienne de santé publique
(voir www.cpha.ca).
L'étude a montré que les délinquants ont toujours une santé
physique et mentale moins bonne que la population générale, peu importe
l'indicateur utilisé. Ceci comprend les mesures socioéconomiques comme
le niveau d'études et de chômage; les comportements liés à
la santé, comme le tabac et la toxicomanie; les maladies chroniques, comme
le diabète et les maladies cardiaques; les maladies infectieuses comme le
VIH et la tuberculose;
les troubles mentaux comme la schizophrénie et les troubles de l'humeur ;
et la mortalité comme l'homicide et le suicide.
Malheureusement, les services de santé mentale fournis aux délinquants
par le SCC n'ont pas
suivi le rythme de l'augmentation en flèche du nombre de malades. Les programmes
de santé mentale comprennent beaucoup de lacunes. Ce point a été
souligné à la suite d'un examen sur la santé mentale, les maladies
mentales et la toxicomanie qui a été effectué récemment
par le Comité sénatorial permanent des affaires sociales, des sciences
et de la technologie, dont le président est l'honorable Michael J. L. Kirby.
Dans son rapport provisoire[4], le
Comité approuve les conclusions du
SCC :
- Le SCC doit avoir une
capacité accrue pour répondre aux besoins des délinquants d'accès
aux services de santé mentale et de traitement de la toxicomanie.
- Les cinq centres de traitement du
SCC n'ont pas les ressources dont disposent les centres médicaux
provinciaux.
- Les psychologues s'occupent essentiellement de l'évaluation des risques pour
la prise de décisions sur la libération conditionnelle et non du traitement
et de la réadaptation des délinquants.
- Il n'y a pas de formation spéciale pour les employés du SCC de première ligne sur
les maladies mentales et la toxicomanie.
Le besoin d'apporter des améliorations au soutien communautaire pour les
délinquants libérés est aussi considéré comme
une priorité, car les services doivent être fournis non seulement tout
au long de la période de détention, mais également après.
Santé mentale Le nombre des délinquants sous responsabilité
fédérale qui ont des besoins en matière de santé mentale
a plus que doublé au cours des dix dernières années.
La stratégie du SCC
encourage l'adoption d'un continuum de soins depuis l'admission initiale jusqu'à
la mise en liberté sécuritaire des délinquants dans la collectivité.
La stratégie indique que des investissements importants sont nécessaires
dans quatre principaux secteurs :
- évaluation médicale complète à l'admission;
- exigences précises pour améliorer les centres de traitement actuels
du SCC;
- unités de santé mentale intermédiaires dans les établissements
existants pour fournir un traitement et des évaluations continues au cours
de la période d'incarcération;
- santé mentale dans la collectivité pour aider les délinquants
en liberté conditionnelle.
Le BEC était
content du fait que l'année passée, le Comité de direction
du SCC a entièrement
appuyé la stratégie en quatre composantes, et que les fonds ont été
obtenus pour plusieurs aspects de la composante relative à la collectivité.
Malheureusement, le SCC
n'a ni déterminé ni obtenu les fonds pour les trois autres principales
composantes de la stratégie.
Le SCC a élaboré
un plan d'action comportant des engagements positifs et des délais d'exécution
raisonnables, mais nous prévoyons peu ou pas de progrès, étant
donné que le SCC
a admis ne pas avoir de plan de financement pour mettre en application l'étape
initiale de la stratégie. Nous sommes encouragés du fait que le SCC est en train d'examiner
sa structure de gouvernance en ce qui touche la prestation des soins de santé,
y compris les soins de santé mentale, pour améliorer la structure
de responsabilisation des administrations régionales et nationale. Jusqu'à
maintenant, le SCC n'a
pas investi de nouveaux fonds pour appuyer la mise en ouvre de la nouvelle structure.
Nous sommes contents des nouvelles que nous avons reçues sur les nouveaux
investissements en matière de santé mentale dans la collectivité.
Les délinquants souffrant de troubles mentaux recevront des services améliorés
en se préparant à la libération et après. Toutefois,
la consolidation de la dernière étape du système de santé
mentale du SCC n'est
qu'une solution partielle. Il faut qu'une évaluation des délinquants
soit faite à l'admission et que les soins de santé mentale dont ces
derniers ont besoin soient fournis de façon appropriée. Cette mesure
améliorera la sécurité publique tout en maximisant la réinsertion
sécuritaire des délinquants dans la collectivité, misant ainsi
sur la composante relative à la santé mentale de la collectivité
inscrite dans la stratégie du
SCC.
Recommandation 1
a) Je recommande que le SCC
obtienne les fonds nécessaires à la mise en ouvre, dans les délais
prescrits, de l'ensemble de la stratégie en matière de santé
mentale.
b) Je recommande que le SCC
prenne immédiatement les mesures nécessaires pour sensibiliser et
former tous les employés de première ligne, afin qu'ils sachent correctement
reconnaître les comportements nuisibles, liés à des troubles
de santé mentale, et qu'ils apprennent à réagir en conséquence.
Délinquantes
Dans le rapport annuel de l'an dernier, nous avons une fois de plus indiqué
que le SCC n'a pas réussi
à mettre en application les recommandations principales de la juge Arbour
figurant dans le rapport Commission d'enquête sur certains événements
sur venus à la Prison des femmes de Kingston. Au fil des années,
le SCC a indiqué
à plusieurs reprises qu'il a « donné suite aux 87 recommandations
et sous-recommandations du rapport [de la juge Arbour], à l'exception de
quelques-unes ». Toutefois, la plupart des enquêtes, commissions
et rapports ultérieurs[5] ont
repris plusieurs des recommandations principales faites par la juge Arbour en 1996.
Dans un rapport spécial rendu public en 2003, la
CCDP a conclu que le SCC
a fait quelques progrès, mais que les pratiques discriminatoires sont présentes
dans plusieurs secteurs importants. Nous notons en particulier le classement selon
le niveau de sécurité, l'évaluation des risques et besoins,
les programmes de base adaptés, les services de santé mentale et les
politiques de réinsertion pour les délinquantes en général
et, plus précisément, pour les femmes handicapées et les Autochtones.
L'ouverture de nouveaux établissements régionaux n'a pas mené
aux progrès envisagés en 1996 au chapitre des droits de la personne
et des politiques et pratiques correctionnelles efficaces. Le
SCC continue à utiliser les outils et procédures de
classement qui sont considérés comme discriminatoires pour les délinquantes
ou qui tendent à les surclasser, malgré le fait que cette pratique
aille à l'encontre de la Loi canadienne sur les droits de la personne
et de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous
condition.
Un processus de classement approprié selon le niveau de sécurité
n'est pas encore établi pour les femmes, bien qu'il ait initialement été
considéré comme problématique en 1990 par le Groupe de travail
sur les femmes purgeant une peine fédérale et en 1996 par la juge
Arbour.
Délinquantes Des barrières systémiques et
des possibilités limitées continuent de faire obstacle à la
réinsertion rapide des femmes autochtones dans leurs collectivités.
Le SCC n'arrive pas à
répondre à l'exigence de mettre immédiatement en application
des mesures moins restrictives pour les cas d'isolement à long terme. Il
n'a pas non plus appliqué l'arbitrage indépendant pour les décisions
sur l'isolement préventif, en vue d'assurer la conformité à
la loi et l'équité, selon les recommandations faites par la juge Arbour
et dans le rapport de 2003 de la Commission canadienne des droits de la personne
(CCDP)
(www.chrc-ccdp.gc.ca/).
Des barrières importantes font obstacle à la réinsertion sociale
sécuritaire des délinquantes, comme le manque d'accès général
aux programmes conçus précisément pour répondre à
leurs besoins. De plus, il n'existe pas de bons programmes sur l'emploi et l'employabilité,
pas plus que de logements appropriés et de soutien pour les délinquantes
après leur mise en liberté.
L'accès aux programmes dans les unités de garde en milieu fermé
pose toujours problème. Un seul établissement à sécurité
minimale existe et est sous-utilisé. Les barrières systémiques
et les possibilités limitées continuent de faire obstacle à
la réinsertion sociale rapide des femmes autochtones dans leurs collectivités,
comme le montre le nombre élevé des délinquantes autochtones
qui font l'objet d'une libération d'office.
Le traitement approprié et dans les délais prescrits des griefs en
matière de harcèlement n'est pas encore une réalité.
Les séances de formation limitées concernant les approches axées
sur les femmes qui sont fournies aux employés de première ligne ont
retardé davantage le progrès, malgré les divers engagements
qui ont auparavant été pris à cette fin.
Finalement, la structure de gouvernance du
SCC ne reflète toujours pas les recommandations de la juge
Arbour selon lesquelles un « courant distinct » doit être
établi dans le cas des établissements correctionnels pour femmes.
La réponse du SCC
au rapport de la CCDP
a été rendue publique en février 2005. Bien qu'un plan d'action
détaillé, mais bureaucratique, y ait été fourni, le
sens et l'intention des recommandations étaient absents. Les commentaires
du BEC sur
les plans d'action du SCC
qui ont été formulés en mars 2005 à l'intention du sous-commissaire
pour les femmes se trouvent sur le site Web du
BEC (www.oci-bec.gc.ca).
En réponse aux recommandations du dernier rapport annuel, la ministre a dit
avoir été informée par le commissaire que le
SCC est en train de rédiger un rapport d'étapes public
sur dix ans qui porte sur les services correctionnels pour femmes. Le rapport fournira
une réponse détaillée à toutes les recommandations du
rapport de la juge Arbour et à d'autres rapports pertinents.
Recommandation 2
Je recommande que la ministre nomme en mai 2006 un comité d'experts pour
rédiger un rapport public sur les progrès réalisés qui
sont traités en détail dans la réponse du
SCC concernant les questions relatives aux droits de la personne et
à l'équité, et ce, depuis la production du rapport de la juge
Arbour de 1996 - le rapport du Comité doit être présenté
à la ministre avant octobre 2006.
Délinquants autochtones
Le traitement des délinquants autochtones préoccupe énormément
le BEC depuis
longtemps. De fait, dans le premier rapport annuel du
BEC, qui date de 1973-1974, l'enquêteur correctionnel à
l'époque, Inger Hansen, a signalé des cas systémiques de discrimination
contre les délinquants autochtones sous responsabilité fédérale.
Au cours des dix dernières années, nos rapports annuels comportaient
des recommandations précises sur les barrières systémiques
et discriminatoires qui empêchent les délinquants autochtones de bénéficier
de leurs droits prévus par la loi et de leurs droits constitutionnels, ce
qui limite considérablement leur réinsertion rapide et sécuritaire
dans la collectivité.
En dépit de quelques points positifs, nous croyons que les conditions générales
des délinquants autochtones ne se sont pas sensiblement améliorées
au cours des dernières années. Les Autochtones comptent pour une grande
partie de la population carcérale : ils représentent 18 % de la population
carcérale sous responsabilité fédérale. Par contre ils
ne forment que 3 % de la population canadienne générale.
Délinquants autochtones En dépit de quelques points
positifs, nous croyons que les conditions générales des délinquants
autochtones ne se sont pas améliorées de façon mesurable au
cours des dernières années.
Le SCC n'a pas de contrôle
sur les admissions dans les établissements, mais il a une obligation statutaire
et constitutionnelle de faire ce qu'il peut pour respecter les droits, répondre
aux besoins culturels uniques des délinquants autochtones et les aider de
façon efficace à réintégrer la collectivité.
Le SCC possède
de nombreux mécanismes pour améliorer la situation et les conditions
de détention des délinquants autochtones. La Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition fournit un cadre
solide et efficace pour réduire la discrimination systémique au cours
de la détention dans un établissement fédéral et de
la réinsertion sociale. Le SCC
continue aussi de tirer parti des engagements pris à l'échelle du
gouvernement et des investissements financiers remontant à plusieurs années,
pour améliorer les conditions générales des Autochtones au
Canada. Ces engagements et investissements ont donné lieu à certaines
initiatives de programmes réussies, mais les effets bénéfiques
généraux ont malheureusement été limités.
Les statistiques du SCC
confirment nos opinions selon lesquelles les conditions des délinquants autochtones
ne sont pas en train de s'améliorer dans un grand nombre de secteurs sur
lesquels le SCC peut
avoir une influence positive. Les délinquants autochtones sont libérés
beaucoup plus tard que les délinquants non autochtones, et ont tendance à
renoncer à leurs droits à la libération conditionnelle beaucoup
plus souvent que ces derniers.
Comparativement aux détenus non autochtones, les délinquants autochtones
ne profitent pas autant des formes discrétionnaires de mise en liberté
sous conditions, comme les permissions de sortir, les placements à l'extérieur
et les libérations conditionnelles. Comparativement aux détenus non
autochtones, un nombre élevé de délinquants autochtones continuent
de quitter les établissements à la date de libération d'office.
Leurs conditions se sont détériorées au cours des cinq dernières
années, étant donné qu'un nombre de plus en plus élevé
d'Autochtones sont maintenant libérés à la date de libération
d'office.
