l’Université d’Ottawa – Discours aux diplômés et des doctorats honorifiques

L'enquêteur correctionnel reçoit un doctorat honorifique. Un Photo de M. Howard Sapers, Enquêteur correctionnel.

Photo : L'enquêteur correctionnel reçoit un doctorat honorifique.
Un Photo de M. Howard Sapers, Enquêteur correctionnel.

Monsieur Rock, invités d’honneur, finissants de la promotion 2016 -

Merci et bonjour à tous et à toutes. C’est un grand honneur d’être des vôtres en cette journée toute spéciale.

Je me sens extrêmement privilégié d’assister à votre collation de grades et de me voir récompensé en votre compagnie, vous qui avez travaillé d'arrache-pied qui avez fait des sacrifices et qui avez obtenu votre diplôme.

Bravo! Félicitations à chacun des diplômés d’aujourd’hui.

Comme vous le savez tous, nous devons être appuyés pour réussir. J’ai le privilège de diriger le Bureau de l’enquêteur correctionnel depuis une douzaine d’années. 

Des fonctionnaires talentueux, professionnels et dévoués oeuvrent au sein de mon Bureau. Leurs efforts visant à protéger les droits de la personne et ceux garantis par la loi sont une source de fierté pour moi et un service rendu aux Canadiens. Je leur ai fait part de la reconnaissance que vous nous témoignez aujourd’hui.

Je veux aussi remercier ma famille. Comme je l’ai dit tout à l’heure, personne ne peut réussir seul. Nous comptons tous les uns sur les autres, particulièrement au sein de notre famille.

Je tiens à remercier de tout cœur ma femme Linda, ma fille Haley, de même que mes fils Jeremy, Quinn et Vaughn.

Aujourd’hui, c’est la fête des Pères. Mon beau-père assiste à la cérémonie, en compagnie de ma femme, de ma fille et de deux de mes fils. Je lui souhaite une bonne fête des Pères, à lui et à tous les pères ici présents.

Non seulement ont-ils accepté mes choix de carrière, mais ils ont aussi supporté les déménagements, le feu des projecteurs, les absences aux réunions de famille, et plus encore. Je les remercie. Il s’agit également d’un bon moment pour penser et exprimer votre gratitude à tous ceux et celles qui vous ont soutenu dans la poursuite de votre but, celui de profiter d’une éducation postsecondaire.

Je lisais récemment un article sur Sybrand van der Zwagg, directeur scientifique du Centre Delft aux Pays-Bas. On lui avait demandé de donner ses cinq meilleurs conseils aux jeunes chercheurs qui s’interrogeaient sur leur avenir. Voici sa réponse :

  1. Il n’y pas de bonne ou de mauvaise stratégie de carrière, mais il importe qu’elle cadre avec vos forces personnelles.
  2. Soyez honnêtes avec vous-mêmes quant aux conditions de travail qui vous plaisent et faites-vous à l’idée qu’il faut parfois prendre bien des détours avant de croiser la route du bonheur.
  3. Au moment d’étudier vos options de carrière, observez bien le lieu de travail en perspective, notamment votre supérieur et vos collègues éventuels. Sont-ils heureux? Leurs valeurs et leur éthique correspondent-elles aux vôtres?
  4. Rappelez-vous qu’il est important d’investir temps et efforts dans la carrière et les aspirations de votre compagne ou compagnon de vie. Votre bonheur et votre succès vont de pair avec les leurs.
  5. Ne vous laissez pas distraire par les faux dilemmes, qui opposent, par exemple, le secteur public au secteur privé, ou encore l’industrie au milieu universitaire. Veillez plutôt à ce que votre personnalité convienne aux tâches à effectuer.

Lorsque je regarde en arrière, je me rends compte que, sans le savoir, que j’ai suivi ces conseils. C’est lorsque mon travail a exigé de moi d’être créatif, de collaborer avec autrui et de faire appel à mes valeurs que j’ai été le plus satisfait et le plus productif.  Et aussi lorsque mon poste m’a permis d’exprimer mes convictions. Il m’arrive aussi parfois de faire part de mes réflexions sur la profession que j’exerce. 

Si l’on est témoin d’une situation qui doit être corrigée, il faut en parler franchement.

Après tout, si vous ne dites rien, votre silence fait de vous une partie du problème.

La plupart de mes interventions ont porté sur le crime et la justice. Il m’est arrivé de discuter de ces thèmes dans les classes de l’U d’O et à l’occasion d’événements publics organisés par celle-ci. J’ai eu le bonheur de faire connaissance avec de nombreux membres de la faculté de criminologie, dont j’admire énormément le travail. Je les remercie de leur soutien, grâce auquel je me vois remettre aujourd’hui ce diplôme honoraire.

J’ai aussi fait connaissance avec bon nombre d’étudiants en criminologie, et j’ai eu la chance, au fil des ans, de travailler avec quelques-uns d’entre eux. Je peux attester d’expérience la qualité exceptionnelle de leur formation. Me considérant comme l’un des leurs, j’ai un faible pour les étudiants en criminologie, et le fait qu’un si grand nombre d’entre eux remplisse l’auditorium aujourd’hui rend cette journée encore plus spéciale.  Il y a une étudiante que je suis particulièrement heureux de voir parmi vous aujourd’hui. Je ne veux pas l’embarrasser, mais, Amelia, vous vous reconnaîtrez.

On m’a demandé il n’y a pas très longtemps de formuler des conseils sur la façon de planifier une carrière réussie. Je ne savais pas quoi répondre. Après tout, si vous consultez mon curriculum vitae, vous verrez que je ne peux pas conserver un emploi.

