Conférence internationale 2007
sur la détention et les soins
Howard Sapers
Enquêteur correctionnel
Du 26 au 28 septembre 2007
Saskatoon (Canada)
Aperçu
Mission du Bureau de l'enquêteur correctionnel
«En tant qu'ombudsman des prisons fédérales du Canada chargé
de surveiller les services correctionnels fédéraux, l'enquêteur
correctionnel contribue à la sécurité publique et à
la défense des droits de la personne en effectuant des examens indépendants
et opportuns des plaintes déposées par les délinquants. L'enquêteur
correctionnel formule des recommandations qui permettent la mise sur pied et le
maintien d'un système correctionnel fédéral responsable qui
soit équitable, compatissant et efficace.»
Responsabilités du
BEC
Principales fonctions
- Plaintes individuelles déposées par les détenus
- Questions systémiques et examen des politiques liées aux plaintes
Dossiers spéciaux
- Questions relatives aux femmes
- Questions relatives aux Autochtones
- Recours à la force, décès et blessures graves (art.19)
- Santé mentale
Bureau de l'enquêteur correctionnel
Activités du BEC
2005-2006
- 7 591 requêtes ou plaintes déposées par les délinquants
- 4 655 enquêtes
- 2 426 entrevues avec les délinquants
- 370 jours de visites dans les établissements
- 104 cas de blessures graves ou de décès
- 1 016 incidents avec recours à la force
Dix principaux sujets
Services correctionnels et droits de la personne
Les trois piliers d'une approche correctionnelle judicieuse :
- La nécessité absolue d'encourager une culture solide fondée
sur les droits de la personne au sein du Service correctionnel du Canada.
- La nécessité de responsabiliser les employés et cadres supérieurs
à l'égard de l'application de la loi et des politiques.
- La nécessité d'aider les délinquants en vue d'une réinsertion
rapide et en toute sécurité dans la collectivité.
Cadre législatif sur les soins de santé
- Les délinquants sous responsabilité fédérale sont exclus
de la Loi canadienne sur la santé; ils sont exclus de la protection
offerte par le régime de Santé Canada et celui des systèmes
de santé provinciaux
- Le Service correctionnel du Canada (SCC)
fournit donc des soins de santé directement aux délinquants sous responsabilité
fédérale, y compris ceux qui résident dans les centres correctionnels
communautaires
- Dans le cadre du mandat que lui confère la Loi sur le système
correctionnel et la mise en liberté sous condition (LSCMLC),
le SCC est tenu de fournir
des soins de santé aux délinquants
L'article 86 de la
LSCMLC prévoit ce qui suit :
(1) Le Service veille à ce que chaque détenu reçoive les soins
de santé essentiels [y compris des soins de santé mentale] et qu'il
ait accès, dans la mesure du possible, aux soins qui peuvent faciliter sa
réadaptation et sa réinsertion sociale.
(2) La prestation des soins de santé doit satisfaire aux normes professionnelles
reconnues.
L'article 87 de la
LSCMLC prévoit ce qui suit :
Les décisions concernant un délinquant, notamment en ce qui touche
son placement, son transfèrement, son isolement préventif ou toute
question disciplinaire, ainsi que les mesures préparatoires à sa mise
en liberté et sa surveillance durant celle-ci, doivent tenir compte de son
état de santé et des soins qu'il requiert.
1. Services de santé mentale
- Le nombre de délinquants ayant des besoins élevés en matière
de santé mentale a plus que doublé au cours de la dernière
décennie.
Le pourcentage de délinquants sous responsabilité fédérale
chez qui des troubles mentaux ont été diagnostiqués à
l'admission a considérablement augmenté au cours de la dernière
décennie
- Les services de dépistage et d'évaluation des troubles mentaux à
l'admission n'étant pas adéquats, le nombre réel de délinquants
souffrant de troubles mentaux graves est probablement sous-estimé.
- L'amélioration des résultats est essentielle dans ce domaine, parce
que les délinquants sont toujours placés en isolement lorsqu'ils présentent
des symptômes de maladie mentale, et sont libérés plus tard
au cours de la peine.