En outre, les délinquants autochtones sont plus susceptibles que les délinquants
non autochtones de voir leur libération conditionnelle révoquée
- le nombre élevé de révocations sans nouvelles infractions
est notamment inquiétant. Les Autochtones sont sous-représentés
dans les établissements à sécurité minimale et sont
plus susceptibles d'être considérés comme ayant un potentiel
de réinsertion sociale faible et des besoins élevés. Par contre,
ils sont surreprésentés dans les placements en isolement préventif
et disciplinaire.
Le SCC peut affirmer
que cette évolution découle directement du changement survenu dans
le profil des délinquants. Toutefois, on pourrait tout aussi bien dire que
la situation est le résultat d'une prise de décisions qui ne tient
pas compte de façon continue de la culture ainsi que d'un manque de concentration
sur ce point à l'échelle nationale.
Le SCC a déployé
des efforts et utilisé des ressources considérables pour régler
les questions autochtones. Toutefois, ces efforts et ressources n'ont pas produit
le changement nécessaire à l'amélioration des conditions générales
des délinquants autochtones.
Après des années de changements d'orientation du
SCC, les rapports du groupe de travail, les études, les stratégies
nationales, les ententes de partenariat et les plans d'action, les efforts et les
ressources ne sont toujours pas ciblés, ils demeurent plutôt fragmentés
et inefficaces. Le SCC
n'a pas réussi à mettre en place un effectif représentatif
à tous les niveauxde l'organisation et a fourni des possibilités
de carrière limitées à ses employés autochtones. Ces
lacunes ont ralenti le recrutement et le maintien en poste des employés autochtones.
Le SCC a récemment
mis à jour le Plan stratégique concernant les services correctionnels
pour Autochtones (de 2005-2006 à 2009-2010), qui vise à améliorer
le rendement du SCC au
chapitre de la gestion des questions autochtones. La dernière version de
ce document stratégique est de qualité supérieure et mieux
ciblée que les précédentes. Toutefois, l'organisation n'a pas
réussi à nommer un sous-commissaire responsable des questions autochtones
pour veiller à la mise en application de ce plan stratégique. Aussi,
nous ne croyons pas que ce plan réussira à améliorer la question
du respect des droits de la personne pas plus que celle de la réinsertion
sociale rapide et sécuritaire des délinquants autochtones.
Le plan pourrait améliorer les choses, ce qui est nécessaire si un
changement considérable est apporté à la structure de gouvernance
et à l'orientation du SCC
et si une importance est accordée à l'examen indépendant des
politiques et à l'évaluation des outils actuariels. En outre, il s'agit
d'un secteur où nous croyons qu'un leadership
et une responsabilisation organisationnels solides qui répondent à
l'orientation générale du gouvernement sur les politiques judiciaires
autochtones sont nécessaires pour faire avancer ce programme exigeant.
Recommandation 3
a) Je recommande que le SCC
modifie sa structure de gouvernance et nomme immédiatement un sous-commissaire
pour les délinquants autochtones ayant le pouvoir de mettre en ouvre le Plan
stratégique concernant les services correctionnels pour Autochtones.
b) Je recommande que le SCC
établisse des rapports trimestriels sur la mise en ouvre du Plan stratégique
concernant les services correctionnels pour Autochtones, et qu'il les rende publics
au même titre que les rapports trimestriels sur le rendement qui portent sur
les questions autochtones qu'il est en train de rédiger.
Griefs des détenus, allégations de harcèlement et inconduite
des employés
La Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition
exige que le SCC établisse
une « procédure de règlement juste et expéditif
des griefs des délinquants ». La Loi ajoute que les délinquants
doivent « sans crainte de représailles, avoir libre accès
à la procédure de règlement des griefs ».
Avec une expérience de plus de trois décennies dans la création
d'un système efficace, il serait raisonnable de s'attendre à ce que
le SCC ait déjà
répondu à ces exigences obligatoires. On pourrait également
s'attendre à ce que le SCC
s'appuie grandement sur les statistiques sur les griefs et autres initiatives, comme
les programmes de règlement extrajudiciaire des différends, afin de
traiter raisonnablement et équitablement les plaintes déposées
par les délinquants à l'échelle de l'organisation.
Malheureusement, au fil des années le rendement du
SCC a été lamentable dans ces domaines. La politique
du SCC en matière
de règlement des griefs est exagérément bureaucratique, ce
qui a entraîné des retards inacceptables dans le traitement des griefs
déposés par les détenus. Le système a été
inefficace pour ce qui est du traitement des cas en souffrance, et la haute direction
n'accorde pas l'attention nécessaire au processus de règlement des
griefs. Par conséquent, le processus est inefficace en ce qui a trait au
« règlement juste et expéditif des griefs des délinquants »,
plus particulièrement à l'échelle nationale. La situation continue
d'avoir des répercussions sur les activités du
BEC, étant donné qu'un nombre de plus en plus élevé
de délinquants s'adressent maintenant au
BEC pour régler leurs problèmes.
Processus de règlement des griefs des détenus Le
processus est inefficace en ce qui concerne le « règlement juste
et expéditif des griefs des délinquants », plus particulièrement
à l'échelle nationale.
La collecte de données sur les griefs s'est améliorée au cours
des dernières années, mais peu d'éléments de preuve
montrent que la haute direction utilise les données pour mettre en ouvre
des stratégies visant à prévenir les griefs futurs ou à
régler systématiquement les secteurs à problèmes. D'après
nous, c'est l'une des meilleures solutions à long terme pour s'assurer que
les politiques et procédures relatives aux griefs sont appliquées
de façon uniforme. Nous savons également que plusieurs secteurs de
politiques du SCC à
l'échelle nationale ne sont pas conscients de la nature des plaintes et griefs
qui sont réglés dans les établissements ou à l'échelle
régionale.
Il semble que le SCC
est en train de mettre à l'essai des initiatives prometteuses de règlement
extrajudiciaire des différends, comme la nomination de médiateurs
dans les établissements ou le recours accru aux examens externes pour les
griefs déposés par les délinquants. Ces initiatives peuvent
alléger la charge de travail des responsables du règlement des griefs,
tout en réduisant les tensions et réglant de façon raisonnable
les différends dans les pénitenciers. Toutefois, la haute direction
ne semble pas prendre part à ces initiatives. Le manque de vision à
long terme du SCC dans
ce domaine est vraiment regrettable.
Il y a deux ans, le SCC
a établi une nouvelle procédure pour traiter de façon raisonnable
les griefs en matière de harcèlement, et ce, sept ans après
que la juge Arbour a recommandé l'élaboration et la mise en ouvre
immédiate d'une politique judicieuse. Les questions liées aux griefs
en matière de harcèlement ont été soulevées à
plusieurs reprises comme étant une priorité essentielle dans nos rapports
annuels précédents ainsi que dans le plus récent rapport de
la CCDP
rendu public en 2003.
Plus de deux ans après la mise en ouvre de la nouvelle procédure,
le SCC a établi
en mars 2005 un rapport sur l'évaluation des systèmes de contrôle
des griefs en matière de harcèlement déposés par les
délinquants. Dans le rapport, il est admis franchement qu'il y a toujours
beaucoup de lacunes en ce qui concerne la conformité aux politiques et procédures.
Le manque de compréhension de ce qui constitue un acte de harcèlement
est un point clé; il en résulte que le processus de gestion des griefs
en matière de harcèlement n'est pas respecté. Le rapport fait
plusieurs recommandations positives, mais un plan d'action raisonnable et exhaustif
n'a pas encore été élaboré et approuvé par la
haute direction du SCC.
Le rapport indique aussi que le SCC
n'a pas de statistiques exactes sur le nombre total de plaintes, sur les résultats
et sur le taux de griefs réglés.
Même s'il semble que le SCC
a finalement établi une politique raisonnable en matière de harcèlement,
nous sommes très inquiets du fait que très peu de progrès soient
réalisés pour assurer le respect des dispositions de la politique
dans un domaine prioritaire, compte tenu des recommandations de la juge Arbour qui
remontent à une dizaine d'années environ.
Recommandation 4
a) Je recommande que le SCC
prenne immédiatement les mesures nécessaires pour réorganiser
ses activités et politiques liées au traitement des griefs des détenus,
en vue d'un règlement juste et expéditif des griefs et plaintes des
délinquants. L'examen doit inclure un valet sur les griefs en matière
de harcèlement et l'inconduite des employés.
b) Je recommande qu'un consultant externe soit embauché pour aider le
SCC dans l'examen de
ses activités et politiques en vue d'un règlement juste et expéditif
des griefs des délinquants, et pour trouver des moyens de mieux utiliser
les stratégies fondées sur les preuves en vue d'assurer une uniformité
dans le traitement des problèmes des délinquants.
Préparation de cas et accès aux programmes
Dans son rapport annuel de 1988-1989, le
BEC a soulevé pour la première fois la question du retard
dans la préparation de cas et l'accès aux programmes. À l'époque,
l'accent a été mis sur l'incapacité accrue du
SCC de monter les dossiers des délinquants de façon
exhaustive et dans les délais prescrits, afin que soit prise en considération
la mise en liberté conditionnelle. D'après notre examen des griefs
reçus à l'époque, il était évident que beaucoup
de retards étaient liés directement à l'incapacité du
SCC d'effectuer les évaluations
nécessaires et d'établir les programmes de traitement avant la date
fixée pour l'audience de libération conditionnelle. Dix-sept ans plus
tard, ces questions ne sont pas encore réglées de façon appropriée.
La prestation dans les délais prescrits des programmes pour les détenus
continue à poser problème. Un nombre élevé de délinquants
attendent leur tour pour participer aux programmes dans les unités à
sécurité moyenne et maximale, alors que dans les unités à
sécurité minimale, c'est le contraire. L'an passé, les établissements
à sécurité minimale ont fonctionné en moyenne à
35 % de moins que leur capacité. Les retards dans la préparation de
cas en vue d'une libération conditionnelle restent extrêmement élevés.
Le nombre de programmes de placement à l'extérieur et de permissions
de sortir sans escorte, particulièrement dans les unités à
sécurité moyenne, continue de baisser. Il importe de noter que, là
encore, les délinquants autochtones sont particulièrement lésés
par ces pratiques.
D'après les recommandations antérieures du
BEC, un examen des secteurs suivants doit être effectué
avant de régler cette question :
- La capacité actuelle des programmes, le volume des listes d'attente et la
mise en application des mesures nécessaires pour combler les lacunes;
- Les raisons précises du nombre élevé des renonciations, reports
et retraits des audiences de la Commission nationale des libérations conditionnelles;
- Les raisons de la forte baisse du nombre de permissions de sortir sans escorte et
de placements à l'extérieur;
- Les facteurs ayant une incidence sur la situation défavorable permanente
des délinquants autochtones en ce qui concerne la libération conditionnelle
au moment opportun.
Pour essayer d'aborder quelques-unes de nos recommandations, un groupe de travail
conjoint, créé en décembre 2004 par le
SCC, la
CNLC et le BEC,
a produit un document intitulé Rapport sur les facteurs causant des retards
dans le traitement des demandes présentées à la Commission
nationale des libérations conditionnelles. Le rapport sur l'examen
conjoint a fourni des recommandations concrètes pour faciliter le traitement
des demandes par la
CNLC. Le rapport a également recommandé de s'assurer
que les délinquants qui se présentent devant la
CNLC ont reçu l'aide nécessaire et suivi les programmes
requis pour permettre une réinsertion sociale sécuritaire. Les questions
soulevées dans le rapport continuent de préoccuper considérablement
tous les organismes intéressés.
Recommandation 5
Je recommande que le SCC
élabore immédiatement un plan d'action adapté pour mettre en
application les recommandations contenues dans le Rapport sur les facteurs causant
des retards dans le traitement des demandes présentées à la
CNLC
qui a été établi par le Service correctionnel du Canada, la
Commission nationale des libérations conditionnelles et le Bureau de l'enquêteur
correctionnel. Ce plan d'action, qui sera établi en collaboration avec la
CNLC
et le BEC,
doit comprendre une composante utile de vérification et d'évaluation.
Gestion de la population carcérale
Après des années de demande de réformes fondamentales, le SCC continue à placer
les délinquants en isolement préventif et dans d'autres environnements
restrictifs comme outil principal pour régler les différends et réduire
les tensions dans les pénitenciers. Au cours du dernier exercice, il y a
eu 7 200 placements en isolement préventif. En moyenne, environ 800 délinquants
chaque jour étaient en isolement. Ce nombre est très élevé
si on considère qu'il y a quelques années, le
SCC a établi plusieurs autres environnements restrictifs, comme
les unités de transition, pour aider à réduire le nombre de
placements en isolement. Dans ces cas, les délinquants ont un accès
limité aux programmes et services et une capacité limitée de
fréquenter d'autres détenus.
Isolement Après des années de demande de réformes
fondamentales, le
SCC
continue à placer les délinquants en isolement préventif et
dans d'autres environnements encore plus restrictifs, comme outil principal pour
régler les différends et réduire les tensions dans les pénitenciers.
Au cours des dernières années, le
BEC a vu « s'élargir le filet » des environnements
correctionnels restrictifs. On a toujours recours à l'isolement préventif
à long terme; l'année passée, plus de 40 % des délinquants
placés en isolement ont passé plus de 60 jours en isolement préventif.
