Rapport annuel 2003-2004
Recommandations ministérielles
1. DÉLINQUANTS AUTOCHTONES
Recommandations
Je recommande que :
- la ministre nomme un sous-commissaire autochtone chargé expressément
de s'occuper des programmes destinés aux Autochtones et d'assurer la liaison
avec les collectivités autochtones et que cette personne soit un membre votant
permanent de tous les comités de direction existants afin que le point de
vue des Autochtones soit pris en considération dans le processus décisionnel
du SCC;
- la ministre entreprenne une évaluation des politiques, des procédures
et des outils d'évaluation du SCC afin que les obstacles discriminatoires
qui nuisent à la réinsertion sociale en temps opportun des délinquants
autochtones soient identifiés et éliminés. Cet examen devrait
être mené par un organisme non lié au SCC, avec le soutien total
et la participation des organismes autochtones, et le rapport connexe devrait être
présenté au plus tard le 31 mars 2005.
Contexte
Ces recommandations ont initialement été présentées
au Service correctionnel dans le rapport annuel de 1998-1999.
Ces recommandations représentaient une première étape de la
résolution des problèmes touchant les Autochtones :
- veiller à ce qu'un Autochtone compte parmi les membres votants aux réunions
de la haute direction et que son point de vue soit pris en considération;
- procéder à un examen indépendant et éclairé des
politiques et procédures concernant les obstacles discriminatoires à
la réinsertion sociale en temps opportun.
Le Sous-comité parlementaire sur la Loi sur le système correctionnel
et la mise en liberté sous-condition a formulé dans son rapport
de mai 2000 des recommandations semblables concernant la nomination d'un sous-commissaire
des délinquants autochtones et une évaluation par le vérificateur
général du processus de réinsertion sociale offert aux délinquants
autochtones.
Le Service correctionnel n'a pas accepté ces recommandations.
À l'heure actuelle, alors que 41 % des délinquants non autochtones
sont en liberté-conditionnelle, seulement 31 % des délinquants autochtones
le sont. Dans le cas des délinquantes, 57 % des non-Autochtones sont en liberté
conditionnelle, comparativement à 38 % seulement des délinquantes
autochtones. Cet écart n'a pas vraiment changé depuis les dix dernières
années.
2. DÉLINQUANTES
Recommandations
Je recommande que :
- la ministre ordonne que le « plan définitif de suivi »
soit élaboré le plus rapidement possible conformément aux recommandations
de la juge Arbour et que cette mesure soit suivie d'un processus de consultation
faisant appel à tous les intervenants intéressés;
- le Ministère donne une réponse publique aux recommandations
formulées par la Commission des droits de la personne au plus tard le 31
octobre 2004.
Contexte
La Commission d'enquête présidée par Madame la juge Arbour à
la suite d'événements survenus à la Prison des femmes a été
un processus très médiatisé et inclusif. Le rapport de la Commission,
rendu public en avril 1996, est une référence en ce qui concerne les
services correctionnels au pays. Ses constatations et recommandations ont attiré
notre attention collective non seulement sur le potentiel des services correctionnels
destinés aux femmes, mais également sur l'ouverture, l'équité
et la responsabilité qui doivent marquer toutes les activités correctionnelles.
En acceptant la prémisse centrale des recommandations de la juge Arbour en
juin 1996, le ministre a souligné que :
- certaines recommandations du rapport exigent une étude plus approfondie afin
que l'on puisse déterminer quelle serait la meilleure façon d'atteindre
l'objectif qui sous-tend chacune des recommandations;
- ces recommandations devraient être traitées dans le cadre du plan définitif
de suivi.
Aucun plan définitif de suivi n'a été rendu public.
La recommandation initiale du Bureau concernant une analyse publique du Rapport
de la juge Arbour a été formulée dans notre rapport annuel
de 2000-2001.
Le Service a répondu à nos recommandations de façon constante
: « Le SCC a donné suite aux 87 recommandations/sous-recommandations
du rapport, à l'exception de quelques-unes. Ces recommandations ont été
appliquées telles quelles ou acceptées en principe. Quatre recommandations/sous-recommandations
ont été transmises à Justice Canada
pour examen. » Les quatre recommandations soumises à Justice Canada en 1996 pour examen n'ont jamais été
étudiées.