- Le Service correctionnel du Canada reconnaît qu'il doit continuer à
accroître ses moyens de façon à combler les lacunes relevées
dans le continuum des services de santé mentale.
- Le Comité de direction a approuvé une stratégie globale en
matière de santé mentale (juillet 2004) exigeant d'importants investissements
dans quatre domaines majeurs :
- Une évaluation clinique globale à l'admission.
- Des exigences précises pour améliorer les services fournis dans les
centres de traitement.
- Des unités de soins de santé mentale intermédiaires en établissement
pour des évaluations et des traitements continus au cours de la période
d'incarcération.
- Des services de santé mentale dans la collectivité pour aider les
délinquants en libération conditionnelle.
2. Maladies infectieuses
- Les détenus sont de sept à dix fois plus susceptibles que la population
générale d'être porteurs du VIH, et trente fois plus à
risque d'avoir contracté l'hépatite C.
- La propagation des maladies transmissibles par le sang dans les établissements
est due à l'utilisation de drogues injectables et aux pratiques de tatouage.
- La lutte contre le trafic de drogue, à elle seule, ne peut que réduire
le taux d'infection chez la population carcérale.
- Le SCC doit aller au-delà
des initiatives de réduction des méfaits, comme la sensibilisation,
le traitement à la méthadone, les condoms et les trousses de désinfection
à l'eau de javel (initiatives adoptées depuis plus d'une dizaine d'années).
- En 1994, le Comité d'experts sur le SIDA et les prisons, créé
par le SCC, a recommandé
de fournir des aiguilles neuves aux délinquants, afin de prévenir
la transmission des maladies graves dans la population carcérale et dans
la société.
- Le rapport Kirby (mai 2006) recommande que le
SCC : «mette immédiatement en ouvre dans tous les établissements
correctionnels fédéraux des mesures de réduction du préjudice».
- Le SCC a signé
un PE avec l'Agence de santé
publique du Canada (ASPC)
pour recevoir des conseils scientifiques et techniques sur les éventuels
risques et avantages des programmes d'échange d'aiguilles en établissement.
- Dans son rapport, l'ASPC
(avril 2006) a conclu que les programmes d'échange d'aiguilles appliqués
dans d'autres administrations ont considérablement contribué à
réduire la transmission des maladies infectieuses, et que rien ne prouve
que ces programmes ont nui à la sécurité des employés
et des détenus.
- En août 2005, le Service correctionnel du Canada a lancé l'Initiative
sur les pratiques de tatouage sécuritaires.
Une évaluation effectuée en décembre 2006 par le
SCC a permis de conclure que l'initiative «a démontré
un potentiel de réduction des préjudices et de l'exposition à
des risques pour la santé et d'amélioration de la santé et
de la sécurité des membres du personnel, des détenus et du
grand public».
- Le 5 décembre 2006, le gouvernement du Canada a mis fin à l'Initiative
et fermé les six salles de tatouage au
SCC.
3. Accréditation
- Les soins de santé sont le premier sujet de plaintes et de griefs qui sont
déposés par les détenus au
BEC, ou dans le cadre du processus de règlement des griefs
du SCC.
- En vertu de la loi, le SCC
doit fournir les soins de santé essentiels à tous les détenus,
conformément aux normes professionnelles reconnues.
- Le SCC s'est engagé
à faire accréditer toutes les infirmeries et tous les hôpitaux
et centres de traitement régionaux.
- L'accréditation par le Conseil canadien d'agrément des services de
santé (CCASS)
a commencé au milieu des années 1990.
- Jusqu'à maintenant, seulement trois des 29 établissements de santé
ont été entièrement accrédités par le CCASS,
ce qui représente 10 % des établissements qui ont été
visités.
4. Enquête sur les décès et les blessures graves
4(a). Étude de cas
- Un détenu purge une première peine sous responsabilité fédérale;
- Il a été condamné pour vol à main armée, et à
son admission, il avait des problèmes de toxicomanie et souffrait de troubles
mentaux de longue date, notamment la schizophrénie, l'anxiété
et la dépression; il a aussi déjà fait des tentatives de suicide;
- le détenu s'est pendu cinq semaines plus tard.