En même temps, le nombre de placements dans d'autres environnements restrictifs
a considérablement augmenté dans le
SCC, sans que des garanties procédurales et un accès
adéquat aux programmes et services soient fournis. Par exemple, le SCC a ouvert plusieurs unités
de transition permettant une certaine interaction entre les délinquants et
un accès limité aux programmes. Malheureusement, le
SCC ne fait pas de statistiques sur le nombre de délinquants
logés dans ces « unités de transition » ou sur
la période moyenne de séjour.
Dans son rapport de 1996, la juge Arbour conclut : « La gestion de l'isolement
préventif qu'il m'a été donné d'observer est en contradiction
avec l'esprit de la Charte qui imprègne d'autres secteurs de l'administration
de la justice pénale. » Puis, elle ajoute : « Je
ne vois aucune autre solution au recours abusif à l'isolement de longue durée
sauf celle de recommander qu'il soit placé sous le contrôle et la surveillance
des tribunaux. En l'absence de bonne volonté de soumettre l'isolement à
une surveillance judiciaire, je recommanderais que les décisions relatives
au placement en isolement au niveau d'un établissement soient sous réserve
de la confirmation d'un arbitre indépendant dans les cinq jours. »
En réponse à ces conclusions et recommandations, le
SCC a formé un groupe de travail pour vérifier si la
situation dans les pénitenciers pour hommes était similaire à
celle qui a été observée par la juge Arbour à les prisons
des femmes.
Le Groupe de travail sur l'isolement préventif a conclu dans son rapport
définitif en mars 1997 qu'il y avait « [...] suffisamment de preuves
d'une attitude désinvolte des employés et des gestionnaires du SCC quant au respect des exigences
de la loi pour justifier l'affirmation de Mme la juge Arbour que le
SCC a une culture dont la primauté du droit est absente ».
Le groupe de travail recommande que des améliorations considérables
soient apportées au processus d'isolement préventif et que des modèles
d'arbitrage indépendant soient mis à l'essai, comme l'a proposé
la juge Arbour.
Le groupe de travail a également recommandé l'utilisation «
d'unités de transition » comme mesures temporaires avant le passage
des délinquants placés en isolement à la population carcérale.
Malheureusement, plusieurs délinquants purgent actuellement une grande partie
de leur peine dans les « unités de transition » sans
bénéficier d'une stratégie de réinsertion sociale proactive
et d'examens officiels réguliers, comme c'est le cas pour les délinquants
placés en isolement préventif. Contrairement à leur objectif
initial, les « unités de transition » sont en train
de se transformer en milieu de vie permanent pour un grand nombre de délinquants.
Le SCC n'a jamais étudié
le modèle d'arbitrage indépendant qui a été recommandée
dans le rapport de la juge Arbour ; il a plutôt mis à l'essai et évalué
un autre modèle. Lors de l'examen du nouveau modèle, le
SCC a plutôt examiné les avantages de faire participer
un membre externe aux comités d'examen des cas d'isolement. L'examen comportait
des lacunes, étant donné que peu de cas ont été examinés
et que la durée du projet pilote n'était pas suffisante pour permettre
l'évaluation appropriée des avantages de faire participer des membres
externes aux comités d'examen. Malgré tout, l'examen a permis de conclure
que l'équité en matière de procédures a été
améliorée. D'après nous, le fait d'avoir obtenu le même
résultat n'est pas pertinent - l'équité est un principe clé
du droit administratif et l'omission d'utiliser le bon processus devrait faire l'objet
d'un examen juridique.
Finalement, le SCC a
rejeté l'arbitrage indépendant et continue jusqu'à maintenant
de soutenir qu'un processus amélioré d'examen des cas d'isolement
effectué à l'interne peut assurer l'équité et la primauté
du droit. Les changements proposés récemment par le
SCC, comme les examens à effectuer par les comités d'examen
régionaux dans 120 jours plutôt que 60 jours, n'ont pas réussi
à faire la preuve d'un engagement profond à l'égard de l'équité
ni de la mise en application rapide de solutions moins restrictives. Depuis la publication
du rapport de la juge Arbour de 1996, des questions similaires relativement à
l'équité et à la non-conformité dont fait état
le rapport de la juge ont été soulevées dans plusieurs autres
rapports internes et externes[6].
Des recommandations similaires ont été faites sur l'arbitrage indépendant
pour les cas d'isolement.
En 2004, le ministère de la Sécurité publique et de la Protection
civile a procédé à sa propre évaluation et trouvé
que les tentatives répétées du
SCC d'assurer la primauté du droit et la prise de décisions
équitable en apportant des améliorations opérationnelles aux
processus d'isolement préventif n'ont pas donné lieu à des
résultats suffisants, durables ou désirés. Le Ministère
a recommandé au Comité de direction du
SCC de mettre à l'essai des modèles d'arbitrage indépendant,
toutefois, la recommandation a encore une fois été rejetée.
Le groupe de travail sur l'examen de l'isolement préventif a fourni un ensemble
de recommandations clés qui n'avaient jamais été traitées
par le SCC. Les recommandations
de 1997 sont encore plus pertinentes, maintenant que le
SCC commence à gérer la population carcérale
de façon plus restrictive. Le groupe de travail a observé que la Loi
sur le système correctionnel et la mise en liberté sous condition
fait mention de deux types d'incarcérés seulement : ceux qui font
partie de la population carcérale générale et ceux qui sont
placés en isolement préventif. La Loi prévoit précisément
les droits et privilèges des deux populations et décrit en détail
les dispositions sur l'équité en matière de procédures
pour le placement en isolement préventif, notamment les avis, les examens,
les audiences et les visites ordinaires par les responsables des établissements
ainsi que les soins de santé.
Au fil des ans, le SCC
a recensé plusieurs différentes sous-populations de délinquants
qui se situent entre ces deux populations. Malheureusement, la loi ne fait pas état
des droits et privilèges de ces délinquants ni de l'équité
en matière de procédures qui est nécessaire pour chaque sous-population.
Le Groupe de travail a recommandé que cette lacune législative soit
comblée pour fournir un cadre statutaire, afin que le
SCC détermine et gère les sous-populations selon le
processus approprié. Il a été également recommandé
que, jusqu'à l'adoption de cette disposition, l'on ait recours au processus
d'examen des cas d'isolement préventif dans le cadre de la Loi pour
tout délinquant qui n'est pas considéré comme faisant partie
de la population carcérale générale. Cela permettrait aux détenus
qui sont placés en isolement non sollicité de demander qu'une décision
soit prise pour les questions suivantes :
- Les raisons de leur séparation involontaire de la population carcérale
générale, notamment l'isolement;
- Les mesures qui doivent être prises pour permettre leur retour dans un environnement
moins restrictif le plus tôt possible;
- Les droits, privilèges et conditions de détention qui doivent leur
être accordés.
Le SCC n'a pas donné
suite aux recommandations importantes du groupe de travail. Il n'a toujours pas
de politique nationale claire sur les droits et privilèges des délinquants
incarcérés selon différentes mesures restrictives, ni sur l'équité
en matière de procédures qui est nécessaire pour chacune des
sous-populations de délinquants.
Recommandation 6
a) Je recommande que le SCC
adopte immédiatement le modèle d'arbitrage indépendant pour
l'isolement préventif, qui est proposé par le ministère de
la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada.
b) Je recommande aussi que le
SCC effectue un examen exhaustif des droits et privilèges, de l'accès
aux programmes, du niveau d'association et des garanties procédurales en
ce qui a trait à toutes les sous-populations qui ne sont pas considérées
comme faisant partie de la population carcérale générale ou
du groupe des délinquants placés en isolement préventif. L'examen
doit être effectué avant le 31 mars 2006, et des recommandations précises
doivent être faites pour assurer le respect des exigences relatives aux procédures
équitables et à l'équité, de même que la mise
en application de solutions moins restrictives.
Classement des délinquants selon le niveau de sécurité
Classement des délinquants selon le niveau de sécurité
La prise de décisions éclairées sur le classement des délinquants
selon le niveau de sécurité est essentielle à la sécurité
publique et à la réinsertion sociale sécuritaire des délinquants.
Ces décisions sont à la base de la responsabilité du SCC à l'égard
du public. L'attribution d'un niveau de sécurité trop faible peut
mettre en péril la sécurité publique. D'autre part, un niveau
de sécurité trop élevé retarde la réinsertion
sociale sécuritaire des délinquants, viole les dispositions législatives
selon lesquelles la population carcérale doit être gérée
par les « mesures les moins restrictives possible tout en assurant la
protection du public », et fait que les ressources sont affectées
sans raison valable à des fins autres que pour les programmes et services
de réadaptation, qui sont plus efficaces en matière de réadaptation.
Depuis des années, le
BEC et d'autres organismes s'inquiètent de plus en plus du
fait que les délinquants sont surclassés, et du fait que les outils
d'évaluation actuarielle des risques soient utilisés de façon
discriminatoire. Les outils d'évaluation actuarielle des risques sont des
échelles psychologiques qui mesurent les risques, notamment en matière
de récidive, d'adaptation au milieu carcéral et d'évasion.
En mai 2003, le Bureau du vérificateur général du Canada a
soulevé des questions concernant l'échelle d'évaluation initiale
du niveau de sécurité pour les délinquantes, notamment sa validité
et sa fiabilité, après que la juge Arbour a exprimé ses inquiétudes
en 1996. Selon les conclusions du rapport de décembre 2003 de la CCDP, les
outils utilisés par le SCC
pour l'évaluation des risques et des besoins à l'admission, le classement
initial selon le niveau de sécurité et les examens du classement sont
« des instruments qui manquent de souplesse et qui mènent généralement
à une différence de traitement injustifiable ». Et l'on
ajoute : « À défaut d'effectuer des essais appropriés
et d'apporter des modifications, on ne devrait pas utiliser ces instruments dans
le cas des femmes ou des délinquants autochtones ».
En juillet 2004, le professeur Cheryl Webster, de l'Université d'Ottawa,
et le professeur Tony Doob, de l'Université de Toronto, ont publié
un article dans la Revue canadienne de criminologie et de justice pénale,
dans lequel sont examinées les données utilisées par le SCC pour valider l'échelle
de classement initial selon le niveau de sécurité. Après un
examen approfondi, les professeurs ont conclu que l'échelle est très
lacunaire en ce qui concerne sa validité de prédiction et l'équité
de ses résultats, pour les délinquantes en général et
les délinquantes autochtones en particulier. Ils ont ajouté qu'il
y a un grand nombre de délinquantes pour lesquelles des mesures de détention
plus restrictives sont appliquées sans aucune justification empirique.
En décembre 2004, la Division de la recherche correctionnelle du ministère
de la Sécurité publique et de la Protection civile a effectué
un examen des données du SCC.
Le rapport interne a confirmé les constatations de Webster et de Doob. Les
auteurs ont indiqué que même s'il existe des éléments
probants sur l'application de l'échelle de classement pour les hommes, ces
derniers ne sont pas très convaincants. En ce qui concerne les femmes, les
éléments probants sont beaucoup moins convaincants et peuvent comporter
une discrimination systémique. Ils croient que les recherches continues sur
l'échelle de classement pour les femmes n'apporteront probablement que des
améliorations mineures qui peuvent ne pas être suffisantes pour justifier
son utilisation pour une tâche aussi importante que le placement selon le
niveau de sécurité.
Le SCC a élaboré
un plan d'action en réponse aux constatations sur la nature discriminatoire
de ses outils actuariels et leur validité contestable. Malheureusement, le
plan d'action répond seulement partiellement aux nombreuses questions soulevées.
Le SCC ne s'est pas appuyé
sur une perspective axée sur les femmes ni sur un cadre théorique
pour retravailler ses outils existants, et il n'a pas tenu compte non plus de l'opinion
des experts éminents, spécialisés dans les analyses axées
sur les femmes.
La CCDP
a recommandé que le SCC
établisse avant décembre 2004 une nouvelle échelle de classement
selon le niveau de sécurité, mais le
SCC ne prévoit pas que le nouvel outil sera mis en ouvre avant
2009-2010. Ce délai implique que cette importante recommandation sera appliquée
par le SCC six ans après
que la CCDP
a conclu que les délinquantes et les Autochtones faisaient l'objet de discrimination
systémique. Ce n'est assurément pas une réponse rapide à
une question d'une telle importance.
Recommandation 7
Je recommande que le SCC,
avec l'aide d'experts externes spécialisés dans les approches axées
sur les femmes et les Autochtones, mette en ouvre une stratégie à
court, à moyen et à long terme, pour que cesse la discrimination systémique
observée contre les délinquantes et les Autochtones en ce qui a trait
au classement selon le niveau de sécurité et à la libération
conditionnelle.
Classement des délinquants purgeant une peine d'emprisonnement à
perpétuité
En réponse aux pressions du public, le 23 février 2001, le SCC a produit le Bulletin
politique nº 107, selon lequel les délinquants sous responsabilité
fédérale condamnés à l'emprisonnement à perpétuité
comme peine minimale pour meurtre au premier ou au deuxième degré
doivent être classés au niveau de sécurité maximale pendant
au moins les deux premières années de leur incarcération en
établissement fédéral.