La Commission canadienne des droits de la personne a rendu public un rapport en
janvier 2004 intitulé Protégeons leurs droits : Examen systémique
des droits de la personne dans les services correctionnels destinés aux femmes
purgeant une peine de ressort fédéral. Les préoccupations
soulevées et les recommandations formulées par la Commission canadienne
des droits de la personne sont pour la plupart conformes à celles de la juge
Arbour.
La pertinence de ces préoccupations encore de nos jours met sérieusement
en doute la prétention du SCC
d'avoir pris des « mesures déterminantes » à la suite des recommandations de la juge Arbour et renvoie
directement à notre recommandation concernant la nécessité
d'un réexamen approfondi et public du rapport de la juge Arbour.
3. MALADIES INFECTIEUSES
Recommandations
Je recommande que :
- le SCC mette en place, avant le 31 mars 2005, un programme d'échange
de seringues après avoir consulté des spécialistes de la santé
et de la sécurité, des délinquants, des employés et
les organismes communautaires appropriés;
- la ministre ordonne au SCC de mettre en oeuvre un tel programme si celui-ci
ne donne pas suite à cette recommandation.
Contexte
Le Comité d'experts sur le SIDA et les prisons (CESP) a recommandé
en 1994 la création d'un programme pilote d'échange de seringues dans
des établissements fédéraux. Le Bureau a participé activement
à l'examen du CESP et a appuyé les recommandations du Comité
depuis la parution de son rapport.
Le Rapport sur les besoins en soins de santé des détenus sous responsabilité
fédérale au Canada, publié en mars 2004, ainsi que le Rapport
sur les délinquants purgeant une peine de ressort fédéral de
la Commission canadienne des droits de la personne, publié en janvier 2004,
ont tous deux recommandé la mise en oeuvre d'un programme pilote d'échange
de seringues pour les délinquants purgeant une peine de ressort fédéral.
Un autre rapport, publié par le Réseau juridique canadien VIH/sida
en octobre 2004 et intitulé Prison Needle Exchange a lui aussi recommandé
la création d'un programme d'échange de seringues dans les pénitenciers
canadiens. Selon les chiffres les plus récents, le taux de prévalence
du VIH en prison est au moins dix fois plus élevé que dans la population
en général, et de 20 % à 40 % des détenus sont atteints
de l'hépatite C. C'est un problème de santé publique.
Le Service correctionnel a « convenu d'étudier la question ».
Après dix ans, il est temps d'agir.
4. POLITIQUE DU SCC SUR LE CLASSEMENT DES DÉLINQUANTS QUI PURGENT UNE PEINE
D'EMPRISONNEMENT À PERPÉTUITÉ (RÈGLE DE DEUX ANS)
Recommandations
Je recommande que :
- la politique relative au classement des condamnés à perpétuité
soit abolie;
- la ministre entreprenne immédiatement un examen sur la légitimité
de cette politique et sur son incidence sur les délinquants au cours des
trois prochaines années;
- dans l'intervalle, le SCC veille à ce que le nouveau processus de
dérogation au classement en sécurité maximale soit mis en oeuvre
au plus tard le 31 août 2004.
Contexte
La « règle de deux ans » oblige le placement dans un établissement
à sécurité maximale pour une période minimale de deux
ans de tous les délinquants purgeant une peine d'emprisonnement à
perpétuité. Le Bureau et le SCC sont totalement en désaccord
sur cette question depuis la mise en oeuvre de la politique en février 2001.
Nous croyons qu'au départ cette politique est contraire à la loi,
déraisonnable et injustement discriminatoire.
La recommandation a été initialement présentée au Service
dans notre rapport annuel de 2001-2002. Le rapport indiquait en détail les
arguments des opposants à cette politique :
- La Société John Howard du Canada
- Conseil des églises pour la justice et la criminologie
- L'Association canadienne des sociétés Elizabeth Fry
- Société Saint-Léonard du Canada.
Le Rapport de la Commission canadienne des droits de la personne de janvier 2004
recommandait de plus que la politique soit annulée immédiatement en
faveur d'une évaluation individuelle juste et équilibrée.