4(b). Étude sur les décès en établissement
- Dans le cadre de l'Étude sur les décès en établissement,
82 cas de suicides, d'homicides et de décès accidentels en établissement
signalés entre 2001 et 2005 inclusivement, ont été examinés.
- L'Étude portait sur les rapports et plans d'action du comité d'enquête
du SCC, les rapports
des coroners, la correspondance entre le
SCC, le BEC
et les bureaux des coroners, et autres documents liés à chaque cas
de décès.
- Constatation 1 : les comités d'enquête et les coroners ont à
maintes reprises relevé plusieurs problèmes dans un nombre important
de décès en établissement.
- Constatation 2 : rien n'indique, en général, que le Service correctionnel
du Canada prévient mieux les décès ou intervient mieux dans
de tels cas au cours de la période étudiée de cinq ans.
- Constatation 3 : le Service correctionnel du Canada a eu tendance à donner
suite aux constatations et aux recommandations des comités d'enquête,
mais il lui est arrivé souvent de ne pas approuver les recommandations des
coroners ou de ne pas y donner suite.
- Constatation 4 : en règle générale, le délai est
important entre un décès en établissement et l'adoption par
le Service correctionnel du Canada de mesures en bonne et due forme pour régler
les problèmes qui en découlent.
- Constatation 5 : il est probable que certains décès en établissement
auraient pu être évités grâce à de meilleures évaluations
du risque, à des mesures de prévention plus vigoureuses et à
des interventions plus rapides et efficaces de la part du personnel en établissement.
Prestation de services de santé
- RCR non pratiquée
ou pratiquée tard
- Impossibilité de traiter les détenus dans certains établissements
à cause des installations qui sont désuètes
- Absence de défibrillateurs sur les lieux
- Graves erreurs en situations d'urgence à cause du manque de disponibilité
du personnel affecté aux soins d'urgence et aux soins infirmiers qui, n'est
pas toujours qualifié (en particulier durant les quarts de nuit)
Prestation des services de santé mentale
- Pas d'évaluation psychologique et psychiatrique complète à
l'admission
- Aucun service, ou services limités, pour les détenus qui ont fait
des tentatives de suicide ou ont des antécédents d'automutilation
(lacunes en matière de prévention du suicide)
- Compétence du personnel infirmier
- Qualité des évaluations en matière de santé mentale,
notamment le degré du risque de suicide
- Confusion entre un état réel et une tentative de manipulation
- Pas d'équipe de santé mentale multidisciplinaire dans certains établissements
- Recours à l'isolement car les unités n'offrent que peu, ou pas, de
services en santé mentale - état de santé mentale aggravé
par l'isolement
Formation
- Formation en RCR
et en premiers soins, y compris la prévention de la contamination par les
liquides organiques
- Que faire en situation d'urgence (découverte d'un corps) et comment gérer
une crise touchant la sécurité
Conservation de dossiers
- Omission de consigner dans les dossiers des détenus les renseignements pertinents
sur leur santé mentale ou physique
Communication de l'information
- Communications déficientes entre le personnel des services de santé
et des services psychologiques et les employés/gestionnaires de première
ligne
- Communications déficientes entre les employés/gestionnaires de première
ligne et le personnel des soins de santé ou des soins psychologiques
- Communications déficientes entre le personnel des différents quarts
de travail
Conclusion
- Le SCC est en train d'examiner
certaines constatations de l'Étude sur les décès en établissement,
notamment la flexibilité de son processus d'enquête et sa capacité
de fournir à temps des interventions en matière de santé mentale.
- Le ministre a annoncé que des défibrillateurs seront installés
dans les 53 établissements du
SCC d'ici la fin de l'année.
- D'après la Commission canadienne de la santé mentale, la population
carcérale a des besoins particuliers.
- Le ministre a créé un comité d'examen pour évaluer la
capacité du SCC
à répondre à ses exigences opérationnelles. Le comité
d'examen considère la santé mentale comme étant une question
prioritaire.