Les répercussions négatives de la politique ont été
immédiates. Dans son propre rapport, Le Rapport de recherche R-160, le SCC admet ce qui suit : « Avant
qu'on ne modifie la politique, environ les quatre cinquièmes des délinquants
condamnés à l'emprisonnement à perpétuité comme
peine minimale pour un meurtre étaient initialement classés au niveau
de sécurité moyenne. » Le rapport indique que la nouvelle
politique a eu l'effet suivant : « À quelques exceptions près,
l'ensemble des délinquants condamnés à l'emprisonnement à
perpétuité comme peine minimale pour un meurtre au premier ou au deuxième
degré et admis dans un établissement fédéral sont classés
au niveau de sécurité maximale au moins pour les deux premières
années de leur incarcération. » Le surclassement soudain,
inutile, nuisible, coûteux et illégal des délinquants a eu également
des répercussions négatives considérables sur les délinquants
autochtones.
Dans notre rapport annuel de 2001-2002, nous avons indiqué que la politique
du SCC était contraire
à l'esprit de la loi, qu'elle était irraisonnable et discriminatoire
pour les groupes de délinquants comme les femmes, les aînés
et les jeunes. Nous avons recommandé que la politique soit immédiatement
annulée.
Dans notre rapport annuel de 2002-2003, nous avons indiqué de nouveau que
la politique était contraire à l'esprit de la loi et qu'elle était
nuisible. En évaluant les délinquants purgeant une peine à
perpétuité au moyen de l'Échelle de classement selon le niveau
sécurité, la politique leur applique arbitrairement une valeur élevée
en vue d'un classement au niveau de sécurité maximale. Nous avons
aussi indiqué que la politique ne répond toujours pas à l'esprit
de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté
sous condition, qui exige que le niveau de sécurité soit attribué
à chaque délinquant selon un large éventail de critères.
Dans notre dernier rapport, soit celui de 2003-2004, nous avons une fois de plus
indiqué que la politique ne respectait pas l'esprit de la loi et qu'elle
aggravait les problèmes de surpeuplement et les conflits dans les pénitenciers.
Il y a eu beaucoup de cas où des détenus qui ne devaient pas être
placés dans des établissements à sécurité maximale
se sont vu refuser l'accès à un établissement à sécurité
réduite ou ont dû attendre trop longtemps avant que la question de
leur transfèrement ne soit étudié de nouveau. Dans notre dernier
rapport, nous avons une fois de plus conclu que la politique est toujours contraire
à l'esprit de la loi. Elle continue à créer des problèmes
de gestion de la population carcérale qui découlent du placement non
approprié de certains détenus dans des établissements à
sécurité plus élevée que le niveau requis.
Dans son rapport spécial de 2003, la
CCDP a conclu que « l'ajout d'un élément
punitif à l'exécution de la peine n'est pas lié logiquement
au but légitime de l'évaluation des risques. De fait, cela est contraire
à l'esprit de la Loi sur le système correctionnel et la mise en liberté
sous condition et de la Loi canadienne sur les droits de la personne. »
La Commission a recommandé que le
SCC annule immédiatement sa politique (deux premières
années de détention dans un établissement à sécurité
maximale). Plusieurs intervenants, notamment l'Association canadienne des sociétés
Elizabeth Fry, la Société Saint-Léonard du Canada, l'Association
du Barreau canadien et le Conseil des Églises pour la justice et la criminologie
ont exprimé leur mécontentement à l'égard de cette politique.
Recommandation 8
Pour une quatrième année consécutive, je recommande que
le SCC annule immédiatement
sa politique contraire à l'esprit de la loi qui exige que les délinquants
sous responsabilité fédérale condamnés à perpétuité
comme peine minimale pour meurtre au premier degré ou au deuxième
degré soit placés dans un établissement à sécurité
maximale pendant les deux premières années de leur incarcération.
Faute d'une réponse positive du
SCC, je fais appel au leadership de la
ministre pour que cette politique soit annulée le plus vite possible.
Réponse de la ministre au rapport annuel de 2003-2004 de l'enquêteur
correctionnel
L'année passée, mon rapport annuel comptait quatre recommandations
destinées à la ministre de la Sécurité publique et de
la Protection civile. Les quatre recommandations suivantes représentent les
questions préoccupantes de longue date ayant eu des répercussions
considérables sur la population carcérale :
- Je recommande que la ministre nomme un sous-commissaire pour les Autochtones qui
soit chargé précisément des programmes pour Autochtones et
d'assurer la liaison avec les collectivités autochtones, comme étant
un membre votant de tous les comités existants de la haute direction, pour
qu'il y ait une perspective et une présence autochtones durant la prise de
décisions. Je recommande aussi que la ministre effectue une évaluation
externe des politiques, procédures et outils d'évaluation du SCC, pour que les barrières
discriminatoires existantes qui font obstacle à la réinsertion sociale
en temps opportun des délinquants autochtones soient déterminées
et abolies. L'examen doit être effectué indépendamment du SCC, avec le plein appui et
la pleine participation des organismes autochtones, et un rapport doit être
établi avant le 31 mars 2005;
- Je recommande que la ministre ordonne d'établir rapidement un « plan
de réponse final » sur les recommandations formulées par
la juge Arbour, suivi d'un processus de consultation avec tous les intervenants
concernés;
- si le SCC n'annule pas
sa politique sur le classement selon le niveau de sécurité des délinquants
qui purgent une peine d'emprisonnement à perpétuité, je recommande
que la ministre effectue immédiatement un examen de la légalité
de la politique et des répercussions qu'elle a eu sur les délinquants
au cours des trois dernières années;
- si le SCC n'arrive pas
à mettre en ouvre avant le 31 mars 2005 un programme d'échange d'aiguilles
sécuritaire fondé sur des consultations sérieuses auprès
des experts en médecine et en sécurité, des délinquants,
des employés du SCC
et des organismes communautaires concernés, je recommande que la ministre
ordonne la mise en ouvre d'un tel programme.
J'étais heureux de voir que la ministre a répondu de façon
favorable et constructive aux recommandations indiquées ci-dessus. La réponse
de la ministre se trouve à l'annexe B.
Pour ce qui est des services correctionnels pour Autochtones, la ministre a demandé
au commissaire d'étudier davantage la possibilité de nommer un sous-commissaire
pour les délinquants autochtones. Nous croyons fermement que le changement
de la structure de gouvernance est nécessaire pour faire avancer les programmes
des Autochtones; c'est pour cette raison que nous avons encore une fois recommandé
dans le rapport annuel de cette année la nomination d'un sous-commissaire
pour les délinquants autochtones.
Le SCC effectuera aussi
un examen des politiques, procédures et outils d'évaluation visant
les Autochtones, pour s'assurer qu'ils sont adaptés à la culture et
qu'ils ne font pas obstacle à la réinsertion sociale, sécuritaire
et au moment opportun des délinquants autochtones. Bien qu'il s'agisse d'un
examen interne, c'est une première étape dans la détermination
des barrières discriminatoires qui font obstacle à un processus de
libération conditionnelle efficace.
Quant au plan de réponse définitif au rapport de 1996 intitulé
Commission d'enquête sur certains événements sur venus à
la Prison des femmes, nous sommes encouragés du fait que la commissaire
a entrepris de présenter une réponse publique détaillée
à toutes les recommandations faites par la juge Arbour, comme il est indiqué
plus haut dans le présent rapport. Les services correctionnels pour femmes
ont fait l'objet de plusieurs rapports et recommandations au cours des dix dernières
années. Un bilan public intégral et détaillé des mesures
qui ont été prises en réponse aux rapports aurait dû
être fournie depuis longtemps.
Le SCC a proposé
que de nombreuses modifications soient apportées à la politique selon
laquelle les délinquants condamnés à l'emprisonnement à
perpétuité doivent purger les deux premières années
de leur peine dans des établissements à sécurité maximale.
D'après nous, cette façon de faire est illégale. Nous comptons
toujours sur la ministre pour qu'elle annule la politique le plus vite possible.
Enfin, la ministre s'est dite prête à examiner la mise en application
d'un programme d'échange d'aiguilles dans les pénitenciers canadiens.
Un tel programme a l'appui du milieu de la santé publique. Le rôle
de chef de file joué par l'Agence de santé publique du Canada pour
faire avancer les programmes d'échange d'aiguilles sécuritaires est
une étape positive qui permet d'aller de l'avant. Nous sommes encouragés
également par la volonté du
SCC d'apprendre des autres administrations où de telles initiatives
ont été mises en ouvre avec succès.
Conclusion
Le rapport de cette année est très différent des rapports annuels
précédents présentés par le
BEC. Il était important pour moi de mettre l'accent sur les
trois éléments fondamentaux qui régissent les activités
du BEC et du
SCC : engagement profond
à l'égard des droits de la personne, de la responsabilisation et de
la réinsertion sociale sécuritaire. Le
BEC joue un rôle critique en faisant des recommandations pour
aider le SCC à
apporter des améliorations dans tous les domaines importants, et nous croyons
fermement que les avantages de l'application de nos recommandations contribuera
en fin de compte à l'amélioration de la sécurité de
la population canadienne.
Recommandations prioritaires Nous considérons que l'application
des recommandations prioritaires contribuerait de beaucoup au rendement général
du
SCC pour l'atteinte
de nos objectifs communs.
Les personnes qui ont eu connaissance de nos rapports annuels antérieurs
remarqueront que nous avons limité le nombre de recommandations à
huit. Nous considérons que l'application des recommandations prioritaires
contribuerait de beaucoup au rendement général du
SCC pour l'atteinte de nos objectifs communs.
Nous sommes encouragés par les progrès que le
SCC a réalisé dans quelques domaines posant problème.
Nous tenons à continuer d'entretenir des relations de travail professionnelles
et un dialogue ouvert avec nos collègues du
SCC. Nous croyons que cela donnera lieu à des progrès
dans le traitement des questions qui préoccupent les délinquants.
Au cours de l'année prochaine, le
BEC augmentera considérablement la participation des citoyens
et les activités de communication des renseignements. Le gouvernement du
Canada et ses établissements de justice pénale continuent à
faire face à une pression accrue du public qui demande des mesures plus sévères,
des peines plus lon et des conditions de détention plus strictes. La publicité
tapageuse qui relate des incidents impliquant des actes de violence isolés
et horribles contribue à véhiculer des images fausses, et incite le
système à adopter des mesures inopérantes. Les peines d'emprisonnement
plus longues et plus sévères et les conditions plus strictes sont
encouragées comme étant des solutions magiques pour la prévention
ou la répression du comportement criminel et la réduction des risques
de récidive. Contrairement à ces perceptions, il est bien établi
que les initiatives sociales et de réadaptation sont beaucoup plus efficaces,
et moins coûteuses, pour l'atteinte des objectifs de prévention du
crime et de réintégration des délinquants dans la collectivité.
Nous aimerions exprimer notre appui au nouveau Protocole facultatif se rapportant
à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants des Nations Unies. Nous encourageons le
gouvernement du Canada à prendre une fois de plus l'initiative à l'échelle
internationale en signant et en ratifiant cet instrument important en matière
de droits de la personne. En procédant rapidement à la ratification
du protocole, le Canada élargirait sa tradition historique de promotion et
de défense des droits de la personne et des valeurs démocratiques
à l'échelle nationale et internationale.
Enfin, je saisis l'occasion pour remercier mes collègues de leur dévouement
et leur professionnalisme dans la gestion de ce qui, par moments, s'avère
une charge de travail étouffante. Leur engagement à faire preuve d'équité
dans le traitement des problèmes des délinquants est la pierre angulaire
du processus qui fournit un recours accessible et indépendant pour les détenus.
Leur participation nous est précieuse à tous.