J’ai été assez chanceux pour trouver des occasions et les saisir, et j’ai travaillé fort pour en créer d’autres.  Et grâce à mes parents, j’ai toujours cru que le monde pouvait devenir meilleur. J’ai été inspiré par d’autres personnes qui croyaient en la même chose.

En fait, pendant que je préparais mon discours, j’écoutais le discours d’acceptation de Rosile Abella, juge à la Cour suprême, la première Canadienne à recevoir un doctorat honorifique en droit de l’Université Yale. Je vous fais part de ses propos. Pendant son discours, elle a rappelé aux étudiants que le droit n’est pas important uniquement en raison de ce qu’il signifie, mais aussi en raison de ce qu’il défend.

Je suis d’accord avec cette réflexion. Dans une démocratie, il est important que nos lois et les institutions mises en place pour les appliquer ne soient pas uniquement des outils dont se servent ceux qui détiennent du pouvoir. Elles doivent aussi protéger les personnes vulnérables.

Lorsque je travaillais sur le terrain, j’ai appris plusieurs choses qui, selon moi, sont de simples vérités qui mettent cette notion en perspective. Vous devez être pragmatiques. Vous acceptez que même si les choses ne sont pas parfaites, elles peuvent être mieux. Peut-être pas extraordinaires, mais bien. Et de temps en temps, les astres s’alignent et vous obtenez un excellent résultat, comme vous l’aviez espéré. Ce sont ces moments qui vous motivent à en faire davantage. C’est ce que vous visez. Qu’est-ce que cela signifie, en réalité? Bien, cela signifie, par exemple, que même si vous n’êtes pas en mesure de prévenir tous les suicides commis en prison, vous pouvez faire comme si vous le pouviez, et cela peut sauver des vies.

J’ai appris qu’il n’y a pas de question de justice pénale qui soit simple. On ne peut les résoudre à coups de slogans et de phrases creuses.

J’ai appris que tout le monde a le droit de se sentir en sécurité, sans pour autant qu’il doive d’abord avoir peur.

J’ai appris que les solutions ne viennent pas toujours des voix les plus fortes, les plus agressives ou les plus radicales.

J’ai appris que la différence entre la justice et la vengeance est subtile, et que les gouvernements responsables et bien informés ainsi que les tribunaux qui font preuve de compassion sont les gardiens de cette distinction.

Et j’ai appris que plus les circonstances sont troublantes, plus il importe d’être fidèle à ses principes.

Si j’avais été plus attentif, j’aurais appris ces vérités plus tôt. Comme l’a si bien dit Sir Winston Churchill en 1910 lors de débats parlementaires :

« Nous ne devons pas oublier que lorsque toutes les améliorations ont été apportées dans les prisons, que lorsque la température a été bien ajustée, que lorsque les bons aliments ont été donnés pour assurer santé et vitalité, que lorsque les médecins, les aumôniers et les visiteurs sont venus et repartis, le condamné reste privé de tout ce qu’un homme libre appelle la vie. Nous ne devons pas oublier que toutes ces améliorations, qui apaisent parfois nos consciences, ne changent en rien cet état des choses. L’attitude et les réactions du public devant les méthodes utilisées pour lutter contre la criminalité sont parmi les meilleurs critères d’évaluation du niveau de civilisation d’un pays. » 

Ces propos sont aussi pertinents aujourd’hui qu’ils l’étaient il y a plus d’un siècle.

Aujourd’hui ne sert pas uniquement à souligner mes réussites. Cette cérémonie souligne surtout ce que mon travail représente : un dévouement envers les droits de la personne, aux institutions démocratiques et à la primauté du droit.

Honnêtement, ce n’est pas surprenant ou extraordinaire d’appuyer les droits de la personne. Ce serait comme trouver incroyable le fait que les gens aiment la liberté. Les droits de la personne sont comme l’air que nous respirons. Ils assurent la survie.  Lorsque les droits d’une personne sont menacés, nous sommes tous visés par cette menace. Si nous ne protégeons pas les droits des personnes vulnérables à l’abus ou à l’excès, nous sommes tous complices de l’échec. C’est la notion essentielle que nous reconnaissons ce matin.

En conclusion, laissez-moi encore une fois remercier la faculté, l’administration et les étudiants de l’Université d’Ottawa pour l’honneur et la reconnaissance qu’ils me témoignent aujourd’hui.

Cela revêt une signification toute particulière à mes yeux. Votre soutien me motive à poursuivre le travail que j’accomplis pour bâtir et conserver un système de justice à la fois responsable, efficace, juste et impartial. Les intérêts public, professionnel et politique m’encouragent à poursuivre une pratique fondée sur les preuves. Je suis convaincu que la prochaine génération de professionnels, dont beaucoup reçoivent leur diplôme aujourd’hui, prendra la relève, et que tous s’assureront que leurs valeurs sont reflétées dans l’exercice de leur profession juridique.

Avant de quitter l’estrade, laissez-moi vous rappeler les mots de Mark Twain : « Les gestes sont plus éloquents que les paroles, mais, hélas, moins fréquents ». S’il y a bien une génération qui pourra lui prouver le contraire, ce sera la vôtre, j’en suis sûr. Je sais que vous n’hésiterez pas à écouter votre cœur, à exprimer vos opinions et à vous fier à vos valeurs.

Je vous souhaite à tous beaucoup de succès.

Mille mercis pour cette journée mémorable.