La Réponse du Service correctionnel du Canada au rapport sur le
décès d'Ashley Smith ne reconnaît pas l'urgence de mettre en
place des mesures renforcées de responsabilisation afin d'éviter de
nouveaux décès en établissement
La situation exige des mesures de surveillance améliorées de la part
de la haute gestion, le recours à des examens externes, ainsi qu'une meilleure
intégration des aspects sécurité et santé dans les interventions
OTTAWA, 11 septembre 2009 — « En dépit
d'une longue liste de mesures présentées par le Service correctionnel
du Canada (SCC) dans
sa Réponse aux décès récents en établissement,
la priorité donnée par l'organisme au processus plutôt qu'aux
progrès maintient la probabilité des décès en établissement
évitables à un niveau élevé inacceptable »,
déclare l'enquêteur correctionnel, M. Howard Sapers.
L'Évaluation initiale effectuée par l'ombudsman fédéral
de la Réponse du SCC
à ses rapports Étude sur les décès en établissement
et Une mort évitable : Rapport sur le décès d'Ashley Smith
publiés en 2007, de même qu'au rapport de son propre Comité
d'enquête nationale sur le décès de Mme Smith, a conclu
que le Service continue de rejeter des recommandations touchant directement la responsabilité
et la gouvernance au sein du système correctionnel fédéral.
Les problèmes spécifiques dont fait état la Réponse
comprennent le refus persistant d'assumer la surveillance et la responsabilité
directes des établissements correctionnels pour femmes au niveau national,
le manquement continu au recours à un examen externe des mesures d'isolement
des délinquantes souffrant de maladie mentale, ainsi que le rejet permanent
de la nécessité d'assurer la représentation indépendante
d'un professionnel de la santé mentale aux comités d'enquête
nationale portant sur le suicide de détenus, de même que sur des occurrences
d'automutilation grave ou chronique.
L'enquêteur correctionnel constate que les pratiques en matière de
sécurité continuent d'avoir préséance sur les besoins
cliniques relatifs à la prise en charge et à la garde de délinquants
souffrant de troubles mentaux. Les traitements sont quelquefois retirés ou
suspendus en raison de problèmes « comportementaux »
qui font habituellement l'objet d'interventions visant la sécurité,
comme l'isolement ou le recours à la force. Par exemple, malgré ses
problèmes de santé mentale reconnus, Ashley Smith a immédiatement
été placée en isolement et y a été maintenue
durant les 11 mois et demi qu'elle a passés dans un établissement
correctionnel fédéral, devenant ainsi totalement privée de
la plus élémentaire interaction avec des humains. Le Service présente
la construction de salles d'entrevue sécuritaires dans les établissements
pour femmes comme une amélioration, bien que ces installations n'offrent
aucune possibilité de contact humain du type dont les délinquantes
souffrant de troubles mentaux ont si souvent désespérément
besoin.
Dans son Évaluation initiale, l'enquêteur correctionnel critique
également l'échec du
SCC à intégrer, mettre en œuvre et communiquer
adéquatement des mesures correctives dans différents secteurs d'activité
et d'intervention, notamment la sécurité, les soins de santé,
la gestion de cas, les programmes, ainsi que les traitements psychologiques. Cette
approche cloisonnée mène trop souvent à l'établissement
de priorités contradictoires, à une mauvaise qualité des soins
et des traitements dispensés aux détenus souffrant de graves problèmes
de santé mentale et à un accès inadéquat à des
programmes de réadaptation; en fin de compte, elle compromet les possibilités
de réinsertion sociale réussie des délinquants.
En publiant son Évaluation initiale, M. Sapers a fait remarquer
que « les Canadiens ont un contrat avec le
SCC. Comme l'indique sa mission, "dans la reconnaissance de la
primauté du droit, [le Service] contribue à la sécurité
publique en incitant activement et en aidant les délinquants à devenir
des citoyens respectueux des lois, tout en exerçant sur eux un contrôle
raisonnable, sûr, sécuritaire et humain". En contrepartie de cette
responsabilité, le Service accepte de respecter les lois qui régissent
son fonctionnement. Le SCC
doit être prêt à soumettre ses actions à un examen externe
et à être tenu responsable au plus haut niveau administratif. »
« C'est maintenant au SSC d'agir, a fait valoir M. Sapers. Je demande
au Service de fournir, avant la publication de mon prochain rapport en décembre 2009,
une réponse plus complète et plus intégrée apportant
des solutions urgentes aux manquements relatifs à la responsabilité
et à la gouvernance. »
Dans son rapport sur le décès d'Ashley Smith, l'enquêteur correctionnel
a relevé que de nombreuses mesures et décisions du
SCC, que ce soit sur le plan individuel, institutionnel, régional
ou national, étaient non conformes à la loi ni même aux politiques
internes du Service. On compte parmi les violations l'utilisation inappropriée
des transfèrements interpénitentiaires, l'isolement préventif
et les interventions nécessitant le recours à la force. De plus, Mme Smith
n'a pas reçu des services de santé mentale adéquats et le personnel
n'a pas été en mesure de répondre de façon appropriée
à ses comportements qui ont souvent mené à des urgences médicales.
En 2008, le Bureau de l'enquêteur correctionnel (BEC)
a publié À défaut de répondre, un rapport sur
le décès d'un autre détenu sous responsabilité fédérale.
En 2007, le BEC
a publié un Rapport sur les décès en établissement
qui se penchait sur 82 décès de détenus sous la responsabilité
du Service correctionnel du Canada entre 2001 et 2005.
Le Rapport sur les décès en établissement a conclu
que, tout comme dans le cas d'Ashley Smith, certains de ces décès
auraient pu être évités si le personnel des établissements
avait procédé à des évaluations de risque plus poussées,
appliqué des mesures préventives plus rigoureuses, et réagi
plus rapidement et efficacement.
En vertu d'une loi du Parlement, l'enquêteur correctionnel a pour mandat d'agir
à titre d'ombudsman pour les délinquants sous responsabilité
fédérale. Il doit veiller à relever et à aborder les
questions systémiques préoccupantes. Les rapports du
BEC cités dans ce communiqué peuvent être consultés
à l'adresse
www.oci-bec.gc.ca, et la Réponse du
SCC, à l'adresse http://www.csc-scc.gc.ca/text/pblct/rocidcs/grid2-fra.shtml.
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Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec :
Nathalie Neault, directrice des enquêtes
613-998-6960; Nathalie.Neault@oci-bec.gc.ca