Annexe A : Statistiques
TABLEAU A : CONTACTS (1) PAR CATÉGORIE
|
CATÉGORIE
|
TYPE DE CAS
|
|
|
R/I (2)
|
ENQ (3)
|
TOTAL
|
|
|
|
Isolement préventif
|
|
|
|
|
Conditions
|
15
|
81
|
96
|
|
Placement/Examen
|
88
|
284
|
372
|
|
Total
|
103
|
365
|
468
|
|
|
|
Préparation de cas
|
|
|
|
|
Libération conditionnelle
|
56
|
131
|
187
|
|
Postsuspension
|
25
|
18
|
43
|
|
Permission de sortir
|
11
|
27
|
38
|
|
Transfèrement
|
33
|
47
|
80
|
|
Total
|
125
|
223
|
348
|
|
|
|
Effets gardés en cellule
|
198
|
369
|
567
|
|
Placement en cellule
|
36
|
57
|
93
|
|
|
|
Réclamations contre la Couronne
|
|
|
|
|
Décisions
|
12
|
19
|
31
|
|
Traitement
|
16
|
24
|
40
|
|
Total
|
28
|
43
|
71
|
|
|
|
Programmes communautaires/surveillance dans la collectivité
|
2
|
6
|
8
|
|
Conditions de détention
|
110
|
220
|
330
|
|
Correspondance
|
30
|
52
|
82
|
|
Décès ou blessures graves
|
8
|
5
|
13
|
|
Décisions (en général) - Mise en application
|
12
|
24
|
36
|
|
|
|
Régime
|
|
|
|
|
Raisons de santé
|
9
|
25
|
34
|
|
Motifs religieux
|
11
|
21
|
32
|
|
Total
|
20
|
46
|
66
|
|
|
|
Discipline
|
|
|
|
|
Procédures d'audience disciplinairepour infraction grave
|
10
|
15
|
25
|
|
Décisions de tribunal disciplinaire pour infractionmineure
|
6
|
7
|
13
|
|
Procédures d'audience disciplinaire pour infractionmineure
|
14
|
21
|
35
|
|
Total
|
30
|
43
|
73
|
|
|
|
Discrimination
|
4
|
12
|
16
|
|
Emploi
|
37
|
67
|
104
|
|
|
|
Renseignements au dossier
|
|
|
|
|
Accès - Divulgation
|
66
|
87
|
153
|
|
Correction
|
123
|
75
|
198
|
|
Total
|
189
|
162
|
351
|
|
|
|
Questions financières
|
|
|
|
|
Accès
|
37
|
80
|
117
|
|
Rémunération
|
61
|
83
|
144
|
|
Total
|
98
|
163
|
261
|
|
|
|
Services alimentaires
|
24
|
56
|
80
|
|
Procédure de règlement des griefs
|
113
|
265
|
378
|
|
Santé et sécurité - Milieu de travail
|
5
|
13
|
18
|
|
Détecteur ionique
|
3
|
5
|
8
|
|
|
|
Soins de santé
|
|
|
|
|
Accès
|
87
|
498
|
585
|
|
Décisions
|
86
|
220
|
306
|
|
Total
|
173
|
718
|
891
|
|
|
|
Santé mentale
|
|
|
|
|
Accès
|
7
|
32
|
39
|
|
Programmes
|
0
|
5
|
5
|
|
Total
|
7
|
37
|
44
|
|
|
|
Méthadone
|
17
|
61
|
78
|
|
Langues officielles
|
9
|
11
|
20
|
|
Opérations/Décisions du
BEC
|
50
|
20
|
70
|
|
Placement pénitentiaire
|
41
|
48
|
49
|
|
|
|
Programmes
|
|
|
|
|
Accès
|
55
|
150
|
205
|
|
Qualité/Contenu
|
7
|
8
|
15
|
|
Total
|
62
|
158
|
220
|
|
|
|
Procédures de mise en liberté
|
30
|
55
|
85
|
|
Demande de renseignements
|
72
|
-
|
72
|
|
Sécurité des délinquants
|
70
|
145
|
215
|
|
Fouilles et saisies
|
35
|
41
|
76
|
|
Classement selon le niveau de sécurité
|
69
|
114
|
183
|
|
Administration de la peine - Calcul
|
21
|
37
|
58
|
|
Réceptivité du personnel
|
183
|
246
|
429
|
|
Téléphone
|
63
|
148
|
211
|
|
Décision - Permission de sortir
|
34
|
87
|
121
|
|
|
|
Transfèrement
|
|
|
|
|
Décision - Refus
|
86
|
187
|
273
|
|
Exécuté
|
76
|
141
|
217
|
|
Imposé
|
47
|
116
|
163
|
|
Total
|
209
|
344
|
653
|
|
|
|
Analyse d'urine
|
14
|
12
|
26
|
|
Recours à la force
|
13
|
51
|
64
|
|
|
|
Visites
|
|
|
|
|
Générales
|
101
|
213
|
314
|
|
Visites familiales privées
|
43
|
110
|
153
|
|
Total
|
144
|
323
|
467
|
|
|
|
Cas hors mandat
|
|
|
|
|
|
|
Décisions - Libérations conditionnelles
|
223
|
-
|
223
|
|
|
|
|
|
|
Autres questions
|
70
|
-
|
70
|
|
|
|
|
|
|
TOTAL GÉNÉRAL
|
2 784
|
4 952
|
7 696
|
(1)Voir glossaire.
(2)R/I : Réponse immédiate (voir glossaire).
(3)ENQ : Enquête (voir glossaire).
GLOSSAIRE
Contact
Tout échange entre le
BEC et un délinquant, ou une personne agissant en son nom,
au sujet d'un problème. Les contacts peuvent se faire par téléphone,
par télécopieur ou par lettre, au cours d'entrevues menées
par le personnel enquêteur du
BEC dans les installations correctionnelles fédérales.
Réponse immédiate
Tout échange au cours duquel l'information ou l'aide demandée par
le délinquant est, de façon générale, immédiatement
fournie par le personnel enquêteur du
BEC.
Enquête
Tout contact exigeant de la par t du personnel enquêteur du
BEC certaines recherches auprès du
SCC ou l'analyse de documents, avant que ne puisse être
fournie l'aide ou l'information demandée par le délinquant.
Les enquêtes varient considérablement quant à leur portée,
à leur complexité, à leur durée et aux ressources requises.
Certaines questions peuvent se régler assez rapidement, mais d'autres exigent
une étude approfondie des documents pertinents, de nombreuses entrevues et
une correspondance soutenue avec les divers niveaux de gestion du
SCC.
TABLEAU B : CONTACTS PAR ÉTABLISSEMENT
|
Région/Établissement
|
Nbre de contacts
|
Nbre d'entrevues
|
Nbre de
jours passés
en établisse
-ment
|
|
|
|
Établissements pour femmes
|
|
|
|
|
Centre psychiatrique régional (Prairies)
|
23
|
9
|
2
|
|
Centre régional de réception (Québec)
|
6
|
-
|
-
|
|
Edmonton
|
79
|
24
|
7
|
|
Fraser Valley
|
77
|
19
|
4
|
|
Grand Valley
|
93
|
14
|
4
|
|
Joliette
|
90
|
10
|
4
|
|
Maison Isabel McNeill
|
-
|
-
|
-
|
|
Nova
|
58
|
22
|
5
|
|
Pavillon de ressourcement Okimaw Ohci
|
9
|
7
|
2
|
|
Total
|
435
|
105
|
28
|
|
|
|
ATLANTIQUE
|
|
|
|
|
Atlantique
|
223
|
63
|
12
|
|
Centre de rétablissement Shepody
|
28
|
7
|
2
|
|
Dorchester
|
231
|
61
|
10
|
|
Springhill
|
104
|
40
|
7
|
|
Westmorland
|
18
|
5
|
2
|
|
Total pour la région
|
604
|
176
|
31
|
|
|
|
ONTARIO
|
|
|
|
|
Bath
|
117
|
43
|
10
|
|
Beaver Creek
|
35
|
5
|
2
|
|
Centre régional de traitement
|
67
|
30
|
7
|
|
Collins Bay
|
125
|
19
|
7
|
|
Fenbrook
|
183
|
51
|
7
|
|
Frontenac
|
49
|
24
|
8
|
|
Joyceville
|
296
|
81
|
15
|
|
Millhaven
|
235
|
33
|
3
|
|
Pénitencier de Kingston
|
318
|
145
|
15
|
|
Pittsburgh
|
33
|
17
|
8
|
|
Warkworth
|
325
|
80
|
16
|
|
Total pour la région
|
1 783
|
528
|
98
|
|
|
|
PACIFIQUE
|
|
|
|
|
Elbow Lake
|
4
|
10
|
3
|
|
Ferndale
|
33
|
14
|
2
|
|
Kent
|
367
|
122
|
15
|
|
Matsqui
|
84
|
21
|
9
|
|
Mission
|
217
|
86
|
13
|
|
Mountain
|
252
|
97
|
15
|
|
Pacifique et Centre régional de traitement
|
145
|
59
|
9
|
|
William Head
|
60
|
24
|
3
|
|
Total pour la région
|
1 162
|
433
|
69
|
|
|
|
PRAIRIES
|
|
|
|
|
Bowden
|
247
|
85
|
14
|
|
Centre Pê Sâkâstêw
|
7
|
2
|
2
|
|
Centre psychiatrique régional
|
116
|
40
|
8
|
|
Drumheller
|
204
|
96
|
12
|
|
Edmonton
|
260
|
70
|
16
|
|
Grande Cache
|
77
|
3
|
1
|
|
Pénitencier de la Saskatchewan
|
353
|
112
|
26
|
|
Riverbend
|
6
|
7
|
2
|
|
Rockwood
|
24
|
7
|
2
|
|
Stan Daniels
|
3
|
1
|
1
|
|
Stony Mountain
|
419
|
135
|
13
|
|
Total pour la région
|
1 716
|
558
|
97
|
|
|
|
QUEBEC
|
|
|
|
|
Archambault
|
218
|
86
|
8
|
|
Centre fédéral de formation
|
117
|
28
|
5
|
|
Centre régional de réception/Unité spéciale de détention
|
191
|
81
|
13
|
|
Cowansville
|
189
|
120
|
16
|
|
Donnacona
|
241
|
87
|
16
|
|
Drummond
|
271
|
36
|
6
|
|
La Macaza
|
109
|
65
|
11
|
|
Leclerc
|
147
|
32
|
11
|
|
Montée St-François
|
33
|
24
|
4
|
|
Port Cartier
|
330
|
115
|
11
|
|
Ste-Anne-des-Plaines
|
24
|
12
|
2
|
|
Total pour la région
|
1 920
|
686
|
103
|
|
|
|
TOTAL GÉNÉRAL
|
7 617
|
2 486
|
427
|
TABLEAU C : PLAINTES ET POPULATION CARCÉRALE - PAR RÉGION
|
Région
|
Nombre total de contacts (*)
|
Population carcérale (**)
|
|
|
|
Atlantique
|
672
|
1 354
|
|
Ontario
|
1 885
|
3 368
|
|
Pacifique
|
1 240
|
2 010
|
|
Prairies
|
1 825
|
3 143
|
|
Québec
|
2 026
|
3 353
|
|
|
|
|
|
TOTAL
|
7 648
|
13 428
|
(*)
Ne comprend pas 48 contacts dans les établissements provinciaux.
(**)
En mars 2005, selon le Système intégré de rapports du
SCC.
TABLEAU D : SUITE DONNÉE SELON LE TYPE DE CAS
|
|
|
TYPE DE CAS
|
SUITE DONNÉE
|
NOMBRE DE PLAINTES
|
|
|
|
|
|
Réponse immédiate
|
Renseignements fournis
|
1 777
|
|
|
Renvois
|
816
|
|
|
Plaintes retirées
|
191
|
|
Total
|
|
2 784
|
|
|
|
Enquête
|
Renseignements fournis
|
1 468
|
|
|
Non fondé
|
360
|
|
|
En suspens
|
110
|
|
|
Renvoi
|
1 225
|
|
|
Réglé
|
1 530
|
|
|
Plaintes retirées
|
229
|
|
Total
|
|
4 952
|
|
|
|
TOTAL GÉNÉRAL
|
|
7 696
|
TABLEAU E : SUJETS DE PRÉOCCUPATION LE PLUS INDIQUÉS PAR LES DÉLINQUANTS
|
|
|
POPULATION CARCÉRALE TOTALE
|
|
|
|
Soins de santé
|
891
|
|
Transfèrement
|
653
|
|
Effets gardés en cellule
|
567
|
|
Visites et visites familiales privées
|
467
|
|
Isolement préventif
|
468
|
|
Réceptivité du personnel
|
429
|
|
Procédure de règlement des griefs
|
378
|
|
Renseignements au dossier (accès, correction et communication)
|
351
|
|
Préparation de cas
|
348
|
|
Conditions de détention
|
330
|
|
|
|
DÉLINQUANTS AUTOCHTONES
|
|
|
|
Transfèrement
|
100
|
|
Isolement préventif
|
83
|
|
Visites et visites familiales privées
|
73
|
|
Soins de santé
|
71
|
|
Effets gardés en cellule
|
67
|
|
Réceptivité du personnel
|
55
|
|
Préparation de cas
|
54
|
|
Renseignements au dossier (accès, correction et communication)
|
53
|
|
Programmes/Services
|
46
|
|
Conditions de détention
|
37
|
|
|
|
DÉLINQUANTES
|
|
|
|
Soins de santé
|
45
|
|
Renseignements au dossier (accès, correction et communication)
|
26
|
|
Téléphone
|
25
|
|
Sécurité des délinquantes
|
25
|
|
Programmes/Services
|
24
|
|
Visites et visites familiales privées
|
23
|
|
Transfèrement
|
23
|
|
Permission de sortir - Décision
|
22
|
|
Réceptivité du personnel
|
22
|
|
Classement selon le niveau de sécurité
|
22
|
Annexe B : Réponse de la ministre au Rapport annuel de l'enquêteur
correctionnel 2003-2004
Le 21 avril 2005 Monsieur Howard Sapers
Enquêteur correctionnel du Canada
C. P. 3421, succursale D
Ottawa (Ontario) K1P 6L4
Monsieur,
J'ai eu le plaisir récemment de présenter à la Chambre votre
rapport annuel de 2003 2004, dans lequel vous avez porté à mon attention
plusieurs recommandations. Avant d'y répondre, j'aimerais souligner les progrès
qui ont été accomplis par le Bureau de l'enquêteur correctionnel
(BEC) et par
le Service correctionnel du Canada (SCC)
en ce qui a trait à l'établissement d'une relation de travail constructive.
Ces progrès se traduisent par un accord mutuel qui vous permettra d'évaluer
pratiquement toutes les questions de fond visées par les recommandations
formulées dans votre rapport annuel ainsi que par le nombre de recommandations
que le SCC a accepté
de mettre en ouvre. Ensemble, vous avez réussi à créer un environnement
propice à la résolution des problèmes.
En examinant les recommandations que vous avez portées à mon attention,
j'étais consciente du fait que ces questions relèvent de la responsabilité
de la commissaire du SCC,
en vertu de l'article 6(1) de la Loi sur le système correctionnel et la mise
en liberté sous condition (LSCMLC)
et de l'ancienne Loi sur les pénitenciers. À la lumière de
ce fait et compte tenu de la position du
SCC à l'égard de vos recommandations, je me fais un
plaisir de répondre à chacune d'entre elles.
Nomination d'un sous-commissaire pour les délinquants autochtones
Les questions qui concernent les délinquants autochtones demeurent à
la fois importantes et difficiles à régler, et je conviens que les
progrès qui ont été réalisés dans ce domaine
sont limités. Je crois comprendre que le
SCC partage ce point de vue et qu'il a pris plusieurs initiatives
qui commencent à porter des fruits. Il s'agit entre autres de l'élaboration
de programmes particuliers pour les Autochtones, de la construction de pavillons
de ressourcement et de l'accroissement du rôle des collectivités autochtones
dans les services correctionnels pour Autochtones. Il reste cependant beaucoup à
faire. Je demanderai à la commissaire de préparer un document sur
la possibilité de nommer un sous commissaire pour les délinquants
autochtones. Je compte obtenir des détails supplémentaires sur les
avantages que procurerait cette mesure ainsi que sur les inconvénients s'y
rattachant. J'aimerais aussi connaître les autres solutions que la commissaire
pourrait me suggérer afin d'en arriver aux mêmes buts. Je devrais prendre
connaissance de ce document d'ici le 1er juin 2005.
Évaluation indépendante des politiques, des procédures
et des outils d'évaluation du
SCC
Dans son rapport de mai 2000, le Comité permanent de la justice et des droits
de la personne a recommandé que le vérificateur général
effectue une évaluation du processus de réinsertion sociale des délinquants
autochtones, en particulier des délinquantes. Je crois comprendre que le
SCC a amorcé un
examen de ses politiques dans le but de faire en sorte qu'elles tiennent compte
des différences culturelles et qu'elles ne comportent aucun obstacle à
la réinsertion sociale des délinquants autochtones dans des conditions
sûres et en temps opportun. J'ai demandé que cet examen soit terminé
d'ici le 1er juin 2005. La commissaire examine également les répercussions
de l'arrêt de la Cour suprême du Canada dans l'affaire Gladue. Je lui
ai demandé de me rendre compte régulièrement de ses constatations.
Plan d'action final relativement à la Commission d'enquête Arbour
Le 10e anniversaire de la publication du rapport de la Commission Arbour aura lieu
au printemps 2006. J'ai été informée par la commissaire que
le SCC prépare
à cette occasion un rapport d'étape sur les services correctionnels
offerts aux délinquantes. Ce rapport fournira une réponse détaillée
à toutes les recommandations du rapport Arbour et d'autres rapports pertinents.
Légitimité de la politique exigeant que les délinquants
condamnés à perpétuité purgent les deux premières
années de leur peine dans un établissement à sécurité
maximale
En ce qui concerne le placement des délinquants qui purgent une peine d'emprisonnement
à perpétuité pour meurtre au premier ou au deuxième
degré, le SCC
a effectué récemment une étude sur les répercussions
de la politique actuelle sur les délinquants visés. On m'informe que
le SCC, se fondant sur
cette étude, est en voie de proposer des modifications à sa politique.
Voici les changements recommandés : 1) un processus d'évaluation clair
(notamment la modification de l'Échelle de classement par niveau de sécurité)
pour étayer les décisions en matière de placement; 2) la délégation
du pouvoir décisionnel que détient le commissaire adjoint, Opérations
correctionnelles, au sous-commissaire régional pour les placements au niveau
de sécurité moyenne; 3) la mise en ouvre d'une stratégie de
gestion des peines dans le cas des délinquants purgeant une peine d'emprisonnement
à perpétuité et classés initialement au niveau de sécurité
moyenne. La commissaire m'informera lorsque la nouvelle politique entrera en vigueur.
Mise en ouvre d'un programme d'échange de seringues
Votre recommandation selon laquelle le
SCC devrait mettre en place un programme d'échange de seringues
a reçu l'appui de nombreux spécialistes de la santé publique,
y compris de la nouvelle Agence de santé publique du Canada (ASPC).
De plus, je sais que l'ASPC
a accepté de jouer un rôle de chef de file dans l'instauration d'un
tel programme. On envisage actuellement que des représentants de l'ASPC, du
SCC et des syndicats des employés se rendent en Espagne
et en Allemagne pour observer le fonctionnement des programmes d'échange
de seringues en place et déterminer si ces programmes peuvent être
adaptés au contexte canadien. Je crois comprendre que ces mesures pourraient
conduire à l'élaboration et à la mise en place d'un programme
efficace d'échange de seringues qui recevrait l'appui de tous les intervenants.
J'ose espérer que mes réponses à vos recommandations vous aideront
à travailler de concert avec le
SCC pour régler les questions importantes que vous avez soulevées.
Veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments respectueux.
A. Anne McLellan
c. c. : Mme Lucie McClung
Commissaire du Service correctionnel du Canada
Annexe C : Résumé des recommandations
Recommandation 1
a) Je recommande que le
SCC obtienne les fonds nécessaires à la mise en ouvre, dans
les délais prescrits, de l'ensemble de la stratégie en matière
de santé mentale.
b) Je recommande que le
SCC prenne immédiatement les mesures nécessaires pour sensibiliser
et former tous les employés de première ligne, afin qu'ils sachent
correctement reconnaître les comportements nuisibles, liés à
des troubles de santé mentale, et qu'ils apprennent à réagir
en conséquence.
Recommandation 2
Je recommande que la ministre nomme en mai 2006 un comité d'experts
pour rédiger un rapport public sur les progrès réalisés
qui sont traités en détail dans la réponse du
SCC concernant les questions relatives aux droits de la personne et
à l'équité, et ce, depuis la production du rapport de la juge
Arbour de 1996 - le rapport du Comité doit être présenté
à la ministre avant octobre 2006.
Recommandation 3
a) Je recommande que le
SCC modifie sa structure de gouvernance et nomme immédiatement
un sous-commissaire pour les délinquants autochtones ayant le pouvoir de
mettre en ouvre le Plan stratégique concernant les services correctionnels
pour Autochtones.
b) Je recommande que le
SCC établisse des rapports trimestriels sur la mise en ouvre du
Plan stratégique concernant les services correctionnels pour Autochtones,
et qu'il les rende publics au même titre que les rapports trimestriels sur
le rendement qui portent sur les questions autochtones qu'il est en train de rédiger.
Recommandation 4
a) Je recommande que le
SCC prenne immédiatement les mesures nécessaires pour réorganiser
ses activités et politiques liées au traitement des griefs des détenus,
en vue d'un règlement juste et expéditif des griefs et plaintes des
délinquants. L'examen doit inclure un volet sur les griefs en matière
de harcèlement et l'inconduite des employés.
b) Je recommande qu'un consultant externe soit embauché pour aider
le SCC dans l'examen
de ses activités et politiques en vue d'un règlement juste et expéditif
des griefs des délinquants, et pour trouver des moyens de mieux utiliser
les stratégies fondées sur les preuves en vue d'assurer une uniformité
dans le traitement des problèmes des délinquants.
Recommandation 5
Je recommande que le SCC
élabore immédiatement un plan d'action adapté pour mettre en
application les recommandations contenues dans le Rapport sur les facteurs causant
des retards dans le traitement des demandes présentées à la
CNLC
qui a été établi par le Service correctionnel du Canada, la
Commission nationale des libérations conditionnelles et le Bureau de l'enquêteur
correctionnel. Ce plan d'action, qui sera établi en collaboration avec la
CNLC
et le BEC,
doit comprendre une composante utile de vérification et d'évaluation.
Recommandation 6
a) Je recommande que le SCC
adopte immédiatement le modèle d'arbitrage indépendant pour
l'isolement préventif, qui est proposé par le ministère de
la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada.
b) Je recommande aussi que le
SCC effectue un examen exhaustif des droits et privilèges, de l'accès
aux programmes, du niveau d'association et des garanties procédurales en
ce qui a trait à toutes les sous-populations qui ne sont pas considérées
comme faisant partie de la population carcérale générale ou
du groupe des délinquants placés en isolement préventif. L'examen
doit être effectué avant le 31 mars 2006, et des recommandations précises
doivent être faites pour assurer le respect des exigences relatives aux procédures
équitables et à l'équité, de même que la mise
en application de solutions moins restrictives.
Recommandation 7
Je recommande que le SCC,
avec l'aide d'experts externes spécialisés dans les approches axées
sur les femmes et les Autochtones, mette en ouvre une stratégie à
court, à moyen et à long terme, pour que cesse la discrimination systémique
observée contre les délinquantes et les Autochtones en ce qui a trait
au classement selon le niveau de sécurité et à la libération
conditionnelle.
Recommandation 8
Pour une quatrième année consécutive, je recommande que
le SCC annule immédiatement
sa politique contraire à l'esprit de la loi qui exige que les délinquants
sous responsabilité fédérale condamnés à perpétuité
comme peine minimale pour meurtre au premier degré ou au deuxième
degré soit placés dans un établissement à sécurité
maximale pendant les deux premières années de leur incarcération.
Faute d'une réponse positive du
SCC, je fais appel au leadership de la
ministre pour que cette politique soit annulée le plus vite possible.
RÉPONSE DU SERVICE CORRECTIONNEL DU CANADA AU 32e RAPPORT ANNUEL DE L'ENQUÊTEUR
CORRECTIONNEL
2004-2005
INTRODUCTION
Le Service correctionnel du Canada (SCC)
rempli son mandat en matière de sécurité publique dans un cadre
qui tient compte des droits de la personne. Récemment, nous avons présenté
le modèle « Puis-je? Pourrais-je? Devrais-je? »,
qui incite le personnel à mettre en question toute décision, d'une
perspective opérationnelle, légale et éthique. Depuis les dernières
années, le SCC
a amélioré considérablement sa capacité de rendre des
comptes aux Canadiens et Canadiennes sur son rendement en ce qui a trait aux droits
de la personne et à la réinsertion sociale en toute sécurité
des délinquants en créant des outils de collecte de données,
d'analyse et d'établissement de rapports plus poussés. Le SCC reconnaît l'importance
du rôle que joue l'enquêteur correctionnel (EC), qui est chargé
d'effectuer des enquêtes sur les problèmes des délinquants qui
sont liés aux décisions et aux actions du Service.
Il existe une interaction continuelle entre les enquêteurs correctionnels
et les directeurs d'établissement en ce qui concerne les questions opérationnelles.
Les sous-commissaires régionaux (SCR) rencontrent les représentants
de l'EC plusieurs fois
par année pour discuter de préoccupations précises dans chaque
région et pour assurer un suivi. Lorsque des questions systémiques
sont cernées, le SCC
travaille avec le Bureau de l'enquêteur correctionnel (BEC)
et d'autres intervenants pour y répondre. De récents exemples de ce
genre d'effort collectif comprennent : l'accès universel des délinquants
aux ordinateurs, l'utilisation de détecteurs ioniques et l'approbation de
permissions de sortir avec escorte (PSAE) pour des raisons de compassion. Souvent,
nous mettons en place des mesures convenues. Dans certains cas, la solution n'est
pas facilement apparente ni à l'EC,
ni au SCC, compte tenu
de la complexité des défis que présente le milieu correctionnel,
ce qui peut retarder l'amélioration du rendement. Lorsque l'EC
et le SCC conviennent
qu'il existe un problème et ne s'entendent pas sur la solution proposée,
ils continuent de chercher des précisions et de trouver des façons
de régler les questions sous-jacentes.
Depuis quelques années, le SCC
a entrepris un certain nombre d'initiatives pour mieux répondre aux besoins
et aux risques que présente la population actuelle de délinquants.
Ces initiatives comprennent notamment l'élaboration et la mise en ouvre de
programmes et d'interventions qui visent en particulier les Autochtones, les femmes
et les délinquants à risque élevé, de même que
des approches plus créatives aux questions de sécurité et de
liaison avec la collectivité.
Les résultats continuent de s'améliorer en dépit du profil
de la population de délinquants de plus en plus complexe. Au cours de l'exercice
2004-2005, le nombre d'incidents violents majeurs a diminué de 26 % (de 70
à 52) à comparer à l'année précédente.
Il s'agit là de la plus importante baisse depuis six ans. De plus, le nombre
de troubles majeurs a diminué de 87 % (de huit à un seul). Il y a
eu neuf suicides, soit un nombre inférieur à la moyenne annuelle des
cinq années précédentes qui est de 11,4. Il y a eu un incident
de voies de fait grave contre le personnel, tandis qu'aucun incident de ce genre
ne s'est produit l'année précédente. Mais en général,
au cours des cinq dernières années, la moyenne des incidents majeurs
par 1 000 détenus (population prise en charge) est en fait passée
de 4,8 à 3. Par ailleurs, le taux de récidive avec violence chez les
délinquants sous surveillance demeure stable depuis deux ans et n'atteint
pas 2 %. Le SCC fait
toujours preuve de vigilance afin de prévenir tous les incidents et d'y répondre.
Voici la réponse du SCC
au Rapport annuel de l'enquêteur correctionnel 2004-2005. Une réponse
à chaque recommandation est fournie. En plus de comporter des détails
supplémentaires, les annexes apportent certaines précisions sur les
renseignements fournis dans le Rapport annuel de l'enquêteur correctionnel.
SERVICES DE SANTÉ MENTALE
Recommandation 1
a) Je recommande que le SCC
obtienne les fonds nécessaires à la mise en ouvre, dans les délais
prescrits, de l'ensemble de la stratégie en matière de santé
mentale.
D'accord.
Le gouvernement du Canada a prévu 29,5 millions de dollars sur cinq ans pour
financer la composante de la Stratégie qui prévoit des services de
santé mentale dans la collectivité. Ces ressources serviront à
la planification des mises en liberté jusqu'à deux ans avant la libération;
aux services de soins ambulatoires; au personnel spécialisé en services
de santé mentale qui travaillent dans les bureaux de libération conditionnelle
afin de fournir un appui aux délinquants atteints de troubles mentaux dans
les centres correctionnels communautaires (CCC)
et les établissements résidentiels communautaires (ERC);
à une formation annuelle sur la santé mentale pour le personnel des
bureaux de libération conditionnelle, des
CCC et des
ERC; aux contrats de services spécialisés en vue
de répondre aux besoins des délinquants atteints de troubles mentaux
qui vivent dans la collectivité.
Les fonds nécessaires pour la mise en ouvre complète des trois autres
composantes de la stratégie sont importants. Le
SCC participe à la formulation d'une réponse interministérielle
au rapport définitif et aux recommandations du sénateur Michael Kirby
sur la santé mentale au Canada, sous la direction de Santé Canada.
Nous espérons que de telles initiatives permettront d'obtenir un financement
supplémentaire. Le SCC
est heureux d'avoir l'appui de l'EC
pour obtenir les ressources nécessaires qui permettront de mettre en ouvre
l'ensemble de sa stratégie en matière de santé mentale.
b) Je recommande que le SCC
prenne immédiatement les mesures nécessaires pour sensibiliser et
former tous les employés de première ligne, afin qu'ils sachent correctement
reconnaître les comportements nuisibles, liés à des troubles
de santé mentale, et qu'ils apprennent à réagir en conséquence.
D'accord.
Comme il est mentionné ci-dessus, certaines des ressources prévues
pour financer la stratégie en matière de santé mentale de la
collectivité serviront à la formation annuelle en matière de
santé mentale du personnel des bureaux de libération conditionnelle,
des CCC et des ERC.
Cette formation sera axée en particulier sur les compétences pratiques
dont a besoin le personnel pour comprendre et appuyer les délinquants ayant
des troubles de santé mentale qui vivent dans la collectivité ainsi
que pour intervenir de façon efficace.
Les Services de santé, en consultation avec Apprentissage et perfectionnement,
prépareront un module de formation visant à aider le personnel à
reconnaître les comportements des délinquants ayant des troubles de
santé mentale et à intervenir de façon efficace. Ce module,
qui doit être prêt d'ici le 31 octobre 2006, sera conçu à
l'intention de tous les nouveaux employés, et il servira à former
tous les employés qui doivent entrer régulièrement en contact
avec les délinquants.
Ces initiatives de formation complèteront les interventions de santé
mentale déjà en place fondées sur la thérapie comportementale
dialectique (TCD)
et la réadaptation psychosociale (RPS).
DÉLINQUANTES
Recommandation 2
Je recommande que la ministre nomme en mai 2006 un comité d'experts pour
rédiger un rapport public sur les progrès réalisés qui
sont traités en détail dans la réponse du
SCC concernant les questions relatives aux droits de la personne et
à l'équité, et ce, depuis la production du rapport de la juge
Arbour de 1996 - le rapport du Comité doit être présenté
à la ministre avant octobre 2006.
Le SCC convient qu'un
comité d'experts révisera et commentera le rapport d'étape
sur dix ans portant sur les services correctionnels pour les femmes.
D'avril 2003 à janvier 2004, trois rapports sur les services correctionnels
fédéraux pour les femmes ont été rendus publics par
des organismes indépendants : le Bureau du vérificateur général,
le Comité permanent des comptes publics et la Commission canadienne des droits
de la personne. Ces rapports ont fait état des progrès réalisés
jusqu'ici. De plus, le SCC
a reçu une rétroaction favorable sur les mesures qu'il a prises pour
répondre aux recommandations, notamment de la part de la Commission canadienne
des droits de la personne et du Comité contre la torture (CCT). Ce dernier
relève du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme. La juge
Arbour occupe actuellement ce poste.
En septembre 2005, le Bureau d'inspection des prisons (Inspectorate of Prisons)
du Royaume-Uni évaluera l'ensemble des activités de l'Établissement
Nova et de l'Établissement Grand Valley pour femmes pendant une période
de deux semaines.
Le Service rédige un rapport d'étape sur dix ans portant sur les services
correctionnels pour les femmes, qui fournira une réponse exhaustive à
toutes les recommandations contenues dans le rapport Arbour ainsi que dans d'autres
rapports pertinents.
L'annexe A donne des précisions et des détails
supplémentaires sur les résultats concernant les délinquantes
présentés dans le Rapport annuel de l'enquêteur correctionnel.
DÉLINQUANTS AUTOCHTONES
Recommandation 3
a) Je recommande que le SCC
modifie sa structure de gouvernance et nomme immédiatement un sous-commissaire
pour les délinquants autochtones ayant le pouvoir de mettre en ouvre le Plan
stratégique concernant les services correctionnels pour Autochtones.
À confirmer.
Un examen de la structure de gouvernance du
SCC est actuellement en cours. Une décision concernant l'affectation
d'un sous-commissaire pour les délinquants autochtones sera prise dans ce
contexte. Entre temps, le sous-commissaire principal parraine les questions relatives
aux Autochtones auprès du comité de direction et des partenaires externes.
Le SCC, en consultation
avec les collectivités autochtones et les Aînés, porte une attention
particulière à l'élaboration et à la mise en ouvre d'approches
correctionnelles efficaces pour les délinquants membres des Premières
nations ainsi que pour les délinquants inuits et métis. Les résultats
s'améliorent malgré la cote initiale élevée des besoins
et des risques que présentent les délinquants autochtones, principalement
en raison du nombre et de la gravité des infractions antérieures.
Certains de ces résultats sont compris dans l'annexe B.
b) Je recommande que le SCC
établisse des rapports trimestriels sur la mise en ouvre du Plan stratégique
concernant les services correctionnels pour Autochtones, et qu'il les rende publics
au même titre que les rapports trimestriels sur le rendement qui portent sur
les questions autochtones qu'il est en train de rédiger.
D'accord.
À partir de l'automne 2005, des rapports trimestriels seront produits.
GRIEFS DES DÉTENUS, ALLÉGATIONS DE HARCÈLEMENT ET INCONDUITES
DU PERSONNEL
Recommandation 4
a) Je recommande que le SCC
prenne immédiatement les mesures nécessaires pour réorganiser
ses activités et politiques liées au traitement des griefs des détenus,
en vue d'un règlement juste et expéditif des griefs et plaintes des
délinquants. L'examen doit inclure un volet sur les griefs en matière
de harcèlement et l'inconduite des employés.
D'accord : déjà commencé.
Le SCC mène actuellement
un examen national du processus de grief des détenus, qui sera terminé
en février 2006. Cet examen porte en particulier sur l'efficacité
des processus actuels ainsi que sur les exigences en matière de ressources
et les structures hiérarchiques.
Le Service renforce ses politiques et ses procédures de règlement
des plaintes de harcèlement et de mauvaise conduite portées contre
le personnel. De plus, les processus de surveillance et d'établissement de
rapports ont été évalués, et de nouveaux outils ont
été créés pour favoriser le respect des lois et des
politiques. Le plan d'action comprend l'accréditation et la formation des
enquêteurs en matière de harcèlement et établit une distinction
entre le rendement du personnel et le harcèlement aux fins de codage. Ce
plan d'action permettra au Service d'améliorer sa capacité de répondre
efficacement aux griefs déposés pour harcèlement et d'établir
des rapports sur ceux-ci.
b) Je recommande qu'un consultant externe soit embauché pour aider le SCC dans l'examen de ses activités
et politiques en vue d'un règlement juste et expéditif des griefs
des délinquants, et pour trouver des moyens de mieux utiliser les stratégies
fondées sur les preuves en vue d'assurer une uniformité dans le traitement
des problèmes des délinquants.
D'accord en ce qui concerne l'examen des activités et des politiques concernant
les griefs des délinquants et la procédure de règlement des
griefs.
Au cours des trois dernières années, les taux nationaux de rapidité
de traitement des griefs sont demeurés passablement stables, soit autour
de 78 %. Les taux de cette année sont légèrement plus bas (-2
%) que ceux de l'année dernière. Cependant, le manque de rapidité
continue d'être un sérieux problème en ce qui concerne les griefs
au troisième niveau, ce qui doit être résolu. L'examen portera
sur ces questions.
Au cours des deux dernières années, le Service s'est sur tout concentré
sur la qualité des réponses et des suivis ainsi que sur la détermination
des problèmes systémiques à régler et des mesures correctrices
suggérées. Le sous-commissaire principal, en tant que signataire délégué,
a examiné tous les griefs de troisième niveau et assuré un
suivi concernant les questions de responsabilité de la gestion et d'interprétation
des politiques. Le nombre moyen de griefs accueillis a augmenté de 13 %,
de 2001 à 2003, à 24 % au cours des deux derniers exercices. Après
beaucoup d'efforts, nous pouvons commencer à voir une application plus serrée
des politiques sur le terrain ainsi qu'un engagement accru visant une culture des
droits de la personne.
PRÉPARATION DES CAS ET ACCÈS AUX PROGRAMMES
Recommandation 5
Je recommande que le SCC
élabore immédiatement un plan d'action adapté pour mettre en
application les recommandations contenues dans le Rapport sur les facteurs causant
des retards dans le traitement des demandes présentées à la
CNLC
qui a été établi par le Service correctionnel du Canada, la
Commission nationale des libérations conditionnelles et le Bureau de l'enquêteur
correctionnel. Ce plan d'action, qui sera établi en collaboration avec la
CNLC
et le BEC,
doit comprendre une composante utile de vérification et d'évaluation.
D'accord.
Bien que le groupe de travail initial ait été supprimé, le
SCC a élargi la
portée de cette initiative et a établi comme priorité des cadres
supérieurs la réinsertion sociale vigoureuse de chaque délinquant.
L'objectif de cette initiative est de veiller à ce que tous les délinquants
aient un emploi, un logement et un réseau de soutien une fois en liberté
dans la collectivité.
Des mécanismes de responsabilisation ont déjà été
améliorés au moyen du Système intégré de rapports
du SCC, d'un outil de
surveillance de la gestion et d'un cadre d'évaluation approprié pour
sur veiller la mise en ouvre des recommandations et les résultats.
L'EC et le
SCC ont convenu de tenir des réunions trimestrielles pour évaluer
les résultats et les processus dans ces domaines, entre autres.
GESTION DE LA POPULATION CARCÉRALE
Recommandation 6
a) Je recommande que le SCC
adopte immédiatement le modèle d'arbitrage indépendant pour
l'isolement préventif, qui est proposé par le ministère de
la Sécurité publique et de la Protection civile du Canada.
À l'étude.
La Direction générale des affaires correctionnelles et de la justice
pénale (DGACJP)
du ministère de la Sécurité publique et de la Protection civile
du Canada, qui est responsable des politiques législatives, a examiné
en 2004 la nécessité d'un arbitrage indépendant, qu'elle a
recommandé de mettre en place. Le
SCC a demandé que plus de temps lui soit accordé afin
de trouver des solutions de rechange opérationnelles pour mieux résoudre
les questions d'équité procédurale et de recours trop fréquent
à l'isolement préventif avant de concevoir un modèle approprié
de surveillance. Le SCC
et la
DGACJP élaboreront ensemble d'autres modèles, tout en
continuant d'accorder une attention particulière aux préoccupations
associées au contexte opérationnel. Un plan d'action à cet
effet sera présenté d'ici le 1er décembre 2005.
Le SCC s'engage à
limiter le recours à l'isolement préventif aux délinquants
qui posent un risque à la sécurité d'autrui ou à bien
à ceux ou celles dont la propre sécurité se trouve compromise
dans la population carcérale générale. Le
SCC est responsable des conséquences des décisions qu'il
prend en matière d'isolement, de mise en liberté et de condition,
compte tenu de son mandat : maintenir un environnement sûr, sécuritaire
et humain pour le personnel, les délinquants et le public. Les employés
du Service ont des connaissances et une expertise spécialisées et
comprennent les cas individuels et la réalité dans les établissements.
Ils sont donc bien placés pour prendre des décisions sur le potentiel
de réinsertion dans la population carcérale générale
en toute sécurité d'un délinquant en particulier.
Le SCC met actuellement
l'accent sur la prévention des types de comportement qui entraînerait
l'isolement d'un délinquant. Le Service procède aussi à la
conception et à la mise en ouvre de stratégies intégrées
d'intervention correctionnelle qui visent des groupes de délinquants au profil
semblable. Ces stratégies comprennent des programmes formels, des mesures
de sécurité adéquates et l'attribution du temps fondée
sur un horaire. Chaque stratégie vise à favoriser la réadaptation
progressive des délinquants et, au bout du compte, leur réinsertion
sociale en toute sécurité.
b) Je recommande aussi que le SCC
effectue un examen exhaustif des droits et privilèges, de l'accès
aux programmes, du niveau d'association et des garanties procédurales en
ce qui a trait à toutes les sous-populations qui ne sont pas considérées
comme faisant partie de la population carcérale générale ou
du groupe des délinquants placés en isolement préventif. L'examen
doit être effectué avant le 31 mars 2006, et des recommandations précises
doivent être faites pour assurer le respect des exigences relatives aux procédures
équitables et à l'équité, de même que la mise
en application de solutions moins restrictives.
D'accord.
Le SCC entreprendra un
examen des approches actuelles à la gestion de la population. Cet examen
sera terminé à la fin du présent exercice et vise à
s'assurer que les unités actuelles fonctionnent conformément aux lois
et aux politiques. Plus précisément, au cours de l'examen, une attention
particulière sera portée :
- au nombre d'unités actuelles et à leur but;
- à l'isolement sollicité et non sollicité;
- au lien entre le plan correctionnel du délinquant et de son isolement;
- aux conditions de l'isolement;
- aux activités quotidiennes dans les unités;
- à la disponibilité des programmes;
- la durée moyenne de l'isolement.
CLASSEMENT DES DÉLINQUANTS SELON LE NIVEAU DE SÉCURITÉ
Classement des délinquants selon le niveau de sécurité
Recommandation 7
Je recommande que le SCC,
avec l'aide d'experts externes spécialisés dans les approches axées
sur les femmes et les Autochtones, mette en ouvre une stratégie à
court, à moyen et à long terme, pour que cesse la discrimination systémique
observée contre les délinquantes et les Autochtones en ce qui a trait
au classement selon le niveau de sécurité et à la libération
conditionnelle.
D'accord.
En raison du manque d'instruments précisément conçus pour les
femmes et les délinquants autochtones, le Service doit élaborer et
mettre à l'essai de nouveaux processus. Le
SCC croit que les systèmes de classification devraient répondre
aux besoins des hommes et des femmes ainsi que des délinquants autochtones
et non autochtones et que les études de validation devraient être axées
sur ces groupes de délinquants. Par conséquent, le Service a eu recours
à une expertise externe pour améliorer la conception et l'élaboration
de ces outils de classement des délinquantes (y compris les délinquantes
autochtones) afin d'accroître la sécurité du public, du personnel
et des délinquants. En ce qui concerne les délinquants autochtones,
le Service examine l'applicabilité des outils qui existent déjà.
Classement des délinquants purgeant une peine à perpétuité
(règle de deux ans)
Recommandation 8
Pour une quatrième année consécutive, je recommande que
le SCC annule immédiatement
sa politique contraire à l'esprit de la loi qui exige que les délinquants
sous responsabilité fédérale condamnés à perpétuité
comme peine minimale pour meurtre au premier degré ou au deuxième
degré soient placés dans un établissement à sécurité
maximale pendant les deux premières années de leur incarcération.
Faute d'une réponse positive du
SCC, je fais appel au leadership de la
ministre pour que cette politique soit annulée le plus vite possible.
Pas d'accord.
Compte tenu de la gravité du crime commis et de la durée de la peine
imposée, les besoins et les risques que présentent les délinquants
purgeant une peine pour meurtre au premier degré et pour meurtre au deuxième
degré sont particulièrement complexes. Ainsi, le Service tient pour
acquis que ces délinquants seront placés dans un établissement
à sécurité maximale, à moins que les caractéristiques
individuelles du délinquant ou le risque qu'il pose soient déterminés
comme étant gérables dans un établissement à sécurité
moyenne. Le délai maximum de la réévaluation du niveau de sécurité
est de deux ans, ce qui permet au Service d'observer et d'évaluer le comportement
et les besoins du délinquant. Les changements importants aux situations sont
immédiatement examinés. Les résultats font toujours l'objet
d'une surveillance. Le Service ne prévoit pas changer son approche à
ce moment-ci.
Récemment, le SCC
a élargi ses programmes pour mieux répondre aux besoins de cette population.
SITUATION ACTUELLE CONCERNANT LES QUESTIONS LIÉES AUX DÉLINQUANTES
SOULEVÉES DANS LE RAPPORT ANNUEL DE L'ENQUÊTEUR CORRECTIONNEL DE
2004-2005 - Annexe A
QUESTION
MISE À JOUR/RÉSULTAT
Surclassement des délinquantes
- Seulement 5 % des délinquantes obtiennent dès leur admission un niveau
de sécurité maximal.
- 44 % et 51 % des délinquantes obtiennent dès leur admission un niveau
de sécurité moyen et minimal, respectivement.
Outils adaptés aux besoins des femmes
- Des propositions sur l'élaboration d'un outil de classement initial ont été
reçues en juin 2005. On anticipe que l'élaboration de l'outil sera
terminée en 2008.
- L'échelle sexospécifique de réévaluation du niveau de
sécurité pour les délinquantes (ESRNSD)
a été mise en place le 1er juin 2005 et :
- a donné lieu à plus de recommandations de cote de sécurité
minimale et à moins de recommandations de cote de sécurité
moyenne et maximale;
- permet de mieux prédire les inconduites en milieu carcéral que l'évaluation
clinique structurée;
- est valide auprès des délinquantes autochtones.
Isolement
(de 2003-2004 à 2004-2005)
Sollicité
- importante baisse des admissions (de 40 à 26);
- importante baisse du nombre de délinquantes qui passent 10 jours ou moins
en isolement (de 39 à 20);
- légère hausse du nombre de délinquantes qui passent de 11
à 31 jours en isolement (de 1 à 6)
Non sollicité
- légère baisse des admissions (de 258 à 249);
- légère baisse du nombre de délinquantes qui passent 30 jours
ou moins en isolement (de 239 à 233);
- légère baisse du nombre de délinquantes qui passent de 31
à 275 jours en isolement (de 19 à 16).
- Présentation d'examens pilotes semestriels des cas des délinquantes
ayant passé en isolement 30 jours consécutifs ou 60 jours cumulatifs
dans une année, dans le but de cerner des stratégies de préventions
et des pratiques exemplaires;
- L'ouverture de l'unité pour femmes à l'Institut Philippe Pinel de
Montréal (IPPM)
en mai 2004 a favorisé le redressement de la situation en matière
d'isolement à long terme.
Taux de récidive
- 2003-2004 : Chez les délinquantes, le taux de révocation pour récidive
a été de 0,56 % (3 sur 534) pour les infractions avec violence et
de 4,68 % (25 sur 534) pour les infractions sans violence;
- 2004-2005 : Chez les délinquantes, le taux de révocation pour récidive
a été de 0,39 % (2 sur 519) pour les infractions avec violence et
de 4,43 % (23 sur 519) pour les infractions sans violence.
Accès aux programmes sexospécifiques
- Les programmes axés sur les femmes et fondé sur l'évolution
des connaissances à l'égard des délinquantes comprennent entre
autres :
- le Programme d'intervention pour délinquantes toxicomanes;
- le programme Survivantes de traumatismes et d'actes de violence;
- le programme Cercles de changement;
- le programme Esprit du guerrier (deux programmes conçus précisément
pour les délinquantes autochtones);
- le Programme mère-enfant;
- le Programme d'entraide des détenues;
- le programme Pawsitive Directions;
- les programmes de mentorat;
- la thérapie comportementale dialectique (TCD)
(offerte dans les unités en milieu de vie structuré et les unités
de garde en milieu fermé);
- la réadaptation psychosociale (RPS)
(offerte dans les unités de garde en milieu fermé)
- Certains programmes ont été modifiés afin de permettre l'inscription
continue;
- Le SCC surveille de près
les listes d'attente.
Programmes d'emploi et d'employabilité notables
- Le Programme d'acquisition de compétences en matière d'emploi
et d'employabilité a été élaboré en collaboration
avec le Conference Board du Canada et mis en ouvre à titre de projet pilote
dans deux établissements.
- Une formation sera fournie aux intervenants à l'automne 2005;
- Le programme sera offert dans toutes les unités opérationnelles en
2005-2006.
- En 2004-2005, il y a eu une hausse de 8 % du nombre de délinquantes ayant
obtenu un emploi comparativement à l'exercice précédent (de
487 à 525 délinquantes).
Formation sur les approches axées sur les femmes
- Le Programme de formation axée sur les femmes est obligatoire pour tous les
membres du personnel qui travaillent avec des délinquantes et fait partie
des Normes nationales de formation.
- Le Programme vise à sensibiliser le personnel aux questions liées
au sexisme, au racisme, aux handicaps, à l'orientation sexuelle, à
l'agression physique et sexuelle, aux comportements d'automutilation et suicidaires,
à la toxicomanie, à la santé mentale ainsi qu'aux traditions
et à la spiritualité autochtones, tout en étant axé
sur les femmes.
- Une formation de recyclage sera mise en place en 2007.
Annexe B
QUESTION
MISE À JOUR/RÉSULTAT
Libération d'office
- Il reste vrai que les délinquants autochtones sont plus susceptibles que
le reste de la population carcérale de retourner dans la collectivité
en liberté d'office (48 % contre 34 %) qu'en liberté conditionnelle
totale (34 % contre 52 %).
Au cours des cinq dernières années, malgré les problèmes
que présentent les délinquants au chapitre des risques et des besoins,
le SCC a réussi
à :
Surveillance dans la collectivité
- Maintenir la proportion des délinquants autochtones dans la collectivité
à environ 32 %.
Semi-liberté
- Accroître de 7,5 % le taux de délinquants autochtones en liberté
conditionnelle totale.
Taux de réincarcération
(nouvelle infraction)
- Diminuer de 28,4 % le pourcentage de délinquants autochtones ayant vu leur
liberté révoquée parce qu'ils ont commis une nouvelle infraction
(de 243 à 174).
Soutien des collectivités autochtones
- Augmenter la participation et l'appui des collectivités autochtones en ce
qui a trait aux plans de réinsertion sociale des délinquants;
- Nettement améliorer la gestion et l'utilisation des pavillons de ressourcement :
- Pavillon de ressourcement Willow Cree : plein un an après son ouverture;
- Pavillon de ressourcement Ochichakosipi : presque plein.
Recrutement et représentation
- Le SCC se place au deuxième
rang, juste derrière le ministère des Affaires indiennes et du Nord
canadien en ce qui concerne le recrutement et la représentation des autochtones
dans la fonction publique.
- Au 31 mars 2005, 951 (6,6 %) des 14 338 employés se révèlent
être des Autochtones. (Il est à noter que les Estimations sur la disponibilité
au sein de la population active canadienne pour les Autochtones est de 4,7 %, selon
un recensement de 2001, Enquête sur la participation et les limitations d'activités
[EPLA]).
- Ces 951 employés travaillent dans divers domaines et dans diverses régions,
compte tenu de la répartition des délinquants autochtones.
[1] Par exemple : le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques, le Pacte international relatif aux droits
économiques, sociaux et culturels, la Convention contre la torture et l'Ensemble
des règles minima pour le traitement des détenus.
[2] Entre autres figurent la Loi sur
le système correctionnel et la mise en liberté sous condition et la
Loi canadienne sur les droits de la personne.
[3] Un exemple de la Charte canadienne
des droits et libertés.
[4] Le rapport est intitulé
Santé mentale, maladie mentale et toxicomanie : Aperçu des politiques
et des programmes au Canada (novembre 2004). Il se trouve à l'adresse
www.parl.gc.ca.
[5] Le Groupe de travail sur les droits
de la personne, 1997; le Comité permanent de la Chambre sur la justice et
les droits de la personne, 2000; le Projet de vérification de la dotation
mixte, 2000; le vérificateur général, 2003; le Comité
permanent des comptes publics, 2003; la Commission canadienne des droits de la personne,
2003.
[6] Entre autres figurent le Groupe
de travail sur les droits de la personne du
SCC présidé par Maxwell Yalden en 1997; le Comité
permanent de la Chambre sur la justice et les droits de la personne en 2000; le
projet de vérification de la dotation mixte en 2000;
Justice Behind the Wall, par Michael Jackson en 2002; et la Commission
canadienne des droits de la personne en 